CHAPITRE 7; DES ADIEUX DOULOUREUX

Aujourd'hui était un mauvais jours pour Armin. Il savait qu'en se levant, il passerait une mauvaise journée. Aujourd'hui était un jour spécial; Le bataillon d'exploration allait recensé les morts ainsi que les disparus du mois et il ne pouvait pas assister à l'hommage qui leur sera rendu. Ses amis... Il n'en voulait pas à Annie, après tout, ce n'était pas de sa faute si son réveil devait rester secret mais... Ça le faisait souffrir. Il aurait tant aimé pouvoir leur dire au revoir une dernière fois.

Pour se changer les idées, il avait alors décidé de se pencher sur le cas de la jeune femme. Il lui avait fait une promesse, et il serait plus que temps de travailler sur celle-ci. Il était un homme d'honneur et jamais, ô grand jamais, il ne brisait une promesse. Cela allait à l'encontre de ses convictions.

Il releva la tête lorsqu'il entendit Annie descendre les escaliers. Quelle heure était-il? Dehors il faisait encore sombre. Que faisait-elle déjà debout? Il devait être tôt.

- Va dormir, tu ne feras rien de bon dans ton état.

Ton état... Il devait bien l'avouer, il n'avait pas beaucoup dormis. Peut-être une heure, voire deux tout au plus. Il devait faire peur à voir pour qu'elle lui dise une chose pareille. Il soupira suite à cette pensée. De toute manière, il ne pourrait rien y changer, il était bien trop triste pour pouvoir dormir convenablement.

- Je n'y arrive pas. Autant que je fasse quelque chose d'utile.

- Et qu'est-ce que tu fais?

Il la regarda s'installer sur la chaise en face de lui, l'air surpris. N'était-elle venue là pour lui faire une remontrance, au départ?

- J'essaie de trouver une solution à ton problème.

Elle balaya son regard fatigué sur la table. Celle-ci était couverte de feuilles; Certaines étaient rayées, d'autres chiffonnées ou encore arrachées. Comment faisait-il pour se retrouver dans un pareil fouillis? C'était inconcevable. Néanmoins, ne dit-on pas que les génies ont leur propre organisation? C'était sûrement le cas d'Armin. Elle prit au hasard l'un des papiers, et fronça les sourcils en essayant de lire ce qui y était inscrit. Où était donc passé la jolie écriture soignée du jeune homme? Au bout d'un certain temps, elle réussit néanmoins à le déchiffrer et ça ne lui plaisait pas. Il tournait carrément en rond.

- Tu te fiches de moi? On a déjà parlé de ça et je pensais avoir été clair là-dessus. C'est stupide, dit-elle froidement.

Armin joua avec ses doigts avant de les passer énergiquement dans ses cheveux lâchés. Avec les années, ils avaient poussé et il les attachait désormais en une queue pour ne pas être encombré. La solution la plus simple aurait été de les couper mais... Non. Annie le regardait se torturait l'esprit, et elle ne pu que se souvenir du petit Armin tout fébrile qu'elle avait connu. Il avait définitivement changé. L'Homme en face d'elle, bien qu'il ait toujours les mêmes convictions, n'hésitait pas à trahir pour elles, à se donner les moyens pour réussir. Non, en fait, elle avait vu le commencement de son évolution. Elle en avait d'ailleurs était la première victime.

- Tu ne comprends pas... Il n'y a pas d'autres solutions. J'ai retourné le problème dans tout les sens Annie! Nous devons prendre ce risque! Qu'est-ce que tu risques à essayer?

- La mort peut-être? Lâcha-t-elle amèrement, je ne veux pas mourir. C'est impossible. Je vivrai, coûte que coûte.

- Mais j'y compte bien. Si, par malheur, les Titans accèdent une nouvelle fois au mur Rose, aides l'humanité. Ils t'attaqueront au début, mais je serai là pour les prévenir. Ils ne te feront aucun mal, je te le promet.

- Ne promets pas quelque chose que tu ne peux maîtriser Armin. Et n'oublie pas; Tu n'as plus ma confiance. Je suis obligée de me résigner à écouter tes plans mais je les exécuterais uniquement si je suis sûre quant à la mise à exécution de ceux-ci. Celui que tu me proposes est carrément suicidaire.

