Bonsoir à tous,

Je vous souhaite une excellente année 2016. J'espère qu'elle sera signe pour vous et vos famille de joie, de bonheur et d'une multitude de fictions toutes plus intenses les unes que les autres.

Bonne lecture.

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Chapitre 12

POV Bella

Cela faisait maintenant deux mois que j'étais revenue chez Santi. Deux mois que les Cullen étaient repartis à Forks et deux mois qu'Edward m'évitait. Toute la famille était venue me rendre visite sauf lui. Santi m'avait même accompagné là-bas un dimanche pour un repas mais Edward n'était pas là. Soi-disant en déplacement professionnel.

J'avais tout essayé pour le contacter et pour dissiper notre dispute. Je lui avais envoyé des courriers, des mails, je l'avais appelé mais rien n'y faisait. Son rejet me frappa en pleine tête et j'eus l'impression que mon cœur s'était fissuré encore un peu plus.

Après la tristesse, je ressentis beaucoup de colère à son égard. Puisqu'il ne daignait plus me parler, j'allais faire de même. J'avais envie d'oublier ça car sans me souvenir réellement de tout mon passé, j'étais persuadée que sa façon d'agir pouvait entrer dans la case "Bordel du Passé" et j'avais envie d'aller de l'avant.

Pour ne pas changer des nuits précédentes, j'avais fait des cauchemars quasiment tous les soirs. Les mêmes images de grange rouge, de courses poursuites dans la forêt et d'agression dans une chambre miteuse se répétaient sans cesse.

A chaque fois, je me réveillais en hurlant et découvrais une chambre aux lumières allumées et un ami assis face à moi avec la mine sombre. Au bout d'une semaine de sommeil chaotique et très bref, Santi m'avait proposé de dormir avec lui. J'avais accepté après quelques nuits cauchemardesques supplémentaires. Grâce à sa présence, je ressentis un léger apaisement qui me permit d'augmenter mon quota d'heures de sommeil. A présent, j'annonçai fièrement que j'arrivais à dormir 4 heures par nuit au lieu de 2.

Je réapprenais doucement à vivre en dehors du cocon Cullen et je me sentais bien, à l'aise, en paix avec moi-même. Aucun élément de mon ancienne vie n'avait daigné me revenir en mémoire mais je ne m'en souciais guère. Un ami médecin de Santi venait me voir toutes les semaines pour vérifier mes constantes, comme il disait.

En plus de tous ses examens étranges, il vérifiait que mon corps réagissait correctement. Bien que mes hanches soient guéries, il disait qu'il fallait s'assurer que je ne perde pas ma mobilité, ni ma souplesse. Lors de mon agression, le nerf cubital de mon bras gauche avait été endommagé. D'après les médecins, j'avais eu beaucoup de chance qu'il ne soit pas sectionné. Personnellement, je n'appelais pas ça de la chance car j'avais perdu quasiment toute sensation sur l'annulaire et l'auriculaire.

Donc mon cher docteur me faisait faire des exercices d'étirement pour éviter que ma main devienne un poids mort. Il est impossible que je récupère toutes mes capacités mais grâce à ce que l'on faisait, ma main conservait un aspect vivant et naturel. Je ne voulais pas que mes doigts se recroquevillent.

En dehors des visites du médecin, je ne voyais personne sur le domaine. Bien sûr, il y avait un service de sécurité à l'entrée mais je ne leur parlais pas du tout. Mon seul autre contact était Grace qui était aux petits soins pour moi.

Santi partait quasiment tous les après-midi pour le club et revenait vers minuit, au moment où j'allais me coucher. Je passai donc tout mon temps avec Grace et malgré ses réticences, je l'aidai dans l'entretien du domaine. J'en profitai également pour me balader dans le parc immense qui devait dépasser les 10 hectares.

Nous étions aujourd'hui le Samedi 13 Septembre. Je savais que c'était mon anniversaire mais je n'avais pas envisagé de faire quelque chose. J'étais réveillée depuis une bonne dizaine de minutes mais je n'avais pas envie d'être à cette date. Un malaise grandissant étreignait mes tripes et j'envisageai sérieusement de me bourrer de somnifères pour atteindre rapidement le lendemain.

Santi s'était levé un peu plus tôt et bien que cela m'ait étonnée, je ne m'en souciais guère. J'étais focalisée à 100% sur le mal qui me donnait la nausée. Un léger coup donné contre la porte me tira de mes pensées et j'ouvris les yeux. Mon ami était debout au bout du lit et tenant un plateau. Il me fit son plus beau sourire, celui qui me donnait chaud, puis déposa le tout devant moi avant de s'installer à mes côtés.

-Bonjour ma Belle ! Joyeux anniversaire !

-Bonjour Santi.

En veillant à garder le plateau en place, je me décalai pour embrasser la joue de mon ami. Il m'enlaça tendrement et posa doucement ses lèvres sur mon front. Nous restâmes ainsi quelques minutes. Je savourais son contact de plus en plus et mes cauchemars avaient même été remplacés par d'étranges rêves où apparaissait Santi. J'entendais les mêmes gémissements que dans mon expérience subconsciente dans une salle à manger avec quelqu'un à mes genoux.

Depuis la fois où j'avais rêvé du Donjon, Santi m'avait demandé de lui raconter tout pour qu'il puisse m'aider à faire le point sur mes souvenirs. J'étais encore trop mal à l'aise avec les sensations de ces rêves pour lui en parler. Sa voix grave me tira de mes pensées.

