Chapitre 8: Lord & Lady Matlock
Darcy monta les marches du Grand Escalier quatre à quatre. Il lui tardait de voir son épouse qu'il avait quittée aux premières heures du jour pour aller inspecter les fermes des environs. Il la trouva dans la salle de musique en compagnie de Georgiana. Toutes deux évoluaient au milieu d'un océan d'échantillons de soie, satin et autres tissus que Darcy aurait été bien incapable d'identifier. Il se souvint alors que c'était le jour que Georgiana avait choisi pour présenter Elizabeth à Mrs. Harrington, la meilleure modiste de Lambton à qui la plupart des femmes de la bonne société du Derbyshire commandaient leurs toilettes lorsqu'elles n'étaient pas à Londres.
Il sourit en les voyant toutes deux de si bonne humeur. Il était habitué à la frénésie de Georgiana lorsque celle-ci choisissait ses nouvelles robes, attitude qui ne cessait de l'étonner car sa jeune sœur était d'ordinaire d'un naturel plutôt réservé. Mais il fut bien plus surpris de l'exubérance d'Elizabeth, et s'étonna de la voir comparer et vanter les mérites de tel ou tel échantillon à sa belle-sœur avec ce même rire cristallin dont il savait qu'il ne se lasserait jamais de l'entendre.
« Qu'ont prévu les deux femmes de ma vie pour me ruiner ? demanda-t-il d'un ton théâtral en se tenant sous le chambranle de la porte.
- Tu n'as pas idée, mon cher frère ! Mrs. Harrington nous a présenté de si beaux patrons que nous n'avons pas pu résister ! dit Georgiana.
- Et mon adorable épouse a elle aussi cédé à la tentation j'imagine ? dit Darcy en s'asseyant près d'Elizabeth.
- J'ai eu du mal à la convaincre. Elle est bien trop raisonnable ! dit Georgiana en souriant malicieusement.
- Je ne le sais que trop. Mais je compte sur toi, Georgiana.
- C'était donc prémédité ? demande Elizabeth d'un ton faussement offensé tout en s'efforçant de ne pas sourire.
- Bien sûr, j'avais donné des consignes pour que tu sois aussi dépensière que possible ! répondit son mari. Alors, dites-moi tout, suis-je au bord de la ruine ?
- J'ai commandé quatre adorables robes d'été et cinq autres robes du matin. Tu vas les adorer ! répondit sa sœur. Quant à Lizzie, tu ne le croiras sans doute pas, mais elle n'a commandé que moitié moi que moi !
- Tu oublies la robe de bal ! dit Elizabeth.
- C'est une bonne chose, car tu en auras besoin très prochainement pour le Bal Masqué des Matlock, annonça Darcy.
- Les Matlock ?
- Lord et Lady Matlock sont les parents de notre cousin Richard, le Colonel Fitzwilliam, expliqua Darcy. Lord Matlock est le frère aîné de notre mère. Son épouse et lui sont rentrés de leur voyage aux Indes il y a quelques jours, j'ai reçu une lettre m'annonçant leur retour ce matin.
- Ils sont donc rentrés ? s'exclama Georgiana. C'est une excellente nouvelle, il me tarde tant de les revoir !
- Depuis combien de temps ne les avez-vous pas vus ? demanda Elizabeth.
- Près de deux ans. Notre oncle a des terres aux Indes et il tenait absolument à les visiter lui-même, et Tante Madeline a tenu à l'accompagner.
- Oui, et nous sommes invités à dîner à Matlock Castle samedi soir. Ils sont impatients de nous revoir et de rencontrer Elizabeth »
Mrs. Reynolds frappa discrètement à la porte et annonça que le dîner serait servi une heure plus tard. Georgiana se retira donc dans ses appartements, imitée par son frère et sa belle-sœur. Une demi-heure plus tard, Elizabeth était assise à sa coiffeuse, rêveuse, tandis que Emma, sa femme de chambre, la coiffait habilement. Lorsque cette dernière eût terminé, elle se retira discrètement. Elizabeth poursuivit sa rêverie et de ce fait n'entendit pas son époux lorsque celui-ci entra doucement dans la chambre. Ce ne fut que lorsqu'il l'embrassa tendrement sur la tempe qu'elle s'aperçut de sa présence.
« As-tu passé une bonne journée ? demanda-t-il.
- Excellente. Georgiana est vraiment adorable. Nous passons de très bons moments ensemble.
- Tes craintes ont donc toutes disparues…
- Bien sûr. Elles étaient totalement infondées. Tu avais raison.
- En as-tu déduit que tu devrais écouter ton mari plus souvent ? dit-il malicieusement.
- Hors de question. Et tu t'ennuierais si je devais cesser de te tenir tête ! Et ta journée ?
- Excellente. Je crois que Mr. Leighton a été un peu trop alarmiste dans ses courriers car la situation n'est pas si mauvaise que je ne le craignais. Elle est juste due à une trop longue absence de ma part…
- Et qu'en est-il de l'invitation que tu as reçue de la part de ton oncle et ta tante ? Tu sembles très proche d'eux mais tu ne les as jamais mentionnés pendant nos fiançailles, s'étonna Elizabeth.
