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Innocence bafouée
3 février 2007, arrondissement de Nishinari-ku, Osaka
Osaka est ensevelie sous de lourdes couches de neige, et un vent frais souffle un sentiment de renouveau sur la ville apaisée. Les rayons de soleil miroitent sur la surface blanche, projetant mille reflets blancs sur le paysage qui brille d'une beauté simple et pure. Pourtant, sous cette eau figée et immaculée, subsiste de lourds secrets amoncelés au cours de nombreuses années, et attendant encore d'être dévoilaient aux yeux de tous. Les larges flocons transparents qui tombent sans interruption depuis des jours ont découragés la plupart des criminels de la basse cité et ces dernières semaines, la ville à connut une forte baisse du nombre de délits et méfaits en tout genre. Néanmoins, cette brise hivernale n'a de cesse de faire remonter des souvenirs cauchemardesques à l'esprit des habitants, se rappelant à eux en cette période de calme propice à la réflexion. Les foyers sont en conséquence et pour la plupart, plongés dans un silence sinistre, chacun errant loin dans des souvenirs entachaient par l'horreur de ces dix-dernières années, alors qu'ils se retrouvent bloqués chez eux par la neige. Cependant, un peu à l'écart de cette vague morose qui soulève le centre-ville, une très vielle bâtisse se dresse lumineuse, au milieu d'un petit bosquet d'arbre.
L'endroit aurait-pu être d'une beauté féerique en toutes saisons, la neige recouvrant le sol lui donnant de superbes airs de château perdu. Et bien que même les bois mal entretenus ne gâchent en rien sa beauté, il y a quelque chose d'invraisemblable, de profondément dérangeant en ce lieu. D'ailleurs tout le monde évite, consciemment ou non, de s'approcher à moins de plusieurs mètres, préférant admirer la beauté contemplative qu'offre l'endroit de loin. De très loin, même. Puisque chacun sait qu'il ne fait pas bon traîner trop prêt d'ici. Et comme pour confirmer l'avis général, des hurlements s'élèvent d'ailleurs d'entre les murs, résonnant longtemps dans le paysage recouvert de neige. Mais, si on s'approche légèrement, on comprend que les vociférations n'arrêtent en réalité jamais de retentirent, à moitié recouvertes par une musique techno reprenant inlassablement les mêmes rythmes, violente et faite de coupures sèches. Ce n'est pas une musique pour danser, et ce n'est d'ailleurs pas pour cela qu'elle est employée, mais bien pour camoufler les cris et plaintes qui s'échappent en continue des pierres anciennes.
Ils sont des dizaines à l'intérieur, à se donner rendez-vous entre ces murs plusieurs fois par semaine et chaque jour pendant les vacances. Ils y viennent toujours pour la même chose, pourtant chaque fois est différente. On dit qu'après s'y être rendu une fois, on ne peut plus arrêter d'y retourner inlassablement, toujours plus avide. C'est la raison bien gardée pour laquelle l'endroit et tant fuit, par peur d'y prendre goût, par peur d'aimer ça. Et que dirait ma famille si elle l'apprenait ? Et les collègues ? Non, je ne pourrais jamais. Et même si j'allais voir, une fois, juste une fois, je suis sûr que je n'aurais pas envie d'y retourner. Du moins, c'est ce que tous se disent, avant. Mais, par la suite, tout ça n'a soudain plus aucune espèce d'importance. Puisqu'il n'y a plus que l'expérience qui compte vraiment. La recherche de sensations toujours renouvelées, toujours différentes, le plaisir toujours présent, même sous ses diverses formes. Cela devient très vite une drogue, et on ne peut plus s'empêcher de venir. Au début on se dégoûte, bien sûr. On se hait d'être ainsi esclave de son propre corps, de ne pas être assez fort pour contrôler ses envies. Et puis doucement, ça non plus, ça n'a plus d'importance. Pourquoi faudrait-il s'empêcher de se faire plaisirs ? Quel bien y a-t-il à se faire du mal, à se restreindre ? Après tout, on est libre de faire ce qui nous plaît de notre corps, non ? Et l'addiction finit par avoir raison de vous. Lorsqu'ils sortent enfin de la maison, la plupart sont comme déphasés. Il faut souvent un peu de temps avant qu'ils ne retrouvent pied, mais avec l'expérience on redescend plus vite. L'air extatique est en revanche toujours bien présent, les gestes sont mous, les yeux vitreux. On reconnaît les gens qui viennent ici lorsqu'on les croise dans la rue. Surtout à leur regard. Un regard vide, qui ne semblent s'éclairer qu'à l'approche de la bâtisse. Finalement, il n'y a plus qu'ici qu'ils se sentent vivants. Et tout cela n'est possible que grâce à un seul homme.
