Yuzuki ne semble pas se remettre et se replie sur elle-même. Pourtant les liens se tissent et se resserrent entre chacun.

Bonne lecture et bonne année ^^


Seul dans son bureau, Guren fit le point sur le mois écoulé. La famille Miharo, puisqu'ils avaient convenu de prendre le nom de leur aînée, s'était plutôt bien intégrée. Les enfants participaient aux cours, se mêlaient aux autres pour les activités extrascolaires … et le collaient aux basques. Yuzuki par contre, était réservée et du genre solitaire. Cela étant, elle avait du potentiel pour faire partie de l'unité d'extermination des vampires. Des coups frappés à sa porte interrompirent ses réflexions.

« Guren-sama, vous avez de la visite.» annonça Sayuri.

« Oh ?»

La sous-lieutenante se poussa pour dévoiler Tomoyo en tenue d'écolière, cartable au dos.

« Mais qu'est-ce que tu fais là toi ? Tu devrais être en classe à cette heure-ci !» s'étonna l'homme en se levant.

« Je veux pas y aller.» répondit la petite.

« Et pour quelle raison ?» interrogea Guren en s'approchant.

« Je veux pas rester ici s'il y a des vampires !» s'exclama Tomoyo.

Guren s'arrêta. Mais comment savait-elle … les vampires qui étaient présents ici n'étaient que des sujets d'expérimentation.

« Yuzuki sait-elle que tu es ici ?» reprit-il.

Tomoyo secoua la tête. Puis elle leva un regard implorant et inquiet vers lui.

« Dis tonton … c'est vrai qu'il y a des vampires ici ?» interrogea-t-elle.

« Qui t'as mis cette idée dans la tête ?» répondit Guren.

« Le monsieur avec une pipe. Il a dit qu'il n'y en avait pas mais il a menti. Je l'ai vu.»

Guren plissa les yeux. Si la plus jeune savait détecter les mensonges alors les autres aussi. Au vu de ce que Yuzuki avait raconté sur ce que les vampires leur faisaient subir, ils avaient tout simplement dû se forger cette capacité au fil du temps. Quand on vit avec quelqu'un risquant de vous cogner dessus à tout instant, ou dans le cas présent de vous capturer, on apprend à décoder ses émotions très vite, surtout en étant jeune comme eux. Ils s'adaptaient pour survivre.

« Ce qui explique aussi que Yuzuki ait pu résister face au noble. Elle doit être capable de voir sur son visage à quel moment il s'apprête à attaquer. Ce qui lui laisse le temps de se préparer.» pensa Guren.

Voilà un autre don bien utile. En attendant, il fit signe à sa subordonnée de disposer. Ceci fait, il invita Tomoyo à s'asseoir sur un des divans présents. Là, il résolut de dire la vérité. Tant qu'à faire, car s'il mentait elle le saurait. Il lui expliqua donc qu'il leur arrivait de capturer des vampires afin de les étudier, pour découvrir leur faiblesse. Cependant, ils étaient bien gardés et affaiblis, les risques étaient donc moindres. Guren tâcha de rassurer l'enfant, ajoutant que les adultes étaient pourvus d'armes pour tuer les vampires, comme elle avait dû le voir le jour de leur rencontre.

« Tu n'as donc pas à avoir peur.» termina-t-il.

Tomoyo médita ces paroles. Le risque était là, mais de toute façon il était partout étant donné que les vampires avaient envahi le monde.

« Donc … si jamais j'en vois un … tu viendras pas vrai ?» interrogea l'enfant.

« Bien sûr.» répondit Guren avec un sourire.

Tomoyo se jeta à son cou, lui fit une bise et le remercia. Surpris mais touché, Guren rendit son étreinte à l'enfant.


Pendant ce temps, Yuzuki avait été informée de l'absence de Tomoyo par son institutrice. Elle avait une petite idée de l'endroit où elle aurait pu se rendre. Au détour d'un couloir toutefois, la jeune femme percuta quelqu'un.

