CHAPITRE 5; REGLEMENT DE COMPTES
Le lendemain, Armin se réveilla bien plus tard qu'il ne l'aurait voulu. Le soleil était déjà bien haut dans le ciel et cela ne lui convenait pas vraiment. Il aurait pu faire tant de choses! Là, il avait tout simplement la mauvaise impression d'avoir loupé sa journée. Tout en s'étirant, il remarqua qu'il était seul dans la chambre et il s'empressa donc de se diriger dans les escaliers. Bien qu'il souhaitait faire confiance à Annie, pour l'instant elle était encore en période de test. «On est jamais trop prudent» s'entêtait-il de penser.
Il trouva Annie installée dans le salon, coudes posés sur la table, le regard plus sévère que jamais. Quelque chose semblait lui poser problème mais il s'abstient de tout commentaire; Il était suffisamment bien placé pour savoir que la petite blonde l'enverrait paître, sans compter qu'elle ne devait en aucun cas parler tant qu'ils n'étaient pas sûrs que les soldats étaient partis. Un soupire passa la barrière de ses lèvres et il se rendit dans la cuisine. Quelle situation...
- Évidemment, il n'y a plus d'eau...
En effet, bien que cette petite maison semblait particulièrement charmante, celle-ci n'avait pas d'eau courante. Tout les deux jours il devait se rendre, avec Annie, au puits qui se trouvait à quelques minutes de la maison pour pouvoir subvenir à leur besoin. Il savait à quoi allait se consacrer sa journée maintenant. Revenant dans le salon, sans prendre le temps de se préparer un quelconque déjeuné, il prévint la jeune fille de se préparer et il en fit de même. En sortant, il fut frapper par la fraîcheur de l'air; L'hiver allait être rude et il semblait plus que temps qu'ils commencent à penser à faire le plein de bois. Jamais il n'aurait penser qu'il aurait dû faire tout cela en acceptant la mission de surveillance mais soit. De toute manière, il s'était suffisamment endurcis, sans compter les petits centimètres qu'il avait pris avec les années, pour pouvoir couper du bois. Il n'était plus le petit garçon gringalet, bien que des fois son corps n'hésitait pas à lui rappeler sa faible consistance.
- Armin, murmura Annie dans son écharpe, il y a quelqu'un au puits.
- J'ai vu, reste près de moi, on ne doit pas éveiller les soupçons.
Il ne prit pas en compte le grognement de la jeune fille et continua d'avancer, l'air tout à fait innocent. Il n'était qu'un simple gardien qui s'occupait d'une malade, rien de plus. Voyant qu'Annie faisait semblant d'avoir dû mal à avancer, il lui tendit la main, qu'elle accepta toute tremblotante. Il était plus qu'évident que cette comédie l'énervait mais c'était pour sa survie alors autant jouer le jeu jusqu'au bout.
- Excusez-moi, que faîtes-vous là?
- Et vous?
- Et bien, je viens récupérer le nécessaire d'eau pour-
- Je vois. Que se passe-t-il avec elle, elle semble complètement affaiblie.
- Vous avez accompagné le Sergent Major cette nuit soldat, alors vous n'êtes pas sans connaissances concernant ma mission... Quoi qu'il en soit, vous ne m'avez pas répondu tantôt.
- Une rébellion a éclaté dans la capitale. Les citoyens savent qu'elle a été libérée et ils veulent la tuer. Je suis ici pour m'assurer de votre sécurité.
- Depuis quand? Car j'ai aperçu quelqu'un roder autour de la maisonnette, voyant que le soldat allait par automatisme se désigner il continua, quelqu'un de plus petit que vous.
Le soldat resta silencieux quelques instants, et Armin jubilait intérieurement. En six ans, il avait certes appris à mentir, mais aussi et surtout à manipuler les personnes pour arriver à ses fins. Ce n'était jamais bien méchant, mais ça servait. Le soldat soupira avant de passer sa main dans ses cheveux, signe de sa nervosité. Gagné?
- Mon collègue se charge de surveiller la maison et moi les alentours.
- Me prévenir aurait été une bonne chose, ça m'aurait évité de penser à mal...
- Ce sont nos ordres. Vous prévenir n'en faisait pas partis soldat Arlert.
Concluant qu'il s'agissait là de la fin de la discussion,il se dirigea doucement vers le puits, toujours la main dans celle d'Annie. Il la lâcha néanmoins, tout en gardant un œil sur sa personne, pour tirer la vieille chaîne qui retenait le sceau d'eau au fond du trou. Il devrait sans doute faire 5-6 aller-retours, n'ayant pas de récipients «portables» il devrait se contenter de ce pauvre sceau. Dommage qu'Annie ne pouvait pas l'aider comme pour les fois précédentes, ils auraient mis beaucoup moins de temps... Posant avec délicatesse le sceau sur le rebord, il détacha la chaîne et se mit en route vers la maisonnette.
