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Perdus en mer
11 Mars 2014, arrondissement de Minami-ku, Sakai, préfecture d'Osaka
Dans le grand océan de la vie, une unique personne représente une part si infime qu'on pourrait la croire sans importance. Et pourtant ensemble, toutes ces personnes constituant l'humanité se complètent et forment une masse compacte, se tirant vers la surface mutuellement, vers l'évolution pour un horizon meilleur.
Seulement dans cette aventure, il arrive que certaines d'entre elles coulent, se noient ou bien se perdent. C'est là que l'unité prend tout son sens, faisant appel à leurs sœurs, les âmes des perdus luttent dans l'attente d'un secours.
Malheureusement, il arrive qu'elles ne puissent pas toutes être sauvées.
Dans la douce obscurité de sa chambre, Tenten n'arrivait pas à trouver le sommeil. Elle pensait bien trop pour ça. Le film des dernières semaines se joua dans sa tête et elle se surprit à revivre tous les moments passés à douter, mais à s'accrocher: Les réunions avec les avocats et les juges au sujet de la condamnation de Shikamaru et Chôji, où le dialogue semblait stérile. Les débats mouvementés avec les associations de protection de l'enfance dans le cas de Naruto. Son combat afin de pouvoir assurer un avenir à Kiba en le faisant sortir de son environnement insalubre. Son acharnement avec les formalités afin d'être acceptée aux yeux de la loi comme tutrice légale de quatre adolescents...
Ça n'avait pas été facile, c'était peu de le dire. Et elle savait que la suite des événements serait un vrai parcours du combattant. Mais étrangement, à ce moment-là elle se sentait tellement heureuse qu'elle avait presque envie de pleurer.
La première semaine de cohabitation avait été portée par une étrange ambiance, entre flottement et réalité. Le silence dans la maison était pratiquement autant omniprésent que lorsqu'elle y vivait encore seule et pourtant, une certaine chaleur s'en dégageait à présent : elle était vivante. Il lui suffisait de faire quelques pas dans le salon, ou d'aller cherché un verre d'eau dans la cuisine pour tomber sur quelqu'un et échanger quelques mots. Elle n'était plus seule. Et les sourires et les discussions, même si tout cela était encore trop rare et timide, ne manquaient pas de lui réchauffer le cœur.
Entre les garçons en revanche, pas un mot n'avait été échangé depuis l'incident entre Chôji et Kiba. Ce dernier était sous étroite surveillance, ayant tenté à plusieurs reprises de prendre sa revanche sur le roux, mais ces derniers jours il s'était tenu plutôt tranquille : Passant ses journées dans le jardin, on ne le voyait qu'aux repas. Shikamaru et Chôji restaient la plupart du temps cloitrés dans leur chambre, leurs corps semblant s'affaiblir et leurs visages se tirer au fil des jours. Tandis que Naruto lui, errait sans but entre les meubles, égal à lui-même. Il se voulait enjoué et amical et s'appliquait à se donner un air idiot, mais il était aisé de voir que tout n'était que façade. Peut-être était-t-il encore trop naïf, comme si la cruauté du monde ne lui était pas encore apparu. Et pourtant, elle savait qu'il en avait souffert, depuis sa naissance. Non, c'était plutôt comme s'il croyait encore en l'humanité, qu'il gardait espoir en un monde meilleur. Et c'est ce qui le rendait si spécial. Tenten avait seulement peur du jour où sa bulle se percerait et où il pourrait entrevoir toutes les horreurs dont les êtres humains sont capables.
