Bonjour à tous ! Désolée pour ces deux jours de retard. Deux jours, c'est court, mais quand on attend la suite d'une fic, cela semble une éternité ! Alors, de nouveau, toutes mes excuses.
Merci pour vos commentaires, vos PM et vos mises en alerte/favoris.
Bonne lecture, passez de bonnes fêtes de Pâques et surtout, n'oubliez pas vos reviews !
Chapitre 11: « Every now and then I get a little bit tired of listening to the sound of my tears » (Bonnie Tyler, Total eclipse of the heart)
(BPOV)
J'avais dû m'assoupir dans la baignoire, bercée par les discussions des femmes Cullen et les mouvements doux de Rosalie qui avait entrepris de me faire un shampooing.
Lorsque j'ouvris les yeux, Esmée était assise sur le rebord de la baignoire, me regardant avec un doux sourire. Je mis quelques secondes à émerger et lui souris en retour.
-Tu devrais sortir, Bella, l'eau commence à refroidir. me dit-elle doucement alors que Rose se postait juste à côté d'elle avec un peignoir blanc.
Quelques secondes plus tard, j'étais assise au beau milieu de la pièce, emmitouflée dans cet épais vêtement si confortable. Alice se saisit d'un peigne et fit quelques petits pas vers moi.
-est-ce que je peux, Bella ? demanda-t-elle timidement en me montrant l'outil.
-Si tu veux, Alice. répondis-je en chuchotant.
Sentir Alice tenter de démêler les longues mèches brunes me ramena dans un flash à cette période où Victoria prenait plaisir à m'attraper par mes cheveux.
Tout cela me paraissait si lointain et en même temps si proche…
Je revoyais clairement la furie rousse, les yeux emplis de colère, m'attrapant par ma queue de cheval et me tirant violemment en grognant juste parce que j'avais éternué bruyamment. Ou encore cette fois où j'avais couiné parce que, fidèle à ma maladresse, je m'étais cogné. Et il y en avait tellement eu d'autres… J'avais voulu me montrer forte, garder ma fierté et mon caractère…mais la douleur et la peur vous font vite changer. Alors, pour ne plus souffrir inutilement, j'avais fini par obéir.
Je clignai plusieurs fois des yeux pour chasser ces images et secouai un peu la tête.
-Bella ? ça va ? s'inquiéta Alice en se déplaçant devant moi, son visage reflétant le ton de sa voix.
Je ne pus que la regarder.
Un moment…
Quelques secondes surement mais mon cerveau se mit à tourner tellement que j'eus l'impression que cela faisait plusieurs minutes.
-Bella ? répéta Alice, un peu plus fortement en déposant sa main sur mon genou tandis que les deux autres vampires m'observaient.
-Pourquoi ? Pourquoi Alice ? dis-je en sentant les larmes poindre.
-Pourquoi quoi, chérie ? intervint Esmée en s'agenouillant près de moi et en attrapant ma main valide.
-Pourquoi l'as-tu laissée me faire ça ? Tu l'as vue et tu l'as laissée faire, pourquoi ? Qu'est-ce que je t'ai fait, Alice ? finis-je par demander en retrouvant un peu de ma voix sous le coup des émotions qui se disputaient en moi, osant dire tout haut pour la première fois cette question qui ne m'avait plus quittée depuis tout ce temps.
-Oh non, Bella. réagit aussitôt la petite vampire en plaçant son doigt glacé sous mon menton pour me forcer à croiser son regard navré. Je n'ai rien vu de tout ça, Bella. Je te promets. Tu n'as rien fait du tout. Si tu savais comme je m'en veux de n'avoir rien vu. poursuivit-elle avant de se taire tandis que Jasper se matérialisait à côté de nous, apportant avec lui une forte dose de calme.
Il fallut plusieurs minutes pour que mes pleurs cessent. Esmée prit en main la suite, m'aidant à m'habiller de vêtements propres et chauds tandis que Rose terminait de sécher mes cheveux. Jasper était resté, sa main sur mon genou, silencieux, tandis qu'Alice tenait ma main valide dans les siennes. Elle avait tenté de me poser des questions sur ma vie loin d'eux, cherchant à comprendre pourquoi son don ne lui avait pas permis de suivre mon futur. Mais je n'avais pas répondu, me renfermant, malgré l'amour et l'impression de sécurité que Jasper m'envoyait. Elle avait fini par se taire, se contentant de caresser de ses pouces le dos de ma main.
