Note de l'auteure : Bien le bonjour ! Voici donc un deuxième chapitre, qui se concentre cette fois sur les Serpentard immédiatement après la bataille.
Oui, techniquement les Serpentard ne sont pas des Malefoy x) Mais puisque j'ai parlé d'Astoria et Teddy, je peux bien parler des gens avec qui Draco a partagé sept ans de sa vie, peut-être même plus ! Alors, du coup, voilà la chose…
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Réponse aux review !
Merci Dior ! Oui j'imagine bien les sœurs Black survivantes se rapprocher après la guerre, vu qu'il n'y a plus vraiment de grandes familles pour faire pression sur elles. Et la conséquence naturelle, ben, c'est que Teddy et Draco deviendraient copains comme cochons ! /PAN/ oui, oui, je sors x)
Hello Melu49 ! Une nouvelle ? Bienvenue alors x)
Merci Tigrou19 ! J'ai de l'avance avec les autres OS (j'en ai déjà 10 d'écrits !), donc ne t'en fait pas de ce côté-là xD Par contre il faut aussi que je me penche sur mon autre fic HP…
Salut cat240 x) Oui je vois totalement Teddy en Poufsouffle qui adore Draco (où diable ai-je lu cette fic où Draco et Harry doivent élever Teddy… ?). Mais il ne faut pas oublier qu'avec une famille de Black-Malefoy, Teddy aura nécessairement un côté Serpentard ! xD
Tu n'as pas tort Melian-chan, j'ai volontairement écarté Harry. En grande partie parce que j'imagine mal Andromeda accueillir notre cher Potter à bras ouverts. Elle le connaît assez peu et, d'une certaine façon, Remus et Nymphadora sont mort à cause de lui… Une Black, quelle que soit son niveau de tolérance, ne va pas ouvrir les bras au premier gamin venu dans ce genre de contexte. La froideur d'Andy est ce qui limite ses interactions avec les Weasley mais aussi avec Harry, alors qu'au contraire Narcissa comprend très bien sa sœur et se fait vite une place dans sa vie…
Yuuki ! Non je n'ai pas oublié Renouveau, mais j'ai pas enviiiiie d'écrire la scène que je dois écrire u_u Et puis, ça m'aère le cerveau un peu de lâcher les Rôdeurs. Ils sot géniaux, hein, mais ils sont épuisants x)
Hey Caella ! Mwahaha, ton veu est exaucé, voilà le chapitre suivant x)
Salut Vabo93 ! J'attend ton commentaire dès que je posterai le premier chap' de Renouveau 5 alors x) En attendant, merci ! Astoria me plait de plus en plus, je vais sans doute écrire un chapitre consacré à elle. En attendant, voici la suite, qui n'a pas vraiment de rapport avec la famille Black x)
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Disclaimer ! Les sources d'inspi du kiwi :
« ugly: in defense of pansy parkinson » (AO3, dirgewithoutmusic) pour Pansy.
Un post sur Daphnée Greengrass (Tumblr, lauraholllis) pour Daphnée.
Un post sur les Serpentard (Tumblr, pinkrobotgirl) pour Millicent face aux Mangemorts.
« Quelques faits peu connus sur les Serpentard » (ce site, White Damon) pour les rapports de Blaise et Theo, et la fratrie de Millicent.
Un post sur Theodore Nott (Tumblr, sectumsemprarpg) pour Theo et son sale caractère.
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Les Serpentard
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Ce fut pour les Serpentard que guérir de la guerre fut le plus difficile. Parce que tandis qu'on offrait aux autres des étreintes réconfortantes, des consolations, des encouragements, on regardait les Serpentard avec hargne et on crachait à leurs pieds.
Après la guerre, Poudlard fut un cauchemar.
Il y avait des petits troisièmes années qui, acculés par des Gryffondor de seize ans grondant de rage, pleuraient tout doucement en se faisant insulter. Il y avait cette fille de quatrième année qui n'avait pas d'amis, une Sang-Mêlé, et quatre autres filles lui tendirent une embuscade dans les toilettes, et lui dessinèrent une Marque des Ténèbres sur le bras avec un Feutre Ineffaçable. Il y avait ces gamins de deuxièmes années, qui avaient reçu leur part de Doloris comme tous les autres élèves tyrannisés par les Carrow, qu'on poussait pourtant dans les escaliers en traitant de traîtres et de Mangemorts.
