Les bêtises ça arrive même aux meilleurs. Et pour les assumer bonjour.
Merci aux lecteurs et bonne lecture ^^
Lorsque Yuzuki ouvrit les yeux, un mal de crâne lui vrilla les tempes. Sa bouche était pâteuse. Elle laissa échapper un gémissement. Mince, était-elle malade ? Pourtant elle avait fait en sorte de ne plus prendre froid ces derniers jours. Son nez n'était pas pris, hormis ce mal de carlingue elle n'avait pas l'air d'avoir de fièvre. Ce ne devait donc pas être un rhume. Tandis que la brune cherchait les causes de son mal-être, elle entendit bouger à côté d'elle, et sentit un bras se poser autour de sa taille. Ses yeux s'ouvrirent en grand comme des fenêtres en comprenant qu'elle n'était pas seule dans son lit. Surtout, ce qu'elle sentait était de la peau. Pas de tissu.
« Iiiiiik ! Y'a un homme nu dans mon liiiit ! Mais c'est qui ?» pensa Yuzuki, sentant la panique croître.
D'ailleurs, elle-même était nue. La jeune femme n'osa plus bouger, cherchant vainement à se rappeler de ce qu'elle avait bien pu trafiquer la veille au soir. Il y avait comme un trou noir dans sa mémoire.
« Alors euuuh … hier soir je suis allée … ah oui à un bal de l'armée. Avec qui déjà ? Avec … avec …»
Si seulement elle n'avait pas autant mal à la tête ! L'angoisse de ce qu'elle avait fait l'empêchait aussi de réfléchir normalement. Le bruissement de tissu juste à côté la pétrifia davantage. Mais pourquoi n'y avait-il jamais de trou de souris quand on en avait besoin ? La lumière jaillissant dans la pièce l'aveugla un instant.
« Ah … l'instant de vérité je suppose.» se dit-elle.
Elle n'osa pas tourner la tête pour autant.
« Yuzuki. Puis-je savoir ce que tu fais dans mon lit ?» fit une voix chaude et familière.
La brunette tourna à peine la tête, juste de quoi voir.
« Meeeerde ! Je médite sur les questions existentielles de la vie, et ton pieu m'a paru fort confortable. À ton avis Guren, qu'est-ce qu'on peut bien foutre toi et moi à poil dans un lit ?!» rétorqua la brune.
« À poil ?!»
Guren se regarda sous la couverture. Oh &$£§# !
« Oh noooon ! Ne me dis pas qu'on l'a fait !» s'exclama-t-il en basculant sur le dos, une main sur les yeux.
« Pas de soucis, je ne dirais rien.» reprit Yuzuki en croisant les bras.
« Mais comment on a fait ?»
Elle le regarda avec une expression d'incrédulité.
« C'est marrant je te voyais plus expérimenté que moi sur la question.» commenta-t-elle.
« Ce n'est pas ce que je sous-entends. Comment a-t-on pu perdre le contrôle à ce point.» reprit Guren, la main passant sur le front.
« Je ne sais pas, j'ai trop mal au crâne pour réfléchir.»
« C'est ça.»
Yuzuki attendit qu'il développe.
« L'alcool. J'ai bu quelques verres et toi aussi, c'est d'ailleurs pour ça que je t'ai raccompagnée. Ton mal de crâne vient de là, je suppose que ta bouche est pâteuse aussi ?»
Elle acquiesça.
« Eh bien ça s'appelle une gueule de bois.»
Yuzuki hocha de nouveau la tête. Eh bien, la nouvelle année commençait bien. Elle se demanda combien savaient qu'ils étaient partis ensemble. Quoique cela ne voulait rien dire. Quelques instants plus tard, Guren saisit son pyjama sous l'oreiller et s'habilla. Il se leva ensuite et alla ouvrir les rideaux. Il observa l'horizon. Quand même … il tenait l'alcool un peu mieux que ça, pourquoi diable s'était-il laissé aller à pareille extrémité ? C'était un comportement de gamin ça !
« Hm Guren ?» entendit-il.
Yuzuki s'était redressée dans le lit, le drap cachant sa poitrine.
« Tu pourrais me prêter quelque chose à me mettre s'il te plait ?»
« Oui bien sûr.»
L'officier lui passa une chemise. Un pantalon serait bien trop grand et ne ferait que lui tomber sur les chevilles. Il s'éloigna un peu, et commença à faire les cents pas. Yuzuki retrouva sa culotte. Alors qu'elle s'assit sur le lit, en proie à son mal de tête, Guren remarqua les marques sur son dos. Des lacérations. Des coups de fouet. Les abus des vampires. Il eut alors la sale impression d'avoir abusé d'elle lui aussi. Yuzuki défit enfin tous les boutons de la chemise, avant de recouvrir de tissu blanc les marques de son passé. Une fois un peu plus décente elle se leva. Elle rougit en s'apercevant que la chemise ne couvrait qu'à peine ses fesses, et tira dessus dans un vain réflexe. Son air gêné, les joues rouges, les cheveux emmêlés ainsi qu'une simple chemise cachant juste ses formes la firent paraître vraiment adorable.
« Merci.» lança-t-elle d'une petite voix.
« De rien.» répondit le brun avec un sourire, presque tendrement.
Il éteignit la lumière de la chambre puis sortit. Yuzuki le suivit en ne sachant toujours pas où se mettre. Elle trouva la cuisine, et s'assit à table. Guren déposa un verre d'eau pétillant devant elle. De l'aspirine. Yuzuki sourit en remerciement et rapprocha le verre. L'officier s'affaira ensuite à préparer un petit-déjeuner : du jus de fruits, des œufs et des fruits. La jeune femme décida de l'aider en mettant le couvert. Guren lui donna des indications sans oser la regarder. Yuzuki ne remarqua rien, prise elle-même dans son propre trouble. Finalement, ils prirent place, gardant résolument la tête baissée. Ils mangèrent dans un silence quasi-total.
Quelque temps après, Yuzuki se rhabilla avec sa robe du soir. Elle regarda où se trouvait Guren. Ce dernier s'était réfugié dans sa salle de bains.
« Bon salut !» clama-t-elle.
Sans attendre une quelconque réaction, elle s'en alla précipitamment. Dans la salle de bains, Guren poussa un soupir, les mains autour du visage.
Durant les jours qui suivirent, chacun mit un point d'honneur à éviter l'autre. Guren s'enterra dans son bureau, Yuzuki se replongea dans ses cours et son atelier couture. Si par hasard ils venaient à se rencontrer dans un couloir, ils tâchaient de faire demi-tour ou se croisaient en s'ignorant royalement. Guren zappa également les déjeuners en famille, prétextant un surplus de travail. Bien entendu, ce manège n'échappa à personne, et surtout pas à Shinya. Au bout de quinze jours de ce régime, il se décida à prendre le Guren par la peau de l'uniforme. Le lieutenant-colonel avait jusque-là évité les questions de son ami. Aussi le major finit-il par carrément fermer la porte du bureau à clé.
Guren entendit le déclic et releva la tête. Il regarda ensuite venir le major d'un pas martial.
« Bien à nous deux tête de pioche. Depuis environ une quinzaine de jours tu es vraiment bizarre : tu évites presque tout le monde, tu es froid, distant … on dirait que le Guren de mes études est revenu. Et c'est plutôt désagréable. Je ne suis pas idiot, je sais que cela a un rapport avec Yuzuki. Alors la question est : qu'est-ce qui s'est passé nom de diou ?» lança Shinya en posant les mains sur le bureau.
« Nom de diou ? Que c'est inhabituel de ta part.» releva Guren.
« Crache le morceau. Parce que là j'ai vraiment envie de te secouer.» rétorqua Shinya.
« Je t'ai toujours cru d'une patience d'ange pourtant.» répliqua Guren.
« Et dieu sait qu'il en faut avec toi. Mais même moi j'ai mes limites Guren. Alors passe à table.»
« Bon sang mais de quoi je me mêle à la fin ? J'ai le droit d'avoir mon jardin secret !» lança le lieutenant-colonel.
« Sauf que toi l'expérience m'a montré que c'était plus un bois qu'un jardin.»
Guren leva la tête au plafond avec un grognement. Aurait-il la paix un jour ? Il regarda à nouveau Shinya, apparemment décidé à connaître la vérité. Ce dernier tapota des ongles sur le bois. Une main d'abord, puis l'autre.
« Bon d'accord ! Tu veux savoir, eh bien tu vas savoir !» craqua Guren.
Shinya afficha une mine satisfaite. L'officier soupira, cherchant une échappatoire. Il en avait assez de trimballer ce qu'il appelait une faute sur le cœur. De sentir honteux. Il avait été humilié de nombreuses manières lors de ses études, cependant il savait qu'il devrait en passer par là lors de son entrée à l'école Shibuya, formant les sorciers à l'époque. Il avait accepté d'être moqué et rabaissé. Dans le cas présent toutefois, il se sentait vraiment mal.
« Je …»
Shinya pressentit que la confession serait marquante.
« Je ne sais même pas par où commencer. Mais si à la fin tu veux m'en coller une je comprendrais.»
Voilà qui ne fut pas pour rassurer le fils adoptif des Hiiragi.
« C'est si grave que ça ?» s'inquiéta-t-il.
« Je ne sais pas encore à vrai dire.» avoua Guren.
Ce dernier se leva et commença à marcher de long en large, de travers en zigzag.
« C'est arrivé … le soir du bal.» commença-t-il enfin.
« Oui je me souviens surtout que tu n'étais pas content du tout de voir Yuzuki au bras de Yuu. J'ai bien cru que tes yeux allaient le griller sur place.» lança Shinya, dans une posture pensive.
« De quoi tu parles ?»
« T'es incroyable tu sais ça ? Et donc ? Je me souviens que vous avez dansé une partie de la soirée. La pauvre Sayuri a failli finir en tapisserie, heureusement que le gentleman que je suis l'a invitée à danser.»
« Dis donc, tu comptes m'interrompre sans arrêt ou bien ?»
Réalisant que Guren pouvait changer d'avis et se taire, Shinya s'excusa et le pria de continuer.
« Donc : j'avais pris quelques verres comme tu le sais, et ensuite nous avons dansé. Yuzuki a fini par avoir soif et je l'ai donc suivie à un buffet. Là elle a choisi une boisson sauf que je ne me suis pas aperçu qu'elle contenait de l'alcool. Quand j'ai compris qu'elle était saoule il était trop tard. J'ai choisi de la ramener chez elle. Sauf que nous ne sommes jamais arrivés jusqu'à sa porte. En fait …»
Guren se mordit la lèvre, hésitant à poursuivre. Shinya haussa les sourcils, dans une posture indiquant clairement qu'il attendait la suite.
« En fait ?» osa-t-il.
« Nous …»
« Vous ? »
« Nous nous sommes … arrêté plus tôt. Devant ma porte. Je l'ai ramenée chez moi et … »
Shinya fronça les sourcils puis écarquilla les yeux. Sa mâchoire subit la loi de la gravité dans un superbe piqué.
« Vous avez ! »
« Couché ensemble ? Oui. Nous avions bu, je me souviens qu'elle a glissé sur le chemin, je l'ai rattrapée ce qui a fait que nos visages se sont rapprochés. On s'est embrassé et on ne s'est pas arrêté. Voilà voilà.» avoua Guren en croisant les bras de gêne.
Shinya mit un moment pour assimiler cette révélation. Il mit les mains sur les hanches tout en y réfléchissant. Finalement, il flanqua une bonne tape à l'arrière de la tête brune.
« Aouch !»
« Alors là chapeau. Bon sang Guren, quand je t'ai dit qu'il fallait qu'elle s'ouvre à toi, je pensais pas à ce point-là !» s'exclama Shinya.
« Ah bon ? Et tu ne pouvais pas le dire plus tôt ?» ironisa l'intéressé.
Shinya soupira en secouant la tête. Ça c'était de la connerie catégorie olympique. Il n'aurait jamais imaginé une telle chose. En tout cas, son ami semblait vraiment perdu.
« En tout cas je comprends mieux maintenant. Et … que comptes-tu faire à présent ?» questionna-t-il.
« Je l'ignore. Un peu après le réveil, j'ai vu son dos. Décoré avec soin par les vampires, si tu vois ce que je veux dire. J'ai eu l'impression d'avoir abusé d'elle moi aussi. Même … d'avoir volé quelque chose. En tout cas, je vais déjà prier pour qu'il n'y ait pas de trop grosses conséquences.» soupira Guren.
« Aïe oui c'est vrai ça. À ce niveau-là, ce serait de bon ton que vous en discutiez. Parce que si jamais elle a un locataire tu risques fort de ne pas le savoir, vu que vous vous évitez. Et même pour résoudre cette gêne entre vous.» conseilla Shinya.
« Mouais.»
Shinya décida de le laisser gérer ses émotions seul. Mais à peine eut-il fermé la porte que Guren reçut une visite d'un autre genre.
« Comment as-tu osé ?» entendit-il.
Un fantôme se matérialisa à côté de lui. Il avait l'apparence d'une écolière, avec un uniforme. Ses cheveux violets pâles flottaient dans l'air. Guren sursauta en reconnaissant le démon de son épée. Mahiru.
« Comment as-tu pu faire ça ?» reprit Mahiru.
« De quoi tu parles ?» demanda-t-il, incertain sur la manière de réagir.
« Tu m'appartiens Guren, je t'interdis de t'intéresser à une autre !» siffla le démon.
« Quoi ?»
« Ne fais pas l'innocent ! Je… »
« Suffit ! »
Le fantôme de Mahiru disparut. Guren poussa un soupir. Il ne l'avait jamais entendue si en colère. Et refusa de chercher plus avant. Se sentant soudainement oppressé, il décida d'aller prendre l'air. L'homme marcha rapidement dans les couloirs, toute cette histoire tourbillonnant dans sa tête. Préoccupé, il ne fit pas attention à qui venait en sens inverse.
« Ouf. Ah, les garçons qu'est-ce que …»
« Dis donc toi !» coupa Ikki.
« Ça fait un bout de temps qu'on te cherche.» continua Makoto.
« Ouais. Et maintenant que tu es là, on va pas tourner autour des quatre chemins. Qu'est-ce que t'as fait à notre grande sœur ?» attaqua Riku.
Guren se tendit. Comment diable pouvait-il leur expliquer ?
« Alors ? Parce qu'autant te dire que si jamais tu lui as fait du mal, on te coupe les burnes et on te les punaise au front !» lança Ikki.
Guren plissa les yeux, puis se redressa.
« Ce qui s'est passé est entre elle et moi. Si elle ne vous en pas parlé c'est que cela ne vous concerne pas.» dit-il.
« Ça nous concerne vu que c'est la famille.» rétorqua Makoto.
« Pas cette fois. Maintenant si vous permettez.»
Guren se hâta de passer. Ikki ne put s'empêcher de faire remarquer la pâleur du militaire. Le concerné arriva enfin dehors. Il inspira une grande bouffée d'air frais. La colère de Mahiru était toujours présente. Guren ne comprenait pas : pourquoi était-elle si énervée ? À cause de la chose entre lui et Yuzuki ? Mais cela n'avait été qu'une erreur, ils avaient juste bu c'est tout. Le sabre accroché à sa taille vibra. Guren se concentra pour faire le vide dans son esprit et retrouver la maîtrise de soi. Lentement mais sûrement, il reprit le contrôle. Cependant, cela l'avait fatigué. Il eut l'impression que la situation venait de s'aggraver sans réellement comprendre pourquoi.
Toutefois, il n'eut pas envie de se pencher sur la question. Une part de lui avait peur des réponses qu'il pourrait trouver.
Une fois qu'il fut sûr d'être maître de lui, il retourna à son bureau. Les frères de Yuzuki étaient déjà partis, heureusement. Il se laissa tomber sur son fauteuil, la tête de nouveau pleine de questions. Pendant ce temps-là chez les Miharo, on tentait de se concentrer sur autre chose. Yuzuki avait été convoquée par le patriarche Hiiragi par le moyen convenu ensemble : un tissu blanc accroché à l'extérieur, à la fenêtre. Yuzuki remarqua nettement que cette histoire avec Daisuke travaillait le vénérable. Ce qui la conforta dans son idée que le cas s'était déjà produit. Elle sourit intérieurement. Voilà qui était fort intéressant. La jeune femme n'avait pas oublié l'intransigeance de la grande famille. De plus, elle et sa fratrie avait bien compris que la plupart des gens en avaient en réalité ras-le-bol de ces gens.
Néanmoins, ils étaient puissants, très puissants. Cependant, les Miharo savaient une chose : pour vaincre un ennemi plus fort que soi physiquement, il fallait recourir à la ruse. Or c'était une chose acquise en vivant avec les vampires. L'histoire humaine démontrait en outre que l'orgueil précédait toujours la chute. Donc, Yuzuki avait son plan : utiliser cet orgueil pour précipiter leur chute. Ou en tout cas, leur infliger un coup sévère. Et Tenri lui demanda précisément d'analyser les expressions des membres de son conseil. Connaître les pensées de ceux vous entourant était toujours trop tentant pour un chef.
« Ils vous craignent bien sûr, mais leurs yeux expriment également autre chose : l'envie. Celle d'être à votre place.» commença-t-elle ce jour-là.
« Voyez-vous l'un d'eux en particulier passer à l'action ?» questionna le patriarche.
« Allons, il ne faut pas voir le complot partout. Qui n'a jamais rêvé d'être le grand chef ?» répondit-elle en souriant.
« Hmmm. Rien de suspect donc.»
Il n'y croit pas vraiment, se dit-elle. Cela la rendit curieuse : qui avait bien pu le trahir avant Daisuke ? Tenri cherchait à se rassurer. Deux trahisons au sein de sa propre famille cela commençait à faire beaucoup.
« Pour le moment non. Je poursuis néanmoins mon écoute. Ces choses-là prennent du temps si les gens sont prudents.» reprit Yuzuki.
« Si je suis bien votre raisonnement, vous n'excluez pas un possible risque.» devina Tenri.
« Bien sûr que non. Ce serait naïf.»
Là. On instille le doute. Tenri acquiesça puis la congédia. Yuzuki rentra chez elle. Sa fratrie était pour l'heure en mission d'espionnage. Elle se laissa tomber sur le canapé avec un soupir. Puis au bout d'un moment, elle se rappela être de corvée de ravitaillement. Prenant ce qu'il faut pour ses achats, elle quitta son appartement. Ces diverses réunions l'occupaient suffisamment pour qu'elle évite de penser à la chose. Depuis ce jour-là, Yuzuki n'avait plus osé regarder Guren en face, et réciproquement. La jeune femme appréhendait également la fin du mois, et ce que cela allait ou non lui annoncer. Parlant de sang, où en étaient les scientifiques avec leur recherche ? Seul le lieutenant-colonel pouvait lui en parler.
Ses emplettes terminées, Yuzuki reprit le chemin du retour.
« Tiens Miss Miharo.» entendit-elle.
« Encore vous ?» répondit Yuzuki en reconnaissant Kureto, accompagné de son bras droit.
« Encore ? Voilà des semaines depuis notre dernière rencontre.» répondit l'homme.
« Et que voulez-vous ?»
« Simplement vous informer que la recherche sur votre sang est terminée. Nos hommes de science sont parvenus à créer un gaz anti-vampire. Mes félicitations pour cette contribution à notre cause.» reprit l'héritier.
« Ah ? Eh ben youpi youpi alors.» fit simplement Yuzuki.
« Vous n'étiez pas au courant ? J'aurais pourtant cru que Guren vous aurait informée. Vous seriez-vous disputés par hasard ?» s'enquit Kureto.
« Du tout. Nous sommes justes assez occupés chacun. J'ai après tout huit ans d'étude à rattraper.» informa Yuzuki.
« Je vois. Vous lui accordez toujours votre confiance. Espérons qu'il ne vous décevra pas.»
« Si vous avez quelque chose à me dire, comme c'est visiblement le cas, alors faites-le.»
Une lueur d'intérêt passa dans les yeux de Kureto lorsqu'il réalisa qu'elle percevait son intention.
« Avez-vous entendu parler … d'une certaine Mahiru ?»
Yuzuki fit non de la tête. Kureto lui narra alors l'histoire de la précédente héritière du trône, qui avait trahi sa famille, dévorée par un démon et qui avait dû être éliminée par nul autre que l'homme qu'elle aimait. Yuzuki arrondi les yeux lorsqu'elle sut. Mais d'un autre côté, il venait de lui révéler quelque chose de très intéressant. Tenri avait dû l'avoir sérieusement de travers quand il apprit que sa fille, son élue, l'avait poignardé dans le dos.
« Ainsi, je souhaitais que vous sachiez exactement à qui vous accordez votre confiance. Nous avons peut-être créé une nouvelle arme grâce à vous, mais vous demeurez toujours l'unique source.» conclut Kureto.
« Comme c'est attentionné de votre part. Mais vous ne seriez pas un peu consanguins dans votre famille ?» fit Yuzuki.
Traduction : vous seriez pas un peu tarés ? Cela dit, un mot qui se comprenait également en deux parties.
« Je vous demande pardon ?» fit Kureto sans comprendre.
« À votre guise. Je continue de croire en Guren, lui au moins il n'a pas la tête de quelqu'un qui a l'air d'aimer les trucs en cuir. Maintenant si vous permettez.»
« Quoi ?» fit Kureto, cette fois visiblement perplexe.
Quelle drôle de réponse. Aimer les trucs en cuir, mais que diable voulait-elle dire ? Il lança un regard à son aide.
« Je crois qu'elle voulait dire que vous ressemblez à un sadomasochiste.» traduisit Aoi.
« EEEEEH ?»
Alors celle-là, on ne lui avait jamais faite. Le temps qu'il comprenne Yuzuki avait déjà disparu. Il allait falloir qu'elle le surveille de près celui-là.
De son côté, Guren semblait perdre pied. Il était devenu susceptible, et fatigué. Sayuri et Shigure, ses aides depuis toujours, le supplièrent de se confesser.
« J'ai … j'ai un problème avec mon démon.» confia-t-il, le front en nage.
Ses luttes désormais constantes avec Mahiru lui pompaient son énergie.
« Comment ça ?» demanda Shigure.
« En un mot, j'ai l'impression qu'il tente encore plus que d'ordinaire d'avoir le dessus.» résuma Guren.
Assis à même le sol dans son bureau, il essuya son front d'un revers de main.
« Mais … pour quelle raison ? Qu'est-ce qui a changé ?» interrogea Sayuri.
« Je … je ne sais pas.»
Ou plutôt il ne voulait pas savoir. Mais Mahiru était plus agressive, c'était certain. Les deux subordonnées se regardèrent.
« Votre cœur a dû changer d'une certaine manière. Et cela lui déplait.» avança Shigure.
« Je n'ai pas changé.» répondit Guren.
« La preuve que si. Les démons lisent dans nos cœurs, et le connaissent parfois mieux que nous-même. Votre démon y a vu du nouveau qui doit représenter une menace, d'où ses attaques pour reprendre ce qui lui échappe.» développa Shigure.
Guren baissa les yeux. Une chose qui avait changé … à part la chose il ne voyait pas quoi. Mais s'il s'agissait de cela c'était bien disproportionné. Non, il y avait forcément autre chose. Il se releva, et les deux jeunes femmes le soutinrent. Il marcha un peu, la tête lui tourna un peu. Finalement, il gagna son fauteuil.
« Merci. Vous pouvez disposer.»
Elles rechignèrent à le laisser seul dans son état, mais il insista. Sitôt dehors toutefois, elles résolurent d'en parler au major Shinya. Il était le seul capable d'obtenir une confession de Guren en dehors d'elles.
« Je vois. Et ça dure depuis une semaine.» fit l'intéressé, une fois mis au parfum.
« Il prétends ne pas connaître la cause de ce changement, mais on le connait bien. Je suis sure qu'il a une petite idée.» avança Shigure.
« Comment peut-on l'aider ?» implora Sayuri.
« Honnêtement ? En lui achetant des neurones.»
« Eh ?»
« Ou une nouvelle paire d'yeux à la limite. Bon, je m'en occupe. Pas tout de suite, mais j'en fais mon affaire.» assura Shinya.
« Merci beaucoup Shinya-sama.» répondirent les jeunes femmes.
Malheureusement, il ne put aller le trouver que trois plus tard. Il aperçut Yuzuki qui entra dans le bureau de Guren. Vite il se précipita pour écouter à la porte.
« Je voulais juste t'informer … euh que suite à la chose eh bien …» entendit-il.
Guren releva la tête, l'air inquiet.
« Étant donné que j'ai eu ma période au moment habituel je ne crois pas qu'il y ai de conséquences.» informa Yuzuki.
Guren lâcha un gros soupir de soulagement. So cœur reprit un rythme normal.
« Voilà. »
« Très bien je te remercie de me tenir au courant.» dit-il.
« C'est la moindre des choses. Ah, j'ai aussi appris que les gars du labo avaient réussi à concevoir un gaz à partir de mon sang.» reprit Yuzuki.
« Oui, mais qui te l'as dit ?» s'étonna Guren.
« Le croque-mitaine.»
« Qui ? »
« Pardon, l'habitude. Je veux dire Kureto Hiiragi.»
Guren échappa un petit rire. Effectivement, le surnom lui allait comme un gant. Littéralement.
« Il t'as encore approchée. Et tu vas bien ?»
Yuzuki pencha la tête.
« Tu es inquiet ?»
« Pas du tout. Tu sais bien te défendre.» fit aussitôt Guren.
« Réponse trop rapide pour être naturelle.» lança la brune.
« Oh toi et ton maudit don. Disons que la dernière fois il a tout même essayé de te … comment dis-tu déjà ? Ah oui : te taillader la couenne.» rappela Ichinose.
« Mouais, c'est sa façon de nouer le contact je suppose. Bref, ça a avancé. Tant mieux.»
Guren approuva d'un hochement de tête. Il réalisa soudain que la brune le fixait avec attention, comme sondant son visage.
« Qu'y a-t-il j'ai une verrue qui pousse ? »
« Tu ne vas pas bien. Tu es plus fatigué et pâle que d'habitude.» dit Yuzuki.
Elle leva la main qu'elle plaça sur son front. Ce qui provoqua une réaction interne que Guren reconnut comme étant une attaque démoniaque.
« Pas de fièvre, je ne vois pas de signe de rhume non plus. Qu'est-ce qui ne va pas ?» poursuivit Yuzuki.
Guren serra ses accoudoirs et les mâchoires.
« Guren ? » s'inquiéta Yuzuki.
« A va … mais sors.»
« Mais pourquoi ?»
« S'il te plait !»
La brune recula, puis finit par faire demi-tour face à la supplication des prunelles améthyste. La tension redescendit. Dehors, Shinya s'était caché le temps que Yuzuki sorte. Il arriva ensuite l'air de rien, pour frapper à la porte de Guren. La brune lui apprit qu'il ne semblait pas dans son assiette.
« Tout va bien, je vais gérer la situation.» lui dit-il.
Il entra, puis écouta voir si elle s'en allait. Il vérifia même qu'elle ne revienne pas écouter. Ensuite, il se tourna vers Guren.
« Laisse-moi deviner : mes deux aides t'envoient ?» lança Guren, essoufflé.
« En effet. Il est temps que tu comprennes ce qui se passe.» répondit Shinya.
« Ah. Et c'est grave docteur ?»
« Pour ton démon, on dirait bien. Je confirme les dires de Shigure-san : ton cœur a changé. Il a invité une autre personne, et ton démon n'est pas content du tout.» commença Shinya en approchant.
« Oh par pitié sois plus clair ! Je ne suis pas d'humeur pour tes devinettes.» rétorqua Guren.
« Dis plutôt que tu ne veux rien entendre. Mais je vais quand même te le dire : tu éprouves des sentiments pour quelqu'un. Et cet amour mets ton cœur presque hors d'atteinte de ton démon, qui par conséquent essaie de reconquérir ce territoire.»
« … »
Guren serra les dents face à une nouvelle attaque.
« Tu vois ? La confirmation est là. Tu es sur le point de comprendre, ça l'enrage.»
« Non … tu as tort. Je ne peux pas …»
« Alors explique-moi ce qui se passe ?! Comment expliques-tu cette soudaine agressivité si ce n'est pas la peur de perdre le contrôle ?» s'exclama Shinya agacé.
« C'est impossible. Pas maintenant. J'ai des objectifs à atteindre. Je ne suis pas encore assez fort.» s'entêta Guren.
« Ça c'est la réponse de ton cerveau. Mais ton cœur en a décidé autrement. Tu ferais bien d'y réfléchir très sérieusement.» reprit Shinya en croisant les bras.
Guren eut l'air désespéré. Il ne voulait pas y croire, cela ne se pouvait tout simplement pas. C'était impensable, inimaginable. Non non, il devait y avoir autre chose, il avait FORCÉMENT autre chose. La peur vint s'ajouter à ce flot d'émotions.
" Désolé Shinya. Mais tu te trompes. J'ai une promesse à tenir." reprit Guren.
Shinya leva les bras au ciel devant tant d'entêtement. Puis il décida de partir, franchement agacé. Guren soupira une fois la porte close.
