Bonjour à tous,
Il semblerait que j'ai réussi à vous surprendre avec cette fiction… Espérons que cela dure et surtout que vous continuerez à lire ! Encore un grand merci pour vos encouragements, vos idées et mises en alerte.
Bonne lecture !
(_¸.•°´'`°¤,¸.•*´`*•.¸,¤°´'`°•.¸_)
Chapitre 3
POV Bella
-Hors de question que je mange ça !
-Allez Bella, il faut que tu goûtes. Ça se trouve tu vas adorer.
-Non c'est moche et ça pue !
-Bon, on fait un deal. Tu prends une toute petite bouchée et si ça te plaît pas, je vais t'acheter un gâteau.
-D'accord.
Je saisis la fourchette et attrapai un peu d'épinard. L'odeur était aussi infecte à l'extérieur que dans ma bouche. Je recrachai ma bouchée sans même la mâcher.
-Non mais comment faites-vous pour manger des trucs aussi abominables ?
-Bon eh bien, nous venons d'apprendre que tu n'aimes pas les épinards. Tu vois petit à petit, tu redécouvres tes goûts.
-Moui c'est vrai... Comment je vais faire sans toi ?
-Mais tu n'auras pas à faire sans moi Bella. Je reste avec toi !
-Et ta vie ? Tu ne vas pas me couver jusqu'à la fin des temps.
-Je ne te couve pas ! Tu es ma meilleure amie.
-Merci beaucoup Alice. Je t'adore !
Je m'étais réveillée, il y a maintenant deux semaines et je réapprenais à vivre doucement. Alice venait me voir presque tous les jours et son chéri, Jasper, venait quelques fois aussi.
Je ne me souvenais de rien. Ma vie était une page blanche. Carlisle m'avait expliqué que j'avais eu un grave accident et que ma mémoire avait pris des vacances suite au choc. Je me retrouvais donc dans une petite chambre jaune sans rien.
A part les Cullen, personne ne venait me voir et je me demandais si j'avais une famille. Alice m'avait dit qu'elle ne pouvait pas m'en parler car c'était une chose qu'il fallait que mon esprit retrouve tout seul. Elle m'avait dit aussi qu'elle ne connaissait rien de ma vie d'avant. Pour elle, j'étais Isabella et je vivais à Seattle. Elle était une amie formidable et me soutenait dans chaque épreuve.
Ma mémoire avait pris de grandes vacances car je n'arrivais plus à écrire, ni à lire. D'après l'équipe médicale, je n'avais conservé que les automatismes tels que la parole, les réflexes de survie et la motricité.
Peu de temps après mon réveil, mes plâtres et bandages avaient été retirés et j'avais découvert mon corps. J'avais un grand tatouage sur une jambe, il partait de la cheville et remontait jusqu'à mon bassin. Alice m'avait dit que j'en avais un autre dans le dos mais je ne pouvais pas le voir.
Mon premier rendez-vous avec le kiné avait été horrible. Mon corps était réticent à chaque mouvement et j'avais terminé la séance en pleurs à cause des douleurs. Les larmes étaient sorties toutes seules et j'avais mis un peu de temps à comprendre pourquoi.
A chaque repas, les infirmières et Alice essayaient de me faire goûter à de nouveaux plats pour m'aider à retrouver mes goûts et peut-être réactiver ma mémoire défaillante. Carlisle pensait que certains aliments étaient liés à certaines périodes de notre vie. Lui adorait la rhubarbe car sa grand-mère lui faisait une tarte à chaque fois qu'il y allait.
Je pouvais donc déjà dire que je préférais le lait chocolaté au café pour mon petit déjeuner, que j'adorais le pain beurré, que je détestais le poisson et les épinards et que j'adorais les pâtes, les choux-fleurs, les haricots verts et les pommes de terre sous toutes les formes possibles.