Et puis il y avait les Serpentard de huitième année, parce que tous les élèves de l'année précédente avaient été invités à revenir. Et ils étaient quelques-uns à avoir fui : mais nombre d'entre eux étaient revenus, parce qu'entre Serpentard on se serrait les coudes, et que personne d'autre qu'eux ne protégerait ces gamins dont le seul crime était de porter du vert et argent.
Alors ils revinrent, et ils formèrent un front.
Millicent Bulstrode ne resta qu'un seul semestre, avant de céder aux menaces et aux violences, et quitta Poudlard : elle envoya une lettre racontant comment elle avait été traitée à McGonagall, et McGonagall la lut, et la Directrice fut outragée au-delà des mots par les actes de ses élèves, et humiliée par le comportement de sa propre Maison en particulier.
Vincent Crabbe n'eut pas droit à un mémorial ou à une couronne de fleur dans les couloirs de Poudlard, comme les autres élèves qui étaient morts à Poudlard cette année-là. Draco tenta de déposer des fleurs, mais le lendemain, elles étaient toujours piétinées, brûlées, renversées. Il renonça.
Gregory Goyle ne revint pas à Poudlard. Il finit sa scolarité aux États-Unis, à Salem, et envoya tous les jours notes et bonbons et encouragements à ses camarades. De manière assez surprenante, après avoir fini sa scolarité, Goyle devint écrivain.
Theodore Nott avait toujours été un solitaire, pensif et introverti. Le Choixpeau avait voulu le mettre à Serdaigle. Theo était aussi un garçon maigre et sinistre qui vous aurez évoqué Severus Snape dans sa jeunesse : mais c'est lui qui fit dormir les plus jeunes dans la salle commune pour la première fois, en une grosse pile de sacs de couchage, tandis qu'il lisait d'une voix basse et feutrée un conte de son enfance.
Daphné Greengrass et Tracey Davis, les deux Sang-Mêlés de Serpentard, se heurtèrent aux petites brutes comme deux lionnes. Gryffondor, Serdaigle, Poufsouffle et même camarades Serpentard : quiconque prononçait l'insulte maudite de Mangemort finissait à l'infirmerie. Et les professeurs avaient beau retirer des points, Daphnée les regardait dans les yeux et disait : « nous défendons juste les plus faibles, puisque vous n'avez pas le cran de le faire. On le faisait du temps des Carrow, on le fera aussi maintenant que la violence a changé de côté ». Et les profs postillonnaient, pâlissaient, s'étranglaient.
Blaise Zabini, le beau et le flamboyant Blaise Zabini, adressait un sourire plein de dents à ceux qui le menaçaient. Blaise était le lion des serpents : brave, beau, arrogant, protecteur. Bien vite ceux qui s'amusaient à brutaliser les plus faibles apprirent à regarder fréquemment derrière eux, parce que souvent, Blaise Zabini était là, avec son sourire de requin et ses yeux noirs étincelants.
Draco Malefoy avait droit aux injures les plus violentes et aux sorts lancés dans le dos, mais il était de ceux qui se tenaient les plus droits. Il se balada partout avec un Charme du Bouclier. Aux vacances, comme il avait des cauchemars à la simple idée du manoir, il vivait chez ses amis. Il se réveillait en pleine nuit trempé de sueur, rêvant de serpents mangeurs d'homme et d'un rire cruel.
Pansy Parkinson était plus haïe encore que Draco. Elle avait toujours été laide, détestée, lâche. Elle s'était moquée des gens, avait cajolé, moqué, provoqué. A cet égard elle n'était guère différente de James Potter et de ses jeux cruels, James Potter le sportif superficiel et arrogant. Mais James Potter avait été beau et riche et réparti à Gryffondor : il avait eu McGonagall, et Hagrid, et Lily, et Sirius, et Dumbledore pour le pleurer et dire qu'il était merveilleux.
Personne n'était là pour dire ce genre de chose de Pansy.
Ils étaient neufs Serpentard jadis : ils ne furent plus que huit, puis ils ne furent plus que sept : mais ils serrèrent les rangs, carrèrent les épaules, et tandis que la haine et la colère pleuvaient sur eux, ils semblaient crier au monde qu'ils ne tomberaient jamais à genoux.
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Daphnée Greengrass avait été surnommée, dans sa deuxième année, la Reine de Cœur des Serpentard. Elle était à moitié américaine et à moitié galloise, Sang-Mêlé, demi-sœur d'Astoria. Sa mère, une Née-Moldue américaine aux origines latino, était morte quand elle était bébé. Son père s'était remarié très vite avec sa maîtresse de l'époque, une Sang-Pure hautaine qui deviendrait la mère d'Astoria.