Shikamaru l'intriguait de plus en plus. Il était indéniablement intelligent, elle se demandait d'ailleurs souvent à quel point. Ses yeux laissaient entrevoir qu'il pouvait percevoir des choses invisibles aux autres, tandis que son attitude distante lui faisait penser qu'il avait également une grande part d'ombre, un repli sur lui-même caché par un air désintéressé. Une peur. Elle ne le connaissait que depuis peu, et pourtant elle pouvait déjà dire que ce garçon avait dû passer par de terribles épreuves avant d'acquérir une telle distance par rapport au monde. Comme si ce qu'il avait subi avait été si terrible que son cerveau décidait simplement de l'ignorer. Comme son nom de famille, pensa-t-elle. Quoi qu'il ait vécu, cela avait certainement un rapport avec sa famille.
Il en était peut-être bien de même pour Chôji, d'ailleurs. Tenten se faisait beaucoup de soucis à son sujet. Il parlait peu, semblait vivre par l'intermédiaire de Shikamaru. Quelle est exactement la nature de leur relation ? Comment deux êtres si différents s'étaient retrouvés sur le chemin l'un de l'autre ? Elle pressentait que la relation les unissant était quelque chose qui la dépassait complétement. Elle n'avait d'ailleurs pas crût à la brève explication de Shikamaru à propos de l'incident du dîner. Il était bien trop intelligent pour lui dire la vérité et Chôji avait l'air bien trop mal. Elle savait que quelque chose de grave se passait et qu'elle approchait la vérité, mais pour les aider, il fallait d'abord les comprendre et la compréhension passerait par le dialogue.
Pour Kiba... l'acclimatation prendrait sûrement plus de temps, comme la confiance promettait d'être plus compliqué à installer. Il paraissait constamment perdu dans un tourbillon de souffrance, sans porte de sortie, sans échappatoire. Il était seul aussi, terriblement seul. Naruto avait été recueilli par Iruka, et Shikamaru et Chôji s'étaient entraidés. Mais lui, personne n'était allé à son secours, personne n'avait partagé sa peine, quelle qu'elle ait été. Il était encore comme perdu en mer, comme s'il pensait déjà que l'aide n'arriverait jamais, qu'il était déjà trop loin, que personne ne se souvenait de lui ou ne l'aimait assez pour risquer de se perdre à son tour. Ce n'était pas de la rage, ce n'était pas de la méchanceté dans son comportement. C'était du refus, du rejet. Il ne voulait pas d'aide, il voulait qu'on le laisse dériver. Il était certain qu'il était trop tard pour lui. Tenten savait qu'elle allait devoir agir vite, avant qu'il ne se noie pour de bon.
Finalement, ils avaient tellement en commun ces garçons. Elle espérait seulement qu'ils s'en rendent compte assez vite pour pouvoir se soulever vers le haut, plutôt que de couler. Elle voulait seulement qu'ils soient une vraie famille. Lorsqu'elle s'endormit, elle ne put s'empêcher de penser qu'elle avait en partie réalisé sa promesse et elle sourit à cette pensée, revoyant son visage bienveillant tourné vers elle.
Ce matin, lorsque Naruto se rendit dans la salle de bain, il ne put détacher son regard de son propre reflet. Le blanc de ses yeux était si rougit et irrité que l'on aurait dit qu'il avait passé la nuit à pleurer. Ses cheveux étaient encore plus en bataille et emmêlés qu'à leur habitude le matin, et ses traits étaient tirés en un masque de fatigue. Il n'avait simplement pas pu fermer l'œil de toute la nuit. Oh, il aurait bien voulu. Mais cela c'était vite révélé impossible, excepté pour quelques tranches de dix minutes, grand maximum. Et tout cela à cause de son voisin du dessous.
« Fait chier ! » Il se passa de l'eau gelée sur le visage en tâchant de se réveiller tant bien que mal.
Durant toute la nuit Kiba n'avait eu de cesse de gémir, de se tordre dans tous les sens, de produire des sons d'animal blessé. Il avait presque cru dormir au-dessus d'une portée de chiots, tellement il avait été bruyant. Au milieu de la nuit, il en avait eu si marre qu'il était descendu afin de le secouer et de le réveiller, mais quand il avait vu l'état dans lequel se trouvait l'autre adolescent, il n'avait pas pu s'y résoudre.