- Tu as une meilleure idée peut-être?

La réponse était évidente, il connaissait d'ailleurs la réponse, mais il avait besoin de calme et Annie ne l'aidait pas. Il avait conscience que son plan ne pouvait être fiable à cent pour cent, mais c'était déjà beau qu'il le soit à quarante-cinq.

- Écoutes... Je sais que ça semble bancal tout ça, mais je t'assure qu'il n'y a pas d'autres solutions. Dû moins, pas à ma connaissance. Ça fait des heures que je suis dessus. Je ne vois pas d'autres issues. J'aimerai vraiment t'en proposer une plus sûre mais ce n'est pas possible.

- Il y en a pourtant une.

- Tu ne penses quand même pas à.. Mais enfin tu... Et puis tu me condamnerais à-

- Ce ne serait que la monnaie de ta pièce Armin. N'est-ce-pas ce que tu as fais il y a six ans?

Au fur et a mesure que la conversation avançait, le jeune homme blêmissait. Alors c'était comme ça? Elle souhaitait sa perte par pur vengeance? Il sentit ses lèvres devenir tremblantes et il se les mordit pour ne pas se montrer ainsi. En réalité, c'était tout à fait logique. Du point de vue d'Annie, il le méritait. Pourquoi hésiterait-elle à le sacrifier alors que lui-même n'avait pas hésité a le faire des années plus tôt?

- Pourquoi n'as-tu pas tenté de fuir plus tôt?

- A quoi bon? Même si à première vue je semblais parfaitement rétablie, il me fallait récupérer.

- Je ne te crois pas. De quoi as-tu peur Annie?

- Ça ne te regarde pas, elle se leva et repartit vers la chambre sans un regard à Armin, débrouilles-toi pour trouver une solution. Après tout, tu es un grand stratège, ça ne devrait pas te poser de problèmes.

Non, vraiment, cette mission était tout simplement une catastrophe.

Une légère brise glacée caressait sa peau et il ne pouvait qu'apprécier ce contact. Que ça faisait du bien... Se remémorant où il se trouvait, le blond se releva aussitôt. Bon sang. Il s'était endormis! Ses feuilles n'avaient pas bouger, mais le pot d'encre s'était renversé vers lui... Se frottant la joue, il constata qu'en effet, il était couvert d'encre. Soupirant, il tourna sa tête vers la porte d'entrée qui était grande ouverte. Qu'est-ce que ça signifiait? Il se souvenu alors de sa conversation avec Annie, il se leva et couru presque aussitôt vers la porte, comme si sa vie en dépendait. Elle n'avait pas osé faire ça n'est-ce-pas? Elle n'avait quand même pas profité de son sommeil pour fuir? Ses doutes se dissipèrent bien vite; La petite blonde était assise contre le mur, la tête en dessous de l'appui de fenêtre. Elle semblait perdue dans ses pensées. Son regard était figé, bloqué sur la ville qui se trouvait bien loin d'eux. Rapidement, elle se rendit compte de la présence d'Armin et un petit sourire moqueur s'afficha sur son beau visage.

- Tu pensais vraiment que j'étais partie?

Soulagé de la tournure des événements, Armin passa une main dans ses longs cheveux. Il ne savait pas comment réagir. Devait-il rire? Devait-il souffler? Devait-il sourire? Devait-il râler? Toutes ces réactions devaient sortir mais... Non. Il resta là, à la regarder, laissant cette simple phrase en suspens, comme si, le temps s'était soudainement arrêté.

Finalement, il décida de s'installer à côté de la jeune fille, sous cette maudite fenêtre qui lui rappelait chaque matin que la ville n'était plus faite pour lui. Comme elle précédemment, il fixait l'horizon. Même si il ne l'avait jamais avoué, même si d'ordinaire il aimait le calme de la campagne, l'agitation de la ville commençait fortement à lui manquer. Entendre les marchands crier, les religieux exercer leur pouvoir sur les simples d'esprits, toute cette insouciance, vivre comme si les titans n'existaient pas... Ça lui manquait horriblement. Un soupire las sortit de sa bouche, et, sans tourner la tête, il répondit;

- C'est ce que tes dires laissaient sous-entendre.

- C'est vrai.