« Oh pardon, excusez-moi !»

Elle se retrouva face à une paire d'émeraudes et des cheveux en bataille. Yuzuki avisa son uniforme. Il appartenait sans doute à l'armée.

« Je suis désolée, je ne vous avais pas vu. Je cherche à voir le lieutenant-colonel Ichinose.» informa-t-elle.

« Y'a pas de mal. J'allais le voir justement, je vous accompagne ?»

« Merci beaucoup. Je m'appelle Yuzuki Miharo au fait.»

« Hyakuya Yuuichiro, enchanté.» répondit le garçon en lui serrant la main.

Chemin faisant, Yuu lui demanda pour quelle raison elle souhaitait voir Guren. Yuzuki expliqua alors la disparition de sa sœur adoptive, et qu'elle soupçonnait d'être allée voir l'homme. Yuu fut perplexe.

« Il nous a secouru avec ma fratrie d'un repaire de vampires il y a deux mois. Il s'est occupé de nous jusqu'à maintenant et Tomoyo le prends pour son oncle.» expliqua Yuzuki.

« Ah je vois. Pour tout vous dire, j'ai moi aussi vécu dans une cité de vampire. Je m'en suis échappé quand l'un d'eux a massacré toute ma famille. Nous avions tenté de nous enfuir tous ensemble, mais c'était un piège de sa part.» raconta Yuu.

« Oui je connais ça. Celui chez qui j'étais adorait nous prendre en chasse avant chaque récolte.» compatit Yuzuki.

Yuu ajouta ensuite que depuis, il avait rejoint la Compagnie des Démons Lunaires dans le but de venger toute sa famille. Quelques jours plus tôt il avait enfin reçu une arme pour les terrasser.

« Et vous ? Vous comptez nous rejoindre aussi ?» questionna Yuu.

« Non. Je ne cherche pas vengeance. Même si cette ordure a tué tous les enfants de sa cité quand il a compris qu'il allait tout perdre. Il est déjà mort, ma vengeance n'a pas lieu d'être. Et … j'ai surtout envie de tourner la page.» révéla Yuzuki.

Yuu ne répondit pas. Il indiqua à un garde que la jeune femme était avec lui. Qu'elle ne veuille pas se venger de l'espèce des suceurs de sang tout entière l'étonnait un peu. D'un autre côté, elle avait eu la chance d'en réchapper avec sa famille. Son cas était différent. M'enfin tout de même. Le duo arriva dans le couloir menant au bureau de l'officier. Ce dernier en était sorti, et avait entreprit de ramener la petite en classe. Manque de chance, il avait croisé Seishirou Hiiragi, lui aussi major général. Naturellement, il n'avait pu s'empêcher de lui lancer des piques.

« Il s'est regardé celui-là avec sa tête de fesse ?» lança soudain Tomoyo.

« Que !»

Guren lança un regard ahuri à l'enfant.

« C'est à moi que tu t'adresses gamine ?»

« Laisse mon tonton tranquille il t'a rien fait espèce de cochon !» rétorqua Tomoyo.

« Ça suffit.» intima Guren en la prenant par les épaules.

La discussion aurait pu s'arrêter là, si Seishirou n'avait pas décidé d'en rajouter.

« Tâche de mieux surveiller tes mômes, bon à rien.»

Tomoyo fit aussitôt volte-face et alla flanquer un bon coup de pied dans le tibia de l'officier. Seishirou sautilla sur place un instant, avant de lever la main pour frapper la petite. Guren tendit la main pour tirer Tomoyo hors de la trajectoire, quand soudain une ombre passa et intercepta la main de Seishirou, qu'elle tordit violemment.

« Lâche-moi tout de suite !» geignit le militaire.

« Ose encore essayer de frapper un membre de ma famille et je te casse le bras c'est clair ?» rétorqua Yuzuki, polaire.