Pour une fois débarrassé de son haut favori à capuche il était en survêtement, ses bandages ayant glissés de ses poignets et de son visage et permettant d'entrevoir les entaillent profondes qui le marquaient à vif, à peine cicatrisées. Ses joues mates étaient striées de larmes et il avait l'air affolé. Sa fierté en aurait pris un coup, c'était certain. Alors, finalement il avait dû endurer ce supplice toute la nuit durant. Mais là ce matin, en voyant son propre état de fatigue, il regrettait presque son comportement altruiste.
Il se demandait aussi si les cauchemars de Kiba étaient dû à son accident : Il avait entendu Iruka dire qu'il s'était fait attaquer par un chien, mais il avait du mal à imaginer comment cela avait pu arriver. Au vu de la gravité des blessures, il était plus probable que ce soit le fait d'une bande de molosses entraînés, le genre qui apprend à blesser en évitant les points vitaux. Enfin, de toute façon ça ne le regardait pas vraiment. Après s'être sommairement revigoré, il descendit prendre le petit déjeuner.
Comme d'habitude Shikamaru eut du mal à émerger de son lit, et Chôji dut presque le tirer jusqu'à la grande table en bois et l'asseoir. Il était encore vêtu de ses vieux vêtements troués dans lesquels il dormait, au plus grand damne de Tenten, mais lui semblait s'en ficher royalement. De toute façon, il ne comptait aller nulle part alors pourquoi s'habiller, lui avait-il dit. Chôji soupira. Il était vraiment irrécupérable. Prenant à son tour place à table, sur la chaise qu'il s'était attribué, le garçon se tendit un peu. Il avait toujours peur que ça recommence. Il jeta un œil agacé vers la place qu'occupait d'ordinaire Kiba, content qu'elle soit encore vide.
Tenten émergea de la cuisine, un plat fumant dans les mains et le sourire aux lèvres. Elle avait attachée ses longs cheveux en un chignon stricte et ressemblait à la parfaite mère de famille. Chose qu'elle se serait sûrement reproché si elle s'en était seulement rendu compte.
« Oh, bonjour ! Vous avez bien dormi ?
Les deux garçons sentirent qu'elle était un peu angoissée qu'ils puissent se sentir mal à l'aise chez elle, mais aucun des deux n'eut à mentir.
- Oui, les matelas sont définitivement très confortables, répondit Shikamaru en faisant un petit sourire en coin, tandis que Chôji acquiesçait.
Alors qu'ils commençaient tous les trois à manger dans le calme le poisson et la soupe miso, Naruto débarqua, le visage crispé, et Shikamaru manqua de s'étouffer en voyant l'état de ses yeux. Interloqués, Chôji et Tenten levèrent aussitôt la tête.
- Tu vas bien, Naruto ? Tu as mal dormi ? Ne put s'empêcher de demander la jeune femme, un peu paniquée.
Il lui décrocha un grand sourire en s'asseyant à côté d'elle.
- Oui oui tout va bien, j'ai juste eu du mal à m'endormir, je devais sûrement être trop excité. Il passa sa main derrière sa nuque, comme pour s'excuser. C'est la première fois que je passe autant de temps hors de l'orphelinat, ça doit être pour ça.
Chôji s'étonna et regarda Naruto comme si c'était la première fois qu'il le voyait.
- Vraiment ? Comment c'est possible ?
Même si elle fût contente qu'il engage une conversation aussi naturellement, Tenten eut peur que Naruto se braque face à la question insidieuse de Chôji.
- Je n'ai jamais vraiment connu autre chose, c'était comme ma maison. »
Chôji se retint de poser toutes les questions qui lui venaient à l'esprit et acquiesça seulement, reprenant une bouché de poisson. Shikamaru se fit vaguement la réflexion qu'il trouvait Iruka bien jeune pour avoir pu s'occuper de Naruto depuis si longtemps qu'il n'aurait connu que lui. Qu'avait-t-il bien pu se passer pour qu'il se retrouve là ?
