Chapitre 29

J'ouvre les paupières et tourne la tête. Le réveil indique neuf heures du matin, et les rayons du soleil inondent déjà la pièce. Ce sera une belle journée, il n'y a aucun nuage à l'horizon.

Je bouge le bras et cherche la chaleur de Daryl. Il est là, à mes côtés. Cette fois, ce n'est pas un rêve car, lorsque je me lève pour aller prendre une douche et que je reviens vingt minutes plus tard, il est toujours là, dans le lit, et je suis toujours dans sa chambre.

- Monsieur le chasseur, je crois qu'Aaron t'attend depuis un moment déjà, dis-je doucement en déposant un baiser sur son front.

Il entrouvre les yeux puis replonge la tête dans l'oreiller en marmonnant :

- J'ai pas d'horaire fixe. Sinon, ce serait quoi l'utilité de la fin du monde ?

- Moi, par contre, j'ai des comptes à rendre à quelqu'un.

Il tourne à nouveau la tête vers moi et m'interroge du regard.

- Maggie..., précise-je.

- Tu peux te débrouiller seule, je crois, c'est ta sœur, pas ta mère, elle n'a pas le droit de te dicter ce que tu dois faire.

- Oui, et bien, tu devrais peut-être aller le lui dire...

Je tourne les talons et me dirige vers la porte, mais Daryl me retient.

- Beth ?

Je me retourne, il prend la peine de se lever, enfile un caleçon et vient jusqu'à moi. Il m'embrasse sur le front, puis sur la bouche, et m'attire contre lui en me serrant dans ses bras. Il n'ajoute rien de plus, mais je sais ce que ça signifie. Il m'aime. Il m'aime aussi fort que je l'aime. Et le monde entier peut bien s'effondrer, je n'ai plus peur, parce que nous sommes ensemble désormais.

...

Je tourne la clé dans la serrure et pousse lentement la porte. J'ai les mains moites et je ne parviens pas à rester calme. Je suis persuadée que Maggie ne me laissera jamais vivre comme je l'entends tant qu'elle sera en vie. Et c'est normal, en fait. Elle est ma grande sœur, c'est son devoir de me protéger. Mais tout de même...

- Maggie ? Glenn ?

Je n'entends aucun bruit dans la maison, pourtant, il est encore tôt. Je monte à l'étage et fais le tour des chambres du haut. Ils ne sont pas là. Mais plus étrange encore, même la chambre de Sasha est vide.

Je redescends et sors de la maison.

- Maggie ? Glenn ? Sasha ? appelle-je dans la rue.

Pas de réponse.

Inquiète, je me dirige vers l'hôtel de ville. Peut-être sont-ils en train d'aider au rangement de la salle.

Tout en marchant, je me fais la réflexion que les rues sont fort désertes comparé à d'habitude. Je ne croise ni Rick ni Michonne, alors qu'ils se partagent la garde de la ville en temps normal. Je ne vois pas d'enfants non plus, alors qu'ils sont souvent dans la rue à jouer.

Mon étonnement et mon inquiétude se multiplient par dix au moins lorsque je parviens à l'hôtel de ville. Car en poussant la porte, je trouve la salle encore habillée pour la veille : rubans au mur, sono, tables, buffet, boissons. Personne n'est venu ranger ici. Et personne ne se trouve plus dans cette salle. La population d'Alexandria semble avoir disparu.

...

- Daryl ! hurle-je en ouvrant la porte.

Je suis soulagée de constater que lui au moins est toujours là, bien vivant, en train de dormir. Enfin, jusqu'à ce que je crie dans ses oreilles.

Il sursaute et me fait face.

- Quoi ? Qu'est-ce que t'as ? demande-t-il, paniqué.

- Maggie, Glenn, Sasha, Rick, ils ont tous disparus !

- Quoi ? s'exclame-t-il, abasourdi.

- La salle des fêtes, elle n'est pas rangée, il n'y a plus personne, ni dans les rues, ni chez moi.

Il se lève et enfile son jeans, sa chemise et sa veste rapidement.

- Ils ne seraient pas partis sans nous prévenir, dit-il. Ils doivent être rassemblés quelque part.

Son tempérament terre-à-terre me rassure et me calme un peu. Il a raison. Jamais Maggie ne serait partie sans me le dire avant.