Alice m'avait amené un calepin et un stylo pour que je m'entraîne à écrire et cette connaissance revint très rapidement. Cela fut très utile car je pris l'habitude de noter tout ce qu'il me passait par la tête, mes pensées, mes doutes, mes craintes, mes rêves mais aussi toutes les impressions de déjà-vu qui hantaient mes journées. Elle me confia également des livres pour m'occuper et je les dévorais rapidement. Du moment où j'avais réussi à écrire, j'arrivai à lire avec beaucoup d'aisance.
Mon bras gauche était encore réticent et ne fonctionnait pas bien. Les médecins avaient parlé d'un nerf endommagé. La fracture de mon bassin n'était pas totalement résorbée et je devais me déplacer dans un fauteuil, une vraie horreur. Mon kiné était passé d'ennemi à allié en quelques jours. J'avais compris qu'il voulait m'aider à avancer et surtout à sortir d'ici.
Un coup frappé à la porte me tira de ma rêverie. J'autorisai mon visiteur à entrer et fus surprise de ne pas connaître cette personne. Une femme d'une quarantaine d'année se trouvait face à moi. Elle me souriait tendrement et tenait un paquet.
Elle avait le teint pale et de beaux yeux or, comme ceux d'Alice, Jasper et Carlisle.
-Bonjour Bella, je suis Esmé, la mère d'Alice.
-Bonjour Madame. Alice m'a beaucoup parlé de vous.
-S'il te plaît, pas de Madame avec moi, je ne suis pas si vieille que ça ! Appelle-moi Esmé.
-Bien sûr Esmé. Asseyez-vous, je vous en prie.
-Merci Bella. Je suis venue te voir car Alice ne pouvait pas venir aujourd'hui. Elle s'en excuse d'ailleurs. Du coup, je me suis dit que nous pourrions faire connaissance toutes les deux. Je t'ai ramené des lasagnes maison. Ce sera mille fois mieux que la nourriture infâme de cet hôpital !
-Merci mais il ne fallait pas vous déranger !
-Ça ne me dérange pas du tout. En plus, elle m'a confié d'autres livres pour toi. Tu devrais manger ton plat avant qu'il ne refroidisse.
Elle me regarda manger avec émerveillement. Ses lasagnes étaient très bonnes et je décrétais intérieurement que c'était mon plat préféré jusqu'à nouvel ordre. Ensuite, elle me donna une part de gâteau au chocolat gigantesque que j'eus beaucoup de mal à terminer.
Malgré mon envie de discuter avec elle, le sommeil m'emporta rapidement. A croire que le repas avait des propriétés sédatives. A mon réveil, elle était toujours assise au même endroit et lisait un roman assez épais que je ne connaissais pas.
-Je suis désolée de m'être assoupie Esmé.
-Ne t'inquiète pas, tu as un grand besoin de repos. J'en ai profité pour relire ce livre. Connais-tu Shakespeare ?
-Alice m'en a parlé mais je n'ai encore rien lu de lui.
-Tu devrais lire Roméo et Juliette, je suis sûre que ça te plaira.
Nous discutâmes de nos goûts littéraires avant qu'elle ne prenne congé.
-Il faut que je rentre. Je dois faire à manger à ma tribu pour ce soir. J'espère que tu pourras bientôt sortir pour nous rejoindre à la maison.
-Oh, je ne voudrais pas vous déranger. Je dois certainement avoir un chez moi.
-Oui mais ça ne t'empêchera pas de venir manger à la maison j'espère !
-Bien sûr oui ! En tout cas, merci d'être venue Esmé.
-A bientôt Bella. J'ai été enchanté de faire ta connaissance.
Une fois qu'elle fut hors de la chambre, je me mis à réfléchir à ce qu'elle m'avait dit. Pourquoi était-elle enchantée de me connaître ? Si j'étais l'amie d'Alice, pourquoi n'avais-je jamais vu sa mère ? Une autre interrogation me vint en repensant à sa tribu. J'avais senti mes entrailles se serrer à l'évocation de ce mot. On aurait dit que j'avais eu peur, mais pourquoi ?
Je saisis mon calepin rapidement pour y noter mes nouvelles impressions ainsi que mes questions pour Alice. Peut-être pourrait-elle m'aider encore une fois. Ensuite, je sais le gros livre qu'Esmé m'avait amené et après avoir effleuré les lettres d'or du titre, j'ouvris pour lire la première page.
