Une autre découverte entraîne de nouvelles mesures. Ou encore un grain de sable dans la machine Hiiragi.
Bonne lecture ^^
« Comment ça a pu m'arriver ?»
Depuis un mois, Guren s'était efforcé de se tenir à distance de Yuzuki. Conséquemment, les attaques de Mahiru avaient diminué. Mais elles n'avaient pas totalement disparues, ce qui avait amené le lieutenant-colonel à s'interroger. Assis sur le toit où se déroulaient les déjeuners, les yeux vers l'horizon étoilé, menton sur les genoux, il songeait. Était-il réellement tombé amoureux ? Une telle chose était donc possible ? L'image de Yuzuki, souriante, apparut. Sa fratrie l'avait accueilli à bras ouverts, se fichant de sa position ou de sa force. Ils lui prodiguaient une affection sans borne, parfois un peu collante. Toujours un sourire, un mot gentil, une attention. Ils prenaient même sa défense en cas de besoin. Il savait parfaitement se défendre seul et prendre soin de lui, pourtant ils l'avaient tous fait avec naturel.
Parce qu'il était de leur famille. Yuzuki parvenait, en l'emmenant ici, en le poussant à se rapprocher de ses subordonnés les plus jeunes, à lui faire oublier son travail, la situation du monde et la guerre. Guren se détendait, passait un agréable moment voire riait carrément. La famille Miharo lui avait tout simplement rappelé ce que cela faisait d'être aimé. Voilà ce qui était parvenu jusqu'à son cœur. Shinya avait eu raison : il avait bel et bien été jaloux de voir Yuzuki au bras de Yuuichiro le soir du bal. Cela avait sans doute était un facteur dans ce qui avait suivi. Il y repensait fréquemment d'ailleurs.
« Maaaah ! Mais en quoi est-ce que ça me rendra plus fort ?» s'exclama-t-il soudain en détendant les jambes.
D'aucun disaient que l'amour était une force, d'autres une faiblesse. Et cela lui avait tant coûté déjà. D'un autre côté, il avait l'impression qu'il pourrait enfin vivre normalement, sans avoir constamment à se battre, ne plus être humilié, qu'on l'aimerait juste pour lui.
« C'est donc ça que tu cherches.» entendit-il.
Guren tourna la tête.
« Yuzuki ?!» s'exclama-t-il en sursautant.
« Du calme, on dirait un écolier pris en faute.» rit-elle.
Guren rougit et détourna la tête.
« Non non reste où tu es ! Ne m'approche pas !»
Peine perdue, Yuzuki s'approcha et s'assit juste à côté de lui. Guren s'efforça de regarder droit devant lui. Il avait l'impression de sentir la chaleur de son corps … de son côté, Yuzuki était nerveuse. Elle ressentait la présence de l'homme plus intensément que d'habitude. Elle entortilla une mèche autour d'un doigt durant un moment, sans rien dire.
« Donc. Tu cherches à être plus fort ? Pourquoi ?» interrogea-t-elle.
« Simplement pour survivre et être capable de protéger les autres.» avoua Guren.
« Bizarre.»
« En quoi est-ce bizarre ?» s'étonna Guren en tournant la tête.
Voilà bien la première fois qu'on lui disait que sa quête du pouvoir était bizarre.
« Tu es déjà très fort.»
« Ah ! Non pas assez si on compare aux Hiiragi.» fit Guren avec un sourire triste.
« Oh ceux-là, ils vont pas durer longtemps je crois.» lança Yuzuki.
« Qu'est-ce qui peut bien te faire penser ça ? C'est une famille vieille de 1200 ans tu sais.» précisa Guren.
« Ce que j'en entends déjà, et l'expérience de l'histoire. Mais avant cela, sache ceci : parait-il que contrairement au Croque-mitaine, tu n'arrives pas à couper les liens avec tes semblables. Surtout, garde ce trait de caractère.» fit Yuzuki en plantant son regard dans le sien.
« C'est pourtant une faiblesse. Je dois être prêt à tous les sacrifices.» objecta Guren.
