On est inspirés en ce moment, je crois... ENJOY !


Chapitre 4
L'idée folle de Galador,
ou comment les pires choses vous tombent sur la tête au moment précis où vous ne vous y attendiez pas du tout


Deranir s'épuisait chaque fois à deviner qui serait son énième promise, et son père le savait parfaitement. Plus que n'importe qui, Galador savait ce que signifiait chacune des mimiques de son fils, si infimes fussent-elle. Le Prince avait sans cesse l'impression d'être un livre de chevet lu et relu que son père ouvrait quand bon lui semblait. Deranir, perdu dans ses hypothèses, n'entendit pas son père qui lui parlait :

- ...ranir ! Voyons, ton esprit calme et méthodique n'arrive pas à discerner ta future épouse ?

- Je ne sais pas père. Si vous nous disiez le fin mot de l'histoire au lieu de maintenir un suspens empêchant nos jambes fatiguées d'aller se reposer ?

- Allons, ne sois pas si impatient et écoute. Pourquoi chercher si loin une réponse qui se trouve à tes côtés ?

Un silence gênant s'installa dans la grande salle. En cet instant, le Prince était si rouge qu'on aurait dit que ses veines avaient éclaté à l'intérieur de son corps. Rouge de honte, mais aussi et surtout de colère. Absurde ! Pas Nimloth. Et son père n'avait aucun pouvoir sur sa vie privée. L'hébétude passée, Deranir souffla :

- Nim'... Père, vous n'avez pas le droit ! Nimloth et moi sommes amis, que cela vous plaise ou non !

- Mais, mon fils, les bans de mariage sont déjà annoncés. Il ne restait plus qu'à avertir les deux principaux concernés !

Depuis que Galador les avait retenus, l'esprit de Nimloth s'était déjà enfui de la salle. C'est dire que l'idée de l'ancien Prince de Dol Amroth lui tomba dessus sans qu'elle ne puisse rien y faire. Sa mère lui avait déjà dit pour la taquiner qu'elle était épérdument amoureuse de Deranir, taquineries qu'elle balayait d'un léger haussement d'épaules avant de s'enfuir de chez elle. Mais là, Nimloth manqua de s'étouffer. Un instant elle cru que Luinil avait trop serré son corset, ce qui signifiait pourquoi elle se sentait si mal, mais ce ne fut que lorsque Galador éclaircit sa phrase qu'elle comprit que ce n'était pas à cause de fils trop noués que l'oxygène refusait d'alimenter ses poumons. Là, elle avait l'air aussi ridicule qu'un poisson hors de l'eau, la bouche ouverte pour essayer en vain de survivre quelques minutes de plus, respirant une atmosphère dont l'oxygène était bien trop rare pour que son instinct de survie en soit satisfait. Soit elle avait été trop bornée pour rejeter à chaque fois les insupportables allusions de sa mère, qui pourtant était une des personnes qui les connaissait le mieux, soit elle avait été complètement aveugle. Mais présentement, la scène qui se déroulait dans la grande salle fricotait avec le comique, le ridicule surtout, et devenait franchement irritante. Nimloth essaya de respirer calmement pour se calmer et fut rassurée de voir que son coeur arrivait à retrouver son rythme habituel. D'ordinaire, toutes les histoires d'amour l'ennuyaient profondément. Surtout en ce moment...

Galador, ce vieux renard, sortit tranquillement de la salle avec un petit sourire aux lèvres, ne laissant pas les deux amis le temps de répliquer. De toute évidence, il était satisfait de l'effet qu'il avait provoqué sur les deux promis, et toute autre discussion était inutile. Deranir se tourna lentement, très lentement vers Nimloth.

- Nim', je te jure que je ne savais pas… Je ne pensais pas mon père capable de cela.

Nimloth lâcha un profond soupir et se laissa tomber sur une des marches de l'estrade sur laquelle la table d'honneur était dressée chaque soir.

- Je n'en peux plus...murmura-t-elle. Ton père est devenu complètement fou...

Elle enfouit sa tête dans ses mains.

- Ce n'est pas contre toi que je suis en colère, Deranir, ajouta-t-elle. Mais contre lui. C'est ignoble de faire un coup pareil !

Deranir s'assit près d'elle, essayant vainement de la consoler. Il la considérait plus comme une sœur qu'autre chose, et la voir malheureuse le rendait presque malade.

- J'essaierai d'arranger ça auprès de lui. Et tant pis si le peuple gronde ! S'il veut aller bien, il faut qu'il en soit de même pour son souverain ainsi que sa meilleure amie !

La jeune femme releva la tête et finit par offrir un sourire triste à Deranir.

- Il n'acceptera pas de parlementer, je le connais. Et d'après lui, la chose est bien trop avancée pour qu'on ne l'arrête. Mais il aurait pu prévenir ! gémit-elle, se retenant de fondre en larmes.

