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Les murs invisibles


9 Avril 2012, arrondissement de Nishinari-ku, Osaka

Il était tôt ce matin de printemps, lorsque Osaka fût prise d'assaut par les ouvriers et les écoliers. La douceur du temps effaçait doucement les traces de l'hiver, qui avait encore frappé dur et froid, recouvrant à présent les arbres de feuilles vertes et tendres, et emportant la neige et la morosité. L'approche de la belle saison redonnait, comme chaque année, de l'espoir aux gens, ravivant les visages pâles, leur rappelant l'éternel renouvellement du cycle de la vie. Après le froid venait le soleil, comme l'arc-en-ciel qui point après la pluie. Et venait à présent le moment de se fixer de nouveaux objectifs. Une nouvelle année à se dépasser dans son travail, une nouvelle année pour passer du temps avec les gens qu'on aime. En somme, le temps des changements était venu.

Mais malheureusement à Nishinari-ku, même le début d'une nouvelle année, même le beau-temps ne peut effacer les souvenirs, et l'expression des visages et le cœur des habitants restaient comme figés par un hiver éternel, sur lesquels les années qui passent n'avaient aucune emprise. Peu importait le magnifique ciel bleu au-dessus d'eux, peu importait les rayons de soleil qui réchauffaient leur peau. Les rues, elles, restaient inchangés, d'un gris glacial et monotone. La pauvreté perdurait, fléau dévastateur qui contaminait les rues, à l'image des nouveaux gangs apparaissant sans cesse. Même les enfants traînaient les pieds en cheminant vers leurs classes, toute la joie et l'innocence propre à l'enfance envolées, déjà atteints qu'ils étaient par la mélancolie des adultes. Les bâtiments, marqués par des centaines de tags délavés rappelant l'emprise des yakuzas sur la ville, semblaient pleurer des larmes de deuil pour ces quartiers isolés et délaissés. En un sens, peut-être étaient-ils fuis par le bonheur lui-même. Chacun s'était déjà condamné à suivre la voie qui était toute tracée pour lui, acceptant l'amertume et le chagrin constituant à jamais son lot.

Cependant, sur cette route du désespoir, un garçon fit un arrêt imprévu. À cette heure-là, il devrait déjà être bien loin, se présentant à l'appel de son nouveau collège pour la rentrée des classes. Il n'aurait pas dû s'arrêter, il savait que cela pouvait lui causer des problèmes. Pourtant, il suffit d'une seconde pour qu'il s'écarte de la route, comme du chemin des autres personnes qui fixaient leurs pieds, les traits tirés et le teint cireux. Il ne fit que quelques pas cependant, puis s'arrêta face à la devanture coloré d'un minuscule magasin, sur le côté droit de la route. Seule tâche de couleur dans ce coin sinistre, elle avait immédiatement attiré son regard, pour ne plus le relâcher. Lui qui ne traversait que très rarement ces rues commerciales, c'était la première fois qu'il voyait une boutique si attrayante. Des couleurs vives et joyeuses décorés l'enceinte en une fresque complexe, où dominait un rose alléchant, fantaisies presque déplacées en ces lieux peinés.

Son nez touchait maintenant la vitre froide et humide de rosée, mais dans son esprit elle n'existait pas et il avait déjà pénétré à l'intérieur. Ses yeux qui étaient grands ouverts d'un émerveillement sans limite se voilèrent pourtant l'espace d'un instant, lorsque son estomac vide émit des plaintes bruyantes, en réponse aux images qu'ils lui envoyaient. Il passa une main distraite sur son ventre, comme si cela avait pu atténuer la faim qui le tiraillait, mais il ne put se détacher de la contemplation des mets inconnus qui s'étalaient inconsciemment devant lui. Il n'aurait pas pu mettre des noms sur toutes les sucreries qui étaient exposées, leur couleur pastelle et gourmande rehaussée de celle, chatoyante et vive des emballages. Cependant, il distinguait dans les étagères un peu plus loin d'appétissantes pâtisseries chocolatés, déclinées en de multiples formes. Certaines paraissaient moelleuses, débordant d'une sauce au chocolat coulante, d'autre à l'inverse paraissaient plus croustillantes, avec leurs pépites prêtent à se détachaient si l'on mordait dedans. Il put également reconnaître des gâteaux plus fruités, dont l'aspect exotique et doux-amère se mélangeait à un coulis, rouge et luisant de sucre. Toute une autre étagère croulé sous des bonbons de formes aussi variés que l'étaient leurs couleurs, qui déposaient sur les napperons blancs en dessous d'eux une multitude de grains brillants, comme autant de minuscules diamants.