- George Fitzwilliam, qui porte le titre de Lord Matlock, est le frère de Lady Catherine, mais également de ma mère, qui est née Fitzwilliam, d'où mon prénom. A l'inverse de Lady Catherine, ma mère et Oncle George se sont toujours très bien entendus, et leurs liens se sont renforcés après le mariage de mon oncle car ma mère adorait ma tante Madeline. Toutes les deux étaient très proches, car elles avaient le même tempérament. Et étant donné que Matlock Castle n'est qu'à quinze miles de Pemberley, nous y allions très souvent, tout comme ils venaient nous rendre visite à Pemberley régulièrement. C'est aussi pour cette raison que je suis si proche de mes cousins, Richard, et son frère aîné, Gerald Fitzwilliam, le Vicomte de Vauxhall, et que tu ne devrais pas tarder à rencontrer. Quand j'ai perdu ma mère, Tante Madeline s'est rapprochée de Georgiana et moi, et nous la considérons un peu comme notre seconde mère. En tout cas, je sais que je peux compter sur eux en toutes occasions, même si leur séjour aux Indes n'a pas facilité les choses.
- Les Matlock ne ressemblent donc pas à Lady Catherine ?
- Pas le moins du monde. Mon oncle a toujours réussi à maintenir un semblant de paix entre ses sœurs et Tante Madeline, mais leurs rapports n'ont pas toujours été très paisibles car elles avaient des points de vue très différents sur bien des sujets. Lady Matlock est une femme très généreuse qui, à l'inverse de Lady Catherine, a construit toute sa vie autour de sa famille alors que le seul intérêt de Lady Catherine réside dans sa vie mondaine à Londres. Quant à Oncle George, il est un peu froid et altier au premier abord, mais c'est un homme très bon et très ouvert. Tante Madeline et lui devraient t'adorer.
- En es-tu sûr ? Ne vont-ils pas penser que je ne suis pas un assez bon parti pour toi ? demanda Elizabeth. Ton oncle est Comte, n'est-ce pas ?
- Oui, mais même s'il est son frère, il est très différent de Lady Catherine. Les Matlock ont eux-mêmes fait un mariage d'amour et sauront reconnaître et apprécier tes qualités… De plus, je leur ai déjà longuement parlé de toi dans mes lettres et ils sont ravis de me savoir si heureux, même si je ne te cache pas qu'ils ont été très surpris de prime abord. Mais me savoir heureux leur suffit pour avoir une très bonne opinion de toi, et je suis convaincu qu'ils seront conquis dès qu'ils auront fait ta connaissance. »
Les deux jeunes mariés se rendirent dans la salle à manger et s'installèrent à table dès que Georgiana les eût rejoints. Tous trois passèrent une soirée délicieuse. Darcy et sa sœur étaient désireux de rassurer Elizabeth au sujet des Matlock et ils lui parlèrent beaucoup de la famille Fitzwilliam au complet, évoquant leurs meilleurs souvenirs.
« Et ce bal masqué, qu'en est-il ? demanda Elizabeth après que Georgiana se soit retirée.
- C'est un événement annuel qui réunit toute la bonne société du comté et des environs, même s'il a toujours lieu en plein milieu de la Saison. Nos parents le considéraient comme l'événement annuel à ne manquer du Derbyshire. Ils s'y rendaient invariablement, sauf quand notre mère était malade.
- Et Georgiana et toi, y allez-vous souvent ? demanda Elizabeth.
- Georgiana est trop jeune pour y avoir été invitée. L'an prochain, quand elle aura fêté ses dix-huit ans, elle pourra sans doute y participer. Quant à moi j'y ai assisté cinq ou six fois, je crois. Ces dernières années j'évitais les mondanités autant que faire se peut…
- Comptes-tu y aller cette année ?
- Je pensais accepter l'invitation, si le cœur t'en dit, bien évidemment. Les raisons pour lesquelles j'évitais d'y aller les années précédentes n'ont plus lieu d'être… dit Darcy en regardant amoureusement son épouse.
- Quel soulagement cela doit être de ne plus être la cible des attentions de toutes les jeunes filles à marier du pays !
- Effectivement… Maintenant que je suis marié, et qui plus est très heureusement marié, je serai ravi de m'y rendre avec toi, dit-il avec un sourire.
- Faut-il vraiment se déguiser et porter un masque ?
- Non… Certains invités le font encore mais c'est plus une tradition qu'autre chose. Mon oncle et ma tante eux-mêmes ne le font pas. Si le cœur t'en dit, tu pourras répondre favorablement à leur invitation lors de notre dîner à Matlock Castle, lui proposa-t-il.
- Oui… Je suis ravie de les rencontrer. En fait, je suis assez surprise. Quand je t'ai rencontré je pensais que toi et Georgiana étiez les seuls membres restants de votre famille.
- La famille Fitzwilliam est plus étendue qu'elle n'y paraît, mais tu as rencontré tous les Darcy, si cela peut te rassurer. » plaisanta-t-il.
Darcy et Elizabeth furent si bien occupés jusqu'à la fin de la semaine qu'ils ne virent pas le temps passer jusqu'au samedi, date à laquelle ils étaient conviés à dîner à Matlock Castle. Si Mr. Leighton avait surestimé la gravité des problèmes que Darcy devait régler, ils n'en étaient pas moins présents et très divers. A sa grande déception, le jeune marié se trouva obligé de déserter Pemberley des journées durant. Elizabeth quant à elle ne s'ennuyait pas et n'eut pas le temps de regretter le Hertfordshire, à son grand soulagement.
