Note de l'auteure : Me revoilà !

Ce chapitre reprend un texte qui était censé, à la base, être ma participation à un concours de nouvelles sur le thème d'Harry Potter. Seulement, je ne l'ai jamais finie. Je l'ai terminé hier dans une brève poussée d'inspiration, et voici donc ma biographie de Narcissa Malefoy !

Ce chapitre est un peu plus court que les autres (dix pages World au lieu de douze, pas grand-chose, vraiment). Pff, j'aurais bien aimé l'allonger un peu, mais j'aime la manière dont je clos le récit. Je suis une graaaaande fan de Narcissa, comme vous l'aurez deviné x)


Réponse aux reviews :

Merci cat240 ! Oui cette fic est un peu différente des autres, vu que ce n'est pas vraiment une narration linéaire... Contente que ça t'ai plu !

Thanks Varbo ! Le coup de l'héritier unique m'est venu sur un coup de tête, mais ça m'a permit de justifier la haine des Moldus d'Abraxas et comment Lucius a repris les rênes de la famille aussi jeune, etensuite tout s'est enchaîné tout seul. L'Arthmancie est l'un des passages où je me suis le plus éclatée (surtout concernant Lucius !), et les enfants Malefoy, bah, ça leur fait une petite introduction !

Hey Sengetsu ! Tu avais raison pour l'ordre d'aînesse, grrr. Dans les fics d'Ellana-san, Andy est l'aînée, alors je me suis enmêlée les pinceaux... Mais c'est bon, j'ai modifié ! Quant au terme de "cadet", eh bien, euh... Oups ? x)

Exactement Melu49 ! Toutes ces familles qui disparaissent, ce n'est pas parce que les enfants sont fragiles ou peu nombreux, c'est parce qu'il y a des filles. Ce qui est normal ! Des tas de familles disparaissent, chez nous autres Moldus, parce que les filles ne transmettent pas le nom. Mais comme les Sang-Purs tiennent des listes, ils le remarquent beaucoup plus...

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Disclaimer ! L'inspi du kiwi :

Ellana-san est, je crois, celle qui est venue la première avec l'idée que la fuite d'Andromeda à déclenché ce genre de réaction en chaîne… Ça revient dans plusieurs de ses fics, notamment « Une cage de silence ».

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Princesse de glace

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Narcissa Black était une enfant de l'hiver.

Le froid, le blanc, la neige et les cristaux de givre avaient été témoins de ses premières respirations, de ses premiers regards ébahis de nourrisson. Quatorze mois plus tard, ils avaient été témoins de ses premiers pas titubants, comme si la petite fille avait attendu le retour de l'hiver pour enfin se tenir sur ses jambes. Toute cette étendue immaculée, qu'elle regardait derrière la fenêtre de sa chambre, la fascinait. Londres était couvert d'un manteau blanc et moelleux, comme si le monde s'était soudain pelotonné dans une couette épaisse.

Andromeda était née en automne, avec les tourbillons de feuilles mortes et les averses soudaines, et Bellatrix était née en été, sous un soleil aussi radieux et hautain qu'elle. Mais Narcissa, belle et fragile Narcissa, aussi délicate que le dessin du givre sur les fenêtres de la maison des Black Narcissa était une enfant de l'hiver, froide, pâle, délicate et pure.

Andromeda, Bellatrix et Narcissa avaient eu la même éducation, pleine de rigueur et de sourires hypocrites. L'art de se taire, d'acquiescer, de rire avec élégance, de sourire de mille façons différentes, de se taire, de s'habiller avec goût, de jouer du piano, d'arranger les fleurs, de sourire, d'écouter parler les hommes, de hocher la tête, de plisser le visage de dégoût sans perdre son raffinement, de se taire, d'être belle, de danser, de sourire, de se taire, de sourire, de se taire, de se taire. Andromeda tapait du pied et pleurait, incapable de se soumettre à ces règles si froides et à haïr ces gens qu'on lui disait de haïr, et Bellatrix se murait dans un silence outragé ou cassait la vaisselle, toujours plus furieuse que blessée, dès que leur mère lui assénait la moindre critique. Mais Narcissa, oh, Narcissa… Narcissa ne criait jamais. Elle laissait faire, se laissait dicter sa conduite, obéissait sagement et sans un bruit. Froide, belle et silencieuse. Elle souriait et se taisait. Pourquoi aurait-elle fait autre chose ? Elle aimait être jolie, complimentée, et elle aimait qu'on la laisse à l'écart rêvasser. Narcissa était la parfaite poupée de glace, rêveuse et souriante, belle et inaccessible.