-Ton petit déjeuner va refroidir.

A regret, je quittai ma place dans ses bras pour retirer la cloche du plateau. Mon repas se composait d'une tasse de chocolat chaud, d'une assiette de pancakes, d'un verre de jus d'orange et d'une rose rouge.

-Merci beaucoup Santi.

-Tu me diras merci ce soir ma belle. La journée n'est pas terminée.

-Qu'est-ce que tu as fait ? Je t'ai dit que je ne voulais pas bouger. Je me sens mal, je veux me reposer.

-Tu es malade ?

-Oui j'ai mal au ventre.

-Ce n'est pas une maladie ma belle. Tu as juste peur de ce qu'il pourrait se passer aujourd'hui. C'est de l'appréhension. Je t'ai déjà expliqué que tous les malheurs que tu avais eus s'étaient déroulés à cette date. Même si tu as perdu la mémoire, ton corps lui se souvient.

Il était extrêmement patient avec moi et heureusement car j'avais un besoin perpétuel d'être rassurée. J'avalai mon petit déjeuner rapidement et l'observai se lever pour sortir le plateau. J'en profitai pour regarder l'heure.

-Impossible !

-Que se passe-t-il ?

-Tu as vu l'heure ?

-Oui …et ?

Il me regarda avec un sourire en coin et se réinstalla à mes côtés.

-Il est 13 heures passées ! Tu aurais dû me réveiller avant !

-Si tu as dormi si longtemps, c'est que tu en avais besoin. Maintenant, il faut te lever car nous avons un programme de prévu.

Depuis quelques semaines, mon organisme avait repris un rythme légèrement décalé. Santi et moi nous couchions toujours vers 2 heures du matin et je me levai de plus en plus tard. Il m'avait rassuré sur le fait que je faisais toujours ça avant mon accident. J'étais une femme de la nuit. Il est vrai que je me sentais beaucoup plus à l'aise pour dormir une fois le soleil couché.

Je m'extirpai du lit avec beaucoup de mal et tanguai dangereusement jusqu'au dressing de mon ami. C'était là que se trouvait la porte dérobée qui menait à mon appartement. Je pouvais donc atteindre ma propre salle de bain et mon stock pharaonique de fringues sans passer par le couloir. C'était devenu un rituel de franchir ce passage tous les matins. Je n'allumais même plus la lumière.

En entrant chez moi, je fus surprise de buter contre une boîte posée au sol. J'actionnai l'interrupteur et contemplai le paquet blanc avec un énorme flot rouge, la bouche ouverte. Je m'assis en tailleur et me frottai les yeux pour m'assurer que je ne rêvais pas.

Je tirai sur le galon qui composait la décoration sur la boîte puis retirai le carton. Je vis une enveloppe avec mon prénom calligraphié. Il reposait sur du papier de soie noir. Je saisis le pli pour lire la lettre de mon ami. J'avais compris qu'il s'agissait d'un cadeau de Santi.

Ma très chère Bella,

Par ce présent, je te souhaite un joyeux anniversaire. Il fait partie intégrante de notre programme pour cette journée.

Je te promets que celle-ci sera remplie de bonheur et de joie.

Avec tout mon amour.

Santiago.

Je lus la lettre une bonne dizaine de fois en frôlant chaque mot comme pour les imprimer dans ma mémoire, puis la déposai au sol pour saisir le papier de soie. Il vola vers le fond de la pièce et je restai béate pendant quelques secondes.

Je saisis doucement l'étoffe de la robe noire en me relevant et courus me placer devant le miroir. Elle était tout simplement magnifique, en velours ras noir. Je la posai contre moi et commençai à tourner sur moi-même pour apprécier la coupe. Le rire profond de Santi me sortit de mon tourbillon et je me jetai à son cou pour le remercier.

-Merci, merci, merci Santi !

-Elle te plait alors ?

-Elle est magnifique ! Tu n'aurais pas dû.

-Tous les ans depuis qu'on se connaît, je t'offre quelque chose. Je n'allais pas déroger à la règle. En plus, ça me plaît de te voir sourire.

Je me décidai à tenter quelque chose de mon propre chef et déposai mes lèvres contre les siennes. La seule fois où il l'avait fait m'avait permis de me détourner de ma colère et c'était lui qui avait pris les devants. Là, j'avais voulu essayer pour le remercier et aussi parce que mes tripes en mouraient littéralement d'envie.

Il resserra sa prise sur ma taille et soupira d'aise avant de bouger ses lèvres contre les miennes. Les sensations étaient divines et je fermai les yeux pour les apprécier. Je le laissai mener la danse, totalement novice et surtout submergée par des sentiments nouveaux. Sa langue effleura ma lèvre et j'entrouvris la bouche pour répondre à sa caresse. Un feu étrange était en train de crépiter dans mon ventre et j'avais l'impression que mon entre-jambe s'était liquéfié. J'agrippai fermement ses cheveux en gémissant et envisageai d'abandonner la robe que je tenais encore d'une main.

Il mit fin à notre baiser en reculant légèrement et lorsque j'ouvris les yeux, je plongeais dans ses iris flamboyants. Lui aussi semblait ressentir la même chose que moi et j'en fus ravie. J'aimais avoir ce pouvoir sur lui.