Le petit-déjeuner se poursuivait dans une ambiance relativement légère et agréable, alors que Naruto et Chôji semblaient s'être découvert un intérêt commun pour les ramens, mais Tenten commençait à s'inquiéter que Kiba ne descende pas. Après tout, ils n'avaient jamais parlé d'horaire pour manger ou quoi que ce soit, mais elle se sentait un peu mal de faire comme si de rien n'était.
« Naruto, tu sais si Kiba va venir manger avec nous ?
Naruto fut surpris qu'elle lui pose la question à lui, mais puisqu'ils partageaient la même chambre après tout...
- Hhu ? Il ne m'a rien dit, mais quand je suis descendu il dormait encore. »
Vu la nuit qu'il a passée, je doute qu'il descende maintenant, songeât-t-il.
Lorsqu'il réussi l'effort de se réveiller complètement, Kiba vit qu'il était déjà plus de onze heures trente, et sauta presque du lit pour se précipiter dans la salle de bain. Non, ça ne lui ressemblait pas de traîner autant au lit. Il avait mal dormi cette nuit, il s'était tellement tortillé que les draps étaient sans dessus dessous. L'eau fraîche sur sa peau lui fit un bien fou, mais il ne s'attarda pas trop afin de pouvoir descendre avant midi. Il n'avait pas vraiment envie de revoir les autres, il le faisait seulement pour Tenten. Après tout, c'était sans doute grâce à elle qu'il tenait encore debout. Il frissonna, se sentant incroyablement fébrile, et descendit l'escalier.
Il regarda la table vide où seul un couvert était encore mis et il se douta que c'était pour lui. Il se frotta le visage, il ne faudrait vraiment pas qu'il reproduise ce comportement. Encore sur l'escalier, il en profita pour faire le tour de la grande pièce du regard. Il repéra Shikamaru affalé sur une chaise, un livre sur la physique quantique lui recouvrant le visage et entendit les voix de Tenten et Chôji en direction de la cuisine. En revanche, il ne voyait aucun signe de Naruto. Tant mieux. Avait-il pu l'entendre hier soir ? Il espérait que non.
Il mit un peu d'ordre sur la table l'air de rien, c'était le moins qu'il pouvait faire pour Tenten, elle avait dû se donner du mal. Regardant une nouvelle fois autour de lui, il décida finalement de sortir à l'extérieur, là où il se sentait vraiment à sa place. Puis-qu'arrivé de nuit, il n'avait eu aucune idée du quartier qui les entourait le premier jour et avait immédiatement espéré qu'il y ait un jardin, il ne supportait que difficilement pas la pression que peuvent exercer les murs. Son soulagement avait été immédiat lorsque, en ouvrant la porte, un courant d'air frais l'avait frappé en plein visage. Il en avait respiré une grande bouffée et c'était comme s'il avait retenu son souffle depuis des mois. Il avait ressentit un sentiment fugace, une paix qu'il n'avait jamais vraiment connue, qu'il sentait si proche et si éloignée en même temps.
Plongé loin dans ses pensées, il avança vers l'extérieur et traversa la coure, où était garé la voiture de Tenten, qui menait à un grand jardin vert et arboré à l'arrière de la bâtisse. Il n'était pas très grand en soit, mais pour une maison de ville il ne pouvait s'attendre à mieux. Par-dessus la palissade beige récemment repeinte il pouvait apercevoir le quartier, semblant paisible et plutôt peu habité. Son regard s'égara un instant sur le grand manoir sombre, aux briques de pierres fumées et au toit gris d'ardoises, qui dominait le voisinage de sa présence menaçante. Il était situé du côté opposé au leur du quartier, mais les deux habitations étaient simplement séparées par ce qui semblait être un parc public, non clôturé et plutôt vaste. Cependant, même de là où il se trouvait, Kiba ressentait comme une aura de puissance en émaner. Il frissonna.
