La famille Miharo organise sa survie. Et tous les moyens sont bons.
Bonne lecture ^^
Ce dimanche avait lieu une nouvelle réunion de la famille Miharo. Depuis que la capacité toxique du sang de Yuzuki avait été affirmée, la famille tâchait de trouver le meilleur moyen de se protéger. Car ils ne se faisaient guère d'illusions : une telle arme engendrait les convoitises, et ils étaient tous susceptibles d'être utilisés comme moyen de pression. La brune pensait s'adresser directement au sommet, car il était connu que mieux valait avoir affaire à Dieu qu'à ses saints.
« Nous avons trouvé un truc génial.» annonça Riku ce matin-là.
« Ah oui ?» fit Yuzuki.
« Ouais, le moyen parfait de s'infiltrer partout et tout entendre ni vu ni connu.» ajouta Makoto.
« Les conduits d'aération. Figures-toi qu'ils ont assez larges pour qu'on puisse s'y faufiler. Peut-être que toi aussi tu pourrais y passer. Toujours est-il qu'on entend tout là-dedans.» révéla Mayumi.
« Excellent. Vous me montrerez ça, que je vois si j'y passe. De cette manière, nous serons au courant de tout ce qui passe ou presque dans ces bâtiments.» sourit Yuzuki.
« Moi de mon côté, j'ai fait comme tu m'as dit. J'entends beaucoup de choses dans le bureau, mais ils finissent par se rappeler que je suis là à un moment ou à un autre.» annonça Tomoyo.
« Je vois. Mais maintenant que nous avons un moyen d'espionnage, tu n'auras plus besoin de traîner avec les militaires.» annonça Yuzuki.
« J'ai quand même tiré parti de la situation : j'ai entendu tonton Guren parler d'une affaire de drogue : des pilules de l'armée qui circulent parmi les civils. J'ai alors suggéré à tonton de nous demander de l'aide.» informa Tomoyo.
« Regardez-moi un peu cette petite renarde !» sourit Ikki.
« Tu as fait un excellent travail Tomoyo. Je vais tâcher d'obtenir l'affaire auprès de Guren, avant qu'il ne parte pour Shinjuku.» annonça Yuzuki.
Du reste, ce fut l'officier qui vint la trouver en premier. La petite dernière de la famille lui avait rappelé fort à propos qu'ils décodaient bien les émotions. Ils seraient à même de voir qui mentait et donc qui était impliqué. Le brun la trouva donc couchée sur le toit où Yuzuki avait l'habitude de venir se détendre. Guren la salua, puis lui présenta les motifs de sa visite.
« Oui j'ai entendu parler de ces pilules. Et où est le problème ?» lança-t-elle.
« Le problème c'est qu'elles sont mortelles à trop haute dose. Autrement dit à partir de deux pilules. Officiellement, l'enquête a été confiée à quelqu'un d'autre, mais je souhaiterais que tu enquêtes dans l'ombre.» développa Guren en s'asseyant.
« Aaah de l'espionnage. Intéressant. Pour tout te dire, c'est la période des examens en ce moment, et je suis très occupée par les révisions. C'est certainement la cause de ce trafic. Vu leur provenance, il y a certainement un militaire d'impliqué là-dedans.» commença Yuzuki.
« C'est aussi ce que je pense, reste à connaître son grade.» approuva Guren.
« Bien. Voici ce que tu vas faire : faire une annonce lors des activités extrascolaires. Ils sont moins nombreux et en milieu ouvert. Il sera plus facile de voir leur visage à l'annonce de l'enquête.» demanda-t-elle.
« Et tu arriveras à voir chaque visage ?»
« Tu me prends pour une créature aux cent yeux ou quoi ? Bien sûr que non. Mais je sais comment m'y prendre, ne t'en fais pas. Je te montrerais ceux qui me paraîtront le plus suspects.» conclut-elle en se levant.
Yzuki se dirigea vers le grillage ceignant le toit terrasse.
« Tu pars bientôt pour Shinjuku je crois.» lança-t-elle.
« En effet. Nous allons reconquérir cette ville.» répondit-il en se levant.
