On est en retard. Désolée. Mais on a eu du mal à se croiser...
(wah, ça fait trop bizarre de parler à la deuxième personne du pluriel ! J'espère que je vais pas me mettre à imiter Gollum.)
Bref, voilà le chapitre neuf ! Merci à tous ceux qui ont laissé des reviews et bonne lecture...
Chapitre 9
La petite chose dorée,
ou comment les ennuis arrivent petit à petit, discrètement,
sans qu'on ne les sente venir
Nimloth passa l'après-midi seule, enfermée dans sa chambre alors que la pluie de ce nouvel orage battait les vitres.
Dès qu'elle et Deranir étaient retournés dans le château, elle avait insisté pour qu'il la dépose dans sa chambre et s'était installée sur son fauteuil, sa cheville reposant sur un tabouret recouvert d'un coussin confortable.
Luinil l'avait accueillie avec un grand soupir exaspéré mais n'avait rien dit, intimidée par la présence de Deranir qui avait aidé Nimloth à s'asseoir.
Mais dès que le fiancé de Nimloth avait disparu, Luinil, cette servante effrontée de dix-huit ans, avait repris ses incessants babillages.
- Où étiez-vous allée, par Eru ?
Silence.
Nimloth avait fusillé Luinil du regard.
- Et cette nuit ? Vous avez aussi disparu. Votre mère s'est inquiétée de ne pas vous trouver ici et j'ai été incapable de lui répondre quoi que ce soit.
- Heureusement que tu en as été incapable, grommela Nimloth en attrappant un livre de contes posé sur une table basse.
- Qu'est-ce que vous avez fait pour avoir une cheville dans cet état ?
- Mais bon sang, Luinil ! Ce que je fais ne regarde que moi, c'est clair ? Je ne vais pas te raconter ma vie, en plus !
- Vous me parlez, d'habitude.
- Mais maintenant je n'en ai pas envie, c'est tout.
- Et en ce moment vous êtes toujours fourrée avec le Prince.
- Bon sens de l'observation, bravo. Ca ne change pas de d'habitude.
Luinil la regarda droit dans les yeux, en préparant un baquet d'eau de mer, qu'elle réchauffait afin de soulager Nimloth de sa douleur au pied, mais pour une fois, elle n'ajouta rien.
- Quelque chose a changé ? s'enquit Luinil.
On voyait qu'elle voulait avoir des ragots à raconter à ses amies du lavoir.
- Tu le sauras bien assez tôt, crois-moi, répliqua Nimloth d'un ton bourru, plongeant son pied dans l'eau brûlante.
La jeune femme soupira d'aise et se concentra de nouveau sur son livre.
- Bon, je peux mourir en paix.
Nimloth hocha la tête et s'agita sur son siège.
Elle détestait rester inactive aussi longtemps et Luinil commençait à profondément l'énerver.
Profitant que son esprit soit subitement éclairé par une brusque inspiration, elle appela la domestique.
- Peux-tu aller chercher le Prince Deranir ? J'ai à lui parler.
- A vos ordres...
:::
Deranir cherchait son père, cheminant frénétiquement dans les couloirs de son palais.
Pour lui dire quoi, de toute façon ? Il pensait sans cesse à Nimloth et à sa cheville. C'était la première fois qu'une blessure d'autrui le préoccupait à ce point, fût-elle bénigne.
Le Prince fut pris au dépourvu lorsqu'il croisa son père, ou plutôt lorsqu'il le heurta de plein fouet alors qu'il regardait ses pieds en avançant.
Les deux hommes tombèrent au sol, et une petite chose dorée s'échappa de la poche de Galador, celui-ci s'empressant de la ramasser, presque avidement. L'action se déroula si vite que Deranir ne put savoir ce que son père avait voulu de toute évidence dissimuler.
Mais après tout, un si petit objet ne devait pas être d'une grande importance.
Deranir aida le vieux Prince à se relever avant de lui serrer la main.
Celle-ci était moite, et Galador semblait essoufflé, les yeux légèrement hagards, quelques cheveux se collant sur son front. "Être Prince demande des efforts, Père en refait l'expérience" pensa Deranir. Tout de même... Lointaine était la dernière fois que le Prince avait vu son père dans cet état. Il décida de ne pas s'en soucier.
- Bonjour, Père. Je... Oui, je voulais vous avertir que je reprends les responsabilités que je vous ai octroyées hier. S'est-il passé quelque chose d'important pendant notre... mon absence ?
Galador chercha ses mots, légèrement hésitant.
- Mon fils je... Non, rien qui ne vaille la peine que tu t'y intéresses.