Cet homme se trouvait dans sa chambre. Et pendant qu'une jeune femme rousse était à califourchon sur lui, le chevauchant furieusement, son regard écarquillé et sa bouche rouge écumeuse, lui arborait à l'inverse un visage lissé de tout émotion. Ses mains blanches, auparavant agrippés aux hanches larges et aux formes féminines, avaient doucement glissés le long de son corps. Son regard était vide, mais pas à la façon des autres personnes présentent. Il était simplement absent, non pas perdu dans un plaisir dévastateur, simplement perdu dans de lointaines pensées. Il était le seul ici qui, à l'image de la plupart des autres habitants de la ville, était reparti loin dans des souvenirs amères. Seulement, il était tellement fier qu'il ne pouvait l'admettre, ne serait-ce qu'à lui-même, et il n'avait pas jugé bon de changer ses habitudes. De longs cheveux auburn fouettèrent son visage, mais rien ne semblait pouvoir le faire sortir de ses songes. La femme respirait fort, collant toujours plus son corps moite contre le sien, cherchant le contact. Elle s'écroula sur lui quelques secondes plus tard, gémissant contre l'oreille de l'homme qui ne bougeait toujours pas. Dans son dos cambré, une autre jeune femme plus menue et aux courts cheveux bruns s'agitait contre les fesses rebondies de la rousse. Ses yeux noirs se révulsèrent un instant et son visage écarlate se relâcha en une plainte aiguë, difficilement audible dans le brouhaha ambiant, et elle s'écroula à son tour. Tout ce poids accumulé fit s'agiter les muscles de l'homme, et la chaleur qui se dégageait des corps fiévreux finit de le sortir de ses pensées. Avec des gestes las et inconscients, il se dégagea finalement de la pile d'humains entassés sur lui. Il essuya distraitement son sexe contre les draps blancs, déjà tâchés à de multiples endroits, et entreprit de chercher ses vêtements. Mais lorsqu'il commença à émerger de son état comateux et qu'il réalisa ce qu'il se passait vraiment autour de lui, il sentit son cœur se soulever. Son long corps pâle se plia en deux, prit de convulsions et il déversa le maigre contenu de son estomac sur l'élégant tapis au sol. Et lorsqu'il leva à nouveau la tête, le spectacle qui était offert à ses yeux brumeux était toujours aussi difficile à supporter.
La pièce était grande pour une chambre à coucher, mais elle était tellement surchargée de monde qu'elle lui paraissait étroite et étouffante. Aux quatre coins de celle-ci, des couples très variés forniquaient, dans toutes les positions possibles et inimaginables. Sur son propre lit les deux femmes, qu'il avait pénétrés un peu plus tôt, avaient semble-t-il reprit leurs esprits et ne l'avaient pas attendu pour reprendre la partie. Prêt d'elles, une femme d'un âge avancé mais apparemment plein d'entrain, faisait une fellation humide à un jeune garçon à peine sorti de l'adolescence. Au pied du lit, deux hommes, aux ventres rebondis et dont la pilosité proéminente recouvrait corps et visages, tentaient d'abuser d'une femme entravait par son surpoids, et déjà prise pour cible par un vieux rouquin. Il se sentait doucement suffoquer comme il reprenait lentement conscience, et il tenta d'atteindre la porte avant de s'évanouir ou de vomir une nouvelle fois. Mais devant celle-ci, il dérapa sur un sol où s'étalaient allègrement toute une palette de fluides corporels divers, ses pieds déjà imbibés et poisseux. Il s'agrippa au montant en bois, dérangeant un couple en plein ébat, constitué d'un homme fort âgé et d'un autre bien plus jeune, si maigre, qu'on aurait dit que ses os allaient se briser à chacune des fortes pénétrations qu'il endurait. D'ailleurs, ses cris gutturaux étaient loin de trahir un quelconque plaisir.