Daphnée avait toujours été assez secrète, et extrêmement fière. Élevée dans une société de Sangs-Purs élitistes qui se dressaient contre tout ce qu'elle était, la jeune Sang-Mêlé avait développé une armure de sarcasme et un gros complexe de supériorité pour se protéger. Son Papa lui disait, le soir, que tous ceux qui essayaient de la rabaisser étaient des moins-que-rien : alors Daphnée grandit en tenant sa tête haute et en méprisant en retour ceux qui la regardaient avec dédain. Elle avait longtemps été seule (comment se faire des amis dans un cercle social qui dit aux enfants que vous êtes la gangrène de la société ?), et puis était arrivée Poudlard.
Elle avait rencontré Tracey Davis, la jolie rousse Sang-Mêlé comme elle, et elle était devenue sa meilleure amie. Elle avait aussi rencontré Lisa Turpin, une rebelle de Serdaigle avec un côté punk rock qui la fascinait : Lisa avait d'ailleurs été son premier amour.
(Daphnée était bisexuelle mais avec une forte préférence pour les femmes, une facette d'elle-même qu'elle dissimula très longtemps afin de ne pas devenir davantage une paria).
Daphnée avait été placée à Serpentard par le Choixpeau. Pourquoi pas ? Elle était ambitieuse, c'était vrai. Mais elle était aussi impulsive. Impulsive comme une fichue Gryffondor, et Lisa et Millicent et Pansy se fichaient bien d'elle à cause de ça. Daphnée poussait des coups de gueule : ah, les Serpentard n'agissent pas comme ça ? Tant pis pour vous, mais moi je fais ce que je veux.
Petit à petit, elle réalisa qu'une personne accomplie devait posséder des traits des quatre Maisons.
Daphnée et Tracey auraient voulu rejoindre l'Armée de Dumbledore : mais personne ne le leur proposa jamais, parce que personne ne voulait de Serpentard. Elles menèrent leur propre guerre contre Ombrage (jamais elles ne rejoignirent sa Brigade), puis contre les Carrow. Lors de la Bataille, Tracey s'enfuit avec les autres Serpentard : Daphnée revint se battre. Parce que c'était sa nature, parce que personne ne lui dictait sa conduite, et parce que c'était juste.
En la voyant quitter la salle commune d'un pas déterminé, Millicent la suivit.
…
Millicent était grande et large et costaude, et même si les gens se moquaient de sa forte mâchoire, ils la laissaient en paix parce que même sans baguette Millicent pouvait facilement briser les os. Pansy riait aux éclats quand son amie grondait et avançait d'un pas menaçant vers un Serdaigle ou un Gryffondor qui faisait le malin, et que le garçon glapissait d'effroi avant de s'enfuir. Pourtant, même si Milli était solide physiquement, c'était une jeune fille crédule et sensible, et les moqueries qu'elle faisait mine d'ignorer lui faisaient mal.
Milli et Pansy étaient les meilleures amies du monde. Sûr, Daphnée et Tracey les suivaient, mais elles n'étaient que des Sang-Mêlés. Pansy et Milli avaient beau être moins jolies, elles étaient des Sang-Purs : elles étaient des princesses.
Millicent vit Daphnée quitter la salle commune et se dit qu'elle était une princesse, qu'elle était une Sang-Pur, qu'elle n'était pas une lâche. Qu'elle ne fuirait pas la bataille.
Elle avait détesté les Carrow. Elle avait détesté cette année, la torture, la cruauté, les cris, la peur, les sanglots. Elle avait consolé des enfants toute l'année : un jour elle était tombée face à une gamine qui taguait sur un mur un slogan de l'Armée de Dumbledore, et Millicent avait fait demi-tour sur la pointe des pieds pour la laisser finir.
Millicent était une sœur, la cadette de sept grands-frères qui avaient tous été envoyés à Durmstrang. Elle avait beaucoup pleuré pour aller avec eux : mais ils avaient résisté, tempêté, et forcé leurs parents à envoyer Milli à Poudlard. Elle leur en avait voulu longtemps, mais après que l'un d'eux soit tué dans un duel illégal et que Durmstrang étouffe l'affaire, elle comprit qu'ils voulaient juste qu'elle soit saine et sauve.
Lorsque Voldemort revint au pouvoir, ils lui écrivirent et lui dirent de se mettre à l'abri. Elle leur répondit qu'elle ne pouvait pas, Papa et Maman voulaient qu'elle revienne à l'école. Alors ils lui dirent de bien choisir son camp. Milli les rassura, puis pleura toute la nuit dans son oreiller, de peur et de solitude.
Quand on fait face à quelque chose comme une guerre, votre camp a déjà été choisi pour vous.
Millicent n'était pas brave : mais elle savait quand quelque chose devenait mauvais. Alors elle suivit Daphnée, la perdit dans la cohue, se dit que ce n'était pas grave, et se joignit quand même au combat. Elle avait toujours son uniforme aux couleurs de Serpentard.
Imaginez-vous à sa place.
Imaginez que vous êtes une Serpentard et que vous restez derrière pour défendre votre école et peut-être rétablir l'honneur de votre maison. Les autres élèves sont tous là à vous jeter des regards méfiants. Vous savez qu'ils attendent que vous les frappiez dans le dos avec des sorts de magie noire. Vous considérez le faire, aussi, parce que vous commencez déjà à regretter le choix que vous avez fait.
Puis la bataille commence, et vous êtes contre une foule d'étrangers qui ne sont pas si étrangers que ça, finalement. Vous reconnaissez les voix, étouffées derrière des masques mais toujours âprement familières. Votre oncle. Votre cousin. La grande sœur de votre meilleur ami.
Et puis vous voyez un grand homme en robes grises coûteuses. Un moment plus tard, vous remarquez la petite femme ronde à côté de lui, baguette prête. Ils se protègent mutuellement.
Vous reconnaissez leurs chaussures.
…
Tracey Davies était sûre d'être envoyée à Poufsouffle, quand le Choixpeau fut posée sur sa tête. C'était la Maison de sa mère Née-Moldue, celle qui l'avait élevée seule toute sa vie. Son père, Sang-Pur et Serpentard, avait été un homme contemplatif et discret, mais une maladie aux allures d'empoisonnement l'avait emportée quand Tracey était encore toute petite.
Tracey ne fut pas envoyée à Poufsouffle. Le Choixpeau jeta un seul regard à son cerveau, et s'exclama qu'il savait ce qui lui conviendrait, avant d'ouvrir sa large bouche pour clamer « Serpentard ! ».
La première semaine, avec son nom de Sang-Pur et ses bonnes manières, Tracey passa inaperçue. La deuxième, son secret fut révélé, et Pansy et Milli et Theo se moquèrent cruellement d'elle. Puis ils se mangèrent une droite de la part de Daphnée, et c'est ainsi qu'elle et Tracey devinrent amies.
Tracey était douée comme une Serdaigle, loyale comme une Poufsouffle, et féroce comme une Gryffondor. Moins que Daphnée, la grande casse-cou : mais assez pour sauter à la gorge de ceux qui cherchaient à l'asticoter sous prétexte qu'elle n'était que de sang mêlé. C'était elle qui donnait les consignes aux premières années quand Pansy ou Draco oubliaient de faire leurs devoirs de Préfets. C'était elle qui glissa à Blaise l'idée d'organiser une grande fête dans leur salle commune, après avoir découvert l'entrée des cuisines et ordonné aux elfes de les approvisionner en boissons.
Tracey était la mère des Serpentard. Une mère rousse, intrusive et bruyante, qui refusait de baisser les yeux devant les Sangs-Purs, qui était un peu ronde et qui adorait les sucreries. Il y eut plus d'un petit malin pour la comparer à Molly Weasley, mais généralement, ils n'essayaient qu'une fois. Daphnée et Tracey avaient la baguette vive et leurs maléfices de Chatouillis laissaient des traces d'irritation sur la peau pendant des jours…
(Et puis, Tracey faisait partie des Serpentard. Le seul Sang-Pur qui se permit de la traiter de Weasley hors de la salle commune, à portée d'oreille d'élèves d'autre Maison, fut un insolent garçon de deux ans leur cadet. Ni Tracey ni Daphnée n'eurent le temps d'attraper leurs baguettes : Draco Malefoy en personne avait jeté un Furonculus à l'insolent.)
(Personne n'a le droit de se moquer des Serpentard, mis à part les Serpentard, et seulement à portée d'oreilles de Serpentard.)