¸.•*´`*•.¸
LE CHŒUR
Deux familles, égales en noblesse, Dans la belle Vérone, où nous plaçons notre scène, Sont entraînées par d'anciennes rancunes à des rixes nouvelles où le sang des citoyens souille les mains des citoyens.
Des entrailles prédestinées de ces deux ennemies a pris naissance, sous des étoiles contraires, un couple d'amoureux dont la ruine néfaste et lamentable doit ensevelir dans leur tombe l'animosité de leurs parents.
Les terribles péripéties de leur fatal amour et les effets de la rage obstinée de ces familles, que peut seule apaiser la mort de leurs enfants, Vont en deux heures être exposés sur notre scène.
Si vous daignez nous écouter patiemment, Notre zèle s'efforcera de corriger notre insuffisance.
¸.•*´`*•.¸
Sans réellement m'en rendre compte, je lus une bonne partie du livre sans être consciente du monde extérieur. Il fallut que les infirmières me rappellent à l'ordre une paire de fois pour m'obliger à dormir et à me sustenter. Cette œuvre dramatique me permit d'oublier ma propre souffrance. J'arrivai à m'évader de mon propre corps.
Un mois, jour pour jour, après mon réveil, j'eus la bonne surprise de voir arriver Alice, Jasper, Carlisle et Esmé dans ma chambre.
Alice ressemblait à un ressort et sautait partout. Jasper, quant à lui, essayait de la tempérer comme il le pouvait. Comme à son habitude, Esmé s'installa sur le fauteuil à mes côtés et Carlisle se positionna au bord du lit exactement comme lors de mon réveil.
-Nous avons une bonne nouvelle à t'annoncer Bella. D'un point de vue médical, nous n'avons plus besoin de te garder alitée. Il faudra juste que tu ailles voir un kiné pour quelques séances supplémentaires.
Je ne trouvai rien à répondre à Carlisle. Je n'avais pas encore réfléchi à ma sortie, je ne savais pas si j'étais prête à retourner dans le monde. Qu'allais-je faire si quelqu'un me saluait ? Il dut voir mon trouble et continua ses explications.
-Tu as réussi à récupérer la mémoire pour tes souvenirs les plus anciens. Le fait que nous habitions à Forks pourra certainement t'aider à retrouver ton passé. Un lieu de cette ville sera certainement un électrochoc.
-Mais je croyais que mon appartement se situait à Seattle.
-C'est le cas mais je ne suis pas sûr qu'il soit judicieux que tu y retournes toute seule au début.
Il est vrai que je craignais de retourner dans cette grande ville inconnue. Je ne me rappelais de rien, ni de personne. Esmé se pencha pour me saisir la main. Elle devait vraiment avoir un gros problème de circulation sanguine car elle avait constamment les mains froides.
-Si tu le souhaites, nous avons un cottage près de chez nous qui est disponible. Il nous sert habituellement à recevoir nos invités. Alice et moi avons refait la décoration pour qu'elle te corresponde et que tu t'y sentes bien.
-Et vos invités ?
-Ils dormiront chez nous si besoin. Je t'aurais bien proposé de venir dans la maison principale mais je me doute bien que tu as besoin d'intimité.
-En plus tu ne seras pas seule. Nous habitons juste à côté. Ajouta Alice.
-Je... mais... tu... Je ne veux pas vous embêter. Vous avez votre vie.
-Et tu en fais partie. Que dirais-tu d'essayer et si ça ne va pas, je te ramène à Seattle. Qu'en dis-tu ?
-Ok Alice. Je veux bien essayer.
Ma sortie fut rapidement organisée et je me retrouvais rapidement dans une grosse voiture noire avec Esmé, Alice et Jasper. Carlisle devait finir sa journée à l'hôpital avant de rentrer.