-Bella, j'aimerais tellement que ta mémoire revienne…

Il ne me laissa pas le temps de répondre et fondit sur mes lèvres avec un peu plus de brutalité et de passion. Une sonnerie stridente se fit entendre et nous nous séparâmes pantelants. Il grommela quelques insultes avant de se détourner vers sa chambre. J'en profitai pour tenter de retrouver mes esprits et déposai avec mille précautions la robe. Sans en avoir la certitude, je savais que j'allais la porter ce soir. Je me décidai à entrer dans la salle de bain et abandonnai mes vêtements pour entrer dans ma douche. L'eau chaude sur mes épaules me fit un bien fou et j'en profitai sans me soucier du temps passé. Après m'être lavée, j'entrepris de m'épiler. Finalement, j'étais d'accord pour que cette journée soit parfaite.

Je sortis en m'emmitouflant dans un peignoir et en emmêlant mes cheveux dans une grande serviette puis je partis à la recherche de Santi. Il était installé dans son salon, au téléphone. Sa mine semblait sévère et ses sourcils formaient une ligne quasi continue.

Lorsqu'il me vit entrer, il retourna la main qui était posée sur son genou et je me hâtai de le rejoindre pour la saisir en m'asseyant à même le sol devant lui. Du moment où je me retrouvai devant lui, son attitude changea radicalement. Il avait l'air apaisé.

-Il en est hors de question Logan.

Ah… Encore lui… Santi semblait lui en vouloir pour quelque chose. Je n'avais jamais revu le gérant du nouveau club même lorsque nous y étions allés ensemble un après-midi avant l'ouverture. J'avais demandé à Santi de m'y emmener pour voir dans quel monde j'évoluais avant et découvris sans grande surprise une boîte de nuit. Je n'y avais vu personne et il m'avait fait faire le tour du propriétaire. Rapidement, j'avais eu l'impression d'étouffer et j'avais supplié mon ami de sortir.

Il m'avait ramené à la maison en un temps-record et j'étais restée prostrée dans ma chambre pendant quelques jours. Cette petite découverte du monde de la nuit avait ravivé quelques souvenirs et je fis, par la suite, des rêves bizarres d'un grand bureau et d'écrans de télévision donnants sur une piste de danse et une salle à manger.

Grace m'avait avoué, lorsque nous étions seules, qu'elle avait surpris Logan pendant qu'elle faisait les courses. Il la suivait en espérant être discret. Elle ne sembla pas en avoir peur mais pour ma part, j'étais terrorisée de savoir qu'il pistait nos sorties. J'en avais parlé à Santi qui était parti dans une fureur noire. Depuis ce jour, elle ne partait plus jamais seule et mon ami avait rétrogradé Logan à son rôle de portier. Il essayait d'appeler régulièrement soit pour supplier mon ami afin de récupérer sa place, soit pour me parler de tout et n'importe quoi. Je ne répondais jamais à ses appels, d'une part pour conserver la santé mentale de Santi et d'autre part car je ne voulais pas avoir affaire à lui, il ne m'inspirait pas confiance.

Le bruit du téléphone tombant au sol me sortit de mes pensées et j'observai Santi discrètement. Je n'étais pas habituée à le voir en colère et je ne savais pas du tout comment gérer ça. Son corps était tendu à l'extrême et il avait fermé ses yeux. Je me relevai doucement pour m'asseoir sur ses genoux et posai ma tête dans son cou en attendant que l'orage passe. Malheureusement rien ne vint et je dus trouver une solution. Je commençai par d'innocentes caresses sur la nuque mais il resta de marbre. J'ajoutai ensuite de petits bisous sur son front. Il soupira mais ne bougea pas. Suivant un chemin purement imaginaire, je continuai mes baisers sur sa tempe puis me concentrai sur son oreille. Je léchai doucement son lobe avant de murmurer.

-Il me semble que ton programme prend du retard.

Un léger rire monta dans sa gorge et ses yeux s'ouvrirent. Ce fut le seul mouvement qu'il fit et je continuai mon manège en suçant son lobe comme s'il était un bonbon. Je me sentis telle une aventurière à la découverte des sensations corporelles et décidai de continuer mon nouveau petit jeu. Je traçai un chemin humide avec ma langue de son oreille à sa bouche en passant par son cou et sa joue.

-Tu es la pire des tentatrices Bella.

Je gloussai comme une petite fille ayant fait une bêtise et le sachant parfaitement. Il n'était plus tendu et ses mains s'étaient posées sur moi. L'une sur ma jambe et l'autre dans mon dos. Je tentai de ne pas penser à ce que je ressentais à l'intérieur et continuai notre charmante conversation.

-Je ne vois pas du tout pourquoi tu dis ça. Il fallait juste que je trouve un moyen de te faire réagir. Je ne sais plus comment je faisais avant et te voir en colère me fait peur.

-Ce n'était pas contre toi, tu le sais n'est-ce pas ?

-Oui je le sais mais ça n'empêche que je n'aime pas. Qu'est-ce qu'il te voulait ?

-Qui ?

-Bah Logan … C'est bien lui qui t'appelait ?

-Ah… Oui c'était lui. Il voulait te parler.

-Euh… pourquoi ?

-Pour te souhaiter ton anniversaire.

-J'en veux pas de son souhait.

Il se mit à rire à gorge déployée comme si j'avais raconté une bonne blague avant de continuer.

-Je sais, c'est pour ça que le ton de la conversation est monté. Je m'occuperais de lui demain, aujourd'hui c'est ta journée.