Tracey était la mère des Serpentard, et elle voulait les protéger. Quand Voldemort annonça son marché, si Pansy ne s'était pas levée pour hurler d'attraper Harry Potter, Tracey l'aurait fait. Tracey, qui disait toujours « c'est moi » quand un Serpentard avait fait une idiotie répréhensible aux yeux des Carrow. Tracey, qui compulsait les livres de la Bibliothèque à la recherche de sorts de soins : Tracey, qui était systématiquement collée – par Snape – à l'infirmerie, parce qu'elle aidait Pomfresh et apprenait tout ce qui pouvait soulager la souffrance des élèves.
Tracey, qui avait une fois laissé dans la cuisine un petit message avertissant l'Armée de Dumbledore que les Carrow allaient inspecter la cuisine lundi soir, dans la nuit, alors soyez prudents.
Tracey n'avait rien d'exceptionnel, mais elle était féroce comme une lionne quand il s'agissait des serpents. Peu importait que certains d'entre eux se moquent de son ascendance : ils étaient sa famille, au même titre que sa mère et son père, et elle ferait d'eux des gens bien. Les gamins dont elle séchait les larmes, comment pourraient-ils encore insulter un Sang-de-Bourbe, sachant qu'ils insultaient aussi la mère de celle qui les avait consolé et protégé ?
Quand vint l'heure de la bataille, Tracey quitta Poudlard, mais elle aurait très bien pu rester se battre. Non, Tracey quitta Poudlard parce qu'il y avait un petit garçon de Serpentard qui n'avait nulle part où aller, et qui le lui dit avec un air terrifié : alors Tracey se dressa sur la pointe des pieds, et dit à tous ceux qui n'avaient pas d'endroit sûr où se rendre qu'ils pouvaient la suivre.
Tracey quitta Poudlard pour veiller sur les enfants : pour la même raison qu'elle y était restée, durant toute cette année de calvaire, et pour la même raison qu'elle y revint l'année d'après.
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Millicent s'enfuit en pleine bataille et fut haïe pour ça. On l'appela traîtresse et lâche, on lui jeta des sorts et des menaces. Pansy, elle, fut appelée monstre et meurtrière et Mangemort. Et tout ça pour quoi ?
Parce qu'elle avait peur et qu'elle en était malade de la mort et de la souffrance. Parce qu'elle n'avait pas encore dix-sept ans, qu'elle était terrifiée, et qu'un garçon qui n'avait jamais été gentil avec elle ou ceux qu'elle aimait était tout ce qui se tenait entre son école et la paix.
Personne ne pardonna Pansy.
Sirius haït Snape dès qu'il le vit. Pas à cause de son affiliation ou de ses ambitions, juste parce que Snape était pauvre et graisseux et un paria, et que c'était ce qu'il avait appris à haïr depuis qu'il était tout petit. Sirius était prêt à devenir un meurtrier à quinze ans, en instrumentalisant son meilleur ami pour cela. Pourtant Sirius était un parrain, un ami, et il fut aimé et regretté à sa mort, et pardonné.
Hermione défigura Marietta Edgecombe à vie parce que Marietta avait seize ans et pleurait toutes les nuits jusqu'à épuisement tellement elle avait peur pour sa Sang-Mêlé de mère. Mais Hermione n'était pas une brute, elle sauva le monde, et elle fut considérée comme un héros.
Le père de Luna était prêt à sacrifier trois vies, dont l'espoir du monde sorcier, pour sauver celle de sa fille. Pansy voulait en échanger une contre la sauvegarde de quatre cents. Mais le père de Luna fut pris en pitié et pardonné. Pansy ? Non, pas elle.
Snape fut obsédé par Lily, à un point où ce n'était plus de l'amour mais une obsession malsaine. Il harcela des élèves, les torturant psychologiquement, les brutalisant, se moquant d'eux avec cruauté. Pansy n'avait pas été plus méchante que Snape avec les Gryffondor : elle n'avait pas pris la Marque, elle n'avait causé la mort de personne. Mais Snape fut pardonnée dans son dernier soupir. Pas Pansy.
Peter Pettigrew trahit ses amis, devint Mangemort. A la fin, il trouva néanmoins la rédemption. Harry voulut le sauver. On se dit avec émotion que toute bonté n'était pas morte chez le rat. Mais Pansy ? Non, Pansy ne méritait aucun pardon.
Voldemort avait proposé un marché et Pansy était prête à le prendre. Pour cela, elle fut haïe, persécutée, méprisée. Mais le marché de Voldemort, Harry le prit de son plein gré et pour cela il fut un héros.