Le temps du trajet, il ne pouvait s'empêcher de penser aux dires du soldat qui les surveillait; Il ne croyait pas du tout à cette histoire de rébellion et il supposait sans mal qu'il en était de même pour la jeune femme. Étant prit sur les faits, il avait dû inventer quelque chose rapidement. Même si son histoire tenait la route, c'était tout simplement trop gros, surtout avec les événements de la nuit. Naïf mais pas stupide.
Finalement, lorsqu'ils revinrent au puits avec le sceau vide, le soldat qui se 'chargeait de surveiller les lieux' se racla la gorge, attirant ainsi l'attention du blond.
- Vous savez, il y a une brouette là-bas, dans cette vieille cabane.
- Oh... Merci, elle sera utile pour les prochaines fois.
Il se dépêcha d'attacher le sceau et de partir, saluant le soldat. Son regard dévia sur Annie qui, bien que silencieuse, semblait insulter le soldat de tout les noms dans son esprit. Si tel était le cas, alors elle n'avait pas tout à fait tort; Il aurait pu les prévenir bien avant au lieu de les regarder -le regarder- faire des allers-retours avec son pauvre sceau... Mais qu'importe, il préférait voir les choses positivement plutôt que de ruminer comme le faisait l'ex-prisonnière.
- Essaies de rester calme, on est bientôt arrivé.
Il l'entendit murmurer un vague 'je ne suis pas attardée.' et continua d'avancer. Voilà qu'il l'avait vexé maintenant.
Lorsqu'ils furent rentrer, enfin, le soleil se couchait. A peine la porte passée qu'Annie était partie s'enfermer dans la chambre, rappelant au blond à quel point son comportement était étrange depuis son réveil Que pouvait-il bien faire pour l'aider à se détendre? Il se posa quelques instants dans le petit fauteuil du salon et se frotta le visage, lentement. Il était exténué, bien qu'il ait connu des jours bien pires. Une idée germa dans son esprit et il se releva aussitôt; Un bain! Un bain ferait le plus grand bien à Annie et ça l'aiderait à se détendre. Oui, ça semblait être une bonne idée. Il partit chercher l'une des nombreuses jarres qu'ils avaient remplis au fur et à mesure de leurs petits aller-et-venus et la vida petit à petit dans divers casseroles qu'il fit chauffer. Après avoir fait bon nombre de fois le chemin cuisine-salle de bain et s'être assuré que la baignoire était suffisamment remplie, il tapota contre la porte de la chambre pour prévenir Annie de cette petite surprise.
- Annie? C'est Armin, malgré le silence il persista, j'ai remarqué que ça n'allait pas vraiment et, il soupira, je t'ai préparé un bain donc si tu-
La porte s'ouvrit d'un seul coup faisant sursauter légèrement le blond qui recula d'un pas, par pur réflexe. Annie était en pyjama, le visage neutre et le fixait. Après de longues secondes interminables à se regarder dans le blanc des yeux, elle baissa finalement la tête, l'air résigné.
- Cesses d'être aussi gentil Armin, elle chuchota pour elle-même, c'est vraiment une torture.
Malgré la discrétion recherchée, Armin avait entendu ses derniers propos et il ne comprenait pas. Que voulait-elle dire? Qu'est-ce que ça signifiait? Pourquoi avait-il la désagréable impression qu'elle lui cachait quelque chose? Décidant de la laisser tranquille, il partit s'atteler à la tâche qu'était le repas. Cela lui permettrait de réfléchir a tout ça tout en gardant la tête froide; Après tout, il n'était pas à l'abri d'une possible trahison d'Annie, même si il en doutait fortement.
- Cette mission est bien plus problématique qu'elle ne devrait l'être, murmura-t-il.
Lorsque la jeune femme , qui on devait bien l'avouer n'avait pas changer physiquement depuis son adolescence, le repas était déjà servit et n'attendait plus qu'à être mangé. Armin lui servit de la soupe aux légumes quand elle s'installa et elle ne pu que remarquer l'air neutre qu'il arborait.
- Les rideaux sont correctement fermés et il en est de même pour la porte d'entrée. Personne ne peut nous entendre, alors parlons. Qu'est-ce que tu me reproches exactement?
Annie, qui tenait sa cuillère, resta inerte pendant quelques instants avant de terminer son action, l'air de rien. Une fois sa dégustation terminée, elle posa délicatement l'ustensile et analysa le comportement d'Armin. Malgré son air sûr-de-lui, il n'en était rien. Il bluffait et elle en était persuadée.
- Il n'y a rien.
- C'est faux. Le moindre geste de sympathie à ton égard de ma part te révulse. Pourquoi?
- Ne joues pas le parfait petit enquêteur Armin. Ça ne prend pas avec moi.
- Je ne joue pas Annie. Je veux seulement comprendre.
- Je te hais, lâcha-t-elle bien trop rapidement, c'est tout ce qu'il y a savoir.
Armin resta silencieux pendant de longues minutes. Elle le détestait. Cela ne pouvait être récent, ce n'était donc qu'une simple excuse. Néanmoins, cette révélation lui fit l'effet d'un coup de poignard. N'avaient-ils pas été amis? Non, ils ne l'étaient plus depuis leurs trahisons, aussi bien celle de la jeune femme que la sienne envers elle. Toutefois, il essaya de ne rien laisser paraître et prit une gorgée de sa soupe pour se donner du courage. Il était évident que la suite de la conversation ne serait pas des plus plaisantes mais ils devaient éclaircir les choses.