« Avec mon sang ou bien …»
« Non hélas, pas encore. La recherche avance cependant. Les chercheurs pensent à fabriquer un gaz.» annonça Guren en s'approchant.
« Pas bête. Tâche d'être prudent en tout cas.» recommanda-t-elle.
« Tiens ? On s'inquiète pour moi maintenant ?» dit-il avec une note de sarcasme.
« Tout le monde s'inquiète pour toi, qu'est-ce que tu crois. C'est un sujet de conversation récurrent. Les enfants ont peur que tu ne reviennes pas.» informa Yuzuki.
« Ça ira. Je te dirais bien de leur dire de garder espoir, mais dans un monde pareil c'est un peu trop optimiste peut-être. Cependant …»
« Qu'est-ce que tu racontes ?» coupa Yuzuki.
Il lui retourna un regard étonné.
« Comment ça, avoir de l'espoir c'est être trop optimiste ? »
« Allons, tu n'es pas sans savoir que le monde est en ruines maintenant.»
« Et ? Si ce n'est pas dans ce genre de situation qu'il faut garder espoir, alors quand est-ce ? Quand tout va bien ? Et puis, tu es aveugle ou quoi ?» répliqua Yuzuki.
Guren fronça les sourcils à sa dernière demande.
« L'espoir, tu es en plein dedans je te signale. Avec l'arme que tu portes, les soldats que tu commandes, et dans les civils. Tant qu'il y a des êtres humains libres, il y a de l'espoir. Alors tâche de revenir intact, d'accord ?»
Guren eut un léger sourire, le regard tourné vers les bâtiments brisés au loin. Elle avait raison dans un sens. Tant qu'il restait des gens pour combattre, alors il restait un espoir de se débarrasser de ces vampires. Yuzuki annonça la fin de sa pause. Il était temps pour elle se replonger dans ses livres. Guren pour sa part, se rendit au réfectoire déjeuner avec son équipe.
« Tiens, on se joint au commun des mortels aujourd'hui ?» salua Goshi en le voyant arriver un plateau.
« Oui, j'ai pensé vous faire l'honneur de ma présence.» répondit-il en s'asseyant.
« Et vous mangiez où jusqu'ici ?» questionna Shigure.
« Ailleurs.»
Guren eut une grimace.
« Que c'est bruyant. J'avais oublié ça.» commenta-t-il.
Ses coéquipiers échangèrent un regard. Habitués au lieu ils n'y faisaient plus attention. Ils reprirent leur conversation, orientée sur leur travail. Guren décrocha bien vite. Pire même, il commençait à s'ennuyer. Il leva la tête.
« On ne voit même pas le ciel.»
« Oh regardez voilà Yuu. Ohé par ici !» lança Jujo.
L'heure du déjeuner était une des rares occasions pour oublier un peu les grades. Le jeune s'approcha donc avec son plateau et se posa en face de Guren, seule place restante. Il répondit aux quelques questions qu'on lui posait, avant de porter ses baguettes à la bouche. Guren sourit en voyant son expression un peu déçue.
« Ça n'a rien à voir, n'est-ce pas ?» dit-il.
Yuuichiro reporta son attention sur lui, puis afficha un sourire de connivence.
« Non, et l'ambiance non plus. Enfin là au moins, j'ai pas à manger tes sempiternelles nouilles.»
« Elles sont très bien mes nouilles !» fit Guren, faussement vexé.
« Oui, mais à chaque repas ça devient juste chiant. Je commençais même à me demander si ce n'était pas une expérience pour voir si on peut chier des pâtes.» rétorqua Yuu.
« Moi au moins je les faisais moi-même et pas par un coéquipier.» riposta Guren.
« Si c'est là tout ce tu sais faire, tu ferais bien de pas t'en vanter. Et je te rappelle que j'ai appris à cuisiner autre chose.»
