Chapitre 3 – Peeves

Il faut que j'extériorise cette douleur et cette colère en moi. Un mur. Mon poing. Craquement sourd de l'os se brisant sous la pression. Je glisse contre le mur, accroupie, dents serrées. Mais terriblement soulagée.

OoOoOoOoOoOoOoO

On s'approche, je sens un vent glacial fondre sur moi et me projeter à un mètre de là, suivi d'un rire machiavélique et strident et à la limite du supportable qui résonne en écho dans tout le couloir. Je tiens mon poignet de toutes mes forces contre mon ventre. Comme si, naïvement, ça allait me soulager. Je commence à me rendre compte à quel point ma colère impulsive m'a emmené loin. Trop loin.

-PEEVES ! Je proteste.
-HÉHÉHÉhéhéhéhéhéhéhéhéhéhéhéhéhHÉHÉHÉ !

Peeves. L'esprit frappeur de Poudlard. Toujours présent pour semer la zizanie et provoquer des catastrophes. Il me regarde de ses yeux grossiers et vengeurs avec nombres d'idées tordues derrière la tête. Non là l'idée de faire du mal par méchanceté. C'est pour son plaisir personnel. Après tout… C'est plutôt lié, non ?

Il se dirige vers le plafond de pierre, vers ce magnifique et très ancien lustre qui doit bien peser une tonne ou deux, au-dessus de moi. Je n'ose plus bouger, il tourne autour laissant derrière lui une trainée de poussière quelque peu brillante. Il est en train de retirer gentiment mais sûrement les vis permettant de maintenir le candélabre au plafond. D'ailleurs, il semble tellement lourd qu'on se demande comment il peut encore tenir avec ses chaînes extrêmement fine.

Celui-ci balance, tient en équilibre avec une seule vis à présent, la pierre s'effrite autour et tombe sur moi, transit de douleur.

-OUPS ! ricane l'esprit en voltigeant dans tous les sens, en extase devant le lustre s'écrasant dans ma direction.

OoOoOoOoOoOoOoO

Les élèves et le peu de professeurs présents s'agglutinent autour du rouquin stupefixé sur le sol. Les traits de son visage sont d'un crispé… Visage connu habituellement quand les professeurs lui incombent des devoirs supplémentaires étant donné que le travail, de base, n'est pas fait. Les professeurs McGonagall et Lupin écartent les élèves de plus en plus présents et agités. Certains ne disent rien, encore étonnés, d'autres ont eu une peur bleue, croyant que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom était revenu en coup de théâtre à leur réveil. Mais surtout : beaucoup rient. Inutile de préciser que ces échos viennent des Serpentards.

-SORTEZ-TOUS ! Ordonne Minerva. Allez voir ailleurs ! Vous n'avez donc pas de cours à réviser ?

Remus et Minerva emmènent ensuite Ron à l'infirmerie, laissant la Grande Salle déserte, et une nouvelle journée de cours commencer.

-Mobilicorpus, prononce distinctement Remus.

OoOoOoOoOoOoOoO

Il n'en restait qu'un. Il ne pouvait y en avoir qu'un. Un seul et unique homme sur cette planète à avoir tout vu et tout entendu sans se faire remarquer. La chauve-souris ? Original, Weasley, pense-t-il au fonds de son esprit, là où personne n'est en mesure de l'entendre. Il regarde depuis son recoin les élèves partir, Weasley, et ses collègues disparaître. Il attend une minute et en sort à son tour. Grand, fier, élégant et déterminé.

*shhhhKLOOONGGGGGggggg*

Aucun sursaut. Aucune réaction. Juste la détermination et la démarche habituelle du professeur de Potions qui fait voleter sa cape derrière lui tel un oiseau empereur. Il monte les marches d'escalier trois par trois, d'où provenait ce bruit de chute métallique, et tourne à l'angle d'un couloir comme s'il connaissait parfaitement le chemin et ce qu'il se passait. Il s'arrête et plisse les yeux.

-Votre Sanglante Excellence, je vous prie de m'excuser pour les désagréments causés à cette San…

En voyant le regard mauvais et de boucher acéré que lui lance ce fantôme taciturne et terrifiant, couvert de tâches de sang, tel un bourreau, il se ravise et prononce, mielleux :

-Cette sympathique jeune fille !

Il ne dit rien. Ne prononce pas un mot, puis se lance brutalement à la poursuite de l'esprit frappeur. Tous deux traversent un mur et on peut entendre au loin Peeves hurler, me laissant à l'abandon étalée sur le dos, sanglotant, à un mètre du lustre tordu que j'ai pu éviter de justesse en roulant sur le côté. Qui sait dans quel état je me serais retrouvée…
Des pas claquent sur le sol et se dirigent vers moi. Une vague d'air épicée me recouvre. Le professeur Rogue. Il constate les dégâts sur ma main et le reste de mon avant-bras, glisse deux doigts sur ma peau bleutée et enflée.

-Episkey, prononce doucement le professeur Rogue en pointant sa baguette sur mon poignet, toujours serré contre moi, comme si cela pouvait apaiser la douleur.

Les os se reforment, le poignet désenfle, cette petite main aux teintes noires et bleues redevient douce et pâle.

-Merci… je souffle, soulagée.

Il se relève, me laisse à terre et prononce d'une voix égale à lui-même : « Legilimens ».
Les souvenirs reviennent par bribes. Dans un brouillard épais et lointain je me revois hurler après le professeur Rogue, me précipiter sur Ron, peut-être que tu n'assumes pas ton amour pour cette chauve-souris !, le stupefixer, m'en aller ressentir cette colère, ce désarroi quand je m'éloigne dans ce couloir et cette douleur quand mes os se brisent contre le mur de pierre. Chute du lustre, j'ai la présence d'esprit de rouler sur le côté et de l'éviter. Je ne comprends pas plus cette pulsion du mur, ni celle de stupefixer Ron, après coup.

Il sort de mon esprit. Je suis à terre, fatiguée de cette expérience éprouvante. Revivre ces souvenirs plus réels que jamais et qui font renaître en moi la colère et l'injustice de ce stupide rouquin.

-Dormez, souffle le Professeur me scrutant, yeux plissés.

Ce n'est pas un sortilège mais cela agit comme tel. Mes yeux se ferment doucement, mon corps s'endort progressivement et ma vue se trouble dans un immense voile noir qui me transporte dans les bras de Morphée.