L'homme se courba une nouvelle fois, mais seule de la bille amère coula de sa bouche et le long de son cou. Il n'en pouvait plus, ce supplice le rendait malade. Il tenta de s'enfuir en courant, mais pantela finalement jusqu'à la salle de bain, d'où il fit sortir les quatre femmes et le vieil homme qui s'y trouvaient. Il s'aspergea le visage de longs jets d'eau froide, qui eurent pour effet de le faire sortir complètement de l'état de végétation dans lequel il se trouvait précédemment. En redressant le visage, il rencontra son regard, et se figea d'horreur. Lui qui n'avait que vingt-cinq ans, en paraissait aisément quinze de plus tellement la fatigue avait rongé ses traits. Son œil intacte était voilé de tristesse, tandis que l'autre était recouvert d'une mèche de cheveux, grasse et molle. Il baissa le regard vers son corps, ne pouvant plus supporter son propre regard qui l'apitoyait, mais ce ne fût pas suffisant. Il pouvait désormais contempler l'ensemble des marques, morsures, et griffures recouvrant le bas de son corps et parmi elles, les traces qu'avaient laissés les seringues sur ses bras. Son ventre lui, était creusé par une forte perte de poids. Il n'avait jamais été si maigre, ses os clairement visibles à travers la peau transparente et bleuie. Il saisit d'une main tremblante et humide sa tête, arrachant presque ses cheveux en secouant son visage frénétiquement. Ses yeux étaient perdus dans le vide, n'arrivant pas à se fixer, il avait l'air fou et pourtant, il était peut-être le plus lucide d'entre tous. Lorsqu'il retira enfin sa main, une poignée de cheveux argentés resta accrochés entre ses doigts. Cette image lui procura un profond choc et il se demanda si tout était vrai, si ce n'était pas un cauchemar de plus comme il en faisait par centaines. Mais la douleur dans ses os et la détresse qui l'envahissait toujours plus lui faisaient clairement comprendre que non, tout était bien réel, qu'il se trouvait juste dans son propre monde de noirceur et de douleur.
Son état catastrophique était réel. La folie, qui avait prit sa demeure en otage, était bien réelle, tout comme celle qui semble -il avait pénétré son esprit. Mais il ne pouvait pas continuer comme ça, à ce rythme il allait se détruire pour de bon. Et pas que lui, mais aussi toutes ces personnes, la plupart des inconnus qu'il entraînait avec lui, dans sa chute conduisant à une débauche destructrice. Tout ça durait depuis bien trop longtemps, il fallait qu'il y mette un terme, il devait reprendre ce qui lui restait de vie en main où il risquait de tout perdre pour de bon. Ça ne rendait service à personne de se conduire de cette façon là, de faire le mal autour de soi. Et peut-être avait-il était trop sous l'emprise des drogues ces derniers temps, mais c'était la première fois qu'il réalisait l'ampleur des conséquences de sa conduite irresponsable. Il fallait arrêter ce massacre, avant qu'il ne soit trop tard, avant qu'il n'y ait définitivement plus rien à sauver en lui. Déjà qu'il doutait profondément qu'il restât une parcelle de sa personne méritant d'être sauvé.
