- Soldat Arlert, veuillez ouvrir votre porte, le sergent Marjor Erwin Smith souhaite vous voir.

Il était tôt, beaucoup trop tôt. Enfoui dans la couette de son lit -qu'il devait partager avec Annie- il sortit sa tête de son doux duvet et regarda la petite pendule posée sur la table de chevet; Quatre heure trente du matin. Il entendit une nouvelle fois tambouriner sur la porte d'entrée et il décida de se lever sans faire trop de bruit. Il ne voulait pas réveiller la petite blonde. C'était peine perdue, celle-ci était déjà éveillée et le toisait de son regard si énigmatique.

- Si tu ne dors pas, descends s'il te plaît. Prends la couette avec toi, il ne doit pas faire bien chaud en bas.

- Bien. Mais je te préviens, il est hors-de-question que j'ouvre la bouche, voyant que son gardien allait répliquer elle continua, et c'est non-négociable.

Réajustant du mieux qu'il pouvait son pyjama, il descendit les escaliers rapidement pour éviter de faire patienter plus longtemps le Major ainsi que les soldats qui l'accompagnaient. Néanmoins, cette visite nocturne l'inquiétait quelque peu, d'autant plus qu'il n'était pas suffisamment réveillé pour pouvoir penser correctement. Peut-être était-ce cela que le Major voulait? Ainsi, il parlerait sans faire attention, et ce ne serait que vérité... Non, il était un bon soldat et le Major le savait alors il ne lui ferait certainement pas un coup pareil... N'est-ce-pas?

- Veuillez m'excuser pour l'attente Major.

- Tu n'as pas à t'excuser, ma visite est assez incongrue, il faut l'avouer.

- Entrez donc, la nuit est froide, il se pencha vers les autres soldats, vous aussi.

- Nous devons surveiller les alentours, vérifier qu'il n'y a aucun danger Soldat Arlert.

- Je vois.

Par politesse, Armin proposa un café à son 'invité' et le prépara le plus rapidement possible. Pour Annie, il ramena un simple verre d'eau, il avait apprit un peu plus tôt dans la semaine qu'elle détestait le café. Trop amer avait-elle dit. Lorsqu'il revient dans le salon, l'atmosphère plus que tendue le frappa de plein fouet ; Le Major Smith ainsi que l'ex-captive s'étudiaient du regard; C'était à celui qui allait tuer l'autre en premier. Pour éviter tout massacre, Armin se plaça entre les deux, tendant les boissons comme si de rien n'était.

- Sans vous manquer de respect Major, que faites ici de si bonne heure? Je ne vous attendais pas avant deux bonnes semaines.

- Je suis conscient que ma visite est assez surprenante, mais je ne pouvais faire autrement. Cette après-midi nous ferons une expédition extra-muros et tu n'es pas sans savoir qu'il y a des risques. Quoi qu'il en soit, là n'est pas le sujet. Je suis venu te parler de ta mission. Cela se passe-t-il bien?

- N'avez-vous pas eu mon rapport?

- Je l'ai bien eu, mais je voulais en parler, face à face. Voir la situation de mes propres yeux.

Finalement, il avait eu raison sur toute la ligne. La Major cherchait à éloigner tout doute envers sa personne, lui qui était destiné à prendre sa place si jamais il lui arrivait quelques choses. Qu'avait-il bien pu faire pour mériter pareille méfiance? Rien. Mais c'était sans doute une sécurité que de savoir ce qu'il se passait dans leur petite maison, de le voir de ses propres yeux. Il jeta un regard sur la petite blonde et soupira. Lui qui n'aimait pas mentir, voilà qu'il devait le faire pour trouver une meilleure solution quant à plus tard. Heureusement qu'avec le temps il s'était améliorer dans l'art de mentir.

- Et bien comme vous pouvez le voir, Major, la maison est d'un calme angoissant. Malgré tout les soins que je puis lui apporter, elle ne daigne dire mots. Son regard, si ce n'est une méfiance continue, n'exprime rien. Nous nous levons, mangeons, nous lavons, dormons... Mais c'est bien là nos seules activités. Je ne doute désormais plus quant aux pertes de ses capacités intellectuelles. Cela prendra beaucoup plus de temps que prévu...

- Qu'est-ce qu'il te fait dire ça Armin?

- Et bien... Peu de temps après l'envoie du rapport, elle a glissé des escaliers, ou plutôt ses muscles ont tout simplement lâché. J'ai dû la relever, et l'installer dans le fauteuil. Pas une seule fois elle n'a parlé. Pas une seule. Pas même un petit cris. Rien.

- C'est une Titan, elle ne ressent pas la douleur comme nous.

- C'est faux. J'ai vu Berthold, Reiner et Eren se prendre des coups, ou bien même tomber, lorsqu'ils se trouvaient en apparence humaine. Je peux vous certifier que Titans ou pas, ils ressentent la douleur. Elle aurait dû crier, par réflexe. Elle ne l'a pas fait et cela montre bien un dommage au cerveau.

- Je vois. Cela n'arrange pas vraiment nos affaires.

- Je suis désolé.