« Toi aussi tu le ressens, pas vrai ?
Il sursauta violemment au son de la voix dans son dos et fût presque soulagé de voir Naruto, qu'il n'avait étrangement pas entendu s'approcher. Enfin presque.
- Hein, de quoi tu parles ? Tenta-t-il, pour faire bonne figure, oubliant un instant le vœux de silence tacite qu'ils avaient fait l'un envers l'autre.
Naruto ne fit pas attention à la mauvaise foi de Kiba et se retourna en direction du bâtiment sombre.
- Il y a une drôle d'aura qui vient de là-bas. C'est bizarre, mais j'ai comme un mauvais pressentiment sur cet endroit.
- Ouais, t'as raison. » répondit vaguement Kiba.
Naruto se retourna et le regarda, surpris. Mais l'autre ajouta vite :
« C'est bizarre. »
Il fit volte face et s'engagea dans le grand jardin, et Naruto se demanda s'il fuyait le manoir, ou bien s'il le fuyait lui.
Lorsque Tenten appela ses protégés pour le déjeuner, elle fût ravie de voir que personne ne manquait à l'appel et qu'aucun d'eux ne paraissaient trop mal en point. Pendant que le repas suivait son cours, elle remarqua cependant que Naruto avait l'air ailleurs et qu'il participait moins à la conversation qu'il ne l'avait fait jusqu'à présent. Kiba dégageait également un certain détachement, en quelque sorte plus prononcé que les jours précédents. Bien sûr, ils devaient être fatigués, sans doute le changement les avait-t-il déréglés. Mais Chôji n'avait pas non plus l'air d'être dans son état normal, il était pâle et tournait les aliments dans son assiette sans pour autant les mettre à la bouche. Peut-être n'aimait-t-il pas ce qu'elle avait préparé ? Mais, pourtant il l'avait aidé à la cuisine et il semblait avoir apprécié ce moment de partage au moins autant qu'elle.
Shikamaru lui était égal à lui-même, ou peut-être avait-t-il l'air plus ouvert et gai que d'habitude, et cela aussi c'était plutôt étrange, en un sens. Elle ne put s'empêcher de soupirer. Et voilà que ça la reprenait, à vouloir agir comme une psychologue en étudiant tout le monde. Elle ne vit pas les regards appuyés des garçons interloqués par son soupir, mais Naruto jeta un rapide coup d'œil à Kiba et décida de la divertir un peu.
Il raconta des anecdotes de sa vie à l'orphelinat et tout le monde l'écouta, profitant d'un moment paisible. C'est qu'il en avait vécu des choses là-bas ! Entre toutes les personnes étranges qu'il avait côtoyés, les secrets cachés de Iruka, comme le fait qu'il soit un grand passionné de couture, les nombreuses histoires cochonnes de Kakashi... Autant dire qu'il ne manquait pas de sujet.
Mais, au bout d'une vingtaine de minutes à raconter des bêtises pour dérider l'ambiance, ce qui avait plutôt bien fonctionné par ailleurs, il décida d'aborder le thème qui l'intéressait vraiment, jetant un nouveau regard appuyé au brun à capuche.
« Au fait Tenten, je voulais te parler de ce manoir, dans la rue d'en face.
Tenten se tendit immédiatement et le mouvement ne fût pas subtil, si bien que les quatre garçons s'en rendirent compte.
- C'est un peu glauque, non ? Enchaîna-t-il. Je me demande qui peut bien l'habiter.
- Personne, répondit trop vivement la jeune femme, les yeux fuyants.
Shikamaru s'intéressa de plus près à la conversation, relevant la tête vers Tenten. Ah, apparemment ils n'étaient pas les seuls à avoir des secrets ici.