Sortant en trombe de la salle de bain et ne se souciant guère d'être toujours nu et sale, il claqua violemment la lourde porte. Le bruit sourd qui retentit ne fût pas suffisant pour attirer l'attention des animaux en rut agglutinés chez lui, et c'est à peine si ceux à proximités levèrent la tête. Furibond, et retrouvant un peu de sa force, il attrapa une extrémité de l'énorme écran plat trônant dans la pièce. Il diffusait en continu un film crût et obscène, mais pas autant que l'était la scène qui se déroulait autour de lui. Il fit basculer la télévision sur les grosses enceintes responsables du bruit constant et irritant, et une explosion retentit, éjectant des étincelles dans tout l'étage supérieur, soulevant de la poussière et causant une panique générale qui monta crescendo.
Le feu prit à plusieurs endroits, grignotant les lourds rideaux et les dorures au sol, brûlant un homme hébété au passage. L'odeur de chair brûlée se répandit dans l'air, et les cerveaux étaient bien trop embrumés par la drogue, le sexe et l'alcool pour faire autre chose que courir en tous sens, les êtres déconnectés se marchant les uns sur les autres en poussant des cris affolés. On aurait dit des bêtes, sortent d'hybrides entre un homme et un animal, ne connaissant de la vie que les besoins primaires, pas encore assez évolués pour fuir correctement le danger. En poussant de toute son énergie et presque à s'en évanouir, il renversa une grande armoire heureusement vide qui manqua de peu de faire un trou dans le plancher. Il grimpa dessus difficilement et siffla avec ses doigts, rassemblant tout son souffle. Les gens arrêtèrent enfin de courir et se tournèrent vers le bruit nouveau, alertés. L'avisant, tout le monde se calma et commença petit a petit à émerger d'une longue journée de débauche et de folie collective. Quelques chuchotements furent même échangés par les moins atteints du groupe.
« Maintenant vous allez tous m'écouter, bande de malades. Une fois que j'aurais finis de parler, vous foutrez tous le camp, et vous emmènerez avec vous tout ce qui vous appartient. Par la suite, je ne veux plus jamais vous revoir chez moi. Plus JAMAIS. Et si par malheur je revois un jour vos sales gueules qui se pointent ici, cette fois je ne me retiendrai pas d'en éclater quelques-uns contre les murs, juste pour faire passer le message. La maison est fermée. J'espère que je me suis bien fait comprendre. Maintenant BARREZ-VOUS ! »
Il fallut un moment pour que tout le monde comprenne enfin qu'ils n'étaient plus les bienvenus, mais lorsque le propriétaire du manoir commença à violemment frapper un des hommes barbus en se servant du corps du pauvre homme roux, poussait par un profond dégoût qui lui faisait perdre l'esprit, les autres émergèrent brusquement. Ils commencèrent fébrilement à réunir le peu de vêtements qu'ils trouvèrent et descendirent à l'étage inférieur, prenant la direction de la porte d'entrée. Il fallut un long moment et beaucoup de patience à l'homme, avant qu'ils aient tous passé la porte, sans faire trop de casse. Se retrouvant enfin seul, il ne ressentit pourtant pas le soulagement qu'il avait espéré éprouver. C'est parce qu'il reste encore un taré, ici. Se dit-il amèrement, en avisant son propre reflet dans le grand miroir à l'entrée. En composant dans sa tête le numéro de sa femme de ménage, il se dirigea à nouveau vers la salle de bain, bien décidé à prendre un long bain. Finalement, il en sorti avant même que l'eau ne refroidisse et s'habilla, grognant contre ses habits trop étroits. En réalité, ce tee-shirt vert ne lui appartenait même pas, mais peu importait. Au moment où il avisait, d'un œil morne, l'ancien fusil reposant à l'intérieur d'une vitrine dans l'escalier, la sonnette geignarde et éraillé de l'entrée retentit entre les murs, désormais silencieux.