« Tu ne sais pas à qui tu t'adresses fillette ! Je … aaargh !»

Yuzuki lui tordit davantage le bras.

« Je me moque de qui tu es. Pour moi tu n'es rien. Maintenant fiche le camp de là avant que je ne m'énerve.»

La brune le relâcha brusquement, donnant une poussée pour qu'il recule. Vaincu par la douleur, Seishirou battit en retraite non sans grommeler.

« T'as l'art de te faire des potes Guren. Et après c'est moi que tu critiques.» lâcha Yuu.

Il ôta la main posée sur son sabre.

« Je n'ai pas besoin de ton avis. Yuzuki.» répondit le brun.

Cette dernière le regarda du coin de l'œil.

« C'est très imprudent ce que tu viens de faire. T'attaquer à un membre de la famille régnante ici …» informa Guren.

« J'en ai rien à carrer. Personne ne touche à ma famille un point c'est tout.»

« Et c'est lui qui a commencé !» ajouta Tomoyo.

« Il n'empêche. Vous pourriez avoir de gros ennuis.» reprit Guren.

Le trio se remit en route. Guren s'enquit de la raison de la présence de Yuu. Ce dernier comptait simplement s'assurer qu'il allait bien être envoyé prochainement sur le terrain.

« Oui oui. En attendant, tu as révisé tes enchantements comme je te l'ai demandé ?» demanda le lieutenant-colonel.

« Nan, mon arme suffira et franchement c'est un peu trop casse-burnes à mon goût.»

« Surveille ton langage !» siffla Guren en lui flanquant une tape derrière la tête.

« Aïe ! Oui papa : cette leçon porte atteinte à mes attributs. C'est bon là ?»

Guren soupira. Arrivés à la sortie du bâtiment, il demanda à parler à Yuzuki. Cette dernière pria Tomoyo d'aller à l'école, Yuu se proposa pour l'y mener. Ces détails réglés, elle jeta un regard interrogateur à l'officier.


« J'ai un peu parlé avec Tomoyo. Comment te sens-tu en ce moment ?» commença le brun.

« En quoi ça t'intéresse ?» rétorqua Yuzuki.

« Je curieux c'est tout. Je n'ai aucune arrière-pensée en te demandant ça.»

« À d'autres. Il n'y a qu'une seule chose qui t'intéresse chez moi, et c'est toujours non.»

« Oublie cette histoire de sang un instant veux-tu. Je te demande comment tu vas parce que selon Tomoyo, ça ne va pas fort. Autrefois, tu te démenais pour ramener un sourire ou un rire sur le visage des enfants, même durant les pires moments.» raconta Guren.

Tomoyo lui avait dépeint une Yuzuki toujours joyeuse, affectueuse et aux petits soins. Une qui ne baissait jamais les bras, encourageant sans cesse tout le monde, les soulageant de leur misère tant qu'elle pouvait. À ces souvenirs, l'intéressée serra les poings. Maintenant, elle se plongeait dans ses études pour rattraper le temps perdu, se repliait sur elle-même. Et elle avait tendance à délaisser ses frères et sœurs.

« Peut-être que j'en ai simplement assez de toujours me battre. Quand j'ai repris connaissance dans ta voiture ce jour-là, j'ai été tellement soulagée. Enfin me suis-je dit, nous allons pouvoir vire normalement. Je n'avais plus besoin de protéger les enfants, ils étaient en sécurité. Et voilà que quelques instants plus tard, tu m'apprends que mon sang a un petit quelque chose de spécial. Un truc qui mérite d'être étudié. Autrement dit, la meilleure perspective pour moi était de devenir un cobaye de laboratoire ! Je ne suis toujours pas en sécurité, et tu me demandes si je vais bien ?!» s'exclama Yuzuki.