Les autres suivaient cet échange sans rien y comprendre. Le fait est que tous deux avaient pris l'habitude de manger avec les Miharo et l'équipe de Shinoa. Chacun amenait un petit plat fait maison, sur le toit terrasse. Au début, c'était surtout Kimizuki qui concoctait les plats. Mais il avait fini par convaincre les autres de s'atteler aux fourneaux, leur enseignant quelques recettes. Ils déjeunaient en plein air, parlant de tout sauf du travail ou de la situation actuelle, se taquinant, observant les nuages ou jouant aux devinettes, orales ou mimées. Bref, ils passaient un agréable moment.
« Bon, moi j'ai fini. A plus.» annonça Yuu en se levant.
« Tu ne restes pas un peu avec nous ?» demanda Goshi.
« Nah, je vais prendre l'air.»
Guren resta avec ses équipiers, qui continuèrent leur bavardage mais sur les derniers potins cette fois. Ichinose étouffa un bâillement. Il serait peut-être mieux à son bureau finalement.
« Me demande s'il va bien en ce moment.» demanda Mito en le regardant partir.
« Je ne sais pas. Avant il mangeait toujours avec nous et depuis quelque temps, on ne le voit plus.» répondit Goshi.
« Yuu en sait davantage. Ils devaient probablement se retrouver au même endroit. Du reste, je n'ai pas non plus vu son escouade depuis un moment.» informa Shigure.
Sayuri affichait une mine préoccupée. Elle trouvait son supérieur changé aussi.
Le jour suivant, Guren arriva à l'école civile à la fin des classes. La majorité participait à des ateliers, ou restait étudier le soir. L'officier croisa Yuzuki, qui se mit en vue histoire de lui donner le signal. La jeune femme se posta près de l'entrée d'une salle réservée à la peinture tandis que le brun déblatérait son annonce. Il passa ensuite au gymnase, puis à l'étude et enfin en salle de musique.
« Alors ?» demanda-t-il près d'un angle de mur.
« J'en ai repéré trois. La plupart étaient curieux et effrayés quand tu as parlé des effets secondaires, mais seulement trois ont réagi au mot enquête.» répondit Yuzuki depuis l'autre côté.
« Donc ils avaient davantage peur d'être découverts. Que comptes-tu faire à présent ?»
« Les pousser à craquer.»
« Comment ?»
« Tu verras.»
La brune s'en alla, décrétant ainsi la fin de la conversation. Guren quitta lui aussi l'établissement. Un peu plus loin, elle retrouva les jumeaux. Pendant que Mayumi vérifiait les alentours, Ikki ôtait une grille d'aération. Ils s'y faufilèrent tous les trois. Yuzuki remit la grille en place derrière. Ils se séparèrent à une bifurcation, et continuèrent chacun de leur côté, jetant un œil à chaque grille. Ce fut Mayumi qui retrouva les trois suspects. Ils étaient dans une salle de classe vide. Effectivement, ils n'étaient pas du tout rassuré de savoir les militaires au parfum. L'un d'eux, le chef probablement, leur demanda de se calmer ajoutant qu'il était normal qu'ils sachent.
Mais ils n'auraient rien à craindre : après tout leur fournisseur était haut placé, il saurait les couvrir. Il proposa de faire profil bas pendant quelque temps, histoire que tout se tasse. La jeune fille attendit qu'ils quittent la salle pour faire demi-tour. Ce n'était pas facile, mais elle était assez souple. De retour à l'air libre, elle n'eut plus qu'à patienter.
« Vous les avez trouvé ?» questionna Yuzuki.
Ikki secoua la tête, tandis que sa sœur acquiesçait. Elle rapporta ce qu'elle avait appris.
« J'avais donc vu juste pour l'implication d'un militaire. Bon travail Mayumi.» répondit Yuzuki.
Ils retournèrent chez eux. Le lendemain, la brune tâcha de retrouver celui que sa sœur avait désigné comme étant le meneur de la bande. Grâce au plan de classe, elle put obtenir son nom : Atsutane Hanawa. Bien. Elle quitta sa salle de cours. Si elle avait bonne mémoire, il pratiquait du piano. Elle avait donc des chances de le retrouver en classe de musique à cette heure-ci. Yuzuki décida d'attendre dans la cour intérieure. Lorsqu'elle le vit quitter l'école, elle le fila.