Mon amie avait tenu à ce que je me déplace en fauteuil pour éviter d'avoir mal au bassin. J'avais l'air d'une empotée et je détestais le regard que les autres personnes me jetaient. Ils me fixaient avec pitié et dégout. Je fus plus qu'heureuse de pouvoir me cacher dans la voiture de mon amie. Les vitres étaient teintées en noir et me permettaient une certaine intimité salvatrice. La position assise était assez inconfortable et je fus heureuse que Jasper conduise la voiture à une vitesse élevée. Je voulais me coucher le plus rapidement possible.
Nous traversâmes le centre de Forks et je jetais un coup d'œil pour voir de petits bâtiments en brique. Nous dûmes patienter à l'unique feu rouge de la bourgade et j'eus le temps d'observer les gens et la représentation grandeur nature d'un ours brun. Un nouveau frisson parcourut ma colonne vertébrale sans réellement comprendre pourquoi. Mais à part cette sculpture, je ne reconnus rien du tout. C'était déprimant. Carlisle m'avait pourtant assuré que de côtoyer un lieu connu me permettrait de mettre de l'ordre dans ma tête.
-Ne t'inquiète pas Bella. Il faudra certainement un peu de temps pour que tes souvenirs reviennent.
Alice... Mais comment faisait-elle pour répondre à mes interrogations silencieuses ? Elle était plus que perspicace !
Je sentis la voiture ralentir et décidai de refixer mon attention sur l'extérieur. Nous avions quitté la ville et prîmes un chemin de gravier bien caché dans la forêt. Nous roulâmes encore quelques instants avant d'arriver sur un espace dégagé. Au milieu de six grands arbres, je distinguai une belle pelouse bien entretenue et du réprimer un hoquet en découvrant la maison de mon amie.
Elle était blanche et gigantesque. Elle me faisait penser à une représentation de la propriété de Longbourn dans Orgueil et Préjugés de Jane Austen. La seule différence était que les murs étaient blancs et non rouge brique. D'énormes baies vitrées avaient pris place sur la façade et rendaient l'ensemble magnifique.
Sur la droite, il y avait une dépendance d'un même style architectural. Aucune fenêtre n'était visible mais l'énorme porte en bois noir me fit penser à un garage. A quoi pouvait-il servir ? Personne n'avait besoin d'autant de place pour garer sa voiture. Entre la maison et le garage, on devinait un sentier menant vers la forêt mais je ne voyais pas le fameux cottage où j'allais vivre.
Jasper stationna la voiture pile devant le perron de la grande villa. Chacun disparut de la voiture et avant que je puisse bouger un seul pied, la porte s'ouvrit, laissant apparaître Jasper et mon maudit fauteuil.
-Avant de te montrer ton chez toi, Esmé souhaite te faire visiter notre maison. Ça te va ?
-Oui, si tu veux Jasper. Par contre, je vais avoir du mal dans les escaliers.
-Je m'en doute. Si tu es d'accord, je te porte jusqu'au perron. Ensuite, je serais ton escorte.
Sur ce il fit une grande révérence. J'eus l'impression d'être une dame de la cour descendant de son carrosse. Je ris telle une enfant avant même de m'en rendre compte, ce qui déclencha mes rougissements. Il perdit son sourire durant quelques secondes avant de reprendre contenance et de se pencher vers moi.
-Que se passe-t-il Jasper ?
-Rien ne t'inquiète pas. Prête ?
-Ouaip'
Je passais mon bras droit autour de son cou et il passa un de ses bras dans mon dos et l'autre sous mes genoux. Il se releva rapidement comme si je pesais le poids d'une plume, il ferma la porte avec son genou et se dirigea vers le perron. Une fois arrivés en haut des marches, il me déposa avec douceur puis s'éloigna rapidement de moi. Il semblait gêné.
-Jazz ? Maman aurait besoin de toi. Tu veux bien y aller ?
Je n'avais pas entendu Alice arriver et je sursautai lorsqu'elle parla.
-Oui j'y vais. Mais j'avais promis à Bella de lui faire la visite.
-Ne t'en fais pas mon chéri. Je vais m'en occuper, rejoins-nous après si tu veux.
-D'acc' ! A plus !