Sans parler de la tristesse qu'elle ressentait toujours vis-à-vis de ceux qui avaient péri. Étant l'aînée, elle avait mis un point d'honneur à tous les défendre. Yuzuki sentit les larmes poindre à ce souvenir.

« Je sais ce que tu ressens à ce niveau-là.» fit Guren.

La brune essuya une larme avant de le regarder à nouveau.

« Moi aussi j'ai perdu des camarades durant mes affrontements avec les vampires, alors qu'en tant que supérieur j'étais censé les protéger. Mais dans ton cas, c'est légèrement différent. Tomoyo m'a expliqué qu'ils avaient voulu te sauver ce jour-là. Ton sang ne plaisait plus aux vampires, et ta constante rébellion les avait contraints à choisir de t'éliminer. Ta famille t'a fait quitter de force ton logement, et tous les enfants sans exception se sont assuré que tu puisses t'en aller. Ils ont repayé la dette qu'ils avaient envers toi, Yuzuki. Et toi, tu ne fais pas honneur à leur mémoire en te renfermant de la sorte. Je comprends ce que tu ressens, je t'assure. Mais maintenant tu dois avancer. Ta famille a encore besoin de celle que tu es réellement. C'est pour ça que Tomoyo est venue me voir moi pour être rassurée.» exposa Guren.

Yuzuki baissa les yeux. Si elle continuait sur ce chemin, sa famille penserait qu'elle ne pouvait plus compter sur elle. Bien des fois dans la cité vampire, elle avait cru perdre espoir, abandonner le combat. Mais lorsqu'elle voyait le visage des siens, alors la force lui revenait.

« Du reste, je suis content que tu aies fait la connaissance de Yuuichiro. Je pensais justement que vous deviez vous connaître, car vos passés similaires peuvent vous rapprocher.» reprit Guren un instant après.

Yuzuki eut un petit sourire. En effet, ils avaient des points en commun. Fermant les yeux, elle prit une inspiration et leva la tête. L'un après l'autre, la frimousse de sa fratrie défila derrière ses paupières closes. Elle entendit leur voix l'appeler, lui demander de venir jouer avec eux ou de raconter une histoire.

« Je te remercie. Je vais y réfléchir.» lança-t-elle avec un sourire, les yeux brillants d'un nouvel éclat.

« Pas de quoi.» sourit l'officier.

Yuzuki salua et s'apprêta à prendre congé.

« Et pense à expliquer à Tomoyo qu'on ne traite pas les officiers supérieurs de tête de fesse ni de cochon !» lança-t-il pendant qu'elle s'éloignait.

Seul l'éclat de rire de la demoiselle lui répondit. Mais elle sentit un poids s'envoler de ses épaules. Oui, pour ceux qui n'étaient plus là elle devait continuer à sourire.

Dans les semaines qui suivirent, Yuzuki revit Yuuichiro. Ils se racontèrent leur passé d'esclave, Yuu ayant toujours un peu de mal. Mais la jeune femme comprenait mieux que personne ce par quoi il était passé. Même pourquoi il avait mis si longtemps à reconnaître Mika et les autres comme sa famille. Il n'avait juste plus voulu souffrir à cette époque. Il mentionna sa culpabilité de survivant, puis raconta chacun d'eux, le fait que Yuzuki lui rappelait un peu Akane, les moments de joie malgré leur condition. Elle parla des jeux qu'elle inventait pour ramener les sourires, les moments de chagrin et de peur, d'envie de cesser le combat, les sévices.

Petit à petit, le comportement de Yuzuki s'améliora : elle devint plus joyeuse. L'équipe de Yuu ne fut pas sans remarquer qu'il voyait quelqu'un. Shinoa le taquina sur le sujet, lançant qu'il s'était enfin trouvé une petite amie.

« Ne soit pas bête Shinoa. On est simplement amis. Yuzuki … a vécu la même chose que moi.»