Il attrape son arbalète et me prend par le bras.

- Viens, dit-il. On va les retrouver.

...

Nous fouillons chacune des chambres avant de sortir de la maison, mais ne trouvons rien. Ce qui rajoute Carol et Merle à la liste des disparus.

Daryl tient tout de même à faire le tour de ma maison, au cas où, mais il ne trouve rien qui puisse lui donner une piste.

Nous marchons en direction de notre salle de bal d'hier soir, quand tout-à-coup, quelque chose me traverse l'esprit.

- La tour de garde, dis-je. Normalement, elle est en permanence occupée par quelqu'un qui surveille toute la ville. S'il s'est passé quoi que ce soit, cette personne a du le voir.

Daryl hoche la tête et nous courrons en direction du poste de surveillance. Avec les clés qu'il possède, il ouvre la porte et nous montons tout en haut. Sauf qu'au sommet nous attend une surprise de taille : Merle. Couché par terre, plongé dans un sommeil profond et tenant dans sa main une bouteille. D'alcool, vous l'aurez compris.

Je m'agenouille et lui prends le flacon des mains.

- Merle, réveille-toi, dis-je, assez fort pour qu'il m'entende, même profondément endormi.

Il ouvre un œil à moitié et cherche instinctivement sa bouteille de la main.

- Merle, on a besoin de toi, poursuis-je. On a besoin de savoir ce qu'il se passe. Tu peux te lever ?

J'attends une minute. L'aîné Dixon marmonne des mots incompréhensibles et se retourne sur le côté. Daryl perd plus vite patience que moi, et flanque un bon coup de pied - quoiqu'encore doux comparé à ce que je l'ai déjà vu faire - à son frère.

- Lève-toi bordel !

Merle hurle de douleur et se redresse instantanément. Il s'apprête à sauter sur son frère, mais je m'interpose entre eux deux.

- Merle, on a besoin de toi, s'il-te-plaît.

- Qu'est-ce que tu veux, poupée ? demande-t-il, agacé.

- Tout le monde a disparu et on cherche à comprendre pourquoi. Tu sais ce qu'il s'est passé ici cette nuit ?

- J'en sais rien, dit-il. Quand j'ai quitté la salle, tout le monde était encore en train de s'amuser, puis je suis venu dormir ici.

- Il y avait déjà quelqu'un quand tu es arrivé ici ? demande-je, intriguée.

- Non, personne, me dit-il.

Je lance un regard inquiet à Daryl. Je sais qu'il a quitté le poste de surveillance pour venir me rejoindre au bal en y laissant deux hommes armés qui comptaient y rester toute la nuit avant d'être relevés le lendemain matin. Par la suite, nous sommes rentrés chez lui, et à ce moment-là, tout était encore normal.

- Viens, dis-je à Merle, on va fouiller la ville. Ils doivent bien être quelque part.

Je m'apprête à redescendre, mais Daryl me retient.

- Attends ! me dit-il.

Je me tourne dans sa direction et suis son regard. Et c'est là que je vois les camions et l'hélicoptère. A l'arrêt à l'extérieur de la ville.

- Qu'est-ce que c'est ? demande-je, sans vraiment attendre de réponse.

- Je sais pas, me répond Daryl, mais on va pas tarder à le savoir.

...

- Il nous faut des armes.

- Je suis d'accord avec Beth, dit Merle. Ils sont peut-être dangereux.

- Je ne sais pas où elles sont entreposées, explique Daryl. C'est Carol qui s'était occupée d'aller en voler. Moi j'avais mon arbalète.

- Carol ! m'exclame-je. Elle a du en voler plus que prévu et les a probablement cachées quelque part.

Les garçons hochent la tête.

- Il faut retourner fouiller la maison, dit Daryl.

Sitôt dit, sitôt fait, nous retournons la maison des Dixon et de Carol de fond en comble jusqu'à ce que je finisse par trouver, derrière une armoire, un sac rempli d'armes et de munitions.

- Je me demande parfois si elle ne fait pas un peu cavalier seul..., soupire Merle.

- En tout cas, cette manie nous est utile aujourd'hui, commente-je.

Nous emportons le sac entier jusqu'aux portes de la ville et prenons soin de charger toutes les armes et de nous les partager.