Une fois prête, Jasper m'avait soulevée dans ses bras avant de filer en deux secondes dans le bureau du docteur. Carlisle m'y attendait, du matériel déposé sur une petite table. Jasper me déposa délicatement avant de quitter la pièce.
-Comment te sens-tu ? demanda doucement le docteur en venant s'asseoir à côté de moi.
-je ne sais pas vraiment. chuchotai-je, alors que le médecin me faisait une moue que je compris aussitôt. Pardon. m'excusai-je, un peu plus fort, laissant « sortir » ma voix.
-Tu n'as plus rien à craindre, Bella. Tu peux parler quand tu en as envie. tenta de m'encourager le vampire alors qu'il attrapait un boitier noir. Je vais te faire une radio de la main. expliqua-t-il en allumant l'outil.
Je le laissai faire, observant son profil concentré. La manipulation ne dura que quelques secondes avant qu'il ne reprenne la parole en me mettant l'écran sous les yeux:
-Cet os est cassé mais tu n'auras pas besoin de chirurgie. Je vais te poser un plâtre et tout devrait se remettre correctement.
J'acquiesçai et le médecin sortit son matériel. En moins de cinq minutes, un plâtre ornait mon bras et je pus rejoindre le rez-de-chaussée.
Le salon était désert. Alors, je décidai de m'installer dans le canapé pour savourer un peu de calme tout en observant la danse rougeoyante des flammes de la cheminée. J'entendais du bruit venant de la cuisine, me faisant comprendre que la famille y était. Silencieusement, je les remerciai de me laisser un peu d'espace et de temps pour réaliser ce qu'il s'était passé depuis ma fuite avec Laurent.
Je laissai mon regard dérivé vers les immenses baies vitrées donnant sur la forêt. Cette forêt où Edward m'avait laissée…
A cette pensée, je me raidis : mais où était donc Edward ?
(EmPOV)
Alice et Jasper s'étaient retirés dans leur chambre alors que Bella venait de pénétrer dans le bureau de notre père. Je n'avais pu m'empêcher de leur faire l'une de mes remarques « Made in Emmett » que notre mère, occupée à cuisiner avec ma Rose, s'empressa de réprimander dans un demi-sourire. Cette petite phrase, c'était surtout pour alléger un peu l'atmosphère : nous avions tous entendu la question de Bella envers Alice. Et à en juger par les petites réactions fugaces des uns et des autres, j'avais réussi.
Je savais que depuis l'appel de Bella, Alice s'en voulait de n'avoir rien vu, rien perçu de la vie d'Isabella. Mais je n'avais pas imaginé que Bella puisse penser qu'Alice, et indirectement nous tous, l'avions sciemment laissée aux mains de l'horrible rousse.
Jasper avait sursauté en entendant cela alors que nous attendions dans le salon que les filles en terminent avec Bella. Il avait aussitôt ressenti l'effroi et la tristesse d'Alice ainsi que le tumulte qui habitait notre nouvelle sœur, et avait décidé de monter à l'étage pour calmer tout cela.
Après quelques minutes de silence durant lesquelles nous entendions juste les mouvements de Carlisle, l'odeur de Bella se fit de nouveau plus forte, signe que le médecin venait de l'installer dans le salon.
J'en eus la confirmation quasi instantanée puisque Carlisle nous rejoignit aussitôt dans la cuisine.
-J'ai dû la plâtrer, elle devrait moins souffrir de son bras désormais. expliqua-t-il. Laissons-lui quelques instants de tranquillité mais nous allons devoir rapidement la faire parler. J'ai promis à Eléazar de le tenir informé sur la situation. poursuivit-il avant de partir de nouveau pour son bureau. Esmée le suivit après avoir serrée Rose dans ses bras et nous nous retrouvâmes ensemble dans la cuisine silencieuse.