- Je vois. C'est... Compréhensible.
- N'est-ce-pas?
Annie appuyait la où ça faisait mal et le savait. Jamais elle ne faisait, disait, quelque chose sans y réfléchir avant. Peut-être avait-elle d'ailleurs déjà prévue cette conversation? Qui sait.
- J'aimerai vraiment faire table rase du passé.
- Non. Je veux me souvenir de ta trahison pour ne pas me laisser bercer d'illusions.
- Je ne suis pas comme ça, tu le sais.
- Pourtant, c'est ce que tu as fais il y a six ans, le rire de la blonde résonna comme une douce torture à ses oreilles, et sans remords qui plus est.
Se laissant contrôler par ses émotions, il se leva d'un bon et renversa légèrement sa soupe sur la table. C'était bien le cadet de ses soucis pour le moment.
- Tu n'en sais rien! Tu n'es pas dans ma tête!Et par pitié, cesses de rejeter la faute sur moi!
- Armin... fit-elle menaçante.
- Non, Annie, non! Tu vas m'écouter! L'Humanité était en danger et c'était mon rôle, ainsi qu'à tout les autres soldats, de la sauver! Quand j'ai émis l'hypothèse que ça pouvait être toi, je ne voulais pas y croire et je n'y ai d'ailleurs pas cru jusqu'à ce que tu te révèles sous ta forme titanesque! Tu ne t'imagines même pas la douleur que j'ai ressentis ici, il frappa contre son cœur, je ne voulais pas accepter la réalité! Toi, ma fidèle amie, celle avec qui je pouvais discuter sans être incompris, sans être pris pour un monstre, était finalement l'ennemie? C'était impensable et pourtant c'était le cas! C'est toi qui nous a trahis! Pas moi!
- Tu ne comprends pas n'est-ce-pas Armin? Dit-elle amère.
- Non et ça me rend dingue alors expliques moi!
La jeune femme se leva, lentement, avant de s'avancer vers le blond. Ils n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre et la tension était palpable. D'un coup sec, Annie attrapa l'homme par le col, l'abaissant ainsi à sa hauteur. Son regard était mauvais. Elle craquait, elle aussi.
- Je te hais car j'ai éprouvé de réels sentiments pour toi. Je te hais car toi, mon ami, m'a fais aimé la vie humaine qui me dégoutte tant! Reproches-moi d'avoir accompli ma mission Armin, mais tu peux être fier d'une chose; tu as réussis à faire plier un titan, non, deux, alors que personne n'a jamais réussit. C'est un exploit, bravo, cela montre bien à quel point tu es exceptionnel ! Je te hais car ta gentillesse va causer notre perte à Reiner et moi! Tu es méprisable et je te hais de tout mon être.
Clac. Ces paroles se terminèrent par un éclat d'assiette sur le sol. Dans sa colère, Annie avait lâché le blond et donné un coup sur la table faisant tomber la soupe de ce dernier. Ce simple bruit fut suivis de près par le fracas de la porte d'entrée, révélant les deux soldats chargés de les surveiller, épées en mains. Instinctivement, Armin passa ses bras autours du corps tremblotant de colère de la femme titan, pour la protéger. L'un des soldats s'avança, le regard méfiant.
- Soldat Arlert, que se passe-t-il?!
- Elle a commencé à trembler puis s'est écroulée. Par réflexe j'ai été la relever mais dans ma précipitation j'ai fais tomber mon assiette... Et vous que faîtes-vous là?! Pourquoi nous menacer et avoir fait exploser la porte?!
- Nous sommes en charge de vous surveiller et-
- Idiot! Tais-toi!
- Je ne suis pas stupide, je l'ai compris depuis le départ du Major. Sachez que ma mission est ma priorité et que je ne comprends pas votre méfiance.
- On vous fait confiance, après tout, vous êtes celui qui remplacera le Major mais elle...-
- Vous devriez partir. Il se fait tard et, comme vous pouvez le voir, je ne suis pas prêt d'être couché...
Les soldats partirent, bien que réticents. En jetant un coup d'œil à la porte, Armin ne put retenir un soupire, s'imaginant déjà la réparer au lendemain. La maison sera gelée cette nuit. Cette pensée ne l'enchantait guère.
- Tu vois qu'est-ce que je disais.. Tu es bien trop gentil, ça en est ridicule.
Elle se dégagea d'un mouvement brusque et partit dans la chambre sous le regard vide d'Armin qui resta seul, en bas, avec ses sombres pensées.
Réponse(s) au(x) Review(s) ;
Nifelheim ; Merci beaucoup pour tes reviews, elles m'ont fait extrêmement plaisir. J'espère ne pas te décevoir pour la suite!
Akana-Sama ; Héhé. Je suis contente de te le faire aimer encore plus dans ce cas! Aaah les jeux vidéos...!
Ps; Merci à Shakyla d'avoir parlé de ma FF, ça me touche.