Elle prenait très à cœur son rôle de nouvelle maîtresse de Pemberley et passait de longues heures en compagnie de Mrs. Reynolds qui la formait sur les innombrables responsabilités qui étaient désormais les siennes. Elizabeth savait que Lady Anne, la mère de Darcy, avait géré Pemberley d'une main de maître et entendait conserver toutes les habitudes des occupants de la maisonnée. Ainsi, elle apprit les noms de chaque serviteur par cœur et commença rapidement à avoir un mot gentil pour chacun, s'enquérant de leur santé et de leur famille, au grand plaisir des principaux intéressés et de Darcy et Georgiana qui étaient eux aussi habitués à entretenir des relations cordiales et respectueuses avec leurs serviteurs depuis leur enfance.
De plus, les longues heures qu'elle passait avec Mrs. Reynolds étaient l'occasion d'apprendre petit à petit le fonctionnement du domaine, et Elizabeth comprit rapidement qu'il occuperait une grande partie de ses journées. Entre l'intendance, les menus, les comptes, et les visites régulières dans les cottages des métayers et nombreux employés du domaine lorsque ceux-ci avaient besoin de la générosité des maîtres du domaine, l'emploi du temps de la maîtresse de Pemberley était très chargé.
Le décorateur dont Darcy avait parlé arriva le jeudi et il discuta avec Elizabeth et Georgiana des changements à effectuer. Elizabeth choisit des couleurs douces et des meubles délicats pour le boudoir où son mari l'avait menée, ayant comme lui un net penchant pour la simplicité et l'élégance discrète. Parallèlement, elle passait beaucoup de temps avec Georgiana. Contrairement à Kitty dont elle avait le même âge, Georgiana était très mature pour son âge même si sa grande timidité le dissimulait la plupart du temps. Elizabeth constata rapidement qu'elle était en tout point la jeune fille accomplie dont Miss Bingley avait fait l'éloge : parlant couramment trois langues étrangères, Georgiana lisait abondamment et était très cultivée sur une multitude de sujets, dessinait et jouait du piano et de la harpe à la perfection, chantait délicieusement d'une douce voix de soprano et était, comme tout Darcy, une cavalière accomplie.
Des Darcy, elle possédait également la réserve et la timidité, l'inclination pour le calme et l'intimité du cercle familial. Si Darcy cachait sa réserve derrière une façade hautaine et froide, Georgiana choisissait la discrétion, tentant tant bien que mal de dissimuler la rougeur de ses joues dès lors qu'elle se trouvait en public. La compagnie d'Elizabeth accentua sa joie de vivre et commença rapidement à lui donner davantage confiance en elle. Une tendre complicité était née entre les deux nouvelles sœurs qui passaient de nombreuses heures ensemble, leurs tempéraments étant tout à la fois semblables et complémentaires.
Lorsque le samedi arriva, Darcy et Elizabeth en profitèrent pour se lever plus tard que d'ordinaire et prirent comme à l'accoutumée leur petit déjeuner dans la solitude de leurs appartements. C'était une habitude qu'ils avaient prise dès leur premier jour de mariage passé à Pemberley et qu'ils allaient conserver leur vie durant, les seules exceptions étant les dimanches avant la messe, jour où ils descendaient prendre leur petit déjeuner en compagnie de Georgiana, puis plus tard de leurs enfants, et lorsqu'ils recevraient, de leurs familles et amis.
Darcy avait prévu de passer l'après-midi en compagnie d'Elizabeth et de la mener aux écuries pour lui monter ses chevaux dont il était très fier. Il savait que malgré l'envie d'apprendre à monter à cheval dont elle lui avait fait part, elle conservait une légère appréhension, n'étant pas totalement rassurée en compagnie des chevaux. Ils passèrent néanmoins une journée délicieuse : après avoir déjeuné avec Georgiana ils se rendirent à l'autre bout du domaine aux écuries où les palefreniers entraînaient certains des chevaux. Elizabeth constata rapidement que la fierté de Darcy concernant ses chevaux de courses était justifiée : ses bêtes étaient somptueuses, élégantes et racées. Elle-même, qui n'avait pourtant aucune connaissance dans le domaine équestre, le constata d'emblée. Néanmoins, à la vue du dressage d'un jeune cheval particulièrement rétif, elle s'effraya des risques que prenaient les dresseurs.
« N'y a-t-il jamais d'accident ? demanda-t-elle à son mari.
- Cela arrive, même si nous prenons toutes les précautions nécessaires. Nous sommes tous tombés au moins une fois…
- Dresses-tu aussi tes chevaux ? s'étonna Elizabeth.
- Bien sûr. Moins qu'auparavant néanmoins car mes obligations ne m'en laissent guère le temps, mais c'est une passion. »
En voyant ses yeux briller, Elizabeth sut qu'elle devrait faire taire la peur qui enserrait déjà son cœur. Aussi terrifiée qu'elle puisse être à l'idée de le voir tomber et se blesser grièvement ou pire, elle ne voulait pas le priver d'une de ses passions.
« Viens, je vais te montrer nos poulains. Tu pourras voir celui qui est né la semaine dernière. » dit-il, enthousiaste.