Il traîna alors plus son corps jusqu'en bas qu'il ne marcha vraiment, s'agrippant à la large poignée pour se retenir de s'effondrer une fois arrivait. Malgré ce qu'il avait bien pu dire, il n'était pas sur d'avoir encore assez de force afin de renvoyer l'un des autres abrutis. Mais lorsque la large porte dévoila un homme entre deux âges qu'il ne connaissait que trop bien, il sentit une puissante adrénaline envahir ses veines, qui lui ordonnait de prendre la fuite. Fuir les nouveaux problèmes qui n'allaient pas manquer de lui tombés dessus et dont il n'avait nullement besoin, surtout en ce moment. Tremblant d'une rage à peine contenu, il s'approcha en claudiquant de l'homme aux cheveux blancs, et agrippa le col de son épais manteau à deux mains. Il le fixa droit dans les yeux, son regard sombre se faisant dur et tranchant.
« Toi... Comment oses-tu te montrer devant moi après toutes ces années ? »
« Écoute-moi, je n'ai pas beaucoup de temps. J'ai besoin de ton aide. C'est important, Kakashi. »
Le sang brouilla la vision de l'homme aux cheveux d'argent, qui approcha encore plus son visage de l'autre.
« Espèce d'enflure ! Bien sûr que t'as besoin de moi, c'est l'unique raison pour laquelle tu viens toujours pleurer derrière ma porte. Et MOI dans tout ça ? ! Toutes ses putains de fois où j'avais besoin de ton aide, toi t'était où, hein ? MERDE !
L'autre baissa les yeux et accepta les insultes, n'essayant pas de contrer la fureur dont il était l'objet. Il ne se soustraiya pas non plus à la poigne qui enserra son cou.
« Comme je te l'ai déjà dit un bon millier de fois, je n'ai rien pu faire ce jour-là. Tu peux me croire, j'en porte encore le deuil. Mais là, il ne s'agit ni de moi, ni de toi ! Aide-le, je t'en supplie. Il ne mérite pas de vivre ce que nous avons déjà du subir, autrefois.
Le dénommé Kakashi ne comprenait pas les paroles de l'autre homme, et il sonda une nouvelle fois son regard en quête des réponses tant attendues qu'il n'aurait jamais. Envahit d'une colère froide, il s'écarta légèrement, prêt à porter le premier coup. Au moment où son poing se leva, rageur, une silhouette sortie de l'ombre du grand homme et vint vivement se placer devant lui. Le garçonnet, qui ne devait pas avoir plus d'une dizaine d'années, se mit en positon défensive, mais la parade était ridicule : ses petits poings étaient serrés et tremblaient comme autant de feuilles sous un vent violent, ses yeux bleus débordant déjà de larmes contenues à grande peine. Il n'arrivait même pas à la moitié de la poitrine de l'homme aux cheveux d'argent. Mais son regard pur, franc et résigné à tout faire pour protéger le vieil homme, dévoilait si bien son cœur qu'il était touchant dans sa démarche insensé. Cet enfant respirait le courage et l'innocence à plein nez, tellement que cela mis mal à l'aide Kakashi. Lui qui était tellement sali par la vie qu'il s'imposait depuis plusieurs années, sali par les mensonges et les souvenirs, qu'il aurait aimés ne pas revivre chaque fois qu'il était conscient. Il reporta son attention sur l'homme, revenant à sa position avachi de départ. L'autre le regarda, plein d'espoir et suppliant, il ne l'avait jamais vu avec un air si minable. Il continua sa tirade larmoyante.
« Il y a longtemps, j'ai fait une promesse, il ne doit rien arriver à cet enfant. J'ai passé les dernières années à m'assurer qu'il ait la vie qu'il mérite, et je veux que ça continue de cette façon. Mais je dois partir, à présent. Et je ne veux pas rompre cette promesse, Kakashi, c'est trop important. C'est capital. Tu comprends ?
-Je ne peux pas m'occuper d'un gosse Jiraiya. Mais bon sang, tu le dis toi-même. J'ai déjà assez de mal à m'occuper de moi-même ! Regarde un peu dans quelle merde je vis ! D'ailleurs tu viens juste de rater la fête, c'est dommage.
Kakashi éclata d'un rire triste, quelques larmes s'échappant de son œil valide, qu'il s'empressa de camoufler par un regard dur et sans appel.