Il me semblait troublé mais donna le change et me sourit avant de partir. J'aurais voulu demander ce qui se passait mais Alice reprit son monologue, un vrai guide touristique.
-Allez zou Bella, c'est parti pour la visite ! Je ne sais pas si Maman te l'a dit mais elle est décoratrice d'intérieur. Elle a refait cette maison après avoir lu Orgueil et Préjugés. Elle adore Jane Austen.
-Moi aussi j'aime beaucoup. La maison ressemble beaucoup à la propriété de Longbourn...
-Oui c'est exactement ça ! Elle va être contente de voir que tu connais. Bon alors, nous voilà dans l'entrée, mais ça je pense que tu avais vu... Je te montrerai les étages quand tu seras remise.
Elle fit pivoter mon fauteuil vers la droite et continua son explication.
-Par ici, tu as le bureau de Carlisle et un salon de lecture. Il y a aussi une chambre d'amis qui sera la tienne pour cette semaine.
-Tu ne m'avais pas parlé de ça... Je vais vous déranger.
-Mais non ne t'en fais pas. Carlisle veut que tu restes ici cette semaine au cas où. Ton bassin est encore fragile et tu seras plus à l'aise ici qu'au cottage. Le chemin pour y aller est en cailloux. Tu auras du mal à te déplacer.
-Mouais on va dire que je suis d'accord... même si c'est pas le cas !
-Bon, je te montrerai ta chambre après.
Elle retourna mon siège vers la gauche et continua.
-Par ici, il y a la salle à manger, le salon et la cuisine. Maman est en train de te préparer une petite collation d'ailleurs. Il y a aussi une piscine.
Le rez-de-chaussée était tout simplement magnifique et tellement bien décoré. La palette couleur utilisée allait du blanc au taupe en passant par le crème. Quelques meubles étaient de teinte sombre et harmonisaient parfaitement l'ensemble.
En entrant dans la cuisine, Esmé me sourit et déposa sur la table une assiette avec des pancakes et un chocolat chaud. Alice m'installa devant mon mini-repas et s'installa sur une chaise à mes côtés.
-Merci beaucoup Esmé. Ça sent très bon.
-Tu vas voir c'est un délice. N'oublie pas d'ajouter le sirop d'érable, tu verras c'est encore mieux.
J'écoutai son conseil et versai une bonne quantité sur mes crêpes. Tout en mangeant j'observai mon nouvel environnement et fixai un cadre présent au mur. C'était un portait de famille sur lequel je reconnus Carlisle et Esmé ainsi que Jasper et Alice. Les autres m'étaient inconnus mais ils faisaient partie de la famille, c'était irréfutable. La mère de mon amie surprit mon regard et se leva pour prendre la photo et la placer devant moi.
-En attendant que tu puisses les voir, je te présente le reste de la famille. Voici mon fils Emmett et sa femme Rosalie. Jasper et elle sont frère et sœur. Alice te racontera certainement comment ils se sont rencontrés, je t'avoue que l'histoire est cocasse. Ensuite, voici notre dernier fils Edward. Il a à peu près ton âge.
-C'est une grande famille.
-Oui, je te le concède ! J'aime bien avoir mes petits près de moi. Je n'ai pas grandi entouré par plusieurs frères et sœurs, j'étais fille unique et mes parents n'étaient pas ce qu'on pouvait appeler aimants.
A ses mots, ma tête se mit à tourner et un souvenir prit naissance derrière mes paupières. Je voyais une enfant aux longs cheveux bruns en train de pleurer, seule, dans sa chambre. J'ouvris rapidement les yeux en aspirant l'air. Cette vision m'avait pris au dépourvu.
-Ça va Bella ?
-Oui, ne t'inquiète pas Alice. Je crois que c'était un souvenir.
-Qu'as-tu vu ? Ajouta Esmé.
-Une petite fille en pleurs sur son lit.
-C'était peut-être toi.
-Peut-être oui... Je... C'est effrayant.
-Nous sommes là pour toi. Voudrais-tu aller te détendre ?
-Oui Esmé, je voudrais bien. Dites... vous voudrez bien encore me raconter ? Il semblerait que ma mémoire réagisse à vos récits.