Il la guida vers les stalles et l'emmena voir un jeune poulain si jeune qu'il tenait à peine debout. Il s'approcha doucement et commença à caresser le dos du frêle animal avant de tendre la main à Elizabeth qui l'imita. Puis il la mena dans la stalle de Parsifal, le cheval préféré de Darcy, celui qui le suivait dans tous ses voyages. Elizabeth avait toujours admiré la majesté du destrier noir et elle put constater qu'il n'en était pas moins doux. Sa peur disparut graduellement tandis que Darcy lui montrait comment le nourrir. Il lui montra tous ses chevaux un à un puis ils revinrent doucement au manoir. Ils se séparèrent à regret sur un long baiser pour aller se préparer.
Sur les conseils d'Emma, Elizabeth choisit l'une de ses nouvelles robes pour son premier dîner à Matlock Castle. Lorsque son mari entra dans les appartements d'Elizabeth, elle arborait donc une robe de soie bleu outremer ornée d'un long ruban argenté qui cintrait sa taille. Emma venait tout juste de terminer de coiffer Elizabeth lorsque celle-ci aperçut le reflet de son mari dans le miroir. Lorsqu'elle eût congédié Emma, elle lui tendit la main pour qu'il s'approche.
« J'ai quelque chose pour toi… murmura-t-il entre deux baisers.
- Vraiment ? » murmura Elizabeth presque distraitement tant elle était perdue dans la douceur de ses caresses.
Il en profita pour prendre le collier qu'il avait glissé dans sa poche quelques instants auparavant et l'accrocha autour du cou de son épouse, non sans l'embrasser longuement. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle put voir dans le miroir que son mari venait de lui offrir un collier en saphirs d'une simplicité et d'une délicatesse sans pareilles.
« Mon Dieu, il est magnifique… Mais tu n'aurais pas dû, William… Tu m'as déjà offert tant de bijoux !
- Je n'ai fait que te transmettre les parures familiales qui étaient à ma mère et qui te revenaient de droit. C'est la tradition. Ceci, c'est un cadeau bien plus personnel que j'ai acheté à Londres pendant nos fiançailles. J'ai tout de suite su qu'il t'irait à la perfection. Tu es magnifique lorsque tu portes du bleu, mon ange…
- Et bien entendu, Emma était au courant. Je comprends mieux maintenant pourquoi elle a tant insisté pour que je choisisse cette robe… »
Il lui prit la main et la fit se lever et tourner sur elle-même, la faisant éclater de rire.
« Suis-je acceptable aux yeux du Maître de Pemberley ? le taquina-t-elle.
- Mieux qu'acceptable : parfaite. A tel point que tu me places face un dilemme de taille…
- Vraiment ?
- Oui, je suis partagé entre l'envie de te présenter à mon oncle et ma tante et celle de rester seul avec toi…
- Nous pouvons reporter cette seconde alternative de quelques heures… dit-elle avec un sourire malicieux.
- Fort heureusement. Mais dans ce cas il nous faut descendre immédiatement sans quoi je n'aurai pas la force d'âme nécessaire pour résister jusqu'à notre retour… Et Georgiana est sans doute déjà prête, ne la faisons pas attendre. »
Il lui offrit son bras qu'elle prit volontiers et ils descendirent dans le Grand Foyer où Georgiana les rejoignit quelques minutes plus tard. Darcy escorta sa femme et sa sœur jusqu'à la voiture et les aida à monter. Le trajet jusqu'à Matlock Castle dura une demi-heure. Fort heureusement les jours commençaient à rallonger et Elizabeth put admirer le paysage qu'elle ne connaissait pas encore.
Ils ne tardèrent pas à arriver à Matlock Castle. Le domaine de Lord et Lady Matlock était de taille aussi imposante que Pemberley et l'ensemble était tout aussi majestueux. L'architecture était parfaitement équilibrée et une atmosphère paisible s'en échappait. Darcy aida Elizabeth et Georgiana à descendre. Ils furent accueillis par un valet qui les introduisit dans un grand salon. Aussitôt, un couple qu'Elizabeth identifia sans peine, se leva pour les accueillir. Georgiana fut longuement serrée dans ses bras par sa tante tandis que Lord Matlock serrait chaleureusement la main de son neveu.
« Fitzwilliam, quel plaisir ! dit-il.
- Comment allez-vous, Oncle George ? Je suis ravi de vous voir de retour, dit Darcy.
- Mais c'est plutôt à toi qu'il faut poser cette question, jeune marié. Ne me présentes-tu pas ? dit Lord Matlock en regardant Elizabeth avec une curiosité qu'il parvenait difficilement à dissimuler.
- Bien sûr. Oncle George, voici Elizabeth… Lizzie, je te présente mon oncle, George Fitzwilliam, comte de Matlock.
- Je suis ravie de faire votre connaissance, Lord Matlock, dit Elizabeth, esquissant une révérence tandis que son oncle par alliance lui baisait la main.
- Bienvenue dans notre famille, Mrs. Darcy. Permettez-moi de vous présenter tous mes vœux de bonheur.
- Tante Madeline, permettez-moi de vous présenter Elizabeth, mon épouse, dit Darcy en entraînant Elizabeth vers sa tante qui tendait déjà les mains à la jeune femme.