À côté d'un comptoir en bois clair, sur lequel s'étalaient encore sucettes et bâtonnets multicolores, une femme essayait désespérément d'attirer son attention, son visage déformé en une expression contrariée. Ses bras courts et ridés s'agitaient en cercles vifs et son corps courbé semblait déborder d'énergie. Pourtant, les creux dans sa peau et ses cheveux grisonnants trahissaient son âge avancé. Voyant que son petit manège ne fonctionnait pas, elle s'approcha à pas rapides de la vitre contre laquelle le garçon était encore collé, et lui fit comprendre par des gestes amples qu'il devait décamper. Maintenant qu'elle était plus proche de lui, il voyait distinctement son regard accusateur fixait sur lui, allant de pair avec un air consterné. Contrit et honteux, il s'écarta alors légèrement de la vitre, baissant la tête. La vieille dame parût s'en satisfaire et elle regagna son siège à la caisse, relevant son menton pointu d'un air hautain.

En amorçant le geste de se retourner pour reprendre son chemin, il croisa son propre reflet, qui se détachait nettement sur le verre lisse, dénotant avec l'intérieur de la boutique. Il se trouva en un bien piteux état, avec ses yeux noirs creusés dans leurs orbites, sa peau tirée sur les os de son grand corps, ses cheveux auburn filasses et désordonnés. Son regard éteint mettant en valeur une apparence plus que misérable. Un mince filet de bave coulait même à la commissure de ses lèvres gercées, et sa faim maintenant réveillée faisait produire toujours plus de grondements à son ventre. Depuis quand, au juste, n'avait-il pas mangé à sa faim ? C'était une question idiote, jamais il ne mangeait assez pour remplir son estomac. Ses iris se voilèrent, pourtant aucune larme ne coula sur son visage. Il ne pleurait pas souvent, à quoi bon ? Cela ne le faisait que s'apitoyer un peu plus sur son propre sort, rien ne valait la peine de s'infliger des pleurs, en plus du reste.

Du coin de ses yeux embrumés, il vit du mouvement derrière la vitre et s'attendit, morose, à revoir la femme le sommer à nouveau de partir. Cependant il n'en était rien, étant donné que le nouveau visage qui venait d'apparaître se trouvait du même côté que lui, regardant à son tour l'intérieur du magasin. Il ne lui fallût qu'un instant pour savoir que ce nouveau regard, voilait d'un mélange de tristesse et de douleur, était en effet du même côté que lui, du même côté du monde. Un même regard sur la vie, mais pas la même histoire, se dit-il, à la vu des habits sombres et classieux du garçon, et de son air propre sur lui. Deux pairs d'yeux assombris se croisèrent dans le verre, et ils véhiculaient le même message : je sais, disaient-ils en silence. Un instant, les deux adolescents partagèrent une même souffrance, aux delà de leurs différences.

Et l'instant d'après, le visage s'envola comme il était apparût, si vite que le garçon crût avoir rêvé. Ce n'aurait pas été la première fois que la faim lui donnait des hallucinations, de toute façon. Mais il resta bouche bée de surprise lorsque l'autre adolescent réapparut soudain, cette fois à l'intérieur de la petite boutique. Sa silhouette bien constituée s'immobilisa un instant dans sa démarche, et lorsque son visage se retourna vers le garçon, celui-ci crût le voir lui faire un clin d'œil complice. Il s'éloigna aussitôt de la vitrine, maintenant certain d'avoir une hallucination, même s'il ne voyait pas vraiment de rapport entre la faim dévorante qui le faisait délirer et cet étrange type brun. Sentant sa tête tourner après toutes ses émotions consécutives, il s'assit mollement sur le trottoir poussiéreux devant le magasin, plongeant sa tête entre ses mains. Il ne saurait pas dire combien de temps il teint cette position, somnolant quelque part entre rêve et réalité, mais il se rappela toujours de ce moment, où un tapotement sur son dos le fit sursauter et relever le menton.

C'était à nouveau ce garçon aux longs cheveux noir, qu'il avait précédemment vu dans la boutique. Il arborait un sourire en coin en lui désignant deux énormes poches rose vif d'un mouvement de tête. Face à l'immobilité et l'incompréhension du garçon toujours assis, l'autre se rapprocha et lui enfonça d'autorité une petite boule sucrée dans la bouche, et le rouquin comprit qu'il ne rêvait pas. Ce goût fruité, acidulé mais sucré en même temps avait pourtant bien des airs de rêve selon lui, mais il savait que jamais il n'aurait pu inventer de telles saveurs. Ses yeux se fermèrent à moitié alors qu'il concentrait toute son attention sur ses papilles, qui n'avaient jamais étés autant sollicités. Mais bien vite, trop vite, la petite boule fondit et sa bouche sèche se mit à saliver abondamment. Chamboulé, il se releva et se posta face à l'inconnu, qui lui souriait d'un air satisfait.

« Alors, c'est bon ?

Lui lança-t-il, son air joyeux n'atteignant toutefois pas ses yeux, qui restaient perdus entre tristesse et abattement. Le garçon fût décontenancé par la question et ne sût quoi répondre. Bon, ce n'était pas le mot exacte. Non, ce qu'il avait ressentit se rapproché plus d'incroyable, magique, délicieux. Mais il lui parût que les sensations ne pouvaient être décrites fidèlement avec des mots, alors il ne répondit pas.

-Et bien j'espère que tu aimes ce genre de choses, parce que je ne pourrais jamais avaler tout ça seul.

Ce disant, il lui indiqua une nouvelle fois les poches attrayantes, promesses de bien des plaisirs, et le garçon ne put retenir un hochement de tête frénétique, ses yeux pétillants. Le brun lui sourit à nouveau, et lui fit signe de le suivre. Il hésita un court instant, mais toute appréhension ou crainte qui auraient pu l'envahir avaient été réduites en cendres à la seconde même où le bonbon avait touché sa langue. Il marcha donc à sa suite pendant quelques mètres, en direction, semblait-il d'un petit espace vert coincé entre deux rues. En l'absence d'un quelconque banc, ils s'assirent machinalement à même le sol, au pied d'un grand arbre à l'écorce épaisse et rugueuse. Le brun entreprit de déballer tout le contenu des sacs, et les yeux du garçon ne savaient plus où regarder. Tout lui faisait envie, et de savoir qu'il allait pouvoir goûter à ces délices tant rêvés le remplissait d'une joie intense, encore jamais ressentie.

Même s'il n'avait aucunement envie de trop réfléchir ou de se poser maintes questions, de peur que tout ne s'arrête brusquement, il ne pouvait s'empêcher d'avoir nombre d'interrogations. Il détailla l'étrange garçon à ses côtés, et se demanda quel genre de personne ramassait des inconnus dans la rue, pour ensuite leur offrir de partager sa nourriture. Il lui trouva une aura sombre. Il camouflait très bien ses émotions, pourtant quelque chose dans son attitude, même empreint dans ses gestes, laissait entrevoir comme du désespoir, une peine profonde qui ne collait pas avec son mince sourire de façade. Et puis, on voyait clairement à ses yeux noisettes cernés, à peine dissimulés par quelques mèches échappées de son catogan, et à l'éclat rougis et encore humide de ses orbes, qu'il avait pleuré peu de temps auparavant. Le tee-shirt à manches longues noir qu'il portait était troué et déchiré à quelques endroits, laissant apparaître un peu de peau à vif. Et celui qui lui était apparût comme aisé un premier temps, se dévoila être dans un état mental très instable, physiquement plus pitoyable que digne, lorsqu'on regardait au-delà des apparences.

Une question le tarauda alors plus que les autres. Comment avait-il fait pour payer tout ça, étant clairement enlisé dans les ennuis ? Il se rendit compte qu'il n'avait pas pu se retenir de poser la question à haute voix lorsque, surpris, l'autre arrêta ses gestes et se retourna vers lui. Il lui adressa un sourire, accompagné d'un nouveau clin d'œil, et attrapa le sac à dos qui était resté accrocher à son dos. Il l'installa précautionneusement entre eux deux, sonda rapidement les alentours, et fit lentement glisser la fermeture éclaire. Il referma immédiatement après quelques secondes et repositionna le sac contre lui, mais le garçon avait eu bien assez de temps pour voir et comprendre. Le sac était entièrement rempli de grosse liasses de billets. Il n'avait jamais vu autant d'argent, et n'imaginait même pas combien le sac pouvait contenir de yens, mais une nouvelle question sortie de sa bouche, en même temps qu'il la formulait dans son esprit.

« Est-ce que... tu as volé ça à quelqu'un ?

Il vit le brun réfléchir un instant, mais celui-ci se désintéressa soudain de lui, finissant de déballer les sucreries. Une fois fait, il en poussa une pile vers le garçon et se servit une grosse poignée de bonbons en gélatines, qu'il enfouie immédiatement dans sa bouche, s'étouffant à moitié avec. Face au visage boursouflé du brun, le garçon ne put se retenir de sourire, et il l'imita dans la seconde. Il se perdit ensuite dans les sensations nouvelles que lui procuraient les bonbons, le goût toujours sucré et parfois piquant enrobant sa langue et son palais de saveurs, aussi colorés que les bonbons eux-mêmes l'étaient. Et c'est ce moment que choisi l'autre garçon pour répondre.

-Non je n'ai rien volé, au contraire. Tout ce que j'ai fait, c'est récupérer une partie de ce qu'on a voulue me prendre.

Les mots étaient durs et sortaient hachés de sa bouche tandis que le brun semblait être plongés dans ses pensées, certainement dans un passé sombre, ses yeux perdus dans le vague. Cependant, il émergea bien vite de son esprit et lui retourna un petit sourire.

-Au moins, ça m'aura permis de me faire un peu plaisirs. Je suis content de t'avoir rencontré avant de partir, j'aurais pas aimé passer à côté de ces merveilles.

Il parlait d'un air faussement détaché, sa bouche pleine de sucreries en tout genre. L'autre l'imitait, mais le ton de sa phrase l'interpella assez pour qu'il arrête un instant de mastiquer. Il avait dit ces mots comme s'il était arrivé à la fin de quelque chose. Oui, ces mots avaient sonné comme résolus, déterminés.

-Partir ? Où est-ce que tu pars ?

L'autre le regarda un instant, se demandant peut-être s'il ne valait pas mieux se taire, s'il n'en avait pas déjà trop dit. Mais finalement, il tomba en arrière dans l'herbe grasse, ses mains croisées derrières sa tête, des friandises se collant à ses longs cheveux dans une indifférence totale.

-En Amérique.

Un sourire mangea le visage de l'autre garçon, qui crût à une blague. Mais lorsque les yeux marron du brun se posèrent sur lui, tout à fait sérieux, ses sourcils froncés de détermination, il avala de travers un ourson en gélatine. Partir si loin... ce n'était pas quelque chose que les gens faisaient, ici. D'ailleurs, ils ne partaient pas du tout, ne prenaient jamais de vacances, n'allaient jamais à la découverte du monde. Ils ne sortaient en général pas même de leur quartier de naissance, ça ne se faisait simplement pas. Et puis, il semblait avoir moins d'une quinzaine d'années, ne possédait rien d'autre que ce qu'il avait sur lui et bien que l'argent ne lui manquait pas, ce ne serait sûrement pas suffisant. Et au vu de la population de cet endroit, posséder autant d'argent allait forcément attirer les mauvaises personnes. Pourtant, alors qu'il réfléchissait au projet fou de ce garçon qu'il venait de rencontrer, il se rendait compte que ce n'était pas une si mauvaise idée, après tout. Qui ne rêvait pas de se soustraire à cette vie qu'ils menaient ici, qui n'avait jamais pensé à s'enfuir un jour ? Si lui avait l'occasion de quitter cet horrible endroit pour fuir loin de cette vie, il sauterait dessus sans se poser la moindre question.

Pendant les heures qui suivirent, ils discutèrent, avalant des bonbons par poignées, parlant de tout sauf de choses sérieuses, de tout ce qui pouvait faire penser à autre chose que ce quartier. Le brun expliqua distraitement son choix, pourquoi l'Amérique. Mais lorsqu'il décrivait une terre de liberté, pleine de promesses, il n'avait pas l'air d'y croire réellement. Il était résolu à quitter ces taudis qui n'avaient rien à offrir, à partir loin d'ici, mais c'était comme s'il s'attendait à trouver un mur invisible à la sortie. Comme si quelque chose, n'importe quoi, allait forcément l'empêcher de fuir. Ces images envoyèrent quelques frissons dans le dos du garçon, qui se demandait distraitement s'il était, en définitive, vraiment possible d'échapper à l'emprise de la ville. Et tandis que le soleil déclinait lentement et que le temps se rafraîchissait, le brun, qui était toujours allongé, se releva soudain, comme prit d'un sursaut.

-Oh, au fait, je m'appelle Shikamaru.

Avec un sourire bancal et forcé, il lui tendait une main un peu éraflé. Le garçon fût surpris de la démarche d'introduction, il n'avait même pas vraiment remarqué qu'ils ne s'étaient pas présentés. Sortant de ses pensées lugubres, il saisit la main tendue d'une poigne puissante, qui dénotait de son apparence diminuée.

-Chôji.