-ça va ? questionnai-je ma moitié qui s'était réfugiée dans mes bras.
-j'avais crû que l'agression de Royce était la pire chose qui pouvait arriver mais Bella a vécu cent fois, mille fois pire…Je…tu verrais son corps, Em'…ces marques, ces cicatrices…et sa maigreur…mon Dieu, comment a-t-elle pu réussir à survivre ?
-Elle voulait juste nous retrouver pour nous prévenir du danger. répondit Jasper qui apparut, Alice derrière lui. Maintenant, c'est à nous de réparer tout cela. Et encore plus à moi…finit mon frère.
-Arrête, Jazz, tu n'es pas fautif…le coupa Rosalie.
-Si je ne l'avais pas attaquée…
-et si Edward ne l'avait pas laissée ainsi sans surveillance…et si nous n'étions pas partis sans tenter de la voir une dernière fois... le coupai-je à mon tour. Ce n'est pas ta faute, Jasper, c'est notre faute à tous. Alors, nous allons tous faire ce qu'il faut pour que Bella redevienne Bella. annonçai-je d'une voix que personne n'osa contester avant d'être interrompu par un message sur mon téléphone :
« Suis là dans une heure. Comment va-t-elle ? »
-Edward sera là dans une heure. alertai-je mes frères et sœurs, et instantanément, l'air se chargea d'électricité.
(CPOV)
Bella était installée, au calme, seule, dans le salon, mais les enfants veillaient sur elle depuis la cuisine.
Lorsque j'annonçai mon appel à Eléazar, ma tendre épouse me suivit. Une fois la porte fermée, je soufflai longuement, tentant de me défaire de cette tension qui me tenait depuis l'appel de Bella. Sans un mot, la vampire de mon cœur m'avait rejoint et s'était blottie contre mon torse, me permettant d'enfouir mon visage dans ses cheveux, inspirant ainsi pleinement son odeur si apaisante pour moi.
-à quoi penses-tu ? demanda-t-elle après quelques minutes de silence.
-à tellement de choses…répondis-je sans quitter ma position.
Esmée resta silencieuse, resserrant juste ses bras autour de ma taille pour me prouver son soutien indéfectible. Elle ne me pressa pas et après quelques minutes supplémentaires, je finis par ouvrir de nouveau les lèvres :
-je pense à Bella : son état est vraiment préoccupant. Elle est fragile physiquement et psychologiquement et nous n'avons qu'une infime idée de tout ce qu'elle a pu vivre avec Victoria. Nous allons devoir lui parler de ses parents, même si Jasper pense qu'elle sait déjà pour eux. Et aussi des loups et de Jacob Black…
Je perçus les mouvements d'Alice et Jasper dans le couloir, se rendant vers leur chambre, surement pour décompresser un peu.
-puis il y a la raison de la fuite de Bella : nous avertir que Victoria monte une armée pour se venger de nous. poursuivis-je en quittant l'étreinte de ma moitié pour passer derrière la table qu'Emmett avait installé à son arrivée ici pour remplacer mon bureau que nous avions emmené en Alaska. Les Denali nous aideront si besoin, tout comme Peter et Charlotte qui sont fidèles à Jasper et qui ont pris Bella sous leur aile.
-Tu as peur d'un affrontement ? dit Esmée
-Non, je n'ai pas peur de Victoria, même si nous devrons trouver la meilleure stratégie avec Jasper pour contrer les nouveaux-nés qu'elle amènera avec elle. Ce que je redoute, c'est que les Volturi aient vent de cette armée et ne se déplacent jusqu'ici…
Je me tus après cela, ne pouvant formuler les images sombres qui dansaient dans mon esprit…
J'attrapai mon téléphone dans ma poche et contactai Eléazar. Ce dernier décrocha dès la première sonnerie. Je ne le saluai même pas et me lançai dans les explications. Mon ami m'assura de son aide dès que nous en aurions besoin.
Alors que je raccrochai sous le regard pensif de mon épouse, j'entendis Emmett annoncer qu'Edward arriverait dans une heure. Je croisai le regard d'Esmée, qui s'était illuminé à cette annonce. Comme celui d'une mère apprenant que son enfant revenait à la maison.