- Bienvenue, Elizabeth. Fitzwilliam n'a pas menti lorsqu'il m'a écrit que vous étiez charmante ! dit Lady Matlock en embrassant sa nouvelle nièce sur les deux joues, tandis que la jeune mariée rougissait légèrement en entendant le compliment.
- C'est un honneur de vous rencontrer, Lady Matlock.
- Et un plaisir pour nous. Je vous avoue que notre curiosité a été plus que piquée lorsque Fitzwilliam nous a annoncé vos fiançailles, et il nous tardait de rentrer enfin en Angleterre pour vous rencontrer !
- Georgiana, ma chérie, tu es en beauté toi aussi ! dit Lord Matlock en se tournant vers sa jeune nièce. On dirait bien que tu as encore grandi depuis notre dernière rencontre.
- Je ne vous ai pas vu depuis près de deux ans, mon oncle, aussi cela n'a rien d'étonnant. » répondit cette dernière en souriant.
Un serviteur vint annoncer que le dîner était servi. Lady Matlock escorta ses hôtes jusqu'à la salle à manger. Les Matlock s'installèrent de part et d'autre de la table. Elizabeth et Darcy étant mariés depuis moins d'un an, ils s'installèrent côte-à-côte en face de Georgiana.
« J'espère que votre mariage et le voyage qui a suivi se sont bien passés ? demanda Lady Matlock.
- C'était idyllique, Tante Madeline. Tout s'est déroulé à merveille, dit Darcy en souriant.
- J'ai cru comprendre que vous venez du Hertfordshire, Elizabeth…
- En effet. Etes-vous familière avec la région ?
- Malheureusement non, dit Lady Matlock.
- Votre famille ne vous manque-t-elle pas trop ? demanda Lord Matlock.
- Si, bien sûr. Mais je m'y étais préparée. Et pour être tout à fait franche il n'y a aucun autre endroit au monde où je voudrais être hormis Pemberley, répondit-elle en regardant son mari qui lui sourit.
- Vos premières semaines à Pemberley se sont-elles bien passées ? Je sais par expérience que c'est un peu imposant les premiers jours, dit Lady Matlock en souriant.
- Je ne saurais vous contredire sur ce point. J'avoue qu'il m'arrive encore de me perdre ! dit Elizabeth en souriant. Heureusement je trouve toujours quelqu'un pour venir à mon secours ! »
Le repas se poursuivit très agréablement. Les Matlock tombèrent rapidement sous le charme d'Elizabeth, comprenant immédiatement l'attirance que leur neveu éprouvait pour elle. Elizabeth était vive d'esprit, pleine de joie de vivre et très sociable. Elle avait par ailleurs un sens de l'humour à toute épreuve. Ils connaissaient très bien le naturel placide et réservé de Darcy et devinèrent instinctivement que l'adage affirmant que les contraires s'attirent disait vrai.
Quant à Darcy, il ne cessait de s'émerveiller de la capacité d'adaptation de son épouse. A aucun moment elle n'avait paru intimidée ou anxieuse, elle discutait avec entrain avec son oncle et sa tante par alliance sur une multitude de sujets alors qu'elle venait à peine de les rencontrer, faculté que lui enviait Darcy qui avait besoin de jours entiers pour se sentir à l'aise en présence d'inconnus.
Elizabeth avait quant à elle apprécié d'emblée les Matlock, sensible à l'affection évidente qu'ils portaient à Darcy et Georgiana, et qu'elle n'avait jamais ressentie chez Lady Catherine, en dépit du fait que les mêmes liens de parenté les unissaient. Tandis qu'ils racontaient leur séjour aux Indes, satisfaisant la curiosité de Darcy, Elizabeth put observer à loisir les membres de sa nouvelle famille.
Lord Matlock était âgé d'une soixantaine d'années, et son illustre naissance l'avait doté d'un charisme impressionnant, fort heureusement atténué par une bonne humeur et un humour à toutes épreuves, ainsi que d'une profonde bonté. Elizabeth devina d'instinct que son sens des convenances et de l'étiquette n'avait rien à envier à celui sa sœur Lady Catherine, mais qu'il plaçait le bonheur et le bien-être de son entourage en priorité. Elizabeth fut agréablement surprise de l'entendre demander des nouvelles de Pemberley à Darcy, lui offrant de nombreux conseils sur la gestion du domaine, et lui apportant une aide et une affection toutes paternelles.
Lady Matlock, plus jeune que lui d'une dizaine d'années, était quant à elle d'une grande élégance, et tout dans son attitude et son maintien laissaient deviner son rang. Néanmoins, elle avait une douceur dans la voix et le regard qui attirèrent immédiatement Elizabeth. Elle n'avait pas manqué de remarquer que Lady Matlock observait Darcy et Georgiana avec autant d'affection que s'ils avaient été ses enfants, et qu'elle n'hésitait très certainement pas à leur servir de mère de substitution dès qu'ils en ressentaient le besoin.