Narcissa était seule, souvent. Petite poupée blonde dans une immensité froide et grise. Il n'y avait pas de Papa pour lui raconter des histoires : il y avait Père, cette ombre distante et très occupée qu'on voyait aux repas et quand on passait devant son bureau, et Narcissa lisait toute seule ses livres de contes et d'histoires de princesses endormies. Il n'y avait pas de Maman pour la border le soir ou l'embrasser après un cauchemar ou un chagrin : il y avait Mère, dure et cassante, avec toutes ses réprimandes au bord des lèvres, ses compliments pincés, et son regard qui sembla regarder à travers vous comme si vous n'existiez pas.

Narcissa était seule, souvent. Bellatrix et Andromeda préférait jouer toutes les deux à se poursuivre dans la maison, à faire des tentes avec les couvertures et leur chaise de bureau, à imiter de grandes dames en faisant semblant de prendre le thé avec des poupées aux robes roses, à dessiner des châteaux et des princes charmants habillés de vert ou de bleu. Bella et Andy, si pleines de vie, comme deux feu-follets, toujours en train de courir ou de bouger. C'était entre elles qu'elles passaient du temps, pas avec leur sœur, trop timide, trop fragile. Narcissa préférait rêver devant sa fenêtre, lire ses contes imprimés en noir sur du beau papier blanc, ou essayer timidement d'apprendre par cœur ses partitions de piano.

Narcissa était seule, souvent, toujours, mais elle n'avait pas de mot pour ça. Tout comme certains patients oublient la vie sans douleur, Narcissa ignorait ce qu'était la vie sans solitude. Sans douceur, sans réconfort, sans chaleur humaine. Narcissa vivait dans le froid de sa chambre trop grande, dans le froid de la maison trop vide, dans le froid d'une famille trop distante, dans le froid d'un monde trop vaste pour se soucier de son existence. Narcissa vivait la vie froide d'une poupée de porcelaine et se laissait dériver comme un flocon de neige.

Narcissa était une enfant de l'hiver.

Elle vivait dans son petit monde de glace et n'en était pas malheureuse pour autant. Elle n'était pas si mal. Elle aimait bien Regulus, petit et maladif, le seul à bien vouloir lire avec elle ses vieux contes au lieu d'aller jouer à chat avec Sirius et Bella. Elle aimait bien sa maison, sa famille, son piano, sa vie. La maison trop vaste et trop vide, trop sinistre peut-être, avec ses tableaux qui chuchotaient et son parquet qui grinçait, mais c'était sa maison, son froid. C'était sa famille, ces gens qui ne la bousculaient pas, qui ne la pressaient pas de questions, qui ne la réchauffaient jamais dans leur bras ni ne faisaient un geste de tendresse dans sa direction. Elle les aimait, de cet amour doux et muet qui était le seul qu'elle connaissait.

Elle aimait, tous les hivers, regarder la ville se couvrir de blanc et de cristal, comme une dame parée de diamants et de manteau d'hermine. Elle ouvrait de grands yeux émerveillés en voyant l'épaisse couche de neige sur les toits des maisons d'en face, et rêvait de s'y blottir, elle aussi. Elle n'avait pas peur du froid. Elle était née dans le froid, le vide et l'obscurité de cette maison. Elle n'avait pas peur du froid, et cette nappe moelleuse et pure étendue sur Londres l'attirait irrésistiblement.

Une année, la neige vint tardivement. Narcissa regardait tous les jours à sa fenêtre avec inquiétude, son cœur d'enfant serré par une angoisse qu'elle n'arrivait pas à définir. A qui s'en serait-elle ouverte, de toute manière ? Narcissa était une poupée de glace, jolie et pâle, qui ne parlait que quand on le lui demandait.