Je comprenais tout à fait le sentiment de soulagement et de joie qu'elle pouvait ressentir en ce moment puisque je le ressentais également mais cette réaction heureuse se battait avec des sentiments plus négatifs allant vers la déception et la rancœur. Esmée dut percevoir mon trouble et s'approcha de moi pour me prendre la main.
-Je n'oublie pas qu'il a laissé notre famille pendant longtemps dans un moment difficile pour nous tous. Et je ne peux m'empêcher de penser que ce que Bella a vécu depuis notre départ est en partie de sa faute. Mais je ne peux pas non plus faire comme si le retour de mon premier fils ne me réjouissait pas. dit-elle en laissant échapper quelques sanglots si typiquement humains.
-Je sais, chérie. l'apaisai-je en la prenant dans mes bras. Edward va devoir rendre des comptes et je ne veux pas te cacher que ses frères vont certainement le secouer un peu mais je suis sûr que derrière cette envie de protéger Bella, ils sont tout de même très attachés à leur frère et à notre famille dans sa totalité. terminai-je avant de l'emmener avec moi à la cuisine où j'entendais les protestations vampiriques de la fratrie.
J'allais devoir calmer tout le monde, surtout Rosalie qui était la plus vindicative du groupe, clamant, à ton vampirique bien entendu, qu'elle serait ravie de se faire la porte-parole de toute la famille en « lui coupant ce qu'il avait dans le pantalon ». Nous entrâmes dans la cuisine sans nous faire remarquer d'Isabella qui observait pensivement les flammes de l'âtre.
-Je sais que vous voulez tous en faire voir à Edward mais je vous prie de bien vouloir faire cela loin d'ici. Bella a besoin de calme et de sécurité, pas d'une bande de vampires énervés en pleine bataille. De plus, nous ne connaissons pas encore son point de vue sur Edward…débutai-je de but en blanc, faisant taire les voix tandis qu'Esmée se dirigeait vers le réfrigérateur sans intervenir.
-Mais Carlisle…protesta Rose.
-Je sais, Rose. Et si vous en avez envie, vous aurez tous l'opportunité de voir Edward. Mais n'oubliez pas Isabella. Elle a déjà vécu suffisamment d'horreurs pour ne pas la choquer encore plus avec une bagarre généralisée. la grondai-je, jouant réellement mon rôle de père d'adolescents en pleine effervescence.
Rosalie se tut, faisant la moue, mais sembla accepter ma demande.
-Je ne veux pas qu'Edward débarque ici de but en blanc et risquer qu'il ne perde les pédales en voyant Isabella. Alors, nous allons lui donner rendez-vous au nord, sur notre terrain de baseball puis nous l'obligerons à chasser avant de revenir ici. décidai-je.
-Et si Bella ne veut pas le voir ? tonna Emmett, jouant le frère protecteur.
-Nous ne l'obligerons à rien, Emmett. Nous pourrons toujours attendre qu'elle soit endormie…répondis-je.
-ou Ed' pourrait rester dehors…grogna Rosalie.
-il fait partie de la famille, Rosalie. Malgré la situation, il a le droit de revenir ici, c'est autant sa maison que la tienne. intervint calmement mais fermement Esmée alors qu'elle sortait des paquets de biscuits de l'un des placards qu'elle avait rempli il y a quelques heures à peine.
Rose trépigna, tapant légèrement du pied, mais ne répondit rien, me faisant sourire malgré moi.
-Bien. Nous pourrons tous nous expliquer avec Edward mais gardez en tête que, pour le moment, Bella doit être préservée. répétai-je.
Mes enfants acquiescèrent, silencieux.
-Alice, vois-tu quelque chose pour les prochaines heures ? poursuivis-je.
-depuis ta décision, je vois Edward nous rejoindre mais rien de bien probant. répondit Alice.
-Et pour Bella ?
-toujours rien. confirma-t-elle, attristée.
-J'ai une théorie sur ton incapacité à la voir. risqua Jasper, intéressant subitement tout le monde. Je pense que tu ne vois plus Bella parce qu'elle ne prend aucune décision.