Je me relevai doucement et attrapai le portable pour le rendre à son propriétaire. En y jetant un coup d'œil, je m'aperçus qu'il était près de 15 heures.

-Alors que me réserves-tu Santi ?

-Plusieurs surprises ma Belle. La robe est pour ce soir, enfin si tu veux bien la mettre.

-Bien sûr, je vais la mettre ! On va faire quoi ?

-Tu verras…

Je savais déjà qu'il était vain de lui faire avouer, une tombe aurait été plus loquace. Je lui tirai la langue en souriant et retournai dans ma salle de bain en courant à moitié. Je savais qu'il me suivait et qu'il jouait autant que moi. J'adorais cette insouciance !

Pour le ralentir, je lui balançai ma serviette dans la tête et courus me cacher derrière mon canapé. Nous jouâmes à "chat" pendant 5 minutes avant que je me laisse attraper. Il me balança sur son épaule et traversa l'appartement pour me ramener dans le dressing.

-Ce n'est pas que je n'aime pas te courir après mais nous allons être en retard ma belle.

-Donne-moi au moins un indice pour ce soir.

-Non.

-S'il te plaît…

-On sort. T'auras rien de plus ! Mets-toi sur ton 31.

Je m'apprêtai à bouder comme une gamine de 5 ans mais il ne m'en laissa pas l'occasion. Comme plus tôt, il m'enferma dans l'étau de ses bras et caressa ma joue avec son nez.

-Je vais te faire tâter de ta médecine ma tentatrice.

Sa langue remplaça son nez et atteignit mon oreille. Il attrapa mon lobe en le mordillant et je compris instantanément ce qu'il avait voulu dire lorsque je lui avais fait cette caresse. Les sensations étaient incroyables et je resserrai les jambes inconsciemment pour soulager la tension qui grossissait en moi. Je gémis sans vergogne et il lâcha mon oreille immédiatement.

-Shhtt… Veux-tu que je continue ?

-Oui Santi.

-Alors reste silencieuse.

Ses paroles déclenchèrent un feu nouveau en moi et je me contentai de hocher la tête pour acquiescer. Il retourna à son activité et je me mordis la langue pour conserver le silence. Son jeu le mena vers mon cou et sa langue se joignit à ses lèvres. Il se mit à mordiller ma clavicule, ce qui déclencha un frisson le long de ma colonne vertébrale. J'avais décidé d'obéir à sa demande et restai silencieuse. Par contre, je ne pus réprimer ni les soupirs, ni le mouvement de mes mains. Je faisais tout mon possible pour le tenir collé à moi. Je ne voulais pas que sa caresse cesse.

Ses mains tenaient mes épaules à proximité de sa bouche et sa langue naviguait sur mon buste sans pour autant approcher de ma poitrine. Etrangement, je voulais que ses lèvres aspirent mes tétons fièrement érigés. Je grognai lorsqu'il s'en éloigna et tout contact cessa. Santi m'avait lâché et avait reculé de deux pas. Ses yeux étaient sombres, emplis de passion.

-Je t'avais prévenu ma Belle. Tu parles, j'arrête.

-Il est débile ton jeu !

-Oh non, tu l'as adoré même, comme avant d'ailleurs…

Je croisai les bras en continuant à le fixer et surtout en essayant de me calmer. Son jeu n'était pas aussi débile que ça mais il me faisait ressentir des choses que je n'arrivais pas à gérer. J'avais envie de plus sans savoir de quoi je parlais.

-La prochaine fois, je te retournerai la politesse mon ami.

-Nous n'avons jamais procédé de la sorte.

-Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis !

Puisqu'il voulait jouer, nous allions le faire à deux. Je n'avais pas encore d'idée précise sur comment faire mais j'allais le prendre à son propre jeu. Je reportai mon attention sur mon dressing et sélectionnai mes sous-vêtements avec une lenteur abusive. Je sentis son regard brûlant mais tentai de l'oublier par pure vengeance. Je déposai un string dentelé et ses jarretelles noires sur le pouf au centre de la pièce puis je retournai dans la salle de bain sans le regarder. Il me rattrapa avant que je puisse faire deux pas.

-Tu me boudes ?

-Oui !

-Ce n'était pas le but, tu sais.

-Je ne sais pas comment réagir à tout ça. Mon corps me dit une chose et ma tête une autre. Je n'irais pas jusqu'à dire que j'ai peur de ce que je ressens mais je ne sais pas où ça va me mener.

-La finalité de tout ça te fera découvrir des sensations mille fois plus puissantes que ce que tu ressens actuellement.

-Comment je fais pour les gérer ?

-Ne te pose pas tant de questions ma belle. Laisse ton corps mener la danse et ressens juste. Nous aurons l'occasion de tester cette théorie plus tard, si ça ne te dérange pas de reporter de quelques heures.

-Nous avions l'habitude de faire ce que nous venons de faire avant ?

-Oui et même plus. Mais chaque chose en son temps. Il va falloir s'activer maintenant sinon, nous serons en retard !

Il m'embrassa tendrement avant de retourner chez lui pour s'habiller, me laissant seule face à mes craintes et mes doutes. Je n'arrivais pas à me souvenir vers quoi ces jeux nous menaient et mon cerveau carburait à mille à l'heure. Je n'arrivais pas à lâcher prise. Depuis mon réveil, j'avais pris l'habitude de tout rationaliser et de trouver une explication à tout ce qu'il m'arrivait. C'était ma façon de ne pas perdre pied. Il me faudrait certainement en parler avec Santi.