Il sentit le regard d'Annie se poser sur sa personne. Il ne bougea pas. En cet instant, il voulait simplement apprécier le calme de la situation, avoir une conversation normale et apprécier le moment. Mine de rien, ce genre de moment était vraiment rare dans leur quotidien.

- J'étais en colère. C'était irréfléchi. Jugea-t-elle bon d'ajouter.

- Toutes tes paroles l'étaient?

- Non. Uniquement celles-là.

La franchise d'Annie était/est l'une des qualités qu'il préférait chez elle. Elle ne tournait jamais autour du pot. Elle disait ce qu'elle pensait, quitte à le regretter sûrement plus tard, mais c'était plaisant. Que cela fasse mal ou non, au moins il était sûr de la manière dont elle voyait les choses.

- Tu sais, je pense vraiment ce que je dis. Je vais te faire sortir de ce cauchemar.

- Je sais. Et je trouve ça effrayant.

- Pourquoi?

Il dévia son regard vers la jeune fille. Ses yeux ne mentaient pas, elle disait vrai. Au même instant, il comprit. Il venait d'avoir la réponse à sa question sans même qu'elle ait besoin de répondre. Aussitôt il ajouta;

- Tu as le droit de te reposer sur quelqu'un. Ça ne fera certainement pas de toi une lâche.

Les lèvres de la jeune fille commencèrent à trembler et elle se les mordit violemment. De nouveau, elle fixait la ville et elle replia ses genoux pour poser sa tête dessus.

- Je ne veux pas souffrir.

- Je ne te trahirai pas. C'est une promesse.

- Si tu fais ça pour-

- Non. Non, je ne fais pas ça pour me déculpabiliser. Je vais te prouver que tu peux me faire confiance. Tu es une personne formidable Annie, et je ne veux pas que tu meurs.

- Tu ne veux pas?

- Non, je ne veux pas.

Malgré leurs nombreuses prises de bec, il réapprenait à la connaître. Le sentiment qu'il avait eut, il y a de cela des années, faisait petit à petit sa réapparition et il appréciait ça. Il voyait en Annie une personne merveilleuse et torturée. Intelligente et combative. Honnêtement, ce n'était pas à elle de payer, et ce même si elle avait tué bon nombres d'humains. Selon lui, la jeune femme n'était qu'un maillon de la chaîne. Elle tout ce qu'elle voulait, c'était rendre son peuple fier. Autrement dit, Annie était simplement influencée. Elle n'avait clairement pas la volonté de faire tout les crimes qu'elle avait commit. Elle n'était qu'une vulgaire marionnette, et la fuite de Reiner et Berthold ne faisait que confirmait ses dires.

- Tu ne m'as pas fais lire le rapport de la semaine dernière. Tu l'as envoyé sans même me le montrer.

- Oui.

- Il y a des choses que t'essaies de me cacher. Quoi?

- J'ai écris noir sur blanc que je plaidais ton innocence.

- C'est idiot.

- On verra bien ce qu'il arrivera. J'ai confiance. Le Major prendra en compte mes dires.

- Et qu'est-ce qui te permets d'affirmer ça?

- Je suis son potentiel remplaçant, c'est une preuve suffisante.

Soudain, ils entendirent des coups de canon assez lointain. Le bataillon d'exploration. Ils allaient commencer l'hommage.

- Tu peux y aller si tu veux.

- Je ne peux pas. Je dois rester ici. C'est ma mission.

- Ta mission vaut-elle plus que la mémoire de tes amis?

Il ne répondit pas, mais la réponse était des plus évidentes. Bien sûr que non. Il aurait tant aimé dire au revoir une dernière fois à Connie et Sasha. Même si ils n'avaient pas passé tant de temps ensemble, il les adorait. Avec eux, jamais il ne s'ennuyait. Ils avaient le don de faire rire, et ce peu importe le moment.

Armin sentit la jeune fille se levait et elle le tira violemment par le bras pour le relever. D'un pas rapide, et sans le lâcher, elle s'avançait vers la ville. Le jeune homme la laissa faire, plus curieux que jamais. Au bout d'une bonne dizaine de minutes, ils s'arrêtèrent et la jeune fille montra la direction d'un arbre d'un hochement de tête.

- C'est l'arbre le plus haut des environs. Si tu n'as pas peur de tomber alors grimpes.

