J'en veux aux oiseaux de chanter un bonheur qui n'a pas lieu d'être. J'en veux au ciel et à son bleu insolent de ne pas porter le deuil. J'en veux au soleil d'éclairer avec ferveur un paysage qui ne vaut pas la peine d'être vu.
J'en veux au monde de ne pas s'être arrêté de tourner.
Tu aurais dû tout emporter avec toi en partant. Les sons, les couleurs, … Tout ce qui est beau te revient de droit. Sans toi, je n'ai de toute manière que faire de tout cela.
Mon sang se glace insidieusement le long de mes veines, et mon souffle se fait court et irrégulier. Je ne pleure pourtant pas. J'ai compris depuis bien longtemps que les larmes ne résolvent rien. Je ne veux pas que tu me voies ainsi.
Il glisse sa main entre mes doigts. Un murmure parcourt les ombres noires amassées autour de nous. Je les reconnais bien là, indifférents aux plus grandes tragédies, mais hérissés à la moindre futilité. Je hausse ostensiblement les épaules. Ils ne comprennent pas. Ils ne comprendront jamais.
Il porte sur moi un regard peiné et empli de culpabilité, mais cela ne me fait plus rien. Morts. Oui, mes sentiments sont morts en même temps que toi, et ce sont eux que l'on enterre à tes côtés. Ma raison d'être est confinée dans ce cercueil noir et glacé aux allures impersonnelles que l'on ensevelit à jamais. Dernier instant de raison. Dernier semblant de vie. Chaque seconde qui s'écoule me prive un peu plus de tout ce que je possède, de tout ce que je suis. Mon esprit bascule inexorablement vers le néant, et le monde s'effondre autour de moi dans un silence absolu qui me nargue de par son ironie. Je ne lutte pas. Je n'ai pas de raison de le faire.
Je sens sa main presser la mienne, tentant de me ramener de force vers un présent que je désavoue. Je ne le regarde pas. Je n'ai pas droit au réconfort qu'il tente de m'apporter.
Je m'étais promis de toujours être là. Maintenant que tu te dérobes à moi, je réalise à quel point je m'étais bercé d'illusions. Mon arrogance me saute aux yeux. Je te prenais fermement par la main pour t'aider à avancer dans un monde inconnu et hostile. Du moins, c'est ce que tu as eu la bonté de me laisser croire. En réalité, sans toi pour m'ouvrir la voie, je suis perdu. Qu'importe, je n'ai plus de lieu vers lequel me diriger. Tu ne m'attendras plus à la maison.
Tu es morte mais c'est moi qui ai été tué aujourd'hui. Sans ta lumière je ne suis plus que l'ombre de moi-même.
Comme il me l'avait été si judicieusement prédit, je regrette amèrement de ne pas avoir suffisamment profité de ta présence. Chaque instant passé loin de toi n'a été que vanité.
Je sens une légère brise se lever et me caresser le visage. Est-ce toi ? Veux-tu me dire quelque chose ? J'ai beau t'écouter, je n'arrive pourtant pas à t'entendre. Tu n'as qu'un mot à dire pour que je te rejoigne. M'attends-tu ?
Ce simulacre de vie, je n'en veux pas, je n'en ai que faire. Si cela n'en avait tenu qu'à moi, je t'aurais donné avec joie chacun des instants qu'il me restait à vivre.
Cela ne peut être qu'un au revoir, je ne sais être séparé de toi.
A bientôt donc, Sélès.
NOTE D'AUTEUR
Et voilà, il s'agit enfin du dernier chapitre. Merci à tous d'avoir suivi cette histoire, et encore plus à ceux qui ont pris le temps de commenter ! J'espère qu'elle vous aura plu.