J'appelai Grace pour qu'elle vienne m'aider avec mes cheveux. Nous avions passé plusieurs après-midi à tester des coiffures en fonction de magazines people. Ce soir était l'occasion rêvée de recommencer. Pendant ce temps, je m'occupais de mes ongles. J'avais déniché tout un stock de vernis et avais sélectionné un coloris prune que j'appliquai avec précision sur mes mains et mes pieds.

-Vous avez besoin de moi Bella ?

-Oui Grace, pourrais-tu me faire une belle coiffure pour ce soir ?

-Bien sûr !

Elle s'approcha de moi et déposa une petite boîte sur la coiffeuse.

-Qu'est-ce que c'est ?

-Bon Anniversaire ma Dame.

-Il ne fallait pas Grace.

J'ôtai avec précaution le papier pour découvrir une boîte contenant un porte-clés original. Il était composé de plusieurs chaînettes. Au bout de chacune d'elles se trouvait un mousqueton où pouvait être accroché un pendentif.

-Il représente votre nouvelle vie. Chaque chaînette peut contenir un élément important pour vous. En plus, grâce à lui, vous n'aurez plus de problème avec vos clés.

-C'est une excellente idée Grace. Merci beaucoup.

Je me relevai rapidement pour l'étreindre et lui embrassai le front puis me réinstallai en fixant son cadeau, la larme à l'œil.

-Il va falloir qu'on trouve ce qui te représente le mieux.

Elle ne dit rien et se concentra sur mes cheveux. Je continuai à regarder ce cadeau si précieux et choisis instinctivement quoi y mettre pour raconter ma nouvelle vie. Le Lion pour les Cullen. Il était la pièce maîtresse de leur blason et représentait le courage. La croix Ankh égyptienne pour Santi, car elle symbolisait la protection et c'est ce qu'il était pour moi dans tous les sens du terme. Deux mains aux doigts enlacés pour Grace. Cette symbolique représentait à merveille la complicité qui nous liait.

Pour l'instant, je n'envisageais pas d'ajouter d'autres éléments. Ma vie était aussi simple que ça.

Grace posa sa main sur mon épaule pour me prévenir qu'elle avait terminé et je scrutai ma nouvelle coiffure la bouche grande ouverte. Elle s'était encore surpassée.

L'ensemble de mes cheveux avait été tiré vers l'arrière, sauf une mèche ondulée qui passait sur mon front puis terminait sa course derrière mon oreille. Tout le reste donnait l'impression que ma tête était un océan. Des vagues régulières partaient de mes tempes vers l'arrière de mon crâne. Sur le dessus, les boucles étaient un peu plus fines et rejoignaient aussi l'arrière. Le plus gros de mes cheveux avaient natté vaguement et le tout avait été enroulé en un chignon sur la nuque. L'ensemble était plus qu'harmonieux et conservait du volume.

-C'est magnifique Grace. Tu aurais dû être coiffeuse.

-Merci Madame. Vous me le dites à chaque fois mais je préfère être à votre service.

Je me levai pour l'embrasser à nouveau et réajustai mon peignoir pour rejoindre le dressing. Après avoir enfilé mes sous-vêtements, je retournai dans ma la salle de bain pour me maquiller. J'avais encore du mal à me regarder dans un miroir. Mes cicatrices semblaient bondir à mes yeux et je ne voyais qu'elles à chaque fois. Certes, j'arrivai à observer mes tatouages et réussis même à trouver mon visage joli, ce qui équivalait à un pas-de-géant pour moi.

J'optai pour un maquillage charbonneux et peaufinai mon regard avec un trait d'eye-liner noir. Pour finir, je choisis le même rouge à lèvres que mon vernis et le plaçai dans la pochette que j'avais prévu de prendre ce soir. Maintenant que j'étais prête, je détaillai un peu plus la robe. Le haut était en fait un corset avec des liens en cuir. Entre les deux balconnets était logé un bijou fait d'une centaine de strass. L'ensemble formait un losange imposant et brillant. La jupe évasée était raccordée au haut en une ceinture de strass également.

De subtils dessins argentés apparaissaient sur le bas du vêtement. Même avec des talons, le tomber du tissu ne permettait pas d'apercevoir mes jambes, ni même mes pieds. Pour accompagner ce vêtement, je choisis une paire d'escarpins noirs cloutés. Ils avaient des talons plus que vertigineux mais j'aimais me sentir grande.

Grace m'aida à mettre la robe et laça fermement le bustier. Il me fallut quelques secondes pour m'habituer car je n'avais plus la même aisance à respirer. Elle me faisait une taille très fine et comprimait légèrement mes poumons. Cela ne me gênait pas outre mesure. C'était juste différent.

Je plaçai un collier reprenant la même forme que le bijou sur ma robe ainsi que des boucles d'oreilles assez longues qui donnaient l'illusion que mon cou était très long. Un dernier coup d'œil dans le miroir me laissa songeuse. Je ne me retrouvai plus vraiment dans cette tenue mais me trouvai belle.

-Vous êtes magnifique Bella. Vous devriez mettre cette veste pour ce soir, il fait toujours frais à cette période de l'année.

J'enfilai le boléro et saisis la pochette avant d'embrasser le front de Grace une dernière fois pour la remercier. J'allai atteindre la porte d'entrée lorsqu'elle m'interpela une dernière fois.