Avec ses grands yeux bleus, Lady Matlock observait tout aussi avidement la jeune Mrs. Darcy qu'elle trouvait charmante et appréciait déjà. Elle avait été très intriguée lorsque son neveu lui avait annoncé dans l'une de ses lettres qu'il s'était fiancé. Elle le connaissait trop pour ne pas savoir qu'il manœuvrait habilement depuis plusieurs années pour ne pas se laisser prendre dans le piège d'un mariage de convenances, et ce malgré les innombrables tentatives de la bonne société de Londres. Elle était soulagée de voir qu'il avait fait un choix heureux bien qu'original, devinant qu'Elizabeth serait la parfaite compagne pour lui.
« Elizabeth, j'espère que vous serez plus loquace que Fitzwilliam. Il n'a pas dit un mot au sujet de votre rencontre dans ses lettres ! dit Lady Matlock lorsque la conversation finit par s'engager sur le sujet de leurs fiançailles.
- Il vous a fallu très certainement développer des trésors de patience pour parvenir à l'approcher et à briser sa carapace ! plaisanta Lord Matlock
- L'affreuse vérité, mon oncle, est qu'Elizabeth ne m'a pas du tout apprécié le jour où nous nous sommes rencontrés, avoua Darcy.
- Et à juste titre ! le contra Elizabeth.
- En effet, je n'étais guère sociable.
- Comme il s'était si bien employé à se forger une très mauvaise image de lui-même, c'est lui qui a dû développer des trésors de patience pendant les mois qui ont suivi… dit Elizabeth en souriant amoureusement à son mari.
- La patience est pourtant une vertu que tu n'as pas en abondance, Fitzwilliam ! dit Lady Matlock, amusée.
- J'étais prêt à bien des choses pour la faire changer d'avis.
- Même à m'inviter à danser ! le taquina Elizabeth
- Vraiment ? Moi qui croyais qu'il détestait cela… dit Lord Matlock.
- Pas si j'ai une charmante cavalière, dit Darcy.
- Ne me dites tout de même pas qu'il a fallu d'une danse, Elizabeth ! dit Lady Matlock.
- C'eût été bien trop simple, et elle était déterminée à ne pas me rendre la tâche facile, dit Darcy au grand étonnement des Matlock et de Georgiana qui n'étaient pas habitués à tant d'autodérision de sa part.
- Tu ne le méritais pas à l'époque, rétorqua Elizabeth. Mais comme vous devez sans doute déjà le savoir, il est tenace ! Il s'arrangeait pour que nos chemins se croisent toujours quelque soit l'endroit où je me trouvais !
- Alors si cette patience s'est doublée de son obstination légendaire, vous n'aviez aucune chance, ma chère ! dit Lord Matlock en souriant malicieusement.
- C'est là que l'affaire s'est compliquée : l'obstination d'Elizabeth est tout aussi tenace que la mienne, dit Darcy, ne résistant pas au plaisir de taquiner son épouse à son tour.
- Et elle en aura bien besoin pour te supporter pendant votre mariage ! rétorqua Lord Matlock.
- Mon oncle ! dit Georgiana, quelque peu offusquée de voir son frère traité si cavalièrement.
- Ma petite Georgiana, tu comprendras un jour qu'il n'y a rien de plus dangereux qu'un mariage où l'un des deux n'est plus que l'ombre de lui-même. Voilà le plus sûr moyen d'être rongé par l'ennui et de ne pas être heureux.
- Tout cela ne nous dit pas le fin mot de l'histoire, dit Lady Matlock. Car il a bien fallu que tu te montres sous ton meilleur jour, Fitzwilliam. »
Elizabeth se tut un instant, cherchant ses mots en contemplant son mari, qui la caressait du regard en attendant sa réponse. Si l'amour qu'elle lui portait était désormais une évidence, elle ne s'était jamais réellement demandé quelles qualités chez lui l'avaient fait succomber. Et soudain, elle sut.
« William est comme un très bon vin, il faut du temps apprendre à l'apprécier même si les premiers contacts ne sont pas forcément des plus agréables. Et comme vous le disiez, Lord Matlock, sa carapace est si solide qu'il est aisé de passer à côté sans prendre le temps de découvrir tous les trésors qu'elle recèle. Ou pire, de se faire une fausse idée de ce qu'elle cache. Et lorsqu'enfin j'ai ouvert les yeux, j'ai découvert un homme profondément généreux, loyal, que je pourrais aimer et respecter toute ma vie.
- Et comment avez-vous brisé la carapace ? demanda Lord Matlock.
- Précisément en ne cherchant pas à le faire, répondit Darcy. J'ai bien peur de lui avoir été totalement indifférent pendant des mois. C'était bien la première fois que cela m'arrivait ! Et c'était une nouveauté à la fois bienvenue et… terriblement frustrante.
- Ce n'est pas entièrement vrai, le reprit Elizabeth en souriant. Même au plus fort de nos désaccords, tu ne m'as jamais laissée indifférente. Avec le recul, je pense que cela aurait dû me mettre sur la voie.
- Si seulement j'avais su cela à cette époque… » plaisanta Darcy.
Au seul regard que les jeunes mariés échangèrent à cet instant, oublieux de tous les autres occupants de la pièce, les Matlock comprirent que leur union avait été dictée par un amour aussi profond que durable, et ils furent pleinement rassurés sur les motivations d'Elizabeth, ayant craint un instant qu'elle n'ait épousé Darcy que par intérêt. Les Matlock échangèrent un sourire attendri. Les innombrables questions qu'ils s'étaient posées en apprenant les surprenantes fiançailles de leur neveu avaient trouvé leurs réponses.