Il resta là, à la fixer pendant quelques instants. Pourquoi faisait-elle ça? Un nouveau coup se fit entendre, bien plus fort. Se décidant, il regarda la hauteur de l'arbre et prit son courage à deux mains. C'était stupide, mais il s'en fichait. C'était dangereux, mais qu'importait. Les écorces de l'arbre semblaient solides. Il regarda une nouvelle fois Annie, et celle-ci s'approcha du tronc. Elle toucha doucement le bois du bout de ses doigts puis elle commença à grimper. Encore et encore, toujours plus haut. Armin commença à la suivre sans trop de difficulté. Lorsqu'ils arrivèrent au niveau d'une branche suffisamment épaisse, ils s'y arrêtèrent.

La vue était tout simplement magnifique. Bien qu'il y ait encore un nombre important d'arbres devant eux, que la ville se trouvait à une bonne dizaine de minutes à pieds, il pouvait voir la place principale. Ou plutôt, la foule. Les citoyens s'étaient tous réunis, comme à chaque fin de mois pour célébrer les morts du bataillon. Ce qu'il suspectait être l'estrade était ridiculement petit comparait au nombre de personnes l'entourant. Soudain, un minuscule drapeau fut brandit et une série de coups de canon se fit entendre. Chaque coup correspondait à un blessé.

- Cent cinquante sept.

- C'est peu comparé à certaines fois.

Un léger larsen parvînt à leurs oreilles. Ils allaient annoncer les disparus, ensuite ce serait au tour des morts. Cela lui semblait si dérisoire... Après tout, si disparue était une personne, c'était forcément qu'elle avait été dévoré par un Titan.

- Connie Springer, entendit-il avant qu'un autre soldat ne soit annoncé.

- Il n'ont même pas prit la peine d'annoncer Sasha en même temps...

- Un soldat est un soldat. Vous ne devez pas vous attacher. A quiconque.

Elle avait raison. Il avait eu l'exemple même avec le caporal chef et Eren. D'ailleurs celui-ci devait être bouleversé, peut-être même avait-il décidé de ne pas assister à la cérémonie. En temps normal, il y aurait été, par devoir, mais là... En était-il seulement capable?

- Sasha Braus.

Ses mains se resserrèrent sur l'écorce de l'arbre, arrachant au passage quelques morceaux. Il sentit une larme couler sur sa joue, puis deux, puis trois. Ses joues se retrouvèrent bien vite trempées. Il était si triste. Il n'arrivait pas à exprimer sa peine et ça le démolissait de l'intérieur. Ses amis,leur joie de vivre, leur vie... Pourquoi diable leur enlevait-on tout ça? Qu'avait-il fait pour mériter un destin comme celui-ci?

- Dis-moi Annie... Est-ce à ça qu'aspire les Titans?

- Oui.

- En ressens-tu de la satisfaction? Es-tu heureuse de nous voir brisés?

- Non. J'avais de bons souvenirs d'eux. Mais je n'y peux rien, c'est ainsi que doivent être les choses.

- Ne dis pas des choses aussi absurdes alors que toi-même tu en souffres.

- Je ne souffre pas.

- Tu pleures Annie. Tu pleures sans même t'en rendre compte.

Elle pouvait dire ce qu'elle voulait, son corps ne mentait pas. Hésitante, elle se frotta aussitôt les joues et ne pu que constater qu'il disait vrai. Elle ne pouvait se mentir à elle-même. Elle s'était définitivement attachée à eux, qu'elle le veuille ou non. Armin reporta finalement son regard sur la ville et c'est peiné, que tout deux observèrent la suite de la cérémonie, dans le plus grand des silences.


Réponse(s) au(x) Review(s) ;

Nifelheim ; "En fait, quand je te lis, j'ai l'impression de vivre l'histoire avec les personnages, et de les suivre partout où ils vont très peu de fics ou d'OS me font ressentir ça, je peux les compter sur les doigts d'une seule main!" Merci beaucoup, tu n'imagines pas à quel point ça me touche! Je vais te répondre ici pour ta review concernant "un lien irremplaçable". En réalité, il n'y aura pas de suite a proprement parlé. Ce sera simplement des moments de leur vie. Par contre, je ne publierai pas souvent, une fois par ci par là, quand l'inspiration viendra. :)