« Non. C'est ce qui fait que tu gardes les pieds sur terre. Si tu renonces à cette part de toi, tu finiras comme les Hiiragi : méprisant, orgueilleux et détesté. Et de toute manière, il y aura toujours plus fort que toi.»
Guren devait admettre qu'il n'avait pas vu les choses sous cet angle : que ce que les uns appelaient une faiblesse pouvait au contraire être un atout.
« À présent, j'ai ceci à t'apprendre. Tenri-sama semble redouter de plus en plus une nouvelle trahison.» reprit Yuzuki avec un sourire peu rassurant.
« Vraiment ?» fit Guren, son intérêt piqué.
« Oh oui. Je dois y être pour quelque chose. Déjà je lui ai rappelé lors de l'histoire du trafic que c'était un de sa famille qui était responsable. Je lui parle aussi de ce que je vois, ou pas, dans les yeux de son conseil. De l'envie. Dans ceux de son héritier, une avidité dévorante qui pourrait bien l'amener à l'éjecter de son trône plus tôt que prévu. Un troisième qui le poignarde ça sera sûrement la goutte d'eau qui fera déborder le vase.»
« Troisième ?» releva Guren.
« J'ai appris pour Mahiru, par J'ai-l'air-d'aimer-le-cuir.» révéla Yuzuki.
La nouvelle appellation chassa la tension habituelle consécutive à l'émergence du nom de Mahiru. Guren cligna des yeux.
« J'ai l'air de quoi ?»
« Kureto. Je me demande s'il n'essaie pas de me rallier dans son camp. Bref, je lui ai sorti que je préférais te faire confiance, parce que toi au moins t'as pas l'air d'aimer les trucs en cuir. Sous-entendu : Kureto a l'air d'un sadomaso.» expliqua Yuzuki.
Guren arrondit les yeux avant d'éclater de rire. Franchement il fallait oser. L'officier demanda comment le lieutenant-général avait réagi. Visiblement, il n'avait pas compris. Bref. Ce que Yuzuki tentait de faire était intéressant. Une dispute au sein de la famille, un accès de paranoïa présentait un intérêt certain. Tenri se faisait vieux après tout. En attendant, que Yuzuki ait clairement affiché sa préférence le touchait.
« Mais au fait, pourquoi fais-tu cela ?» interrogea Ichinose.
« Je n'ai toujours pas digéré ce qu'il a fait aux camarades d'Hanawa. Et le peuple gronde.» répondit Yuzuki le regard flamboyant.
« Hm hm. Mais tu n'as pas l'impression que … tu manques de force ?»
« Ne me fais pas rire. En réalité, ce n'est pas le plus fort qui survit c'est le plus malin.»
Elle n'avait pas tort sur ce point. Il était parfois effarant de constater qu'un simple petit détail à première vue de moindre importance pouvait détraquer une machine bien huilée. Un grain de sable et tout s'effondre.
« N'empêche que …»
« Ouvre un livre d'histoire Guren. Tu verras que certains des plus puissants en apparence se faisaient parfois manipuler ou influencer par d'autres. C'est donc que c'est faisable. De plus, Tenri croit ce que je lui dis. Bref. Réfléchis à ce que je suis en train de te révéler.» coupa Yuzuki.
C'était à lui qu'elle faisait ces confidences. D'un point de vue logique, on ne pouvait que s'interroger après avoir subi une deuxième trahison de la part d'un des siens. Yuzuki ne recherchait pas le pouvoir ni de faveur et avait une réelle capacité de décodage. Cela la rendait plus crédible. Si le vieux perdait la boule c'était inespéré. Restait encore d'autres Hiiragi évidemment, mais qui sait ce que l'avenir réservait. Guren sourit.
« Bien. Sur ces bonnes paroles je vais te laisser.» annonça Yuzuki en se levant.
« Je vais y aller moi aussi. Et je te remercie.»
Elle lui tendit la main pour l'aider à se lever, qu'il prit sans réfléchir.
« Chaud.»
Sa main était chaude, agréable. Yuzuki le regarda un instant avant de le lâcher. Guren soupira.