- Enfin, je veux dire qu'il est à l'abandon, depuis plus de dix ans maintenant. » Tempéra-t-elle.
Elle se rattrapa de justesse et espéra que Naruto s'arrête là dans ses questions. Elle avait eu une bouffée de chaleur et ses tempes étaient un peu humides. Il fallait vite changer de sujet. Mais évidemment, c'était mal connaître Naruto.
« Tu as connu les anciens propriétaires ? »
Shikamaru se demandait ce qui intéressait tant Naruto dans cette vieille bâtisse à moitié en ruine. Mais lorsqu'il vit Tenten presque suffoquait en essayant de répondre à la question et l'air un peu tendu de Kiba qui ne manquait pas une miette de la conversation, il se dit que cela promettait d'être intéressant.
Seul Chôji, qui ne se sentait pas très bien semblait-t-il, ne saisit pas la portée de la conversation et surtout l'état d'affolement de Tenten.
« Écoute Naruto, c'est juste une vielle maison, d'accord ? Se reprit-t-elle, plus calmement. Tu devrais éviter de poser des questions dont tu n'aimerais pas connaître les réponses. Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'elle appartenait il y a longtemps à un très ancien clan de Yakuza : les Uchiha »
Sans qu'il ne sache pourquoi, le nom sembla évoquer quelque chose dans l'esprit de Naruto. Un flot d'émotions confus dont il ne sut pas faire le tri le submergea brièvement. Souvenirs effacés, vieux cauchemars à demi-oubliés se bousculaient dans sa tête sans qu'il n'en comprenne le sens. Il arrêta de questionner Tenten et le repas se finit dans le calme, un calme où on pouvait entendre les cerveaux réfléchir à tout allure et les fourchettes claquer contre les assiettes.
L'après-midi se déroula dans un mutisme commun, alors que tous cherchaient à prendre leurs marques et à mettre de l'ordre dans leurs idées. Kiba ne quitta plus le jardin et on ne le vit plus jusqu'au soir venu. Chôji avait de nouveau aidé Tenten avec le dîner, mais pourtant il avait à peine touché à son assiette. Naruto était parti dans un autre monde, il tournait en rond dans la maison, perdu dans ses pensées et ses blagues idiotes manquèrent aux autres habitants, bien que personne n'aurait osé l'avouer.
Shikamaru inquiétait Tenten. Ils venaient de finir de manger et tous quittaient la table, et pourtant le garçon n'avait pas l'air décidé à bouger de sa chaise, un sourire niais accroché à ses lèvres tremblantes, les yeux troubles et le regard vide. Chôji, qui aidait Tenten à débarrasser, eu soudain l'air paniqué en voyant l'état absent de son ami et s'empressa de le rejoindre. De son côté, la jeune femme ne manqua pas le spectacle des yeux depuis la cuisine.
Il sembla essayer de lui parler, lui tapota doucement l'épaule. Aucune réaction. Il réitéra plus fort, mais Shikamaru ne réagissait toujours pas. Elle vit le rouquin regarder dans tous les sens, s'assurant que personne ne le voyait et alors qu'il ne la remarqua pas, il saisit le garçon par les manches longues de son tee-shirt gris et les fit glisser sur les avant-bras. Il eut l'air à la fois consterné et d'une certaine façon déçu, et il finit par empoigner le garçon par la taille pour le ramener dans sa chambre. Même si Shikamaru n'était pas ce qu'on pouvait appeler un poids plume, de part sa taille et sa musculature développé, le transporter ne semblait pas poser de problème à Chôji, qui exécutait des gestes apparemment habituels. Alors qu'il montait sans plus de difficulté l'escalier, son fardeau fût prit d'une crise de rire hystérique, incontrôlable. Inquiet qu'on puisse l'entendre, Chôji accéléra la cadence et les fit disparaître à l'étage.