Quand la neige vint finalement, l'après-midi de Noël, Narcissa attendit que la couche de neige soit bien douce et bien épaisse, puis se glissa subrepticement dans le jardin. Elle courut dans la neige à perdre haleine, en saisit de pleines poignées dans ses doigts nus, rit de tout son cœur, de toute son âme, devant le spectacle fascinant de cette pluie blanche et duveteuse. De petites stalactites pendaient aux branches basses d'un arbre, et elle en brisa une pour la suçoter comme un sucre d'orge. Elle avait six ou sept ans, peut-être, les lèvres bleues de froid, les doigts blancs, et des étoiles pleines les yeux.

Quand sa mère totalement paniquée se rendit compte de son absence et alla la chercher dans le jardin, Narcissa grelottait désespérément et avait une forte fièvre mais, mi-délirante mi-rêveuse, elle n'avait pas cessé de sourire d'un air émerveillé.

Narcissa resta clouée au lit une bonne semaine, vite remise sur pieds grâce à la magie, alors qu'un Moldu aurait passé plus d'un mois à se remettre d'un tel coup de froid. Ce fut une sorte de parenthèse dans le temps, où elle avait un Papa et une Maman qui s'inquiétaient pour elle, où elle avait chaud et où elle était bien sous sa couette, où Bella jouait du piano sans râler pour lui faire plaisir, où Andy lui brossait les cheveux avec patience et douceur. Une toute petite bulle de chaleur et de confort, dans cette vie et cette maison glacées et trop vides.

Puis la santé lui revint, et l'hiver reprit ses droits sur sa vie. Mère la punit sévèrement. Père la sermonna avant d'oublier. Bella se moqua de sa bêtise, Andy la bouda tout simplement. Narcissa se retrouva toute seule à nouveau, dans le froid, à regarder la neige par sa fenêtre, à regarder les autres s'agiter dans cette grande maison toute froide. Narcissa se retrouva toute seule à nouveau, toute seule dans son petit monde de glace et de silence. Ça ne la dérangea pas. Elle était une enfant de l'hiver, et ce froid-là ne lui faisait pas de mal.

Narcissa grandit. Sage, jolie, obéissante, calme. Elle ne se fâchait jamais avec ses sœurs. Elle était polie avec les Rosiers, les Nott, les Malefoy et les Lestranges quand ils venaient manger chez eux. Elle et Lucius, les deux seuls enfants blonds, s'observaient d'un air curieux, souriaient poliment quand leurs parents disaient d'un ton faussement innocent qu'ils formeraient un couple charmant. Narcissa était petite mais elle savait déjà ce que ça voulait dire. Ça ne la dérangeait pas.

Lucius était gentil avec elle. Il aimait s'écouter parler et il s'emportait souvent quand il discourait sur la race des seigneurs et l'invasion de la vermine, mais il lui souriait timidement comme pour s'excuser, et il la laisser peigner ses cheveux. Il les avait jusqu'aux épaules, et ils étaient d'un blond étonnant, presque blanc, qui fascinait Narcissa.

Elle le trouvait beau, gentil, et courageux, parce qu'il s'était battu avec Andromeda un jour où elle avait osé le traiter de fillette. Mais elle ne le disait pas. Elle se cachait derrière ses longs cheveux blonds, souriait mécaniquement à ses parents. Sourire et se taire, elle avait bien retenu la leçon. Après tout, c'était ce qu'on attendait d'elle.

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Puis vint Poudlard.

Avec Poudlard vint la découverte, l'ahurissement. Le château était si grand, si riche, si plein de choses à découvrir. Il y avait des tableaux joyeux, là-bas, et des professeurs farfelus. Il y avait du bruit, aussi, et de la vie : tout le monde parlait, s'agitait, s'interpellait. Il y avait des soirées animées dans la salle commune, des gens qui riaient sans crainte de briser le silence, des cris et des appels, des conversations hautes et fortes, et plus de chaleur humaine que Narcissa n'en avait reçue de toute sa vie. Qu'importait Bella qui haranguait les autres Serpentard pour les inciter à la haine, qu'importait Andy qui se grisait de liberté et quittait les sentiers battus bien trop souvent pour que ça soit raisonnable. Narcissa était submergée par cette vie nouvelle, