Yuzuki tâche d'assurer sa protection. Mais ce ne sera pas aussi simple que prévu.


Le patriarche Hiiragi entra dans son bureau. Il ferma la porte, puis se figea lorsqu'il découvrit que quelqu'un s'y trouvait déjà.

« Qui êtes-vous et comment êtes-vous entrée ?» demanda-t-il.

« Yuzuki Miharo, enchantée.» répondit la brune.

Assise à côté du bureau une main sur le visage, elle lui face l'air relativement serein. À l'expression qu'afficha Tenri, elle sut qu'il savait qui elle était.

« La source du poison.» dit-il.

« Que c'est poétique comme surnom. Mais en effet, mon sang est un poison.»

« Et que venez-vous donc faire ici, miss Miharo ?» reprit Tenri en ôtant son manteau.

« Vous présenter les résultats de l'enquête sur le trafic de pilules.» annonça Yuzuki en se redressant.

« J'avais confié cette enquête à un membre de ma famille … c'est donc à lui qu'il faut vous adresser.» répondit le patriarche.

« Il ne dira rien, parce qu'il est impliqué. Et puis, de mon point de vue mieux vaut avoir affaire à Dieu plutôt qu'à ses saints.» continua Yuzuki.

« C'est une accusation sérieuse. Vous avez des preuves ?»

« Les aveux d'un des gamins qui les distribuait. Cependant, je me doute que ça ne vous suffira pas. Alors voilà ce que je vous propose : je vais confronter le suspect et vous observerez sans vous montrer. Voyez-vous, j'ai appris à reconnaître les mensonges et déchiffrer le langage corporel. Un talent utile s'il en est, quand on est au sommet.»

Tenri afficha un bref intérêt.

« Vous ne manquez pas de culot, d'entrer ici dans mon bureau et d'accuser un des miens de trafic.» dit-il.

« Il faut parfois avoir du culot dans la vie. L'étudiant dont je vous parle se nomme Atsutane Hanawa. Oh, mais ce nom vous est familier.»

« …»

« Hmmm … école civile donc je doute que vous le connaissiez personnellement. Il sera déjà dans vos rangs de soldats sinon. Le père peut-être ?»

Vague lueur dans l'œil valide.

« C'est donc lui. Et voilà comment il a pu approcher l'un des vôtres. Rappel au bon souvenir en somme.»

« Il semble qu'en effet vous arrivez à connaitre la vérité même si vos interlocuteurs restent silencieux.» concéda Tenri.

« Le corps a du mal à mentir contrairement au cerveau. J'ai un peu plus de mal dans votre cas je l'avoue. Maintenant, faisons le point voulez-vous. Quelqu'un vous prive de quelque chose d'important pour vos soldats, en temps de guerre qui plus est. Ces pilules risquent de plus de causer une hécatombe parmi les civils. Même si vous ne faites pas grand cas du peuple, c'est tout de même par là que passent vos futures recrues. Autrement dit, un vivier de talent. Alors, que décide-t-on ?»

« C'est Guren qui vous envoie ?» voulut savoir le patriarche.

« Non, il n'est pas fou. Il ne sait pas que je suis là. Il connait mon second talent, si on excepte cette histoire de sang, et a souhaité en tirer parti.» répondit Yuzuki.

« Qu'espère-t-il en retour ? Des félicitations ?»

« Ouch. C'est du mépris ça ou je ne m'y connais pas. Tout ça parce qu'il n'est pas des vôtres ?» lança Yuzuki avec un sourire cynique.

« Vous devriez savoir qu'il a une attitude pour le moins irrespectueuse.» répondit Tenri en approchant.

« Le respect se mérite, en particulier dans votre position. Vous avez passé vous et vos fils, la majeure partie de vos vies à le mépriser, vous vous attendiez à quoi ?» rétorqua Yuzuki.

« Qu'entendez-vous par le respect se mérite ? Je représente la famille régnante ici, le respect nous est dû jeune fille.» souligna Tenri avec cette fois une voix menaçante.

« Les anciens empereurs romains savaient parfaitement bien que c'était l'armée qui faisait ou défaisait les empereurs. La loyauté durable ne s'acquiert jamais par la peur, c'est un mauvais calcul. Si un chef désire que ses hommes le suivent en enfer alors il doit les y précéder. Et voyez le cas présent : c'est un des vôtres qui vous trahit. Un Hiiragi, pas un Ichinose.»

L'homme et la jeune femme se faisaient face à présent. Tenri ne put que reconnaître son courage : oser venir le trouver lui, sur son terrain, pour une affaire qui ne la concernait pas. Du reste il devait bien admettre que sa capacité à dénicher la vérité l'intéressait. Un tel talent avait certainement son utilité dans sa position. Un des siens venait à nouveau de le poignarder. C'était le deuxième cas après Mahiru. Elle avait raison : ce n'était pas une branche de la famille qui se retournait contre son propre sang. De quoi se poser des questions.

« Très bien. Je vais donc tester votre talent. Mais avant, dites-moi ce que vous attendez en échange.» décida-t-il.

« Votre oreille pour commencer. Et éviter de finir comme un citron, pressée jusqu'à la dernière goutte.» répondit Yuzuki.

Tenri eut un léger sourire. La jeune femme termina ce premier entretien en lui demandant de se rendre à l'entrepôt où elle avait surpris la conversation entre Atsutane et le suspect d'ici une heure.


Mais une fois derrière la porte, elle poussa un soupir. Ce bonhomme faisait froid dans le dos mine de rien. Elle reprit le chemin menant aux quartiers des civils. En arrivant près de la salle d'entraînement des soldats, elle croisa l'héritier des Hiiragi.

« Tiens, l'arsenic des vampires.» salua-t-il.

« Tiens le croque-mitaine.» répliqua Yuzuki.

« Il parait que les recherches sur votre sang avance, mais il faudrait songer à leur donner plus de matière première.» reprit Kureto.

« Eh bien qu'ils demandent.»

Elle allait le dépasser et le planter là, quand l'homme mentionna autre chose :

« Selon Guren, vous avez combattu un vampire noble à mains nues. Vous auriez du potentiel.»

Yuzuki décela aussitôt une mauvaise intention à son égard au ton de sa voix.

« Bien sûr puisque je n'avais aucune arme et pas l'intention de mourir. Je n'ai du potentiel que par obligation. Mais sachez que j'étais toujours perdante les fois où je le combattais.» lança-t-elle en se tournant à moitié.

« Hmm, évidemment. Mais je suis curieux … je pressens que le cher Guren ne s'intéresse pas à vous qu'à cause de votre sang mutant.» continua Kureto.

« Vous au moins vous avez l'art et la manière de parler aux femmes. En quoi ça vous regarde ?»

« Je vous l'ai dit … je suis curieux.»

Sans plus attendre il dégaina son arme qui siffla. Yuzuki se baissa, puis sauta en arrière. Kureto sourit face à cette première esquive. Il enchaîna aussitôt en chargeant vers elle. La brune se précipita alors dans la salle. Ses yeux parcoururent frénétiquement les lieux. L'entraînement des recrues venait juste de se terminer. Elle saisit un sabre en bois en roulant par terre, évitant une attaque. Ensuite, elle se cacha derrière un mannequin.

Pour sa part, l'héritier Hiiragi avança tranquillement dans la salle. Yuzuki tenta de se calmer. Risquant un œil, elle vit arriver une lumière droit vers elle. Vite elle plongea vers un autre mannequin. Mais elle ne pourrait fuir éternellement et elle le savait.

« Il me faut une arme longue distance … mais quoi ? » pensa-t-elle.

Même si elle n'avait plus eut besoin de combattre depuis des mois, elle n'en avait pas perdu les réflexes. Ses yeux accrochèrent soudain les débris causés par les attaques. La brune vérifia où en était son opposant, puis la configuration des lieux. Bien, en avant. Elle jaillit de sa cachette, opéra une nouvelle roulade qui lui permit de récupérer des morceaux ressemblant à des cailloux. Kureto se précipita vers elle. Yuzuki le laissa approcher. Arrivant près d'un mur, elle profita de son élan pour y prendre appui puis se jeter vers l'homme. Elle s'appuya sur sa tête pour retomber un peu plus loin.

Mais elle ne se releva pas tout de suite, sachant pertinemment pour l'avoir testé quelques fois que c'était l'occasion pour l'adversaire de lui retourner un coup de pied. Son expérience lui prouva une fois encore qu'elle avait raison. Le pied de Kureto passa au-dessus de sa tête. Yuzuki répliqua en lui assénant un coup de sabre en bois droit au genou. Elle entendit l'homme geindre. La brune se releva et fila plus loin. Une fois plus loin et cachée derrière un équipement, elle sortit ce qu'elle avait ramassé.

« Il va me faire rater mon rendez-vous ce con. Bon, il me faut … un lacet.»

Et même deux. Inutile de ne garder qu'une seule chaussure au pied. La brune ôta rapidement ses chaussures. Jetant un œil à la progression de Kureto, elle s'affaira à retirer ses lacets. Première chaussure ok. Yuzuki dut encore changer de cachette. Un morceau de tissu fut ramassé au passage. Vite elle le fourra dans sa poche. Ensuite, les autres lacets. La brune sauta sur une poutre et courut dessus pour rejoindre un autre abri. Là, elle noua les lacets entre elle, puis le morceau de tissu aux extrémités desquelles elle attacha les lacets aussi solidement que possible.

« À mon tour d'attaquer.»

Elle plaça un débris dans le tissu, et entreprit de faire tournoyer les lacets. Ce faisant elle bondit hors de sa cache. Elle esquiva une première attaque démoniaque, puis lança sa fronde improvisée. Kureto se pencha légèrement pour éviter le premier projectile. Ce qu'il ignorait en revanche, c'est que Yuzuki avait appris à lancer deux projectiles dans un temps rapproché. Aussi, le second l'atteignit à une épaule. Mais malgré la vitesse, l'objet était trop mou pour vraiment lui faire mal.

« Oh ?» fit Kureto intrigué.

Il jaugea rapidement la situation tout en envoyant une attaque qu'elle esquiva en se laissant tomber au sol, à genoux et le dos presque au sol. Il remarqua qu'elle n'avait plus ses souliers. L'officier sourit : elle s'était fabriqué une arme longue distance en usant des moyens du bord. Tout à coup, Hiiragi aperçut une tornade rouge lui foncer dessus. Il la dispersa avec son sabre. Guren lui arriva dessus avec son arme. Les lames s'entrechoquèrent.

« Kureto. Puis-je savoir ce que tu fabriques ?» questionna le lieutenant-colonel, visiblement mécontent.

« Je me détends.» répondit simplement son aîné.

« En attaquant une civile ? Tu as perdu la tête ou tu t'ennuies à ce point ?» reprit Guren entre ses dents.

« Relax, je n'avais pas l'intention de la blesser. Je voulais juste éclaircir un point.»

Kureto baissa le sabre noir de Guren et rangea le sien.

« J'ai étudié ton rapport, et je n'ai pas pu m'empêcher de trouver curieux que vu qu'elle a empoisonné un vampire tu n'aies pas cherché à en savoir plus, plus vite. Maintenant je comprends. Elle est coriace. Elle savait que j'étais plus fort qu'elle et par conséquent qu'elle devait éviter à tout prix de m'affronter en combat rapproché. De plus, elle sait se servir de son environnement pour se protéger. Elle ferait une bonne recrue.» expliqua-t-il en la regardant.

« Non … merci.» répondit Yuzuki, toujours à genoux sur le sol.

« Hm ! Dommage. Sur ce, passez une bonne journée.»

Kureto s'en alla comme il était venu. Guren rangea son sabre une fois qu'il fut hors de vue. Prévenu par Sayuri, l'homme s'était précipité sans vraiment prendre le temps de réfléchir. Ou plutôt, son corps avait décidé. Il se tourna vers la jeune femme, qui tentait de se remettre de ses émotions. Les cheveux en bataille, le souffle court soulevant rapidement le tissu de son haut, voilà un tableau qu'il ne put s'empêcher de trouver plaisant à l'œil.

« Yuzuki tu vas bien ? Il ne t'a pas blessée ?» s'enquit doucement Guren en s'accroupissant à côté d'elle.

« Non, je suis arrivée à me tenir à distance.» répondit l'intéressée en remettant ses cheveux derrière l'oreille.

Guren remarqua alors les lanières dans sa main. Une fronde de fortune. Son regard se porta vers ses pieds, nus. Il salua intérieurement son ingéniosité. Les autres soldats devraient en prendre de la graine.

« Oh non il faut que je file !» s'exclama-t-elle soudain.

Yuzuki se releva comme un bouchon de champagne et s'élança hors de la salle, avant que l'officier n'aie eut le temps de comprendre.


Dehors, Yuzuki bondit sur un muret. Sa jupe violette virevolta au rythme de ses mouvements, et elle espéra que personne ne pourrait profiter de la vue. Elle ignorait combien de temps son combat avait duré, mais elle espérait qu'il ne soit pas trop tard. Yuzuki bondit par-dessus un banc, à la surprise de ses occupants. Finalement, elle arriva au lieu de rendez-vous hors d'haleine. Elle s'adossa près de la porte, inspirant et expirant bruyamment. Pourvu qu'elle ne soit pas en retard, sinon elle perdrait tout crédit auprès du chef de famille. Or pour assurer sa survie elle ne pouvait se le permettre.

Dès qu'elle le put, elle grimpa sur le toit. Cinq minutes plus tard, alors qu'elle commençait à perdre espoir, elle vit arriver sa cible. Parfait. Elle redescendit.

« Bien le bonjour.» lança-t-elle.

« Qui êtes-vous ?» lui répondit-on.

« Personne en particulier monsieur Hiiragi. J'ai juste besoin d'une petite fourniture.» répondit Yuzuki.

« Je ne sais pas de quoi vous parlez.»

« Ah non ? Ce n'est pas ce qu'on m'a dit. Vous êtes impliqué dans le trafic de drogue. Je dirais même que vous en êtes à la tête.» lâcha-t-elle.

L'homme lui darda un regard noir.

« Vous faites erreur. Je n'ai rien à voir avec ce trafic.» reprit le Hiiragi en secouant la tête.

« Alors pourquoi dites-vous oui avec la tête ? Ça montre que vous ne croyez pas un mot de ce que vous dites. Et lorsque j'ai parlé de votre implication, vous avez serré les mâchoires. Un geste de colère. Sans parler de votre regard. Vous êtes furieux que le p'tit vous aie balancé.» rétorqua la brune.

« Pas du tout. Vous risquez gros en venant m'accuser.»

« Je sais quand porter mes attaques. Je l'ai douloureusement appris. Je ne suis pas la seule à vous soupçonner vous savez. Une autre personne tout aussi haut placée s'intéresse à votre cas. Ce sera certainement votre parole contre la sienne. Reste à savoir laquelle aura le plus de poids.»

Il afficha un geste de mépris.

« Et une moue de dédain, une. Vous n'y croyez pas. Soit. Mais vous êtes prêt à risquer combien au juste ?» continua la brune.

« Vous croyez réellement pouvoir m'intimider ? Vous savez qui je suis ?» riposta l'officier.

« Il élude la question, et il tente de m'impressionner. Ce qui signifie que vous reconnaissez une menace, autrement vous n'y penseriez même pas. Donc, je résume : il y a d'autres personnes qui savent, et honnêtement vu les temps qui courent et l'importance de cette drogue, votre délit frise la trahison. En tant que militaire vous savez ce que ça implique n'est-ce pas ? Ce genre d'acte s'il vient à être connu peut coûter cher, très cher. Sale guêpier dans lequel vous êtes. Vous allez connaître une de ces dégringolades … de quoi décrocher une médaille d'or olympique. Ça vaudra le détour.» continua-t-elle.

« Non. Il ne se passera rien. Ma parole a plus de poids que celle de ces gosses et que la vôtre réunies. Je suis un Hiiragi, c'est nous qui dirigeons ici. Il ne m'arrivera rien ne serait-ce que pour éviter un scandale. Et de toute manière, vous ne pourrez rien prouver du tout.» répondit le militaire avec suffisance.

« Le fait est, cher neveu, qu'elle vient juste de le faire.» fit une voix grave.

L'officier se retourna pour découvrir le patriarche derrière lui.

« On … oncle Tenri ? Mais … »

« Tu me déçois beaucoup, Daisuke. Te rends-tu seulement compte de ce que tu as fait ?» reprit l'homme, la voix lourde de menaces.

« Mais c'est Hanawa qui … »

« C'est tout ce que tu as à dire pour ta défense ? Cette jeune femme a raison : ton acte frise la trahison. Arrêtez-le.» ordonna Tenri.

Des soldats vinrent passer les menottes à Daisuke et l'emmenèrent.

« Bien. Vous m'avez convaincu. Je ferais appel à vos services périodiquement. Par contre, puis-je savoir pourquoi vous vous êtes présentée pieds nus ?» reprit Tenri.

« Ça, il faudra le demander à votre fils aîné. Parait-il qu'il s'ennuie.» répondit Yuzuki en haussant les épaules et les mains.

« ? »

« Une dernière chose : je requiert l'anonymat total. Nous conviendrons ensemble d'un moyen de communication.»

Le patriarche hocha la tête puis s'en retourna, tandis qu'elle partait dans la direction opposée. Alors qu'elle approchait de l'entrée menant aux quartiers civils, elle sentit quelque chose être posé sur elle.

« Te voilà. Je te cherche depuis un moment. Il commence à pleuvoir, or je te rappelle que tu sors juste d'un rhume.» fit Guren.

Le brun venait de lui mettre un manteau à capuche militaire.

« Merci Guren. Il est vrai que sans Kureto, j'aurais pu prendre un parapluie.» répondit-elle avec un sourire.

« J'ai aussi tes chaussures, avec leurs lacets.»

« Chouette !»

Elle s'empressa de les enfiler. Les gouttes de pluie commencèrent à tomber un peu plus fort. Yuzuki leva la tête, fermant les yeux avec un sourire sous l'eau cascadant sur son visage. Elle se mit ensuite à tournoyer. La jeune femme se mit à fredonner une vieille comptine tout en valsant sous la pluie. Guren la regarda d'abord étonné, déplia son parapluie puis la suivit en souriant. Il la suivit jusque chez elle.

« Tiens ton manteau. Et … merci pour être intervenu tout à l'heure.» dit-elle une fois devant sa porte.

« Mais de rien.» répondit Guren, d'une voix plus douce qu'il n'aurait voulu.

« Tu veux boire quelque chose de chaud ?» proposa-t-elle.

« Avec plaisir.»


Quelques heures plus tard, Guren appris par le biais de Shinya que Daisuke Hiiragi venait d'être arrêté. Le lieutenant-colonel en recracha son café dans sa tasse.

« Comment ? Mais pourquoi ?»

« Eh bien c'était lui le responsable du trafic figures-toi. C'est Tenri-sama en personne qui a procédé à son arrestation.» continua le Major Général.

Guren arrondit les yeux. En voilà une nouvelle ! Qu'est-ce qui avait bien pu pousser le patriarche à prendre les choses en mains ? Il regarda à nouveau par la fenêtre, perplexe. Dehors, il reconnut la silhouette de Yuzuki accompagnée des enfants, tous cachés sous une capuche. Ils jouaient sous la pluie, visiblement enchantés de ce temps que la plupart des gens fuyaient. Shinya se rapprocha de Guren et se pencha pour voir son visage, avant de chercher à voir ce qu'il contemplait.

« Eh bien ! Voilà au moins quatre ans voire plus que je ne t'ai pas vu avec un tel sourire.» dit-il.

« Hein ?»

« Je disais : ton visage s'est éclairé tout à coup.»

« Ah bon.» fit Guren.

Dehors, Yuzuki lui fit un grand geste de la main, auquel l'officier répondit.

« C'est donc ça.» reprit Shinya.

« De quoi tu parles à la fin ?» demanda Guren en se tournant vers lui.

« De toi, baka. Je t'ai déjà dit que je trouvais que tu avais meilleure mine depuis quelque temps. Et là ce sourire attendri.»

« Où … veux-tu en venir ?»

« Et il comprends rien en plus. Ah là là.»

Shinya quitta la pièce en laissant un Guren complètement perdu. Celui-ci finit par hausser les épaules, mettant son attitude sur le fait qu'il était toujours comme ça. Il resta à regarder la petite famille jouer dehors, avant de retourner à son travail.

Le jour suivant, Yuzuki apprit que Hanawa avait convoqué par le patriarche en personne. Atsutane lui en parla, blanc comme un linge lui rappelant qu'elle avait promis de l'aider. La brune rappela qu'elle n'avait rien promis du tout, mais qu'en effet elle allait agir. Aussi se mit-elle en route pour le bureau de Tenri, mais en passant par son propre réseau. L'homme sursauta lorsqu'il la vit débarquer par la grille d'aération.

« C'est donc ainsi que vous avez pénétré dans mon bureau la première fois. J'ignorais qu'on pouvait s'y faufiler.» dit-il.

« Et c'est ainsi que j'entends tout, même ce qu'on ne veut pas. Pardonnez donc cette entrée peu cavalière, mais je devais vous voir d'urgence. C'est au sujet d'Hanawa et de ses camarades. Pourriez-vous je vous prie, me faire part de la sentence que vous comptez leur dispenser ?» répondit Yuzuki.

Le patriarche remarqua que sa façon de s'adresser à lui avait changé : là elle faisait réellement montre de respect.

« J'avais songé à les exécuter. Ils ont failli causer nombre de morts, de plus venir s'approvisionner chez nous démontre un véritable mépris ainsi qu'une insolence intolérables.»

« Épargnez-les.»

« Pour quelle raison ?»

« D'un point de vue politique, cela sera bon pour votre image. J'en ai entendu beaucoup sur l'opinion publique à votre égard, croyez-moi cela fera son petit effet. De plus, si Hanawa a du talent il deviendra alors un soldat éperdu de reconnaissance et donc loyal. D'un point de vue plus simple, il m'a avoué qu'il ignorait totalement les effets mortels de cette drogue. Votre neveu lui a simplement dit jamais plus de deux pilules, car c'était le maximum qu'il pouvait fournir sans être repéré. Il était sincère. Ce qu'il voulait, c'était quelque chose pour le rendre plus performant, un petit coup de fouet en somme. Toutefois, je suis fort consciente que vous ne pouvez passer l'éponge. Aussi je vous suggère ceci : contentez-vous de lui faire peur, et donnez-lui des travaux d'intérêt général. Vous rebâtissez Shinjuku je crois. Voilà trois paires de bras supplémentaires.» exposa Yuzuki.

« Fort bien, je vais réfléchir à votre proposition.» répondit Tenri.

« Je vous remercie.»

Yuzuki comprit qu'elle ne pourrait faire plus. Le sort de ces camarades était entre les mains du général en chef. Maintenant qu'elle avait ce qu'elle souhaitait, mieux valait éviter de mécontenter le vieil homme. Toujours est-il qu'elle sortit du bureau. Une fois dehors, elle croisa Yuuichiro.

« Hey Yuu ! Ça faisait un bail, comment vas-tu ?» lança-t-elle.

« Bien et toi ?» répondit le jeune avec un sourire.

« Ouiii. Mais tu es sûr que tu ça va Yuu ?» insista la brune.

« Eh ?»

« Allez viens, je t'offre un verre chez moi.»

Un peu plus tard, Yuu avait fini par se confier lorsque la brune lui fit remarquer qu'elle savait le déchiffrer. Il lui parla alors de ce qui s'était passé à Shinjuku : sa réunion avec Mika et le fait qu'il ait perdu le contrôle de lui-même, sans savoir ce que cela impliquait.

« Eh bien ! Ce n'est pas rien ce qui t'arrives. Concernant Mika, c'est une bonne chose qu'il soit en vie. Pour le reste ... méfies-toi.» fit Yuzuki, avant de porter son verre à ses lèvres.

« Je suis content moi aussi. Et qu'est-ce que tu veux dire par me méfier ?» fit Yuu.

« Tout comme moi tu possèdes une arme en toi. Et en temps de guerre cela engendre des convoitises, au mépris de ta personne. Donc n'accorde pas ta confiance à n'importe qui.»

Yuu baissa les yeux vers sa boisson. Le récit qu'en avaient fait ses compagnons lui donnait la chair de poule. Savoir qu'il aurait pu tuer Shinoa … il reprit de son breuvage. Quelques coups frappés à la porte interrompirent cette conversation. Yuzuki alla voir et ouvrir. Tomoyo sortit de sa chambre où elle jouait tranquillement.

« Ah ! Tonton Guren !» clama-t-elle en accourant.

L'officier lui caressa la tête un instant.

« Tiens, bonjour Yuu.»

« Yo.» répondit simplement ce dernier.

« Navré du dérangement. Puis-je te parler en privé Yuzuki ?» demanda Guren.

« Hm oui bien sûr.»

« Tu viens jouer avec moi Yuu ?» proposa fort à propos Tomoyo.

Elle entraîna aussitôt l'adolescent dans sa chambre, malgré quelques protestations. Yuzuki fit signe à Guren pour qu'il prenne place sur le divan, et lui proposa un thé.

« Non merci. Venons-en au fait : j'ai appris l'arrestation de Daisuke Hiiragi. Par nul autre que le chef de famille. Or tu étais la seule à savoir. Aurais-tu donc quelque chose à voir dans cette histoire ?» demanda-t-il.

« En effet. Je suis allée m'adresser directement au sommet.»

« Mais tu es folle ?!» s'exclama Guren.

Dans la chambre de Tomoyo, Yuu tourna sa tête vers la porte. Mais l'enfant le rappela au jeu.

« Non. Il le fallait. Je voulais m'assurer de lui servir autrement que pour mon sang.» révéla-t-elle.

Guren fronça les sourcils.

« Je croyais … je pensais que tu me faisais confiance.» dit-il.

Yuzuki parut surprise. La déception était perceptible dans sa voix, mais aussi dans ses yeux.

« Je ne suis pas sûre de comprendre là.» dit-elle incertaine.

« Ce n'est pas grave.» dit-il en se levant.

Devinant un malentendu, Yuzuki se leva et l'attrapa par le poignet.

« Une minute Guren. Je n'aime pas la tournure que prend cette conversation. Qu'est-ce que c'est que cette histoire de confiance là ?» demanda-t-elle.

Guren la regarda un moment sans répondre. Yuzuki insista.

« Je pensais … je pensais que tu me faisais confiance pour … pour t'éviter des ennuis.» avoua-t-il enfin.

Yuzuki relâcha son poignet. Guren lui tourna le dos, s'avançant vers la porte.

« Mais je te fais confiance.» dit-elle.

Il s'arrêta.

« Seulement je suis aussi réaliste. Tu ne peux pas être partout à la fois, ni tout le temps.» continua-t-elle.

Guren reconnut la valeur de cet argument. S'il repartait en mission, qui se chargerait de veiller à ce que Kureto ne l'enferme pas dans un laboratoire ? L'autre option était qu'elle s'engage dans la Compagnie des Démons Lunaires, ainsi il pourrait l'avoir avec lui. Mais … en y réfléchissant il ne voulait pas qu'elle participe aux combats. La pensée qu'elle se blesse lui donna des frissons. Non, il n'en avait pas envie. Alors … il fallait bien qu'elle se protège. Et si elle avait l'oreille du patriarche de la famille, elle serait à l'abri. Lui seul aurait assez de poids face à son héritier. Yuzuki le contourna et se mit face à lui.

« Je suis désolée si je t'ai blessé. Mais j'espère aussi que cela pourrait t'être utile. Je vais savoir rapidement si Tenri-sama décide de m'écouter ou non.» dit-elle.

« Comment ça ?» questionna Guren, cette fois intrigué.

« Je lui ai demandé d'épargner les étudiants responsables du trafic, et lui ai suggéré autre chose. Je sais que je ne suis qu'une fille du peuple pour lui. Mais c'est peut-être un atout : je peux tout voir et entendre sans qu'on me soupçonne. Il a vu mes capacités et a paru convaincu. Mais Guren … pourquoi m'as-tu demandé d'enquêter ? Pour casser les pieds aux Hiiragi ? Pour voir ce dont j'étais capable et t'en servir pour toi ?»

La surprise passa rapidement dans les prunelles violettes.

« Il est vrai … que je pensais utiliser ton don de détection à mon avantage. Mais tu m'as coupé l'herbe sous le pied.» dit-il.

« Tu as une curieuse conception de la confiance. Cela te blesse que j'assure mes arrières, mais ça ne te viendrais pas à l'idée que je puisse m'offusquer de tes méthodes ?» reprit Yuzuki.

Guren déglutit, gêné.

« Désolé.»

« Je te pardonne, attendu que j'avais aussi l'intention de me servir de mon possible statut, en cas tout cas mes méthodes, pour toi.»

« Merci.» dit-il avec un petit sourire.

Yuzuki hocha la tête puis lui laissa le passage s'il voulait toujours partir. Du reste, Yuu sortit de la chambre de Tomoyo, et annonça son départ. Guren préféra faire de même.