« Ah te voilà. On vient de découvrir un truc assez gros.» informa Ikki.
Yuzuki le trouva en compagnie du reste de la famille chez elle. Vu leur mine grave, il était l'heure d'un conseil de famille. Elle se déchaussa puis vint les rejoindre au salon. Les jeunes continuaient toujours leur mission d'écoute depuis les conduits d'aération.
« Je vous écoute.»
« Une expérimentation humaine, dans un labo top secret. Et … le nom du sujet actuel est Mirai Kimizuki.» révéla Mayumi.
« La sœur de Shiho ?!» s'exclama la brune.
Hochement de tête collectif. Ikki et Riku avaient fait cette découverte lors de leur exploration quotidienne. Ils avaient suivi Kureto et avaient débouché sur le labo. Une fois tout le monde dehors, ils étaient descendus et avaient lu le nom sur une fiche.
« Aïe putain ça c'est de l'os ! Il faut que je vois ça. Allons-y. Les autres, allez me chercher Kimizuki-kun.» ordonna Yuzuki.
Tout le monde bondit de son fauteuil. Riku et Ikki conduisirent Yuzuki à une de leurs entrées. Personne en vue, ils entrèrent. Rampant ensuite à quatre pattes, ils la conduisirent quelques étages plus bas. Un quart d'heure plus tard, Ikki ouvrit la grille du laboratoire. Yuzuki découvrit la pauvre jeune fille dans un gros tube en verre, enchaînée comme un animal.
« Mais quel trou du cul ce type !» chuchota-t-elle furieuse.
« Qu'est-ce qu'on fait ? On va pas la laisser là.» fit Riku.
« Il va surtout falloir planifier ça comme il faut. Bon sinon c'est quoi le délire ?»
Yuzuki attrapa la fiche, et lut le nom du projet : Séraphin de la fin. D'après les notes, ils lui injectaient un produit pour la transformer … EN ANGE ?! C'était possible un truc pareil ?! Toujours est-il que la malheureuse en souffrait beaucoup. Yuzuki dut se retenir pour ne pas tout casser autour d'elle.
« On rentre.» dit-elle.
Elle reposa la fiche comme elle était. Pendant ce temps-là, Kimizuki fut tiré du lit par les frères et sœurs Miharo.
« Vous ? Mais qu'est-ce que vous voulez à cette heure-ci ?» fit l'ado.
« On vient te chercher. Il se passe des choses graves.» commença Mayumi.
« Quoi ?» répondit Shiho.
« C'est au sujet de ta sœur. Viens avec nous c'est urgent.» ajouta Makoto.
Kimizuki fronça les sourcils, puis leur demanda d'attendre un instant. Il enfila ses chaussures puis un manteau par-dessus de son pyjama. Tomoyo lui prit ensuite la main et tous retournèrent à l'appartement de Yuzuki. En attendant qu'elle revienne avec les deux autres, Mayumi entreprit d'expliquer à leur invité ce qu'ils avaient découvert. Les yeux de Kimizuki s'agrandirent d'horreur quand il sut que sa sœur n'était pas soignée, mais utilisée comme cobaye. Il resta prostré un instant. Tomoyo lui tendit un verre d'eau, qu'il prit machinalement.
« Il faut absolument que je la sorte de là. Cette espèce d'ordure ….» fit Shiho en se levant.
« Yuzuki va revenir. Alors on pourra s'en occuper. Patiente un peu.» tempéra Makoto.
« Je vous remercie de m'avoir prévenu. Mais c'est à moi d'agir.» répondit l'adolescent.
« Assis-toi. Pour la sécurité de ta sœur, il ne faut surtout pas se précipiter. Tu auras besoin de notre aide.» fit Mayumi.
« C'est vrai, t'es de la famille alors écoute-nous.» intervint Tomoyo.
Kimizuki les regarda tour à tour. Il ne savait même pas où Mirai était retenue. Seul, il aurait du mal à la cacher. Finalement, il se rassit. Yuzuki arriva quelques minutes plus tard.
« On l'a mis au courant.» informa Mayumi.
« Parfait, nous gagnerons donc du temps. Ils essaient de transformer Mirai en Séraphin, en lui injectant divers produits. Sauf que ça ne se fait pas sans douleur, évidemment. J'imagine qu'elle va servir d'arme dans la guerre.» informa Yuzuki.
« Mon dieu … dire que je croyais lui sauver la vie.» fit Kimizuki en fermant les yeux.
« Ne te sens pas coupable. Tu n'aurais jamais pu savoir, et tu as fait ce que n'importe qui aurait fait.» intervint Ikki.
« Exact.» ajouta Riku.
« Est-ce que le lieutenant-colonel le savait ?» demanda soudain Shiho.
« Peut-être pas. Le labo est à l'écart, et c'est de Kureto dont on parle. Il ne doit pas confier ses secrets à n'importe qui. Mais je m'en assurerais. Toujours est-il qu'il faut qu'on établisse un plan. Nous avons entendu comme quoi une attaque se planifiait pour Nagoya. Sauver Mirai c'est très bien, mais lorsque le Croque-mitaine saura, il y a fort à parier que le premier qu'il ira voir ce soit toi Shiho.» répondit Yuzuki.
« Comment faire alors ?» reprit celui-ci.
« Il ne faut pas qu'il s'en aperçoive. C'est peut-être là l'opportunité de lui infliger un retour de bâton qui pourrait lui être fatal. Je tâcherais de savoir si son paternel est au courant. S'il ne l'est pas, alors ce sera notre chance.» continua-t-elle.
« Mais comment allons-nous faire ? Comment ne s'apercevra-t-il pas de la disparition de Mirai ? C'est pas comme si on pouvait la remplacer par une autre.» dit Makoto.
« Qui sait. Les gens d'ici utilisent la magie, de nombreuses portes s'ouvrent. Shiho, tu étais le major de ta promo, une idée ?» lança Yuzuki.
Shiho réfléchit un instant.
« Une illusion. Je sais que Goshi Norito en pratique et qu'elles sont puissantes. On pourrait tenter le coup.» répondit l'ado aux cheveux roses.
« Il va falloir qu'elle soit solide et surtout durable. Kureto ne doit se rendre compte de rien jusqu'au dernier moment.» continua l'aînée Miharo.
« Sans compter qu'il faut que ce sosie soit capable de supporter une expérience.» ajouta Riku.
« Cela va être très difficile.» soupira Shiho.
Le silence suivit cette constatation. Ils devaient absolument trouver le moyen de créer une fausse Mirai.
« Et si on demandait à Shinoa ?» intervint soudain Tomoyo.
« Shinoa ? » répéta Shiho.
« Ben oui c'est une Hiiragi elle aussi. Elle doit connaître des trucs.» répondit l'enfant.
« Pas bête. Nous savons qu'il y a une salle des archives. On la fera passer par le chemin non-officiel.» rappela Mayumi.
« Je vais la chercher !» clama Tomoyo.
« Te fais pas voir.» lança Ikki.
Tomoyo quitta l'appartement, puis emprunta un conduit. Quelques instants plus tard, évitant les gardes elle débarqua devant chez Shinoa.
« Hmmm ? Tomoyo-chan ? Mais qu'est-ce que tu fais dehors à cette heure ?» répondit Shinoa à moitié endormie.
« Une urgence, c'est pour Kimizuki. » répondit la fillette.
« Eh ? Ta sœur sait que tu es là ?»
Tomoyo prit alors une inspiration.
« Dis, c'est pas parce que je suis petite qu'il faut me prendre pour une débile. Il y a urgence je te dis, je ne sonne pas chez les gens en pleine nuit pour rien moi madame !» lança-t-elle.
Devant cette tirade et l'air sérieux de l'enfant, Shinoa décida de la suivre. Elle prit un manteau et des chaussures. Tomoyo l'amena ensuite vers son entrée.
« … »
« Allez grimpe. Et surtout, pas un mot tant qu'on n'est pas arrivées compris ?» intima la petite.