-Surtout n'oubliez pas. Vous êtes Dame Isabel et vous ne répondez à aucun autre nom. Vous ne faites jamais aucun pas vers les gens, c'est toujours eux qui viennent à vous. Personne à part Monsieur n'est autorisé à vous toucher et pour finir, vous ne devez pas baisser les yeux lorsque quelqu'un vous fixe.

-Compris… J'espère y arriver. Merci Grace.

Elle passa devant pour ouvrir la porte et me fit une courbette digne de la cour de France. Je ris doucement en avançant vers le hall. Une douce musique se faisait entendre au rez-de-chaussée et je descendis l'escalier pour en trouver la source.

J'étais toujours épatée de ma facilité à me mouvoir avec des chaussures ressemblant plus à des échasses qu'autre chose. Une fois arrivée à bon port, j'avançai vers le jardin d'hiver. J'eus un choc en découvrant Santi.

Il me tournait le dos mais j'arrivai facilement à deviner sa tenue. Il était habillé d'un costume noir en velours ras. Il dégageait une aura de puissance et j'eus encore plus chaud que plus tôt dans la journée. Je ne savais rien de ce que nous allions faire durant cette soirée mais j'allais faire tout mon possible pour le remercier par la suite car j'étais persuadée que cette nuit allait être mémorable.

POV Santi

J'observai discrètement Bella en train d'interagir avec Alice et Rosalie. Elle semblait si à l'aise et tellement différente de celle que j'avais connue. Je savais parfaitement que ses démons la taraudaient chaque nuit et je la suspectais de minimiser le tout pour me préserver. Nous étions actuellement dans le salon privé de chez Marcello. C'était un grand restaurant italien en plein cœur de Seattle et accessoirement, la cantine préférée de Bella. Tous les Cullen étaient présents, même Edward et nous étions tous en train de boire un verre avant de passer à table.

Les filles semblaient subjuguées par le style vestimentaire de ma Belle. Alice n'arrêtait pas de dire qu'elle était contente de voir qu'elle avait retrouvé son goût pour les beaux vêtements. Rosalie, elle, s'émerveillait devant les escarpins noirs. Elle aussi en était folle.

Il n'y avait pas de mot assez fort pour qualifier Bella ce soir. Elle était magnifique, sublime. J'avais eu du mal à rester calme lorsqu'elle m'avait rejoint dans le jardin d'hiver en fin d'après-midi. Sa robe donnait l'impression d'avoir été créée pour elle et cousue sur elle. Le corset affinait sa taille et mettait en valeur ses magnifiques hanches. Sa poitrine était également comprimée et formait un cœur où j'aurais voulu y faire coulisser une partie de mon intimité. J'avais réprimé avec beaucoup de mal l'envie de lui sauter dessus et avais tendu les mains pour l'accueillir contre moi.

Il m'avait fallu envisager la possibilité que sa mémoire reste défaillante à certains niveaux et j'avais décidé de faire comme 4 ans plus tôt. Je voulais me contenter d'être le bon ami, le confident et le soutien indéfectible. Tant pis pour le sexe avec le meilleur parti que je connaisse, si ça permettait de la protéger. Sacha n'était pas si nulle que ça, à bien y réfléchir. Le seul hic, c'est qu'elle ne détenait pas mon cœur. Il se réservait à Bella.

Dire que j'avais été surpris par son comportement était un faible mot. J'avais été choqué de la voir sauter partout comme une puce en tenant la robe que je venais de lui offrir. Habituellement, elle était beaucoup plus réservée dans ses réactions et se contentait de me remercier de la plus belle manière qu'il soit en me permettant d'emplir son intimité détrempée.

Lorsqu'elle avait pris l'initiative de m'embrasser, je n'avais pas pu résister à prolonger notre baiser et cette étreinte si parfaite. C'était son instinct qui parlait et il était toujours aussi doué ! Son regard s'était allumé d'un feu que je connaissais bien. La sonnerie du téléphone m'avait coupé dans mon élan et je m'étais promis de punir celui ou celle qui était en train de nous déranger. Sa tentative de me détourner de ma colère envers Logan avait été parfaite. Cet abruti espérait toujours pouvoir approcher de ma Belle mais il était évident que je ne le laisserais jamais faire. Depuis que j'avais appris qu'il suivait Grace, j'avais fait le nécessaire pour qu'il n'ait plus accès à rien. Il était redevenu un simple portier sans aucune responsabilité. Je ne l'avais pas viré car je voulais le garder à l'œil.

Bella m'avait fait reprendre pied avec la réalité en me prodiguant une caresse merveilleuse avec sa langue et je dus faire preuve de tout le contrôle à ma disposition pour ne pas la dévêtir sur-le-champ. J'adorais celle qu'elle était devenue et je ne me lassais pas de la voir réagir avec virulence à tout. Elle était la pire des tentatrices que cette terre ait jamais portée et je ne pouvais que me ravir de la connaître. Je la laisserais mener la danse de nos ébats jusqu'à ce que la mémoire lui revienne.