-Bien sûr Bella ! Tu seras bien la seule à vouloir m'écouter. Mes enfants disent que je radote ! Je vais me baigner un peu tout à l'heure. Si tu le souhaites, tu peux me rejoindre et nous pourrons papoter.
-C'est une bonne idée mais je n'ai pas de maillot.
-Nous te trouverons ça !
Elle récupéra l'assiette et la tasse pour la laver et Alice me mena à ma chambre. Elle était magnifique et beaucoup trop grande. Les murs étaient bruns clair et le sol en bois tirait vers le blanc.
-Je t'ai amené quelques affaires de chez toi. Tu les trouveras dans le dressing à côté de la salle de bain.
-Merci Alice ! Heureusement que tu es là.
-Je vais te laisser dormir un peu. Si tu veux je viendrais te réveiller pour aller nous baigner. Tu as besoin d'aide ?
-Non, je devrais m'en sortir. Merci pour tout Alice !
J'observais mon amie fermer la porte puis orientais mon fauteuil vers la salle de bain. Elle était spacieuse et encore une fois bien décorée. Le dressing n'était pas juste un placard mais une pièce aussi grande que la salle d'eau. Il y avait beaucoup d'espace vide et je trouvais tout de même quelques affaires sur la droite. Il y avait beaucoup de noir et de tenue plus qu'ajustées.
-Hors de question que je mette ça !
Je voulais juste trouver quelque chose de simple et doux. Je voulais juste être à l'aise. Alice m'avait dit qu'il s'agissait de mes affaires, ça me semblait plus qu'étrange... Pourquoi aurais-je porté ce genre d'habits ?
En fouillant, je réussis à trouver un pantalon beige. Il semblait neuf mais me convenait parfaitement. Je pris également le caraco le plus sage que je pus trouver et retournai dans la salle de bain. Je quittai mon siège pour attraper une serviette puis me glissai sous la douche. Le sol était chaud, un réel plaisir. Je profitai allégrement de la sensation de l'eau chaude sur ma peau et grimaçai quand elle passa sur mes cicatrices. Mon dos me faisait encore souffrir.
Après m'être savonnée, je pris le temps de m'observer en me rinçant. Mon corps était recouvert de cicatrices de formes et couleurs différentes. Des traces de griffes s'étendaient sur mes jambes et étaient encore rouges, signe de mon récent accident. Le haut de mes cuisses, prêt de mon intimité semblait rugueux mais la teinte claire de ma peau me signalait que cette blessure était beaucoup plus ancienne. Mes chevilles avaient une bande de chair plus fine et plus foncée comme si j'avais eu des bracelets pendant longtemps. L'arrière de mes cuisses comportait de fines marques assez longues, comme si j'avais été coupée plusieurs fois quasiment au même endroit.
Sur le coup, j'eus envie de retrouver la mémoire rapidement pour savoir ce qu'il m'était arrivé. Pourquoi avais-je toutes ces marques ? Je pouvais maintenant observer plus en détail le tatouage sur ma jambe droite et fus surprise par la finesse des traits. On aurait dit une longue liane noire qui débutait sur le dessus du pied. De belles arabesques prenaient naissance sur mes orteils et se rejoignaient en un nœud naturel.
Ensuite, je pouvais suivre le dessin sur ma cheville puis il s'enroulait autour de ma jambe en une spirale parfaite qui évitait mes cicatrices. Le haut de la liane s'arrêtait au-dessus de mon aine, les poils de mon intimité masquant la finalité du dessin.
Tout le long du tatouage, fleurissait de belles roses pourpres et bordeaux. Elles avaient été tatouées de manière à ce que mes cicatrices leur donnent du relief. A intervalles réguliers, une épine s'étirait sur ma peau avec une goutte de sang factice en son bout. A chaque fois, elle était jumelée à une des griffures de ma peau.
Le dessin était si parfait qu'on aurait pu penser que le rosier avait abimé ma peau en grandissant.