Ce dernier argument fit taire les moqueries. Du reste, le jeune la présenta au reste du groupe. Ils firent aussi la connaissance de sa fratrie. Dont les garçons avaient trouvé une nouvelle activité. Ce soir-là, toute la bande s'était réunie pour un pique-nique sur le toit de l'école militaire, à l'initiative de Yuzuki. Ceci fait, ils s'étaient allongés pour admirer les étoiles.

« J'avais jamais pensé à regarder le ciel comme ça.» avoua Mitsuba, à côté de Shinoa.

« Moi non plus, mais c'est magnifique.» ajouta Shinoa.

« Oui … j'aurais bien voulu avoir un ciel comme ça dans la cité.» continua Yuzuki, à côté d'elle.

« Ça y est on l'a ramené !» clama soudain la voix d'Ikki.

Toutes les têtes se tournèrent vers lui. Accompagné de Riku et Makoto, il déposa un poste de musique pendant que les deux autres posaient des CDs tout près d'eux.

« C'est quoi ? » interrogea Tomoyo en touchant l'objet.

« Où vous avez trouvé ça ?» s'étonna Kimizuki.

« Dans un magasin juste à côté.» fit Makoto.

Un quoi général retentit, en même temps que tous se redressaient.

« Vous êtes sortis ?» lancèrent-ils.

« Chapeau pour la synchronisation. Mais pas tout à fait. Nous sommes passés par les égouts. Y'a un véritable réseau là-dessous.» révéla Riku.

« Et on a ramené tout ça.» compléta Ikki en appuyant sur play.

Ils avaient déniché une rallonge pour le brancher dans une classe, passant par une fenêtre. Les notes d'une musique entraînante résonnèrent.

« Pas mal non ?» sourit Makoto.

« J'avoue … ça change des musiques classiques de Guren.» commenta Yuzuki, un index autour du visage.

« Tu m'étonnes. Je me demande comment il fait pour ne pas s'endormir.» approuva Yuu.

« En tout cas ça donne envie de danser.» intervint Yoichi.

« Et pourquoi pas ?» lança Yuzuki.

« Mais … je sais pas danser !» s'exclama Mitsuba.

« Pas grave ! Nous dans la cité des vampires on faisait ça parfois, ça tuait le temps en plus de nous défouler. En piste mademoiselle !» lança Ikki en lui tendant la main.

Hésitante, Mitsuba lui tendit la sienne. Il l'aida à se relever. Puis lui montra des mouvements simples. Les autres garçons invitèrent le reste du groupe à faire de même. Ils se retrouvèrent bientôt à remuer, tentant de trouver leur rythme et d'autres gestes. Le temps passant, ils se décrispèrent, se laissant porter par le flot des notes. Il fallut qu'ils n'en puissent plus pour qu'ils s'arrêtent.

« Oh là là il est super tard !» s'affola Shinoa en regardant sa montre-gousset.

« Quelle heure est-il ?» interrogea Kimizuki, essouflé.

« Deux heures du matin !»

« Ouh la vache ! On a cours nous demain !» s'exclama Riku.

Tout le monde s'attela alors à ranger les reliques du dîner, remballer la nappe et la musique. Avant de se séparer, ils se promirent de remettre ça.


Naturellement le lendemain fut difficile pour tout le monde. Guren fixa les jeunes de son unité qui paraissaient singulièrement lents ce matin, avec l'expression de celui qui commence sérieusement à en avoir ras la bille, la boule et le bol.

« Peut-on savoir ce qui vous arrive aujourd'hui ? Shinoa, tu as failli décapiter trois coéquipiers, Kimizuki, tâche de récupérer ton cerveau tu veux ! Mitsuba, on se réveille aussi et Yuu c'est pareil, tu es aussi vif qu'une limace ! Yoichi, la cible n'est pas assez grosse ou tu deviens mirot ?»