Je fus tiré de ma rêverie par l'arrivée du serveur. Chacun s'installa à table en respectant le même ordre que lors de leur venue au manoir. Même Edward le respecta en s'installant à côté de Bella. D'un œil discret, j'observai leurs rapports et ne fus pas surpris de voir qu'elle était froide et distante avec lui. L'expérience m'avait appris qu'il ne fallait pas la pousser dans ses retranchements et surtout ne pas la blesser car elle avait la rancune tenace. Edward ne semblait pas au courant de ça et avait agi d'une manière, fort peu cavalière, en la rejetant et en l'ignorant. Maintenant, il allait payer le prix fort. Il chercherait perpétuellement son regard mais elle l'ignorait royalement. Le corset de sa robe l'obligeait à se tenir droite et cela renforçait la sévérité de sa posture et de ses traits. J'observai discrètement Edward se tourner vers ma Belle et émettre un raclement de gorge pour la prévenir qu'il voulait lui parler. Elle déposa sa fourchette doucement et lui répondit sans le regarder.

-Quoi Edward ?

-Pourrions-nous discuter tous les deux ?

D'une façon très hautaine, elle se leva en me souriant d'une façon sadique et se dirigea vers la porte pour attendre le vampire irrespectueux. Il la suivit comme un petit chien et ils disparurent tous deux dans le couloir. Notre ouïe vampirique nous permit de suivre la conversation malgré le panneau de bois.

-Que veux-tu ?

-Te demander de me choisir.

-Pardon ?

-Je suis sûr de pouvoir t'apporter beaucoup plus que lui. Rappelle-toi comment nous étions complices avant Seattle. Tout était simple et beau. Regarde ce que ce Santi a fait de toi. Tu portes à nouveau des habits vulgaires et ostentatoires. Il te pervertit l'esprit.

Nous entendîmes le bruit d'une claque puis un froissement de tissu avant que la voix rauque et emplie de haine de Bella se fasse entendre.

-Ecoutes-moi bien espèce de connard, je ne retournerais jamais avec toi. Ta famille est adorable mais toi, tu dois avoir subi une tare à la distribution de l'intelligence. Tu ne m'as sauvé de rien du tout. J'avoue avoir apprécié ta compagnie avant de redécouvrir ma vraie vie. Maintenant que j'ai retrouvé mon existence, je ne changerais rien pour tout l'or du monde.

Un bruit de talon se fit entendre puis la poignée de porte grinça.

-Ah, dernière chose. Mes habits de salope t'emmerdent ! J'adore ce genre de fringue, au moins comme cela je me sens femme. Tes sœurs vont être ravies de savoir ce que tu penses de mes vêtements. Je ne veux plus jamais te voir.

Nous reprîmes notre discussion sur un sujet marrant et encore une fois le rire bruyant d'Emmett accueillit l'arrivée de Bella. Elle ne dit rien à propos de sa discussion privée et remit bien vite son masque de dominatrice sûre d'elle. Elle continua à rire et à parler avec le restant des Cullen durant tout le repas. Comme un peu plus tôt dans la journée, je retournai ma main, paume en l'air, pour lui proposer d'y placer la sienne et elle y répondit sans hésiter. Mon cœur déborda de joie lorsque je compris qu'elle faisait attention à moi et qu'elle réagissait à mes demandes. Durant le dessert, tous les Cullen sans exception lui donnèrent un cadeau pour son anniversaire. Elle remercia tout le monde sans quitter sa place et ouvrit tous les présents doucement. Je ne prêtai aucune attention à ce qu'elle reçut car ce qui m'intéressait, c'était de voir ses réactions sur son visage.

Lorsqu'elle eut fini, il fut l'heure de partir pour la suite de notre soirée. Elle se rua dans les bras de chacun pour les remercier d'être venu et pour finir se planta devant Edward.

-Merci pour ton cadeau et ta venue Edward. N'oublie pas ce que je t'ai dit. A jamais.

Sa voix débordait de haine pour cet homme maintenant. Je la connaissais assez pour le savoir mais j'étais le seul. Lorsqu'il essaya de la toucher, elle recula en gardant un visage impassible et vint saisir ma main avant de continuer à parler.

-Ça m'a fait plaisir de vous voir. J'espère que nous pourrons bientôt passer du temps ensemble.

Je pressai doucement sa main pour la prévenir que nous devions partir. Je voulais l'emmener à l'Opéra. Elle embrassa une dernière fois presque tous les Cullen et étreignit plus longtemps Alice en lui promettant de se voir rapidement. Leur amitié était vraiment profonde.

Je l'aidai à mettre son manteau puis elle se dirigea vers la sortie en tenant tous ses cadeaux dans ses mains. Elle avait été gâtée. Nous déposâmes tous les paquets dans mon coffre puis je lui ouvris la porte pour qu'elle s'installe. Je démarrai rapidement afin de ne pas être en retard pour la suite de notre programme et fus surpris de sentir sa main se poser sur ma cuisse. Encore une fois, elle était en train de me surprendre. Elle semblait rechercher les contacts, alors qu'avant elle voulait les fuir.

-Où va-t-on maintenant Santi ?

-A l'opéra.

-Ce sera le premier que je vois depuis mon réveil. J'adore cette soirée.

-Je suis content de l'entendre ma Belle. Puis-je te poser une question avant notre arrivée ?

-Bien sûr.

-Pourquoi es-tu aussi distante avec Edward ?

-Je déteste être rejetée. Il a fait un choix, moi aussi.

Elle détourna la tête pour me signifier la fin de la discussion et s'émerveilla en découvrant l'opéra. J'espérai secrètement que nous ne croiserions personne. Si tout se passait comme je l'espérais, nous serions les derniers à nous installer avant le début de Carmina Burana.