Deranir ne le savait que trop bien. Quoiqu'il puisse dire, son père avait bien joué son jeu et il serait impossible d'annuler les fiançailles. Mais la larme que lâcha Nimloth serait celle qui ferait déborder le vase. Par tous les dieux, cela allait se payer ! Le Prince se promit intérieurement de venger Nimloth. Elle ne pleurait qu'en de très rares occasions, mais il savait qu'elle détestait ne pas pouvoir choisir du chemin que prendrait son destin. Deranir refoula un peu sa haine dirigée vers son père pour prendre sa meilleure amie dans ses bras.

- Du calme, Nim'. Je te promets de tout arranger…

En cet instant naquit dans l'esprit du jeune homme l'envie de tuer. Ce désir dissimulé derrière un tendre sourire pour Nimloth croîtrait au fil du temps, Deranir le savait.

Nimloth se mordit la lèvre quand Deranir la prit dans ses bras. Comme lorsqu'ils étaient plus jeunes, presque par réflexe, elle se blottit contre lui, se fichant bien de la possibilité minime que Galador n'entre de nouveau dans la grande salle. Ils étaient seuls, elle pouvait bien se le permettre non ?

Puis, doucement, elle se dégagea.

- Et toi... Comment tu le prends ? demanda-t-elle d'une voix éteinte. Tu t'y attendais ?

- Je...

Deranir ne savait plus bien quoi penser. Cette nouvelle l'avait pris au dépourvu, et sa stupeur devait égaler celle de Nimloth.

- Je n'en savais rien, et concernant le choix de mon père, mon esprit était à des lieues de de toi. Pour être honnête, je ne me voyais pas encore marié.

Il ajouta avec un air réconfortant :

- Cela dit, je ne peux que féliciter Galador pour son bon goût.

Nimloth sourit et serra la main de son ami.

- Eh bien, on se débrouillera pour lui rendre la vie dure...

Elle contempla quelques instants le plafond voûté de la salle, et regarda de nouveau Deranir.

- Mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi moi... Je veux dire, pourquoi c'est moi qu'il a choisie. Tu comprends, il y a des tas d'autres filles de meilleure condition que moi ! Je suis juste fille de nourrice, je ne suis rien par rapport à vous !

Deranir ne se faisait aucun souci quant à cela. Son père allait vivre les pires mois de sa vie, qui commençait à trop durer au goût du Prince...

- Tu comptes bien plus pour moi que toutes les autres et mon père l'a compris. Il pense sûrement avoir fait le bon choix... Mais nous ne sommes pas prêts. Comment vit un couple ? Au fil des mois il s'enlise dans une monotonie affligeante...

Nimloth fronça les sourcils. Elle n'avait retenu qu'une chose dans le discours de Deranir... Et ça la rendait encore plus mal à l'aise.

- Je "compte bien plus pour moi que toutes les autres" ? répéta-t-elle, hébétée. Et ça veut dire quoi, ça ?

Deranir sentit qu'il lui devait une explication, même si parler de ses sentiments ne l'enchantait guère.

- Les autres femmes sont si ennuyeuses, si prévisibles... Mais toi Nim' tu es si imprévisible, si gentille ! J'ai bien remarqué que tu étais la seule à remercier les serveurs. Bref, tu es la plus humaine dans cet enfer ornementé de dorures.

- La plus humaine ? releva Nimloth avant de pouffer de rire.

Elle posa sa tête sur l'épaule de Deranir. La présence de son ami la réconfortait peu a peu, même si quelques minutes plus tôt, elle s'était totalement abattue. Finalement, si elle devait finir sa vie avec lui, cela l'arrangeait plus qu'autre chose...

Deranir aimait la présence de son la jeune femme. Après tout, vivre avec elle ne le dérangeait pas. C'était la seule qu'il appréciait dans ce château, et l'absence d'amour n'empêchait pas leur belle amitié de continuer. Il lui caressa doucement les cheveux avant de déposer un baiser sur son front, comme à son habitude.

Elle sourit et plongea ses yeux dans ceux de Deranir.

- Tu n'as pas répondu à ma question, lui rappela-t-elle.

- Tu connais pertinemment la réponse. Je t'aime comme une sœur...

- C'est ça, rigola Nimloth. Et moi je suis Dame Galadriel...

- Allons ! Elle n'est pas aussi belle.

Nimloth croisa les bras avec une moue boudeuse.

- Quelle conclusion dois-je en tirer ? dit-elle avant de sourire à Deranir, d'une voix plus amusée que pleine de sous-entendus.

- Que même si l'amour n'est pas là, tu es parfaite Nim' !

Nimloth éclata de rire.

- Je sais ! Mais j'aime te l'entendre dire !

Deranir rit pour la deuxième fois de la soirée.

- Je le dirai autant de fois qu'il te le faudra. Viens, je te raccompagne jusqu'à ta chambre.

Un sourire taquin aux lèvres, Nimloth saisit la main que Deranir lui tendait pour l'aider à se lever, et elle arrangea les plis de sa jupe. Elle était profondément heureuse que l'idée folle de Galador n'ait rien changé entre elle et son ami.