-Mais, c'est impossible, Jazz ! répondit aussitôt Alice. Tout le monde fait des choix, tout le temps. Se laver, s'habiller, se nourrir…
-Justement, Alice. coupa le vampire. Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour vérifier ce que j'avance mais Bella n'a plus eu la possibilité de faire ce qu'elle voulait dès le moment où Victoria l'a enlevée. Connaissant son caractère, elle a dû lutter au début mais la souffrance fait taire les instincts. Quand nous avons quitté Forks, tu as promis à Edward de ne plus regarder le futur d'Isabella, et je sais que tu as tenu parole.
Alice acquiesça pour confirmer les propos de Jasper. Et ce fut à cet instant que je compris où mon fils voulait en venir.
-Quand as-tu eu une vision d'Isabella ? questionna-t-il, m'amenant à réfléchir également.
-quand elle a pris la décision de s'enfuir en voiture au Yellowstone…dit-elle avec prudence alors que ses yeux s'agrandirent subitement, preuve qu'elle en était arrivée à la même conclusion affligeante que moi :
-Bella n'osait même plus prendre de décision sur sa propre vie. énonçai-je tout haut, devançant Alice
Jasper confirma d'un mouvement de tête que mon raisonnement était le même que le sien et il me sembla qu'un poids supplémentaire me tombait sur les épaules. Et je devais avouer que l'humaine qui, à cette seconde patientait sur le canapé, forçait l'admiration pour tout ce qu'elle avait enduré pour nous.
Le silence fut troublé par le sifflement de la bouilloire qu'Esmée avait déposé sur le gaz. Et ce léger son remit les vampires « en action » : Emmett saisit son téléphone et composa le numéro de son frère. Edward décrocha aussitôt pour entendre son frère lui ordonner de nous attendre sur notre terrain de base-ball. Il ne releva pas, surement conscient qu'il n'avait aucun droit de faire valoir son droit d' « ainesse » à cet instant. Pas après tout ça.
-Je pars pour le terrain dans dix minutes. annonçai-je, reprenant le rôle de chef du clan.
-Je viens. renchérit Jasper.
-Moi aussi. ajoutèrent ensemble Rose et Alice.
Je me tournai alors vers mon épouse, occupée à remplir une tasse d'eau fumante dans laquelle un sachet de thé avait été déposé.
-Je reste ici. Je désire vraiment voir Edward mais pour le moment, être aux côtés de Bella passe devant. dit-elle tout en ajoutant une cuillère de miel à la décoction.
Je souris à son caractère maternel et me tournai vers Emmett.
-Hier encore, si tu m'avais proposé cela Carlisle, j'aurais été le premier à te suivre. Mais là, je crois que c'est le moment pour moi de remplir mon rôle de grand frère. expliqua-t-il en soulevant précautionneusement le plateau coloré sur lequel Esmée avait déposé une petite assiette remplie de biscuits ainsi que le mug duquel une odeur sucrée émanait. Il attrapa une autre tasse qu'il déposa également.
-Emmett ? questionna Esmée, un sourcil relevé, mais il ne répondit rien, se contentant d'un clin d'œil.
L'immense vampire embrassa rapidement sa femme avant de marcher vers le salon, le plateau en main. Jasper retint la porte entrouverte, nous permettant de suivre la scène qui allait se dérouler.
-Bah alors microbe ? débuta Emmett en déposant les victuailles sur la table de salon, juste avant de s'asseoir dans le canapé à moins d'un mètre d'Isabella. Tu veux te transformer en statue grecque ? lança-t-il avant de rire.
Bella se releva un peu et se tourna légèrement vers le vampire, nous permettant de discerner son profil. Elle semblait étonnée par l'intervention d'Emmett mais ne disait rien.
-elle se questionne. nous souffla Jasper.
Bella observa son frère de longues secondes, le regardant alors qu'il attrapait sans un mot les deux tasses pour en tendre une vers la jeune femme.
-Mais à quoi joue-t-il ? demanda Rose, stupéfaite par l'image qu'Emmett nous offrait.