- ... Quelque chose ne va pas ?
Le vieux renard sourit.
- Je te retourne la question. Quelle pensée obscurcissait ton esprit au point de ne pas me voir dans ce couloir ?
Deranir rougit et sembla redevenir temporairement un enfant pris en train de faire une bêtise.
- Absolument rien, Père.
- Nous pouvons nous faire confiance, n'est-ce pas ?
- Evidemment !
Le Prince donna ensuite congé à son géniteur, reprenant le fil de ses pensées ainsi que sa marche dans les couloirs, ne faisant encore une fois aucunement attention aux endroits où il mettait les pieds.
Quelques instants plus tard, Deranir tomba nez-à-nez avec Luinil alors qu'il se dirigeait vers la salle du trône, pressé qu'il était par les affaires du royaume qui ne s'amenuisaient jamais. Le Prince grogna.
- Si tu es là, c'est qu'une certaine personne m'appelle. Je te suis.
La jeune femme esquissa une révérence en essayant de reprendre son souffle, les joues rougies par sa course effrénée dans les couloirs. Nimloth l'avait bien prévenue qu'elle devait trouver le Prince rapidement et, quitte à predre toute crédibilité aux yeux des habitants du château, Luinil avait parcourut les couloirs comme une dératée.
- Vous êtes perspicace, monseigneur, articula Luinil d'une voix sourde, osant à peine lever les yeux vers Deranir.
Il était rare qu'elle perde ses moyens mais devant le Prince de Dol Amroth, personne ne pouvait résister à son allure royale, qui faisait taire même les plus bavards et terrifiait les jeunes enfants. Et Nimloth était la seule à pouvoir le regarder droit dans les yeux et à lui tenir tête, à croire qu'elle avait plus de cran que n'importe-qui dans le royaume.
Deranir n'aimait pas spécialement Luinil.
Bien qu'il semblât évident qu'elle s'était hâtée, la servante perdait toujours son temps en politesses inutiles. Quelle bêtise Nimloth avait faite pour hériter d'elle, les dieux seuls le savaient...
Avant de suivre la bonne, Deranir réajusta l'armure royale qu'il devait porter en permanence.
Elle se composait d'un plastron argenté décoré de divers ornements, sur lequel reposait un manteau de fourrure épais et brun dont les extrémités étaient accrochées aux épaulières à l'aide de fins crochets d'or. Ainsi habillé, il paraissait invincible aux yeux de ses soldats, le prix à payer étant la température insupportable qui l'assaillait. Mais faire mauvaise figure devant les hautes figures du royaume pouvait se révéler être plus dangereux que d'affronter seul une meute d'orques infâmes...
Luinil s'inclina rapidement et disparut par une porte de service, heureuse d'avoir échappé à l'emprise du Prince. Elle arriva vite dans les appartements de Nimloth, connaissant le derrière du décor du palais comme sa poche.
Une fois à l'intérieur, elle s'arrêta devant la jeune femme.
- L'eau est-elle encore assez chaude ? s'enquit Luinil.
Nimloth hocha la tête, somnolente.
- Le Prince arrive, annonça Luinil.
- Laisse nous seuls dans ce cas.
- Très bien.
::::
Accélérant le pas sans vraiment s'en apercevoir, Deranir finit par arriver devant la porte du repaire de Nimloth. Il gratta à la porte, histoire de prévenir un minimum de son arrivée, mais se permit tout de même d'ouvrir et se dirigea vers l'endroit où il avait quitté sa fiancée après leur retour fracassant au palais.
- Tu voulais me voir, Nim' ?
Elle était mi-assise mi-allongée sur un fauteuil, un livre à la main, sa cheville plongée dans un baquet d'eau chaude. Au vu des yeux brillants de Nimloth et des minuscules sursauts de douleur qui agitaient sa jambe de temps à autre, Deranir eut un pincement au coeur.
Finalement, un grand sourire éclaira le visage de Nimloth, et elle reposa son livre, étalé du côté des pages sur ses genous.
- Assieds-toi, proposa-t-elle d'une voix douce.
Elle attendit que Deranir s'installe près d'elle et tourna la tête sur lui.
- Je voulais surtout de la compagnie, rigola-t-elle avec un sourire taquin. Et tu es la meilleure compagnie possible, non ?
Deranir éclata de rire.
- Tu m'as pris au piège, sorcière !
Il l'embrassa doucement.
- Magnifique sorcière.
Nimloth planta ses yeux dans ceux de Deranir, et se contenta de sourire mystérieusement, se laissant pour une fois faire sans protester.