Je décidai de reporter l'inventaire de mes marques à plus tard et me rinçai la tête avant d'éteindre l'eau. Mes hanches criaient de douleur, il fallait que je me couche rapidement.
Une fois essuyée et mes cheveux essorés et coiffés, je m'habillais rapidement avant de m'asseoir sur mon fauteuil pour me diriger vers le lit. Avec précipitation, j'ouvris le lit et me faufilais dans les draps doux. Mes paupières se fermèrent instantanément et je goutais au silence.
J'eus l'impression de ne pas avoir dormi quand j'entendis toquer à la porte. J'avais rêvé de choses étranges où se mélangeait une petite fille brune en pleurs dans une chambre violette et grise, un homme à moustache au regard meurtrier, un homme aux cheveux longs me hurlant dessus et Alice avec un sourire magnifique. Il n'y avait aucun rapport entre ces personnes mais le fond sonore était le même. Une musique au piano s'entrecroisait avec des gémissements et des bruits secs et brefs comme un craquement de bois. Je sursautai en sentant une main fraîche me toucher le bras et découvris mon amie assise au bord du lit.
-Tu as bien dormi ma belle ?
-Oui mais pas assez je crains.
-Tu veux que je te laisse dormir encore un peu ?
-Non... je ne veux plus rêver pour l'instant.
-De quoi as-tu rêvé ?
-De toi et d'autres personnes inconnues. Je n'ai pas trop envie d'en parler. Désolée.
-Pas de soucis, on en parlera quand tu le voudras ! Tu es prête pour la piscine ?
-Oui mais je n'ai pas de maillot.
-Tiens, Maman t'en prête un. Je te laisse te changer. Je t'attends dans le couloir.
-Je me dépêche... Au fait Alice...
-Oui.
-J'ai vraiment mal aux hanches. Pourrais-tu me donner un cachet ?
-Bien sûr, je vais chercher ça tout de suite.
Elle partit vers la porte en dansant. Quelle personne dansait pour marcher ? Je n'avais encore jamais vu ça !
Je m'extirpais du lit en grimaçant et tentai de masquer un cri de douleur en mordant ma lèvre. Je m'assis au bord du lit pour saisir le maillot. Il était bleu foncé. Malheureusement pour moi, il était en deux parties. J'aurais tant voulu cacher mon corps... Je le mis rapidement et tentai de calmer ma respiration quelques minutes avant de sortir.
Je n'eus pas le temps de m'installer qu'Alice fit son apparition.
-Tiens voilà ton cachet et un verre d'eau... Oh il te va super bien !
-Merci Alice.
J'avalai rapidement mon cachet et l'eau fraîche me fit frissonner.
-Tu as froid ?
-Non c'est l'eau.
-Tiens au fait, mais ça.
Elle me tendit un paréo de la même couleur que le maillot que je nouais au-dessus de ma poitrine. Il était assez long et couvrit mon corps jusqu'à mi-cuisse. Je m'installais dans le fauteuil et laissai Alice me conduire à travers la maison. Une question existentielle m'inquiéta... Savais-je nager ? J'allais bientôt être fixée mais j'avais peur de découvrir cette nouveauté.
Comme tout dans cette maison, la piscine était gigantesque. Une partie de celle-ci était à l'intérieur, entouré de plantes tropicales et d'un salon en rotin. L'autre partie s'étendait à l'extérieur de la maison et jouxtait une rivière.
-Waouh !
Oh merveilleux quel vocabulaire ! Je n'étais vraiment bonne à rien à mon réveil. Esmé était en train de faire des longueurs. Elle nageait vraiment bien.
Elle vint rapidement nous rejoindre à côté de l'escalier et me sourit tendrement.
-Alors Bella, bien dormi ?
-Oui très bien. Ça me change du lit de l'hôpital !
Elle rigola franchement et sortit du bassin pour prendre une serviette.
-Alors, prête pour ta première baignade ?
-Euh pas vraiment. Je ne suis pas sûre de savoir nager...
-On va vérifier ça tout de suite !