Tenten se déplaça mollement jusqu'au grand canapé et s'effondra dedans.
« Et bien quoi ? », se sermonna-t-elle intérieurement. « Tu abandonnes à la première difficulté ? Je ne te connaissais pas si lâche. Ils ont besoin de toi, alors fait quelque chose. Et vite. »
Se secouant vivement la tête, elle serra les poings et prit une expression déterminée. Cette fois, elle n'allait pas les laisser s'en tirer avec une explication bancale, elle comptait bien les obliger à accepter son aide.
Se relevant, prête à partir faire le travail lui incombant en tant que tutrice, elle se rendit soudain compte d'une nouvelle chose inhabituelle qui était pourtant depuis un moment sous ses yeux. Décidément, elle sentait qu'elle n'allait pas s'ennuyer.
« Naruto, tout va bien ? »
Il parût étonné de sa question et répondit, le plus naturellement du monde :
« Bien sûr, pourquoi ça n'irait pas ? »
Tenten le regarda intensément.
« Tu es resté planté dans cette position presque toute la journée, alors je me demandais s'il y a un soucis. »
Naruto retourna à sa contemplation du manoir par la fenêtre du salon donnant sur le quartier. Il ne répondit pas à la question et sembla revenir dans son monde intérieur.
Tenten, prise d'un élan d'affection, passa sa main dans les cheveux blonds du garçon, plus soyeux qu'ils n'en avaient l'air, et son visage se fit plus doux.
Au contacte, Naruto eut un léger sursaut, mais ne changea pas de position.
« Tu devrais aller te coucher, d'accord ? »
Comme un automate, il s'arracha à la contemplation et se dirigea vers l'escalier, titubant légèrement. Ce doit être la fatigue, se persuada Tenten.
Elle jeta un rapide regard en coin en direction de l'autre côté du parc arboré et un frisson courra sur son dos. Elle espérait vraiment que Naruto n'allait pas trop fouiller dans le passé du quartier, elle avait peur de sa réaction s'il en faisait remonté les vieux démons. Ce garçon était si innocent, après tout.
Se souvenant soudain de sa mission d'introspection auprès des deux cachottiers, elle se rua presque vers le premier étage. Elle toqua doucement à la porte, mais n'eût aucune réponse. Que pouvaient-ils bien trafiquer tous les deux ?
Décidant d'entrer quand même, elle poussa la porte et eut la surprise de tomber dans une pièce qui n'était pas éclairée. Elle s'avança un peu et trouva Shikamaru et Chôji endormis profondément dans leur lit respectif, la respiration calme. Après tout, peut-être était-ce vraiment la fatigue qui faisait agir les quatre garçons de façonsi étrange.
Les regardant dormir si paisiblement, elle ne put s'empêcher ni de remonter les couvertures sur les larges épaules de Chôji, ni de caresser les longs cheveux, pour une fois détachés, de Shikamaru.
Elle s'attachait de plus en plus à ces grands enfants, sentant son affection pour eux grandir de jour en jour, bien qu'elle ne parvenait toujours pas à les cerner. Enfin, cela ne l'empêcherait pas de tirer leurs histoires au clair.
C'est souvent lorsque l'on pense avoir traversé les pires des épreuves, avoir subi toutes les peines du monde, que plus encore de poids tombent sur nos épaules. On se demande alors « Pourquoi moi ? », on se croit enchaîné à de mauvaises ondes, on pense attirer les catastrophes. Puis vient un moment où on se résigne à tout accepter, où on se condamne soi-même ce faisant. Mais ce n'est jamais la solution à nos problèmes. Malheureusement, lorsque la résignation prend possession de nous, il est parfois déjà trop tard pour lutter.
N'hésitez surtout pas à me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre, je prends toutes les remarques en note et adore recevoir vos hypothèses, concernant la suite ou les intrigues :). Je réponds à toutes les reviews, même anonymes. ereagiel