Et c'était injuste, injuste, injuste. Parce que Pansy était laide et avait une langue de vipère, parce qu'elle n'était pas aimée et qu'il n'y a pas de pardon pour les gens qu'on n'aime pas. Peu importe qu'on ait aimé des monstres et des assassins : la gamine effrayée au visage de bouledogue porte les mauvaises couleurs et s'est moquée des mauvaises personnes. Elle mérite toute la haine que l'école pourra déverser sur elle.
Au début Pansy marchait les mâchoires serrées et se sentait résignée, condamnée. Puis Millicent se brisa aux vacances de Noël, pleura qu'elle ne voulait plus y retourner : alors Pansy retourna seule à Poudlard, et cette fois, elle se tint droite et fière. Qu'ils la regardent. C'était leur droit. Elle était digne d'être vue. Elle était toujours là.
– Pourquoi tu es là ? lui demanda un jour une Gryffondor d'un ton hostile.
Pansy leva les yeux de son livre. Les gens avaient beaucoup demandé ça, au début, en la croisant dans les couloirs ou la Grande Salle. Leurs yeux la toisaient de haut en bas, cherchant le vert, l'argent, le poison. Souvent elle se contentait de sourire et de leur laisser deviner le danger.
– Parce que je n'ai plus quinze ans, fit Pansy cette fois-ci. Merlin, vous savez ce que votre précieux Potter Sr. faisait à l'école, cette petite brute ? Mais les garçons apprennent à grandir pour être des hommes, et nous les filles nous grandissons juste pour être des salopes.
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Draco Malefoy détesta l'année des Carrow. Ses certitudes s'écroulaient, ses parents étaient menacés, son école était en proie au chaos.
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, Draco ne fut pas l'élève le plus haït durant cette sombre année scolaire. Déprimé et silencieux, Draco se faisait discret, il n'incitait pas à la haine et laissa filer avec de simple pertes de points plusieurs élèves que certains de ses condisciples auraient directement amenés à Rusard.
Les enseignants ignoraient qu'il avait failli tuer Dumbledore. Oh, ils savaient qu'il avait fait entrer les Mangemorts dans le château cette nuit-là, mais après avoir entendu les Carrow se moquer des Malefoy en disgrâce et titiller Draco avec l'idée que Greyback serait peut-être invité chez eux (l'insinuation rendait le jeune Malefoy blanc comme un linge), il fallut peu de temps pour que les enseignants classent Draco comme une victime, et non comme un ennemi.
Enfin, une victime… Il ne fallait pas abuser non plus. Draco était et resta toute sa vie un personnage arrogant, sarcastique et blessant. Dans la salle commune de Serpentard, quand tous hurlaient les uns sur les autres à s'en casser la voix parce que ce n'était pas ce qu'ils voulaient, que quelqu'un fasse quelque chose, toi, c'est de faute, c'est de votre faute à tous, qu'est-ce que tu voudrais bien y changer ?! Draco criait aussi fort que les autres, et ses mots faisaient mal, quand il injuriait la filiation de Daphnée et Tracey ou la famille de Millicent ou le père de Theo. Draco était en colère, il avait peur, il était rongé par la culpabilité et l'effroi.
Il n'était pas une victime, non, et il se savait loin d'être un héros. Seulement, il voulait tellement ne pas être un des méchants. Les méchants le terrifiaient. Les méchants avaient porté des masques d'héroïsme et de grandeur au travers des histoires de son père, et à présent, la vérité froide et cruelle le poignardait en plein cœur. Draco haïssait cette réalité. Il haïssait Poudlard, Snape, son père, Voldemort, le monde, les mensonges, cette marque sur son bras.
La vraie difficulté pour Draco, ce fut après la bataille.
Revenir à Poudlard n'avait jamais été aussi difficile. Cette fois, il était ouvertement critiqué, injurié. De toute cette histoire de baguette de sureau et de bataille, on n'avait retenu qu'une chose : il était un Mangemort. Que faisait-il là, avec les gens normaux ? Qu'on l'envoie à Azkaban !
Mais Draco avait eu plus que sa part de coups. Alors il releva la tête, et se remit à promener un regard arrogant sur la foule. Il continua à être fasciné par les Arts Noirs, même s'il décida de rester discret pour sa passion. Il continua à admirer son père et son projet d'avenir, à savoir faire exactement la même chose que Lucius Malefoy, ne varia pas d'un iota. La seule chose qui changea notablement fut que Draco, pendant plusieurs mois, eut une peur panique des serpents. On ne revient pas sans traumatisme d'une réunion mondaine où un boa géant dévore un de vos profs sur la table de votre salon.