- Sorcière ? répèta-t-elle d'un ton piteux.
- Non, tu es encore pire. Une sorcière a besoin d'incantations, de sortilèges pour envoûter quelqu'un... Alors que toi, tu me fais brûler rien qu'en m'accordant un regard.
- Je devrais faire partie des Istari à ce point, alors ! Ou des Valar, rigola Nimloth en embrassant doucement Deranir.
- Et nous sommes encore loin de la vérité ma chère.
- Maia, vraiment ? Tu me flattes !
- Tu es digne d'Eru voyons !
- Là, je ne te crois pas du tout !
- Oh, arrêtes de protester ! Que lisais-tu ?
Nimloth adressa un grand sourire à Deranir, les yeux brillants de malice.
- Je ne proteste pas ! Pour une fois que je respecte la volonté de ma mère, c'est à dire me comporter comme une Dame, tu devrais me féliciter !
Elle regarda vaguement son livre et glissa ses doigts dans ceux de Deranir.
- Oh, trois fois rien. Des légendes du Premier Age, en quenyan. Tu veux essayer un peux pour pratiquer ? demanda-t-elle avec un clin d'oeil, sachant que Deranir était particulièrement allergique au quenyan.
Deranir déglutit légèrement, ne souhaitant pas faire une fois de plus une piètre prestation dans ce domaine.
- Non merci, Nim'... C'est trop simple pour l'érudit que je suis !
Nimloth sourit et vola un léger baiser à Deranir.
- Il va falloir que tu révises ton vocabulaire...
Deranir donna une excuse si rapidement qu'on aurait pu ne pas entendre l'idiotie de son contenu :
- Nondésolépasbesointusaiscen'estpastrèsgrave.
- La prononciation aussi laisse à désirer, répliqua Nimloth d'une voix irritée. Tu es Prince et tu ne pratiques même pas ?
Deranir fit une moue orageuse.
- Tu sais bien qu'à chaque fois que j'entends du quenyan, j'ai l'impression d'écouter un elfe qui aurait appris sa langue aux côtés d'un nain. Je n'aime pas du tout...
- Hé !
Elle caressa la joue de Deranir, sans quitter les iris du Prince.
- Je plaisantais. Tu ne sais même plus reconnaître une boutade ?
Le Prince la saisit soudain par les poignets avant de la chatouiller frénétiquement.
- Mais si voyons !
- Arrête ! Par Yavanna, Eru, Elbereth, Aulë, Ainu et par Pitié, arrête ! s'écria Nimloth entre deux fous rires.
- Je ne connais pas Pitié, il est intéressant ? rigola Deranir en continuant de la torturer.
- Uniquement si il peut me libérer ! riposta Nimloth, les yeux humides. S'il te plait, Deranir, ça suffit !
Deranir sourit jusqu'aux oreilles et la libéra sur-le-champ.
Puis, une ombre passa dans son regard. Il avait trouvé ce qui le taraudait depuis un moment...
- J'ai vu Père il y a peu. Nous nous sommes percutés dans les couloirs, nous sommes tombés, et une petite chose est sortie de sa poche. Un objet doré. Je n'ai pu voir ce que c'était, Père l'a ramassé en hâte...
Nimloth ne répondit pas, dirigeant son regard vers les flammes du feu qui brûlait sans répit dans la cheminée en face d'eux. Dispensant chaleur et lumière dans la pièce, l'âtre était pour la jeune femme un véritable réconfort. De loin, elle paraissait ne pas avoir entendu Deranir, mais elle s'était juste perdue dans ses pensées.
Parce que ce que Deranir venait d'annoncer confirmait ses craintes du matin.
Elle soupira en essayant de remettre ses pensées en ordre, son regard s'attardant sur un mot de son livre : Morgoth. Malgré la chaleur ambiante et les bras de Deranir qui l'entouraient, elle frissonna, alors qu'une terreur sourde l'envahissait, bien qu'elle mettait en oeuvre toute la force de sa volonté afin que Deranir ne remarque pas son doute.
- Dans ce cas les beaux jours sont réellement terminés, annonça Nimloth d'une voix grave, les yeux perdus dans les flammes rouges du feu de la cheminée.
Elle ne tourna pas le regard vers Deranir, alors que les flammes semblaient venir lécher son corps, semblaient faire fondre son cerveau tant l'angoisse l'envahissait.
On avait confié un Anneau de pouvoir à Galador. Et le vieux Prince de Dol Amroth avait tout l'air d'avoir déjà succombé à ce... pouvoir.