Alice ferma les yeux un quart de seconde avant de les rouvrir, un immense sourire sur les lèvres, signe que la scène allait surement valoir la peine d'être observée.
-Emmett n'a pas dû avoir la chance de jouer au salon de thé avec des poupées alors il a décidé de se rattraper aujourd'hui. expliqua-t-elle, sans avoir perdu son sourire.
-Je crois que je ne rentre pas dans les canons de l'époque. murmura l'humaine, entrant dans le jeu de mon fils.
Le silence se fit tandis qu'Isabella fixait tour à tour Emmett puis sa tasse fumante.
-Elle veut demander quelque chose mais elle n'ose pas. Nous murmura Jasper tandis que nous regardions Emmett, tenant une tasse et faisant semblant de tourner une cuillère.
-Mais qu'a-t-il en tête ce grand dadais ? dit Rosalie, totalement ébahie par l'attitude de son mari.
-Il faut enlever le sachet de thé, Emmett. indiqua mon épouse de notre ton vampirique, qui fit un léger mouvement de tête en réponse.
-un souci, Bella ? demanda innocemment Emmett, obligeant ainsi la jeune femme à une interaction avec lui.
-Je…euh… C'est que…tu sais avec le platre… murmura-t-elle avant de se taire de nouveau.
-Oui ? poussa le vampire alors que Bella levait la tasse un peu plus haut, tentant de faire comprendre à Emmett ce qu'elle voulait.
-Je…le sachet…il faut…poursuivit-elle, toujours hésitante.
-Ah le sachet ! reprit Emmett en attrapant la tasse dans son immense main. Je me suis toujours demandé comment les humains pouvaient boire cette horreur. commença-t-il alors qu'il faisait tournoyer le sachet dans la tasse. Mais il faut avouer que cette idée de petit sachet est bonne. Je me demande s'il était possible de faire quelque chose de ce style pour nous. Je suis certain que ça serait très pratique, surtout quand…poursuivit Emmett, se perdant dans ses scenarii rocambolesques si typiques de lui.
Mais il se tut, interrompu par un son que je ne pensais pas entendre si rapidement: un rire.
Bella riait.
Assise sur le canapé, tournée vers Emmett, elle riait franchement, des larmes lui montant aux yeux.
A mes côtés, tous les vampires riaient eux aussi, en silence bien entendu pour ne pas casser ce moment si important.
-Te moques-tu de moi ? demanda Emmett, faussement outré du comportement de la jeune femme.
-Je…non…je…tentait-elle d'expliquer mais son rire l'en empêchait. Je…j'essayais de t'imaginer dans la cuisine à essayer de choisir le parfum de ta « tisane ». finit-elle par avouer, riant encore un peu.
Pour moi, c'était le premier signe évident que la Bella que nous connaissions n'avait pas complètement disparu à cause de ce monstre. Elle était juste là, derrière la peur, la fatigue et la souffrance et j'allais tout faire pour faire disparaitre ce mur.
-Tiens, bois ça plutôt que de te moquer de ton grand frère. La réprimanda gentiment Emmett en lui tendant la tasse débarrassée du sachet de thé. Mais avant ça, trinquons !
-On ne trinque pas avec du thé, Emmett. Et encore moins avec du thé imaginaire pour vampires. ajouta-t-elle en secouant la tête de dépit.
-Tatata, dans le monde d'Emmett, on trinque avec ce qu'on veut. répondit-il avec malice en tendant la tasse.
Bella la prit doucement, finit par l'entrechoquer délicatement avec celle que tenait Emmett et en but quelques gorgées sans bruit, pour se calmer, avant d'approcher sa main plâtrée de la porcelaine, surement en quête de chaleur.
-Merci Emmett. dit-elle d'une voix somme toute fragile mais bien présente. Où sont les autres ?
-Esmée te cuisine quelque chose et les autres sont partis chasser. la renseigna-t-il en lui tendant l'assiette de biscuits.
Elle fit un signe négatif de la main mais Emmett n'abandonna pas et elle finit par abdiquer, attrapant un biscuit au chocolat.
