Deuxième chapitre, deuxième OC... Merci pour vos reviews sur le précédent !
Chapitre 2
Deranir, ou quand le protocole devient bien trop recyclé pour s'y référer à chaque instant
La journée avait été mauvaise pour Deranir.
Elle avait pourtant bien commencé, avant que ses diplomates ne viennent le couvrir de paperasses barbantes, de paroles inutiles, et de flatteries énervantes.
Apparemment, quelque chose secouait l'équilibre de la Terre du Milieu.
En bien ou en mal ? Personne n'aurait su le dire. A cela s'étaient ajouté les pleurs de l'imprévisible firmament et la disparition de Nimloth pendant la tempête.
Ah, celle-là ! Depuis des années elle n'en faisait qu'à sa tête, et il n'avait jamais su en trouver la raison. Elle seule savait jouer avec ses nerfs. Le protocole était agaçant et dépassé, certes, et il arrivait fréquemment que Deranir le maudisse. Mais il fallait pourtant s'y conformer, surtout lorsque l'on a une des plus prestigieuses places au sein même du palais. Enfin… À quoi bon se plaindre ? Il savait comment cela se passerait.
Il la gronderait doucement, elle sourirait de toutes ses dents, et il la pardonnerait immédiatement. Mais quelque soit ses défauts, son amie de toujours était débrouillarde et Deranir savait que malgré vents et marées, elle l'attendrait comme toujours devant son antichambre pour le dîner.
Deranir arriva en retard ce soir-là.
Ses obligations politiques et militaires avaient duré particulièrement longtemps, et le Prince de Dol Amroth était sur les rotules.
Il fit néanmoins l'effort de sourire à Nimloth, car il ne supportait que l'on se fasse du mouron à son sujet.
Comme tous les autres soirs elle était superbe, malgré une coiffure un peu échevelée.
Elle avait opté pour une robe claire, couleur sable qui faisait ressortir son sourire éclatant et sa chevelure dorée. L'on aurait dit le soleil qui avait manqué à l'appel cet après-midi.
D'ordinaire, Deranir ne laissait pas transparaître ses sentiments, mais il s'autorisa un petit air ébloui.
Lui avait choisi de porter un habit noir d'excellente facture, sur lequel ressortait le cygne blanc de sa maison. Ses cheveux bruns ondulés, qu'il portait mi-longs, descendaient de chaque côté de sa tête. N'ayant pas eu le temps de se coiffer ou de se reposer, ils étaient légèrement mouillés de sueur, ce qu'il regrettait amèrement pour son image.
Un Prince devait toujours être parfait devant ses sujets, ne devant laisser entrevoir aucun défaut.
Mais devant Nimloth, avec qui il avait vécu tant de choses, il faisait fi de cet infâme règlement. Il savourait avec elle les seuls moments où il pouvait être lui-même, parler librement, car son amie n'était pas une adepte des commérages.
Et entre eux régnait une complicité plus solide que n'importe quel métal, de telle sorte que le père de Deranir avait plus d'une fois tenté de le convaincre de demander la main de Nimloth. Mais Deranir ne pensait pas vouloir d'une telle relation, sans compter que cela serait un nouvel afflux de responsabilités qu'il ne pouvait pas se permettre. Il aborda son amie avec un petit ton de reproche :
- La prochaine fois que tu décides de t'absenter sur un coup de tête, préviens-moi.
- Désolée mais j'avais besoin d'aller prendre l'air, dit Nimloth avec un sourire piteux. Isil n'était pas sortie de la semaine. Ta journée s'est bien passée, au moins ?
- Très mauvaise. Des problèmes inconnus surgissent en Terre du Milieu. Et je me suis inquiété pour toi, je m'inquiète à chaque fois, tu le sais…
Nimloth s'approcha de lui.
- Quel genre de problèmes ? demanda-t-elle d'une voix effrayée.
Avec son sourire habituel, taquin et tendre à la fois, Nimloth ajouta :
- Cesse donc de t'inquiéter, il ne m'arrive jamais rien et je sais me défendre.
Deranir ne chercha pas à répliquer.
Il connaissait les qualités de Nimloth mieux que personne, en effet. Mais quelle tête de mule ! Ce petit bout de femme était aussi buté que belle. Mais c'est aussi ce qui faisait son charme, une beauté que les femmes de la cour se répandant en mièvreries ne pouvaient pas comprendre. Et Nimloth avait toujours été franche avec lui. Quand quelque chose lui déplaisait, elle le disait.
Deranir lui tendit galamment son bras.
- Quant à moi, je ne peux me défendre de mon inquiétude. Allons-y, tu sais que mon père n'est pas très patient.
Ils marchèrent lentement dans les méandres du palais.
Deranir n'aimait pas trop ces dîners où seule la compagnie de Nimloth le réconfortait. Mais l'un des devoirs d'un Prince est d'assister à ces repas, et même un dirigeant de royaume ne peut se soustraire à la présence de son père.
- Tu m'as demandé quels étaient ces problèmes. Apparemment, un petit malin s'amuse à semer des bijoux dans son sillage.
- Des bijoux... Comme Nenya, Vilya ? Les anneaux qu'à forgé Celebrimbor pour les elfes ? s'enquit-elle en fronçant les sourcils.
- Dans ce genre-là, oui, répondit Deranir.
Nimloth s'arrêta au beau milieu du couloir, dégagea son bras de celui de Deranir avant de fixer deux poings sur ses hanches.
- Fais attention avec ça, Deranir. Ce ne sont pas des jouets et...
Elle détourna la tête.
- J'ai peur que leur pouvoir soit trop puissant pour toi si jamais ce petit malin s'amuse à en laisser un à Dol Amroth.
Cette fois, Deranir rit franchement.
- Toi, avoir peur de bibelots clinquants ? Allons, j'ai eu mon compte d'idioties pour la journée, Nimloth. Et puis, pourquoi viendrait-il ici ? Nous avons déjà tout ce que nous voulons.
- Ce ne sont pas des idioties ! se récria Nimloth. J'ai passé l'âge de dire n'importe-quoi, arrête de me considérer comme une gamine ! Et puis de toute façon tu ne t'es jamais intéressé aux autres peuples, comment peux-tu te permettre de dire que ces anneaux sont de simples bibelots cliquants ? Tu as oublié ce qu'il est arrivé à Isildur et Elendil ou il faut que je te rappelle toutes les bases ?
Nimloth était vraiment inquiète et fusillait Deranir du regard. Il était beaucoup trop confiant...
- Nimloth… Je sais que tu es une femme, je suis le mieux placé pour le savoir tu ne crois pas ? Et je respecte les elfes autant que faire se peut. Seulement, je ne crois pas trop au pouvoir de ces anneaux. Et quand bien même ils seraient puissants, pourquoi viendrait-on m'en donner un ? Je n'en veux pas, j'ai déjà tout ce qu'il me faut. À commencer par toi, ma tête de mule préférée ! Allons, viens. Père nous attend.
Le garde posté à l'entrée de la grande salle ouvrit les portes à l'arrivée de son souverain.
Les années passant, Deranir n'avait jamais cessé d'admirer les piliers d'un marbre immaculé, les dorures du plafond, le faste du trône situé au fond de la grande pièce qu'il occupait désormais.
La table était dressée, les mets servis, le père de Deranir les attendait en silence.
Deranir et Nimloth s'installèrent sans plus de cérémonie, tous les deux épuisés par leur journée et leur courte altercation.
Je crois, et j'en ai bien peur, que ce sera tout pour ce week-end. On attend quand même vos commentaires ! :D