Lorsque le dîner s'acheva, les trois femmes se rendirent dans un petit salon pour prendre un thé, tandis que Lord Matlock entraînait son neveu dans la salle de billard pour lui offrir un brandy.
« Elle me plaît, Fitzwilliam. Beaucoup, dit Lord Matlock sans préambule. Je dois avouer que j'ai été très dubitatif lorsque tu nous as annoncé tes fiançailles. Ton choix m'a surpris, et pour être tout à fait franc, déçu de prime abord.
- Dans ce cas je dois doublement vous remercier d'avoir réservé un si bon accueil à Elizabeth en dépit vos réticences.
- Remercie ta tante : c'est elle qui m'a rappelé que tu louvoyais depuis des années pour ne pas te laisser prendre au piège d'un mariage de convenances, même avec les meilleurs partis du pays. Et donc que tu avais assez de jugement pour choisir une jeune femme qui ne t'épouserait pas par intérêt. Sur ses conseils, j'ai donc pris le parti de te faire confiance, et d'attendre avant de juger.
- Néanmoins vous êtes resté surpris de mon choix.
- C'était un mystère pour moi, en effet. J'étais convaincu que ton sens du devoir était si bien ancré en toi que jamais tu ne songerais à te marier en-dehors de notre cercle de relations. Et jusqu'à ce soir, j'avais tendance à penser que tu aurais dû le faire, ne serait-ce que pour Pemberley et l'honneur de ta famille.
- Vous venez pourtant de déclarer que vous êtes ravi de mon choix, dit Darcy, intrigué.
- Parce que depuis, j'ai rencontré l'heureuse élue ! dit Lord Matlock avec un sourire espiègle. Il ne fait aucun doute qu'elle t'aime profondément. Cela seul m'a radouci à son égard. Votre mariage sera heureux, j'en suis convaincu. Même si je devine que vos tempéraments respectifs vous réservent quelques belles disputes !
- Qui se ressemble s'assemble… dit Darcy, rougissant presque des taquineries de son oncle.
- Tu as bien choisi, tu aurais fini par mépriser ton épouse si tu avais préféré une femme insipide et sans caractère… Et du caractère, il en faut pour être la maîtresse de Pemberley ! Il ne m'a fallu que le temps du dîner pour comprendre qu'Elizabeth sera parfaitement à même de t'épauler à Pemberley, et de tenir son rang à Londres. Elle est intelligente, et a assez d'esprit pour s'adapter à toutes les situations. Elle fera bien vite oublier qu'elle n'avait ni nom ni fortune avant de t'épouser.
- Merci, mon oncle. Votre opinion compte beaucoup à mes yeux.
- Mais s'il s'était avéré que je sois d'accord avec ma sœur ? demanda Lord Matlock en posant un regard perçant sur son neveu.
- Cela m'aurait peiné, mais j'ai toujours estimé que les choix concernant ma vie privée ne regardaient que moi. Je crois que même si Georgiana avait désapprouvé mon choix, j'aurais passé outre. Elizabeth est ma vie…
- Et Pemberley ? demanda Lord Matlock, amusé de la fougue de son neveu.
- Vous savez à quel point j'aime Pemberley. Vous venez de le rappeler, j'ai toujours fait passer les impératifs de mon rang et mes responsabilités avant mes désirs. Des années durant j'ai cherché une femme de qualité, forte et brave, intelligente et sage, profondément humaine et généreuse. Une femme ayant toutes les qualités nécessaires pour devenir la maîtresse de Pemberley. Mais pour être tout à fait franc, j'ai oublié toutes ces exigences le jour où j'ai rencontré Elizabeth. J'ai su que le bonheur ne serait possible qu'avec elle. Et je suis l'homme le plus chanceux du monde, mon oncle, car elle a toutes les qualités que je viens de citer, et bien plus encore. »
Son oncle acquiesça longuement, le sourire aux lèvres, tout en dégustant son brandy.
« En tout cas je suis très heureux pour toi, Fitzwilliam. Ton père serait très fier de l'homme que tu es devenu, tout comme ta mère. Ils s'aimaient profondément tous les deux, tu le sais mieux que moi. C'est un sentiment si peu répandu dans notre cercle… Mais cela s'en ressentait dans leur façon de s'occuper de Pemberley. Il devrait en aller de même pour Elizabeth et toi.
- Je suis ravi que tante Madeline et vous l'appréciiez. Elle craignait votre réaction.
- Elle redoutait de rencontrer une autre Lady Catherine, qui plus est doublée d'un mari, tu veux dire ? plaisanta Lord Matlock. Sois sans crainte, nous ne sommes pas aveuglés par les critères de rang et d'argent qui régissent toute la vie de ma sœur. J'ai toujours eu du mal à comprendre pourquoi Sir Lewis l'a épousée, ils étaient si mal assortis ! Mais elle lui a apporté une dot assez importante pour remettre Rosings en état... Néanmoins, je ne suis pas sûr qu'elle ait fait son bonheur… Je suis soulagé de voir que tu n'as pas fait la même erreur, quand bien même un mariage avec Anne t'aurait permis de doubler ta fortune.
- Comme vous l'avez dit si justement, le mariage de mes parents était trop heureux pour ne pas m'apprendre que les richesses les plus précieuses ne sont pas faites d'or.