Plus jamais les mots Sang-de-Bourbe ne franchirent ses lèvres. Plus jamais il ne bouscula volontairement un membre d'une autre maison (c'était beaucoup moins facile sans Crabbe et Goyle de toute façon). Et plus jamais il ne se moqua d'un Weasley ou d'autres amis d'Harry Potter.
(Mine de rien, ça lui libéra pas mal de temps pour étudier. Cette année-là, Draco obtint la meilleure place de toute la promotion, à égalité avec Granger, qui fut OUTRAGÉE.)
…
Theodore Nott était le gringalet de leur promotion. Maigre et solitaire, un Serdaigle refoulé qui parlait peu et qui était brillant dans toutes les matières. Plus d'un Gryffondor avait tenté de s'en prendre à lui : mais les autres Serpentard surgissaient alors toutes griffes dehors, et l'attaquant finissait à l'infirmerie.
Theo, bien sûr, n'était pas un saint. Mis à part Draco et Pansy, il était sans doute le plus Puriste de la promotion. Son père lui avait très tôt enfoncé dans le crâne que tous les Sang-Mêlés et pire, les Sangs-de-Bourbe, devaient être traités comme de la vermine. Theo, en sept ans, avait dû adresser trois fois la parole à Daphnée et Tracey (bien sûr, il les avait toujours laissé copié sur lui ses devoirs, et elles avaient plus d'une fois défendu le Sang-Pur maigrichon : c'était comme ça que ça fonctionnait chez les serpents, on se serrait les coudes quoi qu'il advienne).
Cependant, le fait que Theo partageait les mêmes croyances Puristes que son père Mangemort ne voulait pas dire qu'il voulait trucider tous ceux de statut inférieur, ou même qu'il avait désiré un jour devenir Mangemort. Ayant grandi avec un père Mangemort qui devenait assez bavard quand il était ivre, il savait exactement ce qui était attendu d'eux, et il ne voulait rien avoir affaire avec ça. Theo avait d'autres ambitions que de devenir un laquais assassin, merci bien.
Mais Theo avait aussi été placé à Serpentard, et non pas à Serdaigle, pour une bonne raison. Sans être violent, Theo avait une certaine agressivité, un côté possessif et adepte du contrôle. Il se disputait souvent (et même quasiment tous les jours) avec Blaise à cause de ça. Deux personnalités dominantes se heurtant sans cesse.
Theodore Nott était un Serpentard, un Puriste, un fils de Mangemort : il pouvait voir les Sombrals, était super-sinistre quand il était en colère, et fichait les biquettes même aux Préfets quand lui et Blaise se hurlaient dessus. Mais, peu le savent, Theodore Nott avait aussi été un grand frère.
Sa mère avait été tuée par un loup-garou durant leurs vacances en France. Ses deux enfants, Theo et Lucinda, l'avaient vue mourir depuis la fenêtre. Theo était allé chercher son père : Lucinda était sortie, courant vers sa maman. Quand Nott Sr. était arrivé, le loup avait égorgé sa femme et sa fille.
Quand les petits Serpentard pleuraient et sanglotaient, Theo pensait soudain à Lucinda. Alors c'est lui qui allait les chercher dans leurs dortoir, leur lisait des histoires, assignait des tours de gardes aux cinquièmes et sixièmes années pour qu'ils veillent sur les plus petits entre les cours.
Theo était un Puriste, un fils de Mangemort, un type sinistre et agressif et sournois comme un serpent. Mais osez toucher à un des gamins, à un de ses gamins, et Theo est un lion.
…
Blaise était exactement l'inverse. Il était beau et nonchalant et irradiait la puissance tranquille et la confiance en soi, comme un grand félin satisfait : mais au fond de lui, il avait le sang froid.
Noir de peau et né en Italie (le pays natal de sa mère, et le lieu de son premier mariage), Blaise avait grandi dans le luxe, la froideur et le calcul. Sa mère fut la seule à l'élever, car Blaise dédaignait tous ses beaux-pères : ils avaient une espérance de vie si réduite… Très tôt il apprit les Potions, puisque ça ne nécessitait pas de baguette. A huit ans, l'année où les Zabini s'installèrent en Grande-Bretagne, il aidait sa mère à confectionner d'innombrables poisons, et ne demandait jamais à qui elle les destinait.