Quelques rirent résonnèrent contre les immeubles, chacun se trouvant idiot de ne pas avoir fait ça plus tôt, mais au moment où leurs mains se séparèrent, une idée passa, furtive, dans l'esprit de Chôji. Ou bien avait-elle était là, depuis le début. Mais cela lui parût malvenu, alors qu'il ne connaissait cet autre garçon que depuis quelques heures seulement. Cependant, il sentit que c'était sa toute dernière chance. Dernière chance d'échapper à ce monde qui refermait petit à petit ses griffes sur lui, le prenant au piège d'une désolation destructrice. C'était comme si une porte de sortie venait juste de s'ouvrir à lui, et il sentait bien que ce serait la dernière fois qu'une telle occasion lui serait offerte. Il releva la tête, ses yeux plissés, et fixa Shikamaru avec son air le plus sérieux et pénétrant.

-Laisse-moi venir avec toi. Je ne veux pas finir ma vie ici, je ne veux pas continuer à subir ce monde sans pouvoir rien n'y faire. Je ne serai pas un poids, je te le promet ! Alors laisse-moi t'accompagner, s'il te plaît.

Les yeux noisettes s'écarquillèrent légèrement, et dans le regard du garçon passèrent des souvenirs à moitié effaçaient, enfouis depuis des années, qui resurgir soudain. Cela ne dura que l'espace d'une seconde, puis Shikamaru se toucha le visage d'une main, en une imitation de profonde réflexion. Chôji n'y vit pas l'humour qu'il voulait y faire passer, et ses poings se serrèrent à l'appréhension du verdict. Finalement, le brun se mit à rire à gorge déployer, lui lançant un regard amusé et pourtant toujours aussi sérieux. Il sembla chercher quelque chose à la ceinture de son jean, puis en sortit un objet, qu'il glissa à moitié sous une des poches roses délaissées. Il ne l'avait toujours pas quitté des yeux lorsqu'il lui demanda, d'un ton posé :

-Est-ce que tu sais te servir de ça, Chôji ?

Le rouquin eût un hoquet de surprise, puis regarda, affolé, autour d'eux. Heureusement, la rue était calme et les quelques passants traçaient leur chemin sans faire attention à eux. Il tenta de camoufler l'arme avec sa veste, en un geste tout sauf subtil. L'autre le laissa faire en soupirant, les yeux au ciel.

-Mais t'es malade ou quoi ? Pourquoi tu te trimbales avec un flingue, et en plein jour en plus de ça ?

Shikamaru parût amusé par ce qu'il prit pour de la naïveté, mais ses yeux s'assombrir à nouveau. Il ne rigolait plus du tout.

-Si tu veux venir avec moi, tu devras apprendre à t'en servir. Sinon, n'espère pas que je vais prendre le risque d'embarquer quelqu'un d'inutile, qui pourrait tout faire foirer.

Il rangea à nouveau l'arme dans son pantalon et se leva, prêt à reprendre la route. Chôji était perdu, il ne savait pas quoi faire. Devait-il prendre le risque de s'enfuir avec un étranger, armé et instable de surcroît et risquer de s'embarquer dans une aventure périlleuse, sans assurance d'atteindre l'Amérique, sans même être certain d'atteindre l'autre bout de ce quartier ? Ou devait-il faire comme toutes ces personnes qui se contentaient de suivre la voie du destin, sombre et triste ? Aujourd'hui et pour la toute première fois, il avait entraperçu le monde derrière la vitre, celui duquel il rêvait déjà, enfant. Allait-il à présent lui tourner le dos, ignorer la fortune qui se présentait enfin à lui, et reprendre le cours de sa triste vie comme s'y de rien n'était ? Aucune chance qu'il puisse faire ça. Gagné par une lueur d'espoir et une énergie nouvelle, il courut vers le garçon qui s'éloignait et saisit son bras, avec plus de force qu'il n'avait voulu y mettre. Il plongea ses yeux noirs dans les siens et le relâcha, ayant capté son attention.

-Je sais déjà me servir d'une arme. Quand est-ce qu'on part pour l'Amérique ?


Ok. Donc, Shikamaru est un taré bipolaire, Chôji est roux, et cette histoire devient du grand n'importe quoi. Mais pas de panique, chers lecteurs, Tenten revient bientôt pour mettre un peu d'ordre dans tout ça (ou pas, en fait). Enfin, Chôji va rester roux par contre, désolée. Petite note: Si un étranger vous offre des bonbons, ne faîtes pas comme lui, mais courez loin. Très loin.

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