« Flûte de la pluie. Ça tombe mal je n'ai rien pris pour ne pas me mouiller. Tant pis.»
Atsutane arriva près d'un entrepôt. Yuzuki le contourna, puis grimpa sur le toit. Heureusement, ce n'était pas très haut. Elle se baissa un peu en se rapprochant du bord, puis se mit à plat ventre. Là, elle découvrit Atsutane en conversation avec un homme. Ils convinrent d'arrêter leur trafic pour un moment. L'étudiant remit ensuite une bourse à son interlocuteur.
« Du pognon évidemment.» pensa Yuzuki.
Le militaire s'en alla. La brune le suivi depuis le toit, en prenant garde à son ombre. Passant sur un autre entrepôt, elle continua sa filature. Lorsqu'il arriva dans l'aire réservée aux soldats, elle s'arrêta. D'autant qu'elle était trempée. La brune regagna son domicile.
« Malade ? » répéta Guren.
« Ouais, un rhume carabiné. On l'a confinée chez elle, mais elle a pu nous dire ce qu'elle avait découvert.» répondit Makoto.
Il lui tendit une tasse de thé. Le jeune révéla ensuite le nom de l'étudiant.
« Dommage qu'elle n'ait pas pu voir le visage de cet homme. En attendant, il faut aussi des preuves.» commenta Guren.
« Mais si les jeunes le balancent, ils risquent de tomber à sa place.» souligna Makoto.
« C'est une possibilité en effet. Voyons déjà de qui il s'agit, nous verrons de quelle manière on pourra agir. Bien, je vais passer chez ta sœur, au moins pour la remercier.» conclut Guren.
Il remercia Makoto et s'en alla, direction quelques portes plus loin. Tomoyo l'accueillit avec son entrain habituel. L'homme se dirigea ensuite vers la chambre de Yuzuki.
« C'est moi Guren. Désolé de te déranger.» dit-il en entrant, après que Tomoyo l'eut avertie.
« Guren ?» répondit Yuzuki d'une voix ensommeillée.
Il la trouva assise sur le lit se frottant les yeux, les cheveux défaits, vêtue d'un pyjama blanc. Assez adorable en somme.
« … »
« Gu'est-ze qui t'abènes ?» demanda-t-elle.
« Euh oui. C'est à propos de l'enquête, je voulais te remercier pour ton travail.»
« Aaaatchaaa ! Bas de guoi. Bais baintenant, va z'agir de les faire chuter.» répondit la brune en attrapant un mouchoir.
« En effet. Je vais déjà voir de mon côté qui est ce militaire. Tu n'aurais pas une description à me fournir ?» reprit Guren.
« Ben dous les bilitaires se rezemblent. Il est brun, z'es tout ce gue je zais. Waaatchoum !»
« De toute manière, il va faire profil bas maintenant. Profites-en pour te soigner.» temrina le militaire.
« ATCHOUM !»
Guren quitta la pièce sur cet éternuement à se faire sortir les poumons par le nez. Il lui fallait aussi préparer la bataille à venir. Toutefois, en fin de soirée un de ses collègues vint s'enquérir sur son implication dans son enquête. Il lui fut rappelé que c'était lui qui gérait, et qu'il n'avait pas besoin qu'un membre de la basse famille se permette d'intervenir. En bref, mêlez-vous de vos échalotes. Le lieutenant-colonel répondit qu'il avait cru bien faire, et mentionna les noms des suspects. Ce à quoi il fut répliqué que son intervention risquait de tout gâcher, car le trafic allait forcément s'interrompre.
« C'est moi ou il était nerveux ?» lança Riku avec un sourire.
Le jeune était passé le voir comme à son habitude. Guren venait de lui confier un sachet de médicaments à remettre à Yuzuki.
« J'en ai l'impression. J'espérais justement qu'on vienne me voir durant la visite de l'un d'entre vous, histoire que vous puissiez jauger sa réaction. Ton avis ?» répondit Guren.