Blaise n'avait jamais particulièrement été un Puriste, même s'il avait appris à ressortir les bons discours et les bonnes insultes au bon moment pour être bien vu du cercle social que sa mère fréquentait. Sa mère avait déjà eu des amants Nés-Moldus, bien qu'elle ne les ait jamais épousé, alors il savait que ses opinions politiques étaient partagées par sa génitrice.
Non, Blaise n'était pas un Puriste. Il aurait d'ailleurs très bien pu aller à Gryffondor, avec son dédain et son arrogance et sa bravoure. Mais voilà, Blaise était également froid, calculateur, et terriblement suffisant. Il connaissait sa valeur, il savait de quoi il est capable : il savait aussi qu'il était beau (terriblement beau même) et utilisait souvent ce fait à son avantage. Être calculateur n'excluait pas le fait d'être charmeur et élégant, pas vrai ?
Blaise laissait volontiers le devant de la scène à Draco et ses jérémiades : mais il aimait aussi attirer l'attention, quoique de manière moins agressive que le jeune Malefoy. Au lieu de singer Londubat faisant exploser un chaudron, Blaise était plus du genre à enchanter un encrier pour le transformer en bouquet et l'offrir à la première demoiselle qui passait. Peut-être est-ce parce qu'il ne prenait généralement pas part aux conflits, mais Blaise fut longtemps considéré par les autres Maisons comme l'un des plus gentils des Serpentard.
Quelle erreur.
Blaise était ami avec Theo, pour autant qu'on puisse être ami avec Theo : mais ce n'était pas par pure bonté d'âme et parce que Nott était tout seul. C'était parce que Theo et lui se hurlaient dessus durant des heures dans la salle commune, à propos de Potions, de danger, de leurs familles, des profs. Blaise ne supportait pas de ne pas être le centre de l'attention de Theodore Nott. Et si Blaise attaquait sauvagement quiconque levait la main sur Theo, c'était parce que Theo était à lui, et à personne d'autre.
Blaise était protecteur, mais sa protection était effrayante, possessive et démesurée. Il ne faisait jamais les choses à moitié : Tracey et Daphnée frappaient, Pansy défiait, Theo rugissait et Draco ripostait, mais Blaise, lui, quand quelqu'un l'avait pris à rebrousse-poil, il l'achevait.
On le comparait à un fauve, féroce et charmeur et joueur, à la limite du sadisme. Un fauve, oui, mais aussi un Serpentard. Blaise ne se jetait pas dans la bagarre tête première. Il calculait, froidement, posément. Il devinait votre itinéraire pour se trouver sur votre chemin à tous les coins sombres, pour être sûr de toujours être dans votre champ de vision à vous sourire d'un air inquiétant.
L'une de ses rares faiblesses, c'était les gens qu'il trouvait fascinants. Comme Theo, ou Luna, bien qu'ils exercent sur lui deux types différents de fascination. Theo réveillait son côté mâle alpha, le besoin de s'imposer, de crier, de rugir, de se faire remarquer. Luna, douce et curieuse Luna, l'amusait et pouvait discuter avec lui des heures à propos de Sortilèges, de Runes et d'Arithmancie.
– Tu aurais dû être à Poufsouffle, lui dit un jour la jolie blonde entre deux discussions sur un traité d'Arithmancie compliqué. Tu es l'une des personnes les plus loyales que j'ai jamais rencontrée.
Blaise lui renvoya un sourire de requin et répliqua qu'il avait le sang trop froid pour y être à sa place. Il ne le lui dit pas, mais le Choixpeau lui avait offert le choix.
oOoOoOo
Ils étaient neufs Serpentard jadis. Neuf gamins de onze ans qui, par choix, par destin, ou par facétie d'un vieux Choixpeau, se retrouvèrent assis à la table des verts et argent pour leur premier festin à Poudlard.
Puis ils ne furent plus que huit, puis ils ne furent plus que sept.
Mais ils restèrent des Serpentard. Alors ils serrèrent les rangs, carrèrent les épaules, et tandis que la haine et la colère pleuvaient sur eux, ils semblaient crier au monde qu'ils ne tomberaient jamais à genoux.
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Et voilà ! J'espère que àa vous a plu x) Le prochain chapitre s'appellera "le chiffre trois" !