- On reste ensemble, ordonne Daryl. Pas de coup fourré, personne se tire si c'est pas pour une bonne raison. Pas de coup de feu tant qu'ils ne tirent pas, et le plus de discrétion possible ! Si jamais l'un de nous se fait attraper, interdiction de dénoncer les autres.

Merle et moi hochons la tête puis je me dirige vers la porte pour l'ouvrir. En voulant le faire, je me rends compte qu'elle est juste posée contre, mais pas fermée. Lorsque je l'ouvre, je braque mon arme, mais pas un seul rôdeur ne se pointe. Je tends l'oreille. Rien. C'est aussi calme qu'un matin d'hiver avant l'épidémie.

Nous avançons lentement et longeons les murs afin de rejoindre les camions. Nous ne croisons aucun être humain, vivant ou mort. Il y a quelque chose qui cloche. Hier soir, la fête a fait du bruit. Pas énormément, mais tout de même. C'est impossible qu'aucun rôdeur passant par hasard dans les environs n'ait été attiré par la musique.

- Il se passe un truc, dit Daryl.

Je hoche la tête dans sa direction et suis soulagée de constater que je ne suis pas la seule à l'avoir ressenti.

Quand nous parvenons à hauteur des camions, le silence qui y règne est angoissant.

Mais tout-à-coup, un cri déchire mes oreilles.

- Beth !

Cette voix. C'est celle de ma sœur.

- Maggie ! hurle-je.

Je veux courir à découvert. Ma sœur a besoin d'aide, elle a besoin de moi ! Je tends mon revolver loin devant moi et cours dans tous les sens, sans vraiment savoir où aller, quand un homme surgit de nulle part.

- Attendez ! s'écrie-t-il. Ne tirez pas !

Il a les bras levés et aucune arme braquée sur moi. Mais j'ai entendu ma sœur crier. Elle est en danger. C'est un piège.

Sans réfléchir ou même prendre le temps de viser correctement, je pointe mon arme en direction de l'homme et tire. Il s'écroule. Je veux tirer une deuxième fois, et vider mon chargeur sur sa tête, pour être certaine qu'il soit bien mort, mais Daryl me saute dessus et me plaque à terre.

- Lâche-moi ! hurle-je de toutes mes forces.

- Calme-toi, on ne sait pas ce qu'ils veulent.

- Maggie, c'était la voix de Maggie, tu as entendu ?! m'exclame-je en me débattant.

- Oui. Maintenant, calme-toi.

Mais ça ne sert à rien. Il ne peut pas me calmer.

- Lâche-moi tout de suite ! crie-je.

- Ça suffit !

Nous tournons tous les deux la tête en direction de la voix. L'homme sur qui j'ai tiré moins de trois minutes auparavant s'est relevé et vient de parler d'un ton ferme. C'est impossible. Sauf si je ne l'ai pas touché. Mais je l'ai vu s'écrouler !

Daryl me libère et pointe son arbalète en direction de l'homme, qui n'est pas plus armé qu'il y a cinq minutes. Libre, je me relève, attrape mon flingue et cours dans la direction de cet homme afin de le tuer une bonne fois pour toute.

- Beth, non ! me crie Merle.

J'avance jusqu'à lui et pointe mon revolver droit sur son cœur.

- Cette fois, je ne vous raterai pas, dis-je, la voix pleine de haine. Libérez ma sœur.

J'ai à peine fini ma phrase qu'une bonne cinquantaine d'hommes, habillés de la même manière que celui que je tiens en joue, mais armés, ceux-ci, se déploient et nous encerclent, Daryl, Merle et moi. Ils lèvent leurs armes dans notre direction et tiennent la position.

- Vous êtes qui ? demande Daryl.

- L'armée, répond l'homme sur qui mon revolver est toujours pointé. Nous sommes là pour vous sauver.

- Où est ma sœur ? hurle-je.

- Elle va bien, dit l'homme d'un ton neutre, comme si c'était une évidence.

Mais son visage ne m'inspire pas confiance. Il ment. C'est un piège. Ma sœur est retenue prisonnière et nous allons mourir.

Alors je relève la tête vers lui, avance d'un pas, colle le bout de mon pistolet contre la poitrine de l'homme. Et je tire.