La mère et la fille m'aidèrent à me lever puis me soutinrent pour ôter le paréo et m'aidèrent à entrer dans l'eau chaude. Elles attendirent que je sois dans le bain jusqu'à la taille avant de me lâcher. La sensation était extraordinaire. Je ne sentais plus mon corps, ni mes douleurs.
-Allez Bella. Essaie de plonger dans l'eau. Ton corps réagira tout seul, ne t'inquiète pas.
Alice prit les devants et plongea pour s'éloigner de moi. Esmé resta à mes côtés et descendit au même rythme que moi. Je tentais de mettre un mot sur les sensations que je ressentais. J'avais l'impression de découvrir mon corps. C'était extraordinaire !
Une fois sous l'eau, j'eus le sentiment de découvrir un nouveau monde et il était hors de question que je le quitte. Après quelques mouvements, je sus que j'adorais l'eau. Je m'y sentais à l'aise et j'arrivais à nager avec beaucoup de facilité. Malheureusement, je me fatiguais vite et mes hanches décidèrent de se rappeler à mon bon souvenir en plein milieu du bassin. Je basculais sur le dos et fixais le plafond décoré de la salle en attendant que ma douleur s'atténue. C'est Esmé qui me tira de ce mauvais pas.
-Besoin d'aide Bella ?
-Oui j'ai mal aux hanches et je ne pourrais pas revenir au bord.
-Reste dans cette position, je vais t'aider.
Elle saisit mes épaules et nous déplaça dans l'eau. Une fois proche de l'entrée du bassin, elle saisit ma main afin que j'agrippe le rebord.
-Voudrais-tu essayer le jacuzzi ?
-Il faut marcher ?
-Non, juste se déplacer vers l'espace où tu vois les bulles.
Je me servis des mains pour me diriger vers l'endroit où une drôle d'écume se répandait à la surface. Je m'installais sur un des sièges semi-allongés et profitais des sensations.
J'étais en train d'écouter la douce musique des bulles quand un violent vertige me pétrifia. Cette fois-ci, je ne vis rien mais entendis à nouveau le bruit des bulles du jacuzzi associé cette fois-ci à de puissants gémissements. Sans comprendre pourquoi, je sentis mon intimité se réchauffer à outrance.
J'ouvris les yeux d'un coup et le bruit disparut. Esmé avait les yeux fermés et Alice avait disparu. J'étais sauvée pour cette fois-ci, je n'allais pas devoir raconter ce qu'il venait de se passer.
-Bonsoir mesdames.
-Oh, bonsoir mon amour.
Esmé sortit rapidement de l'eau pour rejoindre les bras de son mari. Il l'entoura d'une épaisse serviette avant de l'embrasser puis me regarda sans la lâcher.
-Tu te sens bien Bella ?
-Oui parfaitement ! L'eau m'a fait beaucoup de bien.
-Je voudrais te parler un peu avant le repas. Tu me rejoins dans mon bureau ?
-Oui bien sûr. J'ai le temps de prendre une douche ?
-Si tu le souhaites.
Avec un sourire, il me tendit la main pour m'aider à sortir puis me passa une serviette. Je m'entourai dedans et m'installai dans le fauteuil.
-Je vais te préparer à manger Bella. A tout à l'heure.
-Merci Esmé. Au fait, où est Alice.
-Elle est partie t'acheter quelques vêtements si j'ai bien compris.
Je retournai dans ma chambre pour me doucher et m'habiller avant de rejoindre mon médecin. Cette journée avait été très riche pour moi. Elle amenait également beaucoup de questions à propos des Cullen.
Pourquoi étaient-ils tous aussi froid et dur ? Pourquoi donnaient-ils l'impression de marcher sur un podium dès qu'ils devaient se mouvoir. Pourquoi ne mangeaient-ils jamais devant moi ?
Je finirais bien par trouver la réponse à toutes ces questions, il faudra juste être patient.
(_¸.•°´'`°¤,¸.•*´`*•.¸,¤°´'`°•.¸_)
On est bien loin de la Dame Isabel… Elle a peut-être perdu la mémoire mais pas sa curiosité. Qu'en avez-vous pensé ?
Bonne semaine et à mardi.