Shinoa la suivit en ayant l'air convaincue d'une blague. Quelques minutes plus tard, le duo arriva à destination. En découvrant tout le monde debout et Kimizuki, Shinoa pensa que ce n'était peut-être pas une plaisanterie en fin de compte. Elle en fut totalement convaincue quand elle sut la vérité de la bouche de son équipier.
« Tu es la seule Hiiragi en qui on puisse avoir confiance Shinoa. Et la seule qui doit avoir les réponses à nos questions.» conclut Yuzuki.
L'index et le pouce soutenant le menton, Shinoa chercha dans son savoir familial. Leur idée de base n'était pas mauvaise.
« Tu crois que Guren savait Shinoa ? » interrogea Kimizuki.
« J'en sais rien. Il sait que des expériences sont menées, essentiellement sur des vampires. Mais peut-être pas que ta sœur était utilisée. Pour en revenir au problème, je pense qu'il faut créer un golem. C'est de la matière solide qui pourra supporter les expériences sans danger. Toutefois, cela va demander du temps et je ne suis pas aussi douée que certains de ma famille.» exposa la jeune fille.
Makoto l'informa alors de l'existence de la salle des archives, et du moyen pour l'y faire entrer. Shinoa accepta : elle aurait besoin de ce savoir ancestral.
« Qui d'autre pourrait t'aider ?» questionna Yuzuki.
« Mitsuba est douée, et Kimizuki aussi. À trois on aura déjà un travail de qualité. Mais est-ce que ça va tromper Kureto en revanche …»
« En réfléchissant bien, il ne doit venir que de temps à autre. Malgré tout, il suffira d'une fois pour qu'il se rende compte de la supercherie.» réfléchit Shiho.
« On ne peut pas prendre le moindre risque. Il faudrait quelqu'un d'autre … » dit Yuzuki.
« Peut-être que le major Shinya acceptera. Il n'est pas fan de la famille pour autant que je sache.» hasarda Shinoa.
« Éventuellement. Charge à toi de le convaincre dans ce cas. Maintenant que nous avons un plan, que nous faut-il ?» continua l'aînée.
« Des ingrédients. De la terre pour le golem, ainsi qu'un cheveu de Mirai, ou plus par précaution. Moi, je vais rassembler autant d'écrits que possible sur la conception de cette créature.»
Shiho parut un instant soulagé. Au moins ils avaient un plan d'action. Rien n'était joué et tout pouvait rater. Il était partant pour commencer tout de suite, mais Yuzuki conseilla de finir la nuit. Ils devaient être en forme pour réussir, la fatigue pouvant causer une erreur irréparable.
Le jour suivant, Shinoa alla trouver Shinya. Elle lui expliqua qu'elle allait avoir besoin de ses pouvoirs pour créer un golem afin de sauver quelqu'un. Le major regarda sa sœur adoptive, pensif.
« Sauver quelqu'un … et tu ne peux me dire de qui il s'agit. Cela doit donc avoir un rapport avec notre famille.» dit-il.
« En effet. Comprends donc que je ne peux te raconter tous les détails. Mais c'est très important.»
« J'espère que vous ne faites rien d'insensé, toi et tes amis.» reprit Shinya.
« Je n'ai jamais dit que quelqu'un d'autre que moi était impliqué.» souligna Shinoa.
« Et moi je ne suis pas idiot. Ça m'étonnerait que tu fasses ça toute seule.» rétorqua le blond.
Shinoa sourit devant sa perspicacité. Connaissant la jeune fille et la sachant raisonnable, le major donna son accord. Shinoa ne cacha pas sa satisfaction et soulagement. Ce détail réglé, elle fila commencer ses recherches. Cela la sidéra de pouvoir naviguer dans le bâtiment par les conduits d'aération. Cela pouvait constituer une faille dans leur défense si jamais les vampires venaient à le savoir. Enfin. Conduite par Makoto, la jeune fille arriva dans la salle d'archives, ordinairement bien gardée. Le savoir des Hiiragi, préservé là de la fin du monde. Shinoa donna des indications au jeune garçon dont la mission était de l'assister dans ses recherches.
La nuit venue, Yuzuki accompagnée des jumeaux s'aventurèrent à l'extérieur collecter des échantillons de terre. Shinoa déterminerait leur qualité et choisirait la meilleure pour le golem. Riku, Ikki et Tomoyo pour leur part, se procureraient un cheveu de Mirai. Ils atterrirent dans le labo. Inspectant le sol, ils cherchèrent une trace rose. La jeune fille était parquée dans son tube, toujours attachée. Riku repéra une trappe par laquelle les repas devaient être glissés. Il fit signe à son frère. S'ils pouvaient en obtenir par là … mais ouvrir cette trappe devaient présenter des risques. Pendant ce temps-là, Tomoyo avait trouvé les fiches sur le projet dont faisait l'objet Mirai. Elle sortit une feuille et commença à recopier certains passages.
« Bon sang comment on va faire ? T'as rien trouvé par terre ?» demanda Ikki.
« Non. Il nous faut pourtant cet ingrédient c'est capital. Un qui contient ce qu'elle a subi.» fit Riku.
« Y'a des pinces là. Peut-être qu'en passant par la trappe vous y arriverez.» suggéra Tomoyo.
« On va essayer. Comme elle est par terre ça devrait aller.» reprit Ikki.
En farfouillant un peu l'endroit ils découvrirent des masques à gaz ainsi que des gants. Les pinces possédaient des manches métalliques assez longs. Malgré cela, ils durent bricoler un peu pour en attacher trois paires ensemble. Ensuite, Riku ouvrit la trappe le moins possible, la maintenant pendant que son aînée glissa les pinces métalliques. Il approcha d'une mèche de cheveux. Riku le guidait. Ikki écarta autant que cheveux que possible.
« Vaut mieux des ciseaux sinon on va pas s'en sortir. M'en occupe.» fit Riku.
Il trouva plusieurs paires qu'il attacha ensemble. Revenant ensuite près du tube, il y glissa son bricolage. Ikki leva la mèche qu'il avait attrapée, et Riku coupa. Assommée par la douleur, Mirai ne remarqua rien. Les frères glissèrent les cheveux dans un sachet, puis revinrent auprès de Tomoyo. Ils saisirent des feuilles du projet et copièrent à leur tour. Ils y passèrent trois heures. Ils remirent tout en place, puis quittèrent les lieux. En haut, Shinoa compilait des données chez les jumeaux. Un appartement de civils était moins suspect qu'un de soldat. Mitsuba avait été mise au courant, et était venue la rejoindre avec Kimizuki.
« Bon je crois qu'il faut s'arrêter là. Il est près d'une heure du matin.» annonça Mitsuba.
« Oui. En hiver la nuit tombe plus vite, ce qui nous permet de commencer plus tôt. Nous avons bien avancé. Demain les Miharo iront ramasser de la terre, nous avons des cheveux en quantité suffisante, et presque tout ce qu'il faut sur la création d'un golem et d'une illusion.» résuma Shinoa.
« Merci de votre aide à toutes les deux.» fit Shiho.
« Oh mais de rien. Attends que ce soit fait avant de nous dire merci.»
Les recherches se poursuivirent ainsi pendant encore deux semaines. Finalement, Shinoa se déclara prête à passer à la phase fabrication. Riku et Makoto mirent leur chez-eux à disposition. Autant changer d'endroit. Finalement, Yoichi et Yuuichiro furent eux aussi mis au parfum, avec la mission de surveiller les adultes et détecter un éventuel soupçon sur eux. Tout le groupe travaillait donc d'arrache-pied pour sauver la petite sœur de Kimizuki. Le major Shinya fut invité à la conception du golem afin d'y ajouter sa force magique. Comme convenu, il ne posa aucune question. Il guida Shinoa et proposa son savoir-faire. Le golem prenait forme petit à petit.
Sa création prit tout de même deux mois, pendant lesquels chacun perfectionna ses sortilèges d'illusions. Shiho pestait contre la lenteur de leur avancée, mais tâchait de rester concentré. La magie fut injectée au golem, un réservoir pour contenir les résultats de l'expérience subie par Mirai inclut grâce à un talisman et divers sorts. Ce fut également un sortilège qui recréerait les effets attendus, à savoir les cris de douleurs, les pleurs et autre. Kimizuki ferma les yeux en imaginant ce que sa sœur avait enduré. Enfin, le golem fut fin prêt. Shinya plissa les yeux en l'observant. Une jeune fille tout juste adolescente. Qu'est-ce qu'ils fabriquaient encore ces maudits Hiiragi ? Peu importe. S'il pouvait leur porter un coup il n'allait pas se priver. Lui aussi avait souffert à cause d'eux.
La créature fut enveloppée dans des draps, puis emportée par Kimizuki. Yuzuki le conduisit jusqu'au fameux laboratoire. Il disposa le golem dans un coin, pendant que sa complice allait près du tube observer comment l'ouvrir. Elle trouva des masques indiqué par Ikki, et en donna un à Shiho. Ce dernier dénicha les clés pour ouvrir les chaînes. Ils se regardèrent pour savoir si chacun était prêt. Puis après un hochement de tête, Yuzuki coiffa son masque, des gants et ouvrit le tube, juste pour laisser passer une personne. En un tournemain, elle ouvrit les chaînes puis souleva la jeune fille qu'elle tendit ensuite à son frère. Ce dernier la déposa doucement sur le sol, avant de prendre le golem.
Il grava les lettres censées lui donnée vie, Emeth, qu'il cacha ensuite d'un sort. Le golem ouvrit les yeux. Shiho lui murmura ses instructions, avant de le placer dans le tube et de fermer les chaînes. Le golem prit la même pose que Mirai, yeux clos. Ensuite, il fallut hisser la jeune fille dans les conduits. Reliée à son frère par des cordes, elle serait traînée faute de mieux. Yuzuki sortit la première, puis fit signe à son camarade. Ils rattrapèrent Mirai qu'ils cachèrent sous un manteau, avant de filer chez les jumeaux. Mayumi dormirait dans un futon avec Mirai qui prendrait son lit.
« Une bonne chose de faite.» conclut Yuzuki quand Kimizuki coucha sa sœur.
« Encore merci à tous.» dit ce dernier.
« Il nous reste encore du travail, à savoir comment la guérir.» répondit Shinoa.
« Nous avons les recherches dans leur intégralité. En théorie les inverser devrait fonctionner.» ajouta Mitsuba.
« Nous verrons. En tout cas tu pourras peut-être essayer la capacité spéciale de ton démon.» suggéra Yoichi.
« J'y songeais justement. Parce que nous n'avons pas de matériel pour inverser les recherches.» dit-il.
« Sans compter qu'il faut qu'on les comprenne.» ajouta Yuzuki.
« Mais on a accès à leur savoir. Il existe peut-être des sortilèges pour la guérir.» intervint Yuuichiro.
« Oui, il faudra se pencher là-dessus. Je penche pour des sorts de purification.» reprit Shinoa.
« Bref, laissons-la dormir.» conclut Yuzuki.
La petite troupe quitta l'appartement.
Le lendemain, Mirai eut la surprise de se réveiller dans une chambre ordinaire, sans chaîne autour des poignets ou chevilles. Une lumière jaillit, et une fille blonde pratiquement du même âge lui sourit.
« Bonjour. Je m'appelle Mayumi Miharo et tu te trouves dans ma chambre, chez moi. C'est ton frère et ma grande sœur qui t'ont amenée.» expliqua-t-elle.
« Mon grand frère ? Alors il est venu me sauver !» répondit Mirai, les larmes aux yeux.
« Bien sûr, dès qu'il a su il tout mis en œuvre pour te secourir. Ça a simplement pris du temps mais te voilà.» continua Mayumi.
« Où est-il ? Je peux le voir ?» questionna Mirai.
« Oui. Mais viens manger quelque chose avant.»
Mayumi la conduisit à la cuisine où elle prépara le petit-déjeuner tandis que son invitée prenait place. Mirai pleura devant la bonne nourriture, touchée et soulagée d'être enfin sortie de son enfer. Mayumi lui présenta ensuite Ikki au réveil. Lorsque celui-ci eut avalé son déjeuner, il fila prévenir Shiho du réveil de sa sœur. L'adolescent arriva ventre à terre. Sa petite sœur lui sauta au cou en pleurant.
« Je savais que tu me sauverais … je le savais !» pleura-t-elle.
« Mirai, je suis tellement désolé de ne pas être venu plus tôt. Si j'avais su ce que ces salauds te faisaient subir, jamais je ne t'aurais confié à eux.» répondit Shiho.
« Tu n'es pas responsable grand frère. Tu voulais juste me soigner.» répondit Mirai.
Il fut convenu que la jeune fille resterait cachée chez les Miharo. Son grand frère et les autres étudieraient un moyen de la guérir. Shiho désirait également se venger de Kureto, ce à quoi Yuzuki répondit qu'en le privant de son expérience c'était plus ou moins fait. L'ado aux cheveux rose n'était pas convaincu, mais il avait ses recherches pour lui occuper l'esprit. La vie reprit donc son cours normal.
Une semaine après cette aventure, Yuzuki eut elle aussi droit à des retrouvailles. Elle croisa par hasard Atsutane Hanawa, venu apporter un rapport sur l'avancement du chantier de Shinjuku. La jeune femme se figea. Nul doute qu'il devait la haïr après cette histoire de drogue. Atsutane s'arrêta, la reconnaissant. Yuzuki songea à fuir, quand il la retient.
« Attends ! Je ne te veux pas de mal.» interpella-t-il.
Elle lui retourna un regard incrédule. Comme ne pouvait-il pas lui en vouloir ? Hanawa se rapprocha d'elle.
« Salut.» dit-il simplement.
« Euh, salut.» répondit Yuzuki, incertaine.
« Relax, comme je te l'ai dit je ne te ferais rien.» reprit l'ancien étudiant.
« Mais pourtant …»
« Ouais, je sais. Seulement j'ai eu le temps de réfléchir à tout ça durant ces longs mois à rebâtir la cité. Au début c'est vrai, je t'ai haie pour ce qui était arrivé à mes copains, pour m'avoir fait envoyer là-bas. Mais Daisuke … il passe son temps à me pourrir la vie. Il me rabâche sans cesse que j'aurais dû être exécuté moi aussi, que si ça n'avait tenu qu'à lui je serais mort. Tout le monde me fait bien comprendre qu'on ne va pas contre les Hiiragi. Que je n'ai que ce que je mérite. Bref j'ai fini par réaliser que le seul responsable c'était moi. Tôt ou tard ce salaud d'Hiiragi nous aurait fait porter le chapeau à sa place, il me le dit de manière assez explicite. Toi, tu as tenu ta parole envers moi : tu m'as épargné la mort. C'est moi qui a entraîné les autres dans ce trafic, pas toi.» raconta Hanawa.
Yuzuki baissa les yeux. Elle était néanmoins soulagée qu'il ne lui en veuille pas.
« Combien de temps tu vas rester là-bas ? » interrogea-t-elle.
« Aucune idée. À moins que les Hiiragi ne soient renversés sans doute jusqu'à ce que la ville soit rebâtie. Ce qui peut durer ma vie entière.»
« Je vois. Je suis vraiment désolée.»
« Broaf, c'est pas si terrible. Chacun est occupé à bosser, à part quand ils s'adressent à moi ils me foutent la paix. Et ça va mieux maintenant que l'histoire se tasse. J'arrive à m'éloigner de l'autre enfoiré donc bon.» répondit Hanawa en haussant les épaules.
Yuzuki l'informa que ses camarades avaient eu droit à une sépulture décente, et qu'elle leur apportait des fleurs ou une bougie régulièrement. Atsutane parut soulagé de cette nouvelle et l'en remercia. Elle refusa son remerciement, il comprit pourquoi. Ils se quittèrent sur ces bonnes paroles.