« Sa voix est montée d'un ton. Il a déglutit également, et je l'ai vu serrer le poing quand tu as donné les noms. Ce sont des signes de nervosité et de colère. Il doit en vouloir aux jeunes de s'être fait repérés si vite. Donc soit il sait qui est le fournisseur et le couvre … soit c'est lui.» analysa Riku.
« En effet. Je te remercie.» sourit Guren.
« Pas de quoi tonton.»
L'enquête fut mise en pause durant les jours suivants. Guren prit la route avec le reste des soldats assignés à la mission Shinjuku. Par contre, en dehors de l'aînée le reste de la famille continua d'explorer la forteresse. Ils en dressèrent une carte. Yuzuki se guérit de son rhume et passa ses examens. Peu de temps après, les militaires furent de retour. Naturellement, toute la famille se mit en quête de son oncle et de ceux qui représentaient les cousins, à savoir l'escouade de Shinoa. Le tonton familial fut trouvé en premier. Les enfants entrèrent et se jetèrent sur lui.
« Wouf !» souffla Guren dans son lit d'infirmerie.
« Major Shinya.» salua Yuzuki au passage.
L'homme lui rendit son salut d'un signe de tête. Il observa ensuite avec amusement son ami faire face aux jeunes.
« Alors chameau, pourquoi tu ne nous a pas dit au revoir ?» accusa Ikki.
« J'ai pas eu le temps c'est tout. Et qui tu traites de chameau, crâne d'œuf ?» répliqua l'adulte.
Mais les enfants n'étaient pas convaincus et le toisaient avec un regard de reproche. Mayumi demanda s'il n'avait pas une excuse encore plus pourrie.
« Ouais, on les aime bien faisandées.» ajouta Riku.
« T'as été blessé ? » fit Tomoyo, toujours sur le lit.
« Ce n'est rien. Maintenant si je pouvais me lever.» reprit Guren.
« Alors c'est tout ? On te retrouve après une bataille épique, on s'est rongé les sangs à ton sujet et c'est tout ce tu nous sors ?» questionna Mayumi.
Guren la fixa, un peu étonné. Ils le regardaient avec attention, attendant visiblement une réponse.
« Bon … suis quand même content de vous revoir.» dit-il en avalant presque chaque mot, le rose aux joues.
Il y eut un sifflement pour saluer l'effort, des commentaires sur la difficulté franchie et sa complexité. Shinya pouffa de rire. Yuzuki demanda à sa fratrie de laisser leur oncle se reposer. Ils accédèrent facilement à cette demande, car il leur fallait prendre des nouvelles des autres. Yuzuki attendit qu'ils sortent pour s'approcher de Guren.
« Y'a pas à dire tu es doué pour les relations sociales.» sourit-elle.
« Ben quoi ? »
Elle secoua la tête puis l'enlaça. L'officier arrondit les yeux.
« Contente de te revoir, idiot.» dit-elle à mi-voix.
Guren ne bougea pas pendant un instant, avant de sourire. Yuzuki le lâcha sans attendre qu'il rende son étreinte et sortit à son tour.
« Eeeeh biiieen ! T'es entouré d'amour à ce que je vois. J'en serais presque jaloux.» lança Shinya.
« T'exagères.»
« Du tout. Et entre nous, ça t'es pas arrivé depuis quand d'avoir autant d'affection ?»
Guren s'arrêta un instant, la main sur la poignée de la porte. Des années c'était sûr. Depuis son enfance probablement. Car durant ses études il avait souvent été l'objet de moqueries de la part des Hiiragi. Oui, cela aurait été bien d'avoir ce genre de soutien à cette époque. Il sortit sans ajouter un mot de plus. De retour à son bureau toutefois avec ses coéquipiers, il remarqua que des petits paquets avaient déposés dessus. Il en ouvrit un pour découvrir une peluche de la taille d'un porte-clés à son effigie, avec une boucle en tissu. Dans un autre, un bracelet en cuir tressé. Une carte avec un mot de toute la famille Miharo accompagnée d'un sachet de bonbons suivait.
Guren reposa la carte, puis fixa tous ces cadeaux en se sentant … perdu.