- En tout cas, Elizabeth peut compter sur notre soutien indéfectible, tout particulièrement à Londres si vous décidez de participer à la prochaine Saison. Nous ne laisserons personne médire à son sujet. Elle est ton épouse et, en tant que telle, elle doit être respectée. Ta tante veillera personnellement sur elle.
- Je vous remercie, mon oncle, je sais qu'elle n'aura jamais suffisamment d'alliés à Londres pour faire taire les mauvaises langues.
- Elle est trop téméraire pour redouter cela. A nous trois, nous l'introduirons auprès de nos relations, et sa personnalité fera le reste, j'en suis convaincu. »
Les Darcy prirent congé vers minuit, Lady Matlock ayant invité Elizabeth à venir prendre le thé la semaine suivant le Bal Masqué.
« Vous aurez fait connaissance d'autres jeunes femmes du comté que je vous présenterai lors du Bal, Elizabeth. Je les inviterai également à prendre le thé comme cela vous pourrez lier amitié.
- C'est très gentil à vous, Lady Matlock…
- C'est tout naturel… Cela me permettra de continuer à faire votre connaissance. Et je vous en prie, appelez-moi « Tante Madeline », vous faites partie de la famille, désormais. »
Rougissante, Elizabeth constata que Lord Matlock acquiesçait vigoureusement, et elle comprit en cet instant qu'ils venaient d'approuver le mariage de leur neveu et de l'adopter définitivement au sein de leur famille.
Darcy offrit son bras à son épouse et salua affectueusement son oncle et sa tante, imité par Elizabeth et Georgiana.
Ce ne fut que lorsque leur voiture s'ébranla qu'Elizabeth prit conscience de la réussite de la soirée lorsque, échangeant à ce sujet avec Darcy et Georgiana, ces derniers exprimèrent leur étonnement.
« Notre tante vient de t'autoriser à l'appeler « Tante Madeline » ! s'exclama Georgiana, ébahie.
- Oui, je crois qu'elle m'apprécie, dit Elizabeth.
- C'est davantage que cela, Elizabeth. » dit Darcy.
Voyant le regard perplexe de son épouse, il expliqua :
« Gerald, leur fils aîné, est marié depuis sept ans. Priscilla, son épouse, pourtant fille de Comte, continue toujours à appeler sa belle-mère « Lady Matlock ». Tante Madeline ne l'a jamais autorisée à l'appeler autrement.
- Pourquoi ?
- Parce que malgré l'excellente naissance de Priscilla, elle n'est pas la compagne qu'ils auraient souhaité pour leur fils. Si Lady Matlock t'autorise à l'appeler « tante Madeline », ce n'est pas seulement parce qu'elle t'apprécie. C'est sa façon de nous accorder sa bénédiction pour notre mariage, et de t'accueillir dans notre famille à bras ouverts.
- C'est une immense preuve de confiance, surenchérit Georgiana. Je crois que tu as fait sa conquête.
- Et celle de Lord Matlock également. » dit Darcy.
Il relata alors brièvement la conversation qu'il avait eue avec son oncle, et ajouta que Lord Matlock leur avait lui aussi donné sa bénédiction.
« Si tu as réussi à faire la conquête des Matlock si rapidement, Londres devrait un jeu d'enfant pour toi, ma chérie. » conclut Darcy, amusé.
Souriant dans la pénombre, Elizabeth ne répondit pas au trait d'humour de son mari, simplement heureuse d'avoir fait si bonne impression auprès de ses parents les plus proches, et honorée de la preuve de confiance qu'ils venaient de lui faire, consciente qu'elle venait de gagner un oncle et une tante.
Petite explication concernant les titres, noms et appellations de la famille Fitzwilliam car la noblesse britannique rend la compréhension un peu difficile.
- Lord et Lady Matlock sont Comte et Comtesse de Matlock, mais leur nom de famille est « Fitzwilliam ». D'où Darcy tire donc son prénom car George Fitzwilliam, Comte de Matlock, est le frère aîné de Lady Anne Darcy, la mère de Darcy et Georgiana. En hommage à sa famille, Lady Anne a donné son nom de jeune fille pour prénom à son fils aîné.
- Gerald, en tant que fils aîné d'un Comte, porte le titre de « Vicomte » tant que son père est encore en vie. Mais il ne peut pas porter le titre de « Vicomte de Matlock » car une terre = un titre. J'ai donc inventé de toutes pièces le titre de Vicomte de Vauxhall. Ainsi, son nom complet est « Gerald Fitzwilliam, Vicomte de Vauxhall », et on s'adresse à lui en tant que « Lord Vauxhall »
- Son épouse, fille de Comte, portait le titre « Lady Priscilla » avant son mariage. Du fait de son mariage, elle porte donc le titre de « Vicomtesse de Vauxhall » et on s'adresse à elle en tant que « Lady Vauxhall ».
- Richard, le Colonel Fitzwilliam, en tant que second fils, n'hérite d'aucun titre, et avait le choix entre l'Eglise et l'armée pour gagner sa vie. En tant que militaire, on s'adresse donc à lui en utilisant son grade dans l'armée. S'il n'était pas dans l'armée, on l'appellerait tout simplement « Mr. Fitzwilliam ».