Les intéressés affichèrent une mine embarrassée. L'entraînement de ce matin virait au fiasco. Guren avait l'impression d'entrainer des débutants, pour ne pas dire des idiots. À bout de patience, il finit par annoncer la fin de la séance. L'heure du repas approchant, ce fut un prétexte de plus pour quitter la salle d'entraînement. Il en lança son bloc-notes par-dessus son épaule, que Sayuri récupéra au vol. Guren s'en alla d'un pas rapide. Sayuri espéra le rattraper pour lui proposer de déjeuner avec elle, mais il arriva dans le vestiaire homme avant qu'elle ne puisse le rejoindre. Tant pis, elle n'aurait qu'à l'attendre. En attendant, elle se rendit dans celui des femmes récupérer ses affaires.

« Hé salut !» fit tune voix une féminine quand Guren reparut.

« Bonjour Yuzuki.» répondit Guren un peu sèchement.

« Eh ben ! T'as avalé un kilo de pétards ou quoi ?» s'étonna-t-elle devant son humeur.

« Non, c'est juste que l'entraînement des jeunes de ce matin a été … particulièrement raté.»

« Aaaah. Ben écoute, viens te changer les idées avec moi.» fit Yuzuki en montrant un paquet enrobé dans un linge.

« Eh bien …»

« Allez fait pas ton timide. Je te dois bien ça pour m'avoir aidée.»

« Entendu.»

Guren la suivit donc à l'extérieur. De son côté, Sayuri le vit disparaître à un angle de couloir. Elle courut pour le rattraper, mais stoppa en le voyant en compagnie de Yuzuki tenant un paquet qu'elle reconnut comme étant un bento. La sous-lieutenante les regarda sortir sans savoir comment réagir.

« Mais où tu m'emmènes ?» s'étonna Guren alors que Yuzuki continuait son ascension.

« Au grand air.»

Elle poussa la porte du toit. Elle choisit un coin un peu plus loin, puis déposa son bento. Avisant un autre sac qu'elle portait, Yuzuki en sortit une nappe et deux coussins. Elle signe à l'officier pour qu'il prenne place sur un coussin, et lui tendit son bento.

« Je ne connais pas tes goûts, mais j'espèce que ça te plaira.» dit-elle en lui donnant deux baguettes.

Guren ouvrit le couvercle. La bonne odeur qui lui monta aux narines le fit saliver.

« Merci. Ça l'air délicieux.» sourit-il.

« Bon appétit !» renvoya gaiement Yuzuki.

Chacun plongea ses baguettes dans le riz accompagné de petits calamars rouges, de crevettes ainsi que de nouilles.

« Au fait, j'ai pu constater que tu t'entendais bien avec la bande à Yuu.» lança Guren, avant d'aspirer une nouille.

« Oui. Tu avais raison ça m'a vraiment fait du bien de parler de mon passé à quelqu'un qui savait. Il a un peu de mal à en discuter, mais ça l'aide aussi je crois. Les autres aussi m'ont touché un mot de leur engagement dans l'unité de vampires.»

« Toujours pas tentée par l'aventure ?» lança opportunément le lieutenant-colonel.

« Toujours pas. J'ai une famille à gérer. Par contre, au vu de ta patience et de tes efforts … je consens à ta première demande.» informa Yuzuki.

Guren resta pensif. Sa première demande, c'était quoi déjà ? Ah oui son sang ! Eh bien, au bout de presque trois mois, il était temps. Sa curiosité revint au galop. Enfin il allait savoir. L'officier déclara alors qu'il s'occuperait de prendre un rendez-vous. Yuzuki rappela tout de même que lorsqu'ils sauraient, il ne faudrait pas la prendre pour un citron qu'on presse de tout son saoul pour en obtenir le jus. Guren sourit à la comparaison. La question réglée et le repas rangé, ils s'accordèrent un moment de détente, allongés sur la nappe le coussin sous la nuque.

« Alors, l'entraînement de ce matin n'était pas fameux ?» demanda Yuzuki.