Les paroles de Shinya lui revinrent en mémoire. Effectivement, ils lui portaient vraiment de l'affection. Qu'en penser ? Devait-il laisser faire, y répondre ou au contraire s'en éloigner ? Était-ce une mauvaise chose que des gens vous aime ?
« Non non Guren, tu ne dois suivre que moi.» entendit-il.
Il serra les dents. Une voix dans sa tête intima à son démon d'aller paître ailleurs. Guren poussa les cadeaux dans un coin du bureau, puis s'assit.
« Oh vous avez reçu une carte ? C'est gentil ça.» constata Mito Jujo en apportant un dossier.
Elle la prit pour en regarder la couverture. Un ours en peluche tenant un ballon bleu s'y trouvait.
« C'est trop mignon.» reprit-elle en lui rendant.
Guren reprit la carte. Un sourire touché se dessina lentement. Finalement il posa la carte assez près. Jujo remarqua aussi le mini-Guren, et l'attrapa aussitôt.
« Il est drôlement bien fait. Z'avez vu ?» lança-t-elle aux autres en leur montrant sa trouvaille.
Chacun vint voir de plus près. Guren finit par se lever puis alla reprendre son Mini-moi, avant d'ordonner aux autres de se mettre au travail.
Plus tard, il décida d'aller remercier la famille Miharo pour ses cadeaux. Il arriva au moment où les enfants entraient chez leur aînée. La fratrie l'invita alors à rester dîner. Il leur glissa un petit merci pour les présents, et reçut de grands sourires en retour. Sourires d'enfants qui atteignirent son cœur. Il s'avéra que Yuzuki et Mayumi avaient confectionné la peluche, Tomoyo la carte avec Makoto, Riku le bracelet et Ikki les friandises. Après le repas, ils restèrent à discuter un moment. Les jeunes demandèrent à Yuzuki de leur histoire, comme ils le faisaient autrefois dans la cité vampire. Chacun installa alors un futon dans le salon, pendant que l'aînée s'installait sur le divan à côté de Guren.
Elle ouvrit un des livres qu'elle avait emprunté dans une bibliothèque le jour de la grande catastrophe, et commença un conte. Tous écoutèrent avec grande attention, et même l'officier se laissa emporter par l'histoire. Yuzuki lut le conte en entier, petit à petit les paupières se firent lourdes. Y compris chez le soldat. La brune referma le livre avec un sourire. Lorsqu'elle se rendit compte que Guren s'était également endormi, elle le fit doucement basculer sur le canapé pour qu'il soit allongé. Elle attrapa une couverture et l'étendit sur lui. Ceci fait, elle gagna sa propre chambre.
Le jour suivant, Guren se réveilla dans une pièce qu'il ne reconnut pas tout de suite. Il se redressa, cherchant à reconnaître les lieux. Il entendit ensuite plusieurs respirations.
« ! »
Il se souvint. Il était allé chez les Miharo pour le dîner. Et visiblement il y avait passé la nuit. Une lumière provenant sans doute d'une lampe attira son attention. Un rideau donnant sur la cuisine fut ouvert. Avec précaution et profitant de la faible luminosité qu'offrait la cuisine, Guren se leva et s'y rendit. Yuzuki s'affairait à préparer le petit-déjeuner.
« Ah bonjour ! » salua-t-elle gaiement en se retournant.
« Bonjour.»
« Bien dormi ? »
« Pas trop mal. Mais pourquoi tu ne m'as pas réveillé ?» s'enquit Guren en approchant.
Il l'aida à disposer les bols.
« Pourquoi l'aurais-je fait ?»
Guren haussa un sourcil. Le premier des enfants, Riku, fit son apparition. Guren lui passa une main sur la tête quand il passa près de lui.
« Cool que t'aie dormi là.» dit Riku en prenant place.
Yuzuki remarqua la teinte chaleureuse que venaient de prendre les prunelles améthyste, se disant que c'était la première fois qu'elle voyait cet éclat.
« Au fait, penses-tu reprendre l'enquête sur le trafic de ces jours-ci ?» questionna Guren, une tasse à la main.