-Comprends-moi bien, je n'ai pas d'autre choix. Tu es le seul qui reste. Le seul en qui j'ai assez confiance pour confier ma mission la plus essentielle. S'il te plaît, ne me fait pas te supplier à genoux. Je le ferais.
Le jeune homme se raidit devant un tel déballage de peine et d'impuissance. Il offrit à l'homme désespéré un rire de façade pour masquer son incompréhension.
-Alors, le grand Jiraiya me supplierait, moi, à genoux hein ? J'aimerais te dire que ce ne sera pas nécessaire, mais tu sais combien je rêve de voir ça.
Les yeux de l'homme se voilèrent tristement, et il commença à courber l'échine, devant les yeux écarquillés de Kakashi. Mais l'enfant se fit à nouveau remarqué, bousculant Jiraiya et lançant un violent coup de pied dans le genou de Kakashi qui s'écroula, étant déjà bien affaiblit, contre la porte. Lorsque l'homme aux cheveux d'argent releva un regard de braise, le garçonnet alla se cacher derrière son protecteur, lui tirant la langue en une grimace triomphante. Et sous l'absurde de la situation, Kakashi ne put s'empêcher de pouffer une seconde, faisant passer un rire sincère qui le surpris lui-même par une quinte de toux, qui ne fit pas illusion.
-Il me plaît bien, ce gamin. Il a du cran, j'aime ça.
Se penchant légèrement, il attrapa sans effort le petit poignet qui s'agita dans tous les sens et traîna l'enfant vers lui pour l'observer de plus prêt. Les yeux azur soutenaient son regard sans ciller, malgré la peur qui transpirait de chacun de ses pores. Ses yeux, ils lui rappelèrent des souvenirs pas si lointains aujourd'hui douloureux, mais qui ne l'avaient pas toujours étés. Cet enfant, il rappelait à Kakashi que tout n'était pas perdu, qu'au fond, il y avait toujours quelqu'un pour qui se battre, que l'innocence n'était jamais totalement bafouée. Et en le regardant, une émotion vive le chamboula, le faisant détourner les yeux vers Jiraiya.
Mais à la place de l'homme, il n'y avait plus que le jour qui déclinait, se couchant sur un parc arboré majestueux, qui ne demanderait pas grand-chose pour redevenir aussi somptueux que dans ses belles années. Kakashi soupira, las. Il n'était pas surpris, ce n'était pas quelque chose d'étonnant de la part du vieil homme. Un jour il apparaissait, la plupart du temps pour quémander son aide. Et une fois l'aide apportait, car il cédait toujours, l'autre repartait, sans un au revoir, sans même un merci. Et il le revoyait des mois, parfois plusieurs années plus tard. Ça avait toujours était comme ça, depuis aussi loin qu'il se le rappelait. Finalement, l'enfant compris que l'autre homme avait disparu, et Kakashi devina qu'il faisait des efforts pour ne pas fondre en larmes. Mais lorsque l'homme lui tapota maladroitement le dos, désolé, il ne put se retenir plus longtemps, gardant sa petite tête blonde baissée, certainement afin de ne pas perdre la face. Kakashi en avait vu d'autre. Finalement, d'un geste souple il souleva l'enfant et amorça le geste de rentrer à l'intérieur, s'arrêtant cependant avant de passer la porte. Non, vu l'état de la maison en ce moment, c'était vraiment une mauvaise idée d'y amener un enfant.
Il eut tout à coup, de son propre avis du moins, une merveilleuse idée. Il fouilla dans les larges poches de son pantalon qui lui, lui appartenait, et fût soulagé d'y retrouver son portable en un seul morceau. Il l'alluma, chercha dans sa longue liste de contacts presque exclusivement féminins, puis trouva le nom qu'il cherchait. Et pendant que l'enfant, dont il ne connaissait même pas le prénom, tombait de sommeil contre son épaule, il appuya sur le bouton qui composa le numéro. Une courte tonalité retentit, puis une voix d'homme répondit.
-J'ai réfléchi à ta proposition. C'est d'accord, mais je rajoute une condition à notre marché.