- Ce n'est pas de ta faute Armin. Su ce, je vais devoir y aller. Si l'avenir me le permet, je reviendrais à chacun de tes rapports. Sinon, ce sera le Caporal-chef Levi.

- Bien Major Smith.

Il raccompagna le Major à la porte, fit le salut militaire et attendit que tout le petit monde parte avant de refermer la porte à clefs. Lorsqu'il se retourna, Annie n'était plus dans le salon. Aucun doute possible, celle-ci était retournée au lit, et il ne pouvait que comprendre. Lui aussi, en mourrait d'envie. Lorsqu'il monta les escaliers, il se rendit compte d'un léger problème. Lorsqu'il était descendu, il y avait quatre soldats plus le Major. Hors, quand ils étaient repartis, ils n'étaient plus que trois montures en comptant Smith. Deux devaient être restés pour les surveiller. Ça en était tout à fait logique à bien y réfléchir. Après tout, le commandant avait vraisemblablement des doutes alors quoi de mieux que de la surveillance pour les dissiper? Il devrait en parler à Annie. Lorsqu'il arriva dans la chambre, il s'installa comme à son habitude sur le côté gauche du lit, Annie étant à droite. Néanmoins, cette fois-ci, celle-ci était tournée vers lui et ne semblait encore une fois pas dormir. Il se tourna vers elle, tout deux allongés et bien enfouis dans la couette. Peut-être devrait-il penser à aller chercher du bois, si ça continuait, ils allaient mourir de froid, ou du moins lui.

- Il manquait deux soldats.

- Alors tu as remarqué.

- Je les ai vu, ils sont passés devant la fenêtre de la cuisine. De là où j'étais, j'ai pu voir leur ombre grâce à la Lune.

- J'étais dans la cuisine, et pourtant je n'ai rien vu.

- Tu revenais à ce moment là. Tout était planifié. Ta gentillesse est ton point faible, elle l'a toujours été.

- Tu as conscience de ce que cela veut dire, n'est-ce-pas?

- Évidemment.

- Si ils découvrent que tu parles, que tu vas bien, alors nous serions tout les deux exécutés.

- Ça n'arrivera pas.

Il l'espérait. Il l'espérait vraiment. Petit à petit, il sentit ses paupières devenir de plus en plus lourdes et il sombra dans un sommeil profond. Il ne pouvait voir qu'Annie restait éveiller. Il ne pouvait voir, qu'elle restait ainsi, pour l'observer. Chaque trait, chaque détail du visage de l'homme se trouvant en face d'elle ne lui échappait. Elle mémorisa tout, de la petite fossette qui se formait sur sa joue droite quand il respirait, au léger mouvement de sourcils. Finalement, elle se mit sur le dos et contempla le plafond qu'elle suspectait d'être humide. Elle ne bougea pas, pendant un bon moment, puis elle finit par soupirer, un soupire de déception, un soupire de tristesse.

- J'aurais dû te tuer lorsque l'occasion s'était présentée, murmura-t-elle. Tu te deviens une gêne.

Tournant une nouvelle fois, elle se mit face à la fenêtre et observa le ciel, noir, accompagné d'une fine Lune. Annie était d'humeur nostalgique ce soir mais demain ce serait oublié. De toute manière, personne ne pouvait l'entendre. Personne ne la voyait. Elle était seule. La respiration d'Armin le confirmait.

- Si seulement tu ne m'avais pas trahis Armin... Les choses ne seraient pas ainsi.

Elle, tout ce qu'elle avait voulu, c'était rendre son père fier d'elle. Alors pourquoi? Pourquoi l'en avait-il empêcher? Tout simplement parce qu'il était humain, et qu'elle était son prédateur. Les humains restaient soudés coûte que coûte, peu importe les situations dans lesquelles ils se trouvaient, du moins, c'était ce qu'elle avait appris en voyant le bataillon d'exploration. Le bataillon d'exploration... Jamais elle ne l'avouerait mais elle les admirait autant qu'elle les détestait. Stupide paradoxe.

- Un humain et une Titan... A quoi est-ce que je pouvais bien penser à l'époque...

La réponse était simple, et Armin l'avait deviné à force d'y réfléchir, contrairement à elle. Elle recherchait uniquement à devenir humaine. Avoir une simple vie. Chose qu'elle ne pouvait espérait avec sa condition. Elle repensa à son père, à leurs entraînements, a leurs discussions... Non vraiment, ça n'allait pas. Au fond, si elle avait été un garçon, il n'y aurait pas eu de problème. Elle n'aurait pas eu ses sentiments de fille stupide, et elle aurait pu accomplir sa mission avec brio. Elle n'aurait jamais épargné le blond et ainsi jamais elle ne se serait faite capturer. Se tournant une dernière fois, elle se mit a contempler le visage de son gardien, le visage plus sérieux que jamais.

- Si tu savais comme je te hais, Armin. Je te hais du plus profond de mon être, comme jamais il ne m'a été permis d'haïr.

Jamais elle n'aurait dû éprouver quelconque sentiment d'amitié et d'admiration à son égard. Au fond, c'était sans doute sa haine envers elle-même qu'elle rejetait sur l'homme... Oui, c'était surement ça.