« Oui. Plusieurs jours se sont écoulés, je pense qu'ils vont reprendre.»
Il hocha la tête. Une fois le petit-déjeuner avalé, il choisit de s'en aller sans attendre que les autres enfants se réveillent.
Plus tard dans la journée, Yuzuki alla trouver Atsutane après les cours.
« Salut. Il parait que tu peux m'aider à mieux gérer mon stress.» lança-t-elle sans ambages.
« Ce n'est pas le moment.» répondit l'étudiant.
« Oh ? Serait-on en rupture de stock ?»
« Non mais … attends je te connais toi. T'es la copine à Ichinose !» fit Atsutane en la montrant du doigt.
« Hahaha ! J'en connais qui t'étriperais pour avoir osé. Mais je le connais en effet. Et il s'intéresse à toi.» répondit Yuzuki en s'approchant.
« Moi mais … »
« Ouais. Toi ainsi que tes deux copains.» continua-t-elle avec un sourire qui n'augurait rien de bon.
« Je ne vois pas de quoi tu parles. Je dois y aller.» reprit Atsutane.
« Tiens donc. Ce doit être pour ça que tu m'as répondu que ce n'était pas le moment, et surtout, que tu es nerveux. Guren est au courant que ton existence. Mais toi, tu ne sais pas de quoi il est capable. C'est pas un tendre quand il veut tu sais.»
« Et alors ? J'ai pas peur de lui.» dit l'étudiant en se retournant.
« Oui, parce que tu t'imagines que ton fournisseur va te couvrir. Si c'est le cas tu connais bien mal les arcanes du pouvoir. Ton dealer ne fait pas le poids face à la tête des Hiiragi, et si c'est celui auquel je pense, il préfèrera te balancer toi et tes potes. Après tout, il lui suffira de dire que vous avez pillé le stock de pilules. Tandis que si tu frappes le premier, tu auras au moins quelqu'un au sommet pour te défendre.» développa Yuzuki.
« Sauf que je suis pas une balance.»
« Toi non, mais ton fournisseur n'hésitera pas lui. Il voudra conserver sa place. Face à ça, vous ne pesez pas lourd dans la balance. Vous n'êtes que des gens du peuple. Sans compter que vous êtes facilement remplaçables. Alors dis-moi : c'est bien un gars du sommet n'est-ce pas ?»
La surprise qu'elle soit au courant ainsi que la peur qui passa brièvement donnèrent confirmation à Yuzuki.
« Je te remercie. Maintenant … voyons un peu. Est-il issu d'une branche basse ?»
Pas de réaction.
« Est-ce un Hiiragi ?»
Atsutane baissa rapidement les yeux.
« Ah carrément. Remarque ils doivent avoir tous les accès. Franchement, je ne sais pas ce que tu as dans la tête. Comme si les soldats n'allaient pas se rendre compte que la baisse de leur stock de drogue.»
Astutane eut l'air mal à l'aise. Il s'en doutait dans le fond, que c'était dangereux comme jeu. Il s'était rapidement sentit important et avait oublié ce danger.
« Comment t'as pu l'approcher ? C'est lui qui est venu à toi ?»
Silence.
« Tu y es allé ? Tu devais le connaître et tu lui as demandé un service, contre espèces sonnantes et trébuchantes.» poursuivit la brune.
L'étudiant déglutit tout en affichant une expression coupable.
« Bien. J'ai ce que je voulais.» conclut Yuzuki en pivotant les talons.
« Je peux pas te laisser aller tout raconter au lieutenant-colonel.» dit-il d'un trait.
« Tu n'as pas le choix. J'ai passé huit ans entre les mains d'un vampire sadique alors t'inquiètes pas que je sais me défendre. Mais surtout, il saura tout de suite ce qui se passe et viendra directement te demander des comptes. Ensuite, parce que je vais faire tout ce que je peux pour te défendre. Mieux vaut moi que les militaires.» rétorqua Yuzuki en faisant volte-face.
Elle lui tourna le dos et quitta l'endroit.