Un portier en livrée noire ouvrit la porte de la voiture dès que je m'arrêtai et avant que je puisse la mettre en garde. Je ne voulais pas qu'elle commette d'impair si nous venions à rencontrer des personnes de notre monde. Je ne voulais pas qu'elle en souffre par la suite. Je lançai un regard noir au portier en lui tendant les clés et le dépassai pour proposer mon bras à Bella. Elle souffla un coup en souriant puis posa sa main sur mon avant-bras pour se laisser guider.

Comme je l'espérais, nous ne croisâmes personne et empruntâmes le grand escalier pour atteindre notre loge privée sur le premier balcon. Les lumières s'éteignirent dès que nous fûmes installés. Quelle synchronisation parfaite.

Bella se concentra instantanément sur la scène pour découvrir cette Cantate scénique composée par Karl Orff. Pour ma part, je me concentrai sur elle pour connaître son ressenti. Elle semblait subjuguée par ce qu'elle voyait. J'avais noté que notre arrivée avait déclenché un intérêt tout particulier de certaines personnes présentes dans la salle. J'avais aperçu plusieurs visages connus qui me faisait craindre notre sortie plus tard. Je savais déjà qu'ils allaient venir me voir et surtout venir voir la plus grande dominatrice de la ville, voire de la côte Ouest.

Je n'avais pas pu lui donner des conseils sur la façon de se comporter en public et je ne pus que croiser les doigts en priant pour avoir assez de temps pour nous éclipser sans les voir. Bella ne s'était rendu compte de rien. Elle était toujours aussi droite et avait posé son poignet sur le muret recouvert de velours rouge qui nous protégeait du vide. Elle semblait tellement à sa place dans ce monde que même moi, j'avais du mal à croire qu'elle était amnésique.

Stéphane et Peter étaient assis ensemble et étaient accompagnés par leur soumise respective. Celles-ci regardaient la scène en gardant un œil sur leur Maître pour s'assurer de répondre rapidement à leurs éventuelles demandes.

-Tu t'ennuies Santi ?

Bella s'était légèrement penchée vers moi pour me chuchoter sa question et je lui souris doucement.

-Non pas du tout. Je regarde qui est là.

-Et ?

-Il y a d'anciennes connaissances en bas. Il va falloir…

Je n'eus pas le loisir de pouvoir continuer car les lumières se rallumèrent et une ovation bruyante me coupa la parole. Bella s'était également levée et applaudissait en conservant un visage impassible. Je me joignis à elle en guettant nos amis du coin de l'œil. Il était maintenant clair que nous ne pourrions pas les éviter, ils allaient nous attendre. Je l'aidai à remettre son manteau puis lui offris mon bras pour sortir. Elle le saisit doucement et se pencha vers moi à nouveau.

-Ne t'inquiète pas, je sais quoi faire.

Je fronçais les yeux et elle me répondit par un magnifique sourire. Celui-ci disparu dès qu'elle franchit la porte de notre loge et j'entraperçus la dominatrice qu'elle était. Nous rejoignîmes l'entrée et je vis immédiatement Peter et Stéphane. J'entendis Bella inspirer profondément à mes côtés mais aucun signe de stress n'était visible.

-Peter, Stéphane ! Quelle joie de vous voir ! Ça faisait longtemps.

-On se disait la même chose Santi. Bonsoir Dame Isabel.

Elle les fixa intensément tous les deux avant de se remettre à parler d'une voix douce mais lourde de sens pour un public averti.

-Bonsoir Messieurs.

Elle n'adressa pas un regard aux deux soumises en arrière-plan et attendit patiemment la suite des évènements sans parler.

-C'est un grand plaisir de vous voir Dame Isabel. Nous commencions à nous inquiéter de ne pas vous voir.

-Je vous remercie de votre sollicitude Messieurs. Santi, allons-y, nous sommes attendus.

Elle était parfaite. Elle ne montrait aucun sentiment devant eux et menait la danse à la perfection. Elle était réellement faite pour ce monde. J'opinai brièvement avant de regarder nos amis.

-Messieurs, bonne soirée. Au fait, l'anniversaire du Club approche, nous espérons vous y voir.

-Avec grand plaisir Santi. Aurons-nous le plaisir de vous y voir Dame Isabel ? Vos talents nous manquent.

Une envie irrépressible de corriger l'affront me fit bouillir mais je fis tout mon possible pour rester stoïque. Ils savaient qu'il ne fallait pas lui adresser la parole. Je ne devais pas parler pour elle, ni prendre sa défense. Je voulais qu'elle garde le même contrôle et le même pouvoir sur notre monde. Elle fixa Peter d'un œil froid et meurtrier et j'aperçus son petit tic sur sa joue. Lorsqu'elle était agacée ou énervée, une fossette apparaissait sur sa joue gauche.

-Je ne manquerais pas de vous remettre à votre place le moment venu. Bonne continuation Messieurs.

Elle se détourna dans une envolée de tissu et je la suivis rapidement en saluant rapidement Stéphane et Peter. Ce dernier avait l'œil flamboyant et semblait ne pas du tout apprécier la promesse de Bella. Malgré tout, il savait qu'il devrait se soumettre à elle. Il n'avait pas le choix. Elle était la Maîtresse de cérémonie de mes clubs et elle était très intransigeante.

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Alors ? Qu'en dites-vous ? On approche de la fin de la fiction, il me reste quelques chapitres ainsi que trois outtakes. N'hésitez pas à me laisser vos impressions.