-Je t'empêche d'être avec ta famille. remarqua-t-elle.
-Non, chérie, je suis avec le membre de ma famille qui a le plus besoin de moi en ce moment. la corrigea-t-il en souriant.
Bella l'observa, bouche bée, puis finit par sourire.
-Merci Em'. murmura-t-elle avant d'embrasser la joue de granit d'Emmett.
-de rien, petite sœur. répondit-il en passant prudemment un bras autour de ses épaules.
Bella se laissa faire et finit par se blottir contre le flanc du vampire.
-Elle se sent en sécurité et une petite pointe de bonheur est apparue. nous souffla Jasper.
-Bien. Laissons-les. Il est temps de partir. ordonnai-je.
Tous acquiescèrent et dans la seconde, je me retrouvai seul avec Esmée.
-S'il y a le moindre souci... commençai-je en embrassant son front.
-Ne t'en fais pas, Carlisle. Notre petite fille est à la maison, tout ira bien désormais. me coupa-t-elle juste avant que je ne disparaisse à l'extérieur, rejoignant ainsi le reste de la fratrie à l'extérieur.
Nous rejoignîmes la zone en moins de cinq minutes, coupant allégrement au travers de la réserve que nous savions désormais déserte, puis nous nous immobilisâmes au beau milieu du terrain, guettant le moindre signe de l'approche d'Edward.
-Il devrait être là dans quelques minutes. nous assura Alice.
Je redoutais ces retrouvailles, pleinement conscient que chacun d'entre nous avait des choses à reprocher à Edward.
Jasper, lui, était beaucoup plus nuancé, puisqu'il pensait être l'origine de tout ce gâchis. Mais il n'avait pas compris la demande d'Edward de s'éloigner d'Isabella. Après l'accident, il avait proposé de s'éloigner un moment de la famille, souhaitant en profiter pour s'entrainer davantage à contrôler sa soif. Mais Edward avait argué que l'incident durant l'anniversaire d'Isabella était bien la preuve que, malgré notre régime « végétarien », nous étions un danger pour elle. Nous avions argumenté toute la nuit durant, tentant de faire changer la décision d'Edward. Alice lui avait montré plusieurs visions de Bella transformée en vampire, insistant sur le fait qu'elle était son âme sœur et qu'il ne pourrait plus avoir de vie heureuse loin d'elle. En vain. Nous avions donc quitté Forks quelques jours plus tard, pour respecter la demande de notre fils.
Plongé dans mes pensées, je fus averti de l'approche d'Edward par un léger grognement de Rosalie, qui, pourtant, avait été la seule à soutenir pleinement Edward dans sa décision. Non parce qu'elle n'aimait pas Isabella mais juste parce qu'elle ne souhaitait cette vie pour personne.
Depuis, elle avait revu l'humaine, blessée, apeurée mais décidée à braver tous les dangers pour nous prévenir, nous, créatures mythiques et quasiment invincibles. Rosalie avait-elle fait un léger transfert de son histoire personnelle sur la Bella qui se tenait en ce moment chez nous ? Probablement. Mais elle avait également développé un instinct quasi maternel envers la jeune femme, la prenant ainsi sous son aile.
Enfin une course se fit entendre. Puis une silhouette apparut à la lisière des arbres.
Edward.
Le vampire s'immobilisa quelques secondes, nous jaugeant surement. Puis il reprit sa marche mais à allure humaine.
Jasper nous récita ce qu'il ressentait : crainte, peur, honte, désespoir mais également joie et réconfort.
Personne ne parla à mes côtés. Personne ne bougea même, laissant Edward approcher.
Mon fils s'arrêta à trois mètres de nous et baissa légèrement la tête. Mais pas suffisamment rapidement pour que je ne remarque ses yeux sombres, ses cernes profondes et la douleur qui marquait son visage. Edward souffrait. De soif incontestablement. Mais également de solitude et de honte.
Certes, les explications allaient arriver, et ce très rapidement, mais je devais lui montrer qu'il ne serait pas rejeté par sa famille. Alors je fis un pas, tendant la main.
-Bonjour Edward. Bon retour parmi nous. le saluai-je.