« M'en parles pas. Je ne sais pas ce qu'ils avaient pris mais c'était de la bonne.»

« Ne sois pas trop dur avec eux. C'est de ma faute s'ils étaient dans cet état-là. Hier soir on a regardé les étoiles et on s'est attardé.» expliqua-t-elle.

« C'est donc toi la responsable de ce cafouillis. Je ne suis pas vraiment surpris en fait.» lança-t-il avec un regard en coin.

« Hé ? Ça veut dire quoi ça ? Que je passe mon temps à mettre le bazar ?» s'exclama Yuzuki en se redressant.

« Disons que je n'ai pas oublié que tu as provoqué une bagarre un jour.» repartit Guren avec un sourire narquois.

« Non ça c'était entièrement de ta faute : tu les as rendues jalouses en venant me voir de temps à autre.» rappela la brune.

Elle retomba sur son coussin pendant qu'il souriait plus largement. Yuzuki soupira en repensant à ces deux bandes de pintades. Globalement elles lui fichaient la paix, surtout après que leur idole les avait surprises en plein crêpage de chignons. Puis Yuzuki savait se défendre et ne les craignait pas. Donc, chaque camp se contentait de regards incendiaires.

« Tiens regarde ce nuage : on dirait un nounours.» lança-t-elle en pointant le ciel.

« Hmm ? Ah oui.»

« Dis, on pourrait déjeuner tous ensemble ici, durant la semaine. Toi, l'escadron de Shinoa et ma famille. Ce serait sympa tu trouves pas ?» proposa Yuzuki.

« C'est une idée.» fit laconiquement Guren.

« Que j'aime ta joie de vivre.»

Ils restèrent ainsi à observer les nuages une heure, jusqu'à ce qu'il soit l'heure pour Guren de retourner à son bureau. Il s'étira. Mine de rien ce déjeuner en plein soleil suivi de ce moment de calme avaient été agréables. L'officier en avait presque oublié son travail. Il quitta Yuzuki dans un couloir, cette dernière reprenant le chemin des cours. La première chose que fit l'officier fut d'arranger un rendez-vous avec le médecin.


Quelques jours plus tard, il accompagna Yuzuki afin de s'entretenir avec le médecin.

« Les résultats doivent rester confidentiels dans un premier temps. Vous m'appellerez quand vous les aurez, et nous en discuteront dans mon bureau.» recommanda Guren.

« À vos ordres.»

Il retrouva Yuzuki dehors. Comme elle l'avait proposé, tout le groupe se retrouva sur le toit pour déjeuner. Guren et Yuzuki furent les derniers arrivés.

« Ah tout de même ! Je meurs de faim moi.» lança Yuu.

« Allons Yuu, un peu d'indulgence. Tu sais à l'âge de Guren on n'est plus aussi rapide qu'avant.» répondit Yuzuki.

« Quoi ?» s'exclama le concerné.

« Ha !» rit Yuuchiro.

Les retardataires prirent place sur les deux coussins restant, face à face. Chacun souleva le couvercle d'un plat et ils entreprirent de se servir ou servir leurs camarades.

« Alors, elle est pas chouette cette idée de pique-nique ?» lança Yuzuki.

« Ah si !» répondit sa fratrie en chœur.

« Mouais, je ne pensais pas déjeuner un jour dans un jardin d'enfants, mais enfin.» commenta Guren, moqueur comme d'habitude.

« C'est bien pourtant d'être au milieu de la jeunesse, ça redonne du tonus.» riposta Mayumi.

« Dis donc jeune fille, un peu respect pour tes aînés.» répliqua Guren.

« Et parle un peu plus fort, l'ouïe c'est plus ce que c'était.» ajouta Riku.

Chacun pouffa de rire, pendant que Guren lui dardait un regard faussement menaçant. Le déjeuner se passa dans la bonne humeur, entre taquineries et compliments aux cuisiniers. Un déjeuner … entre rescapés d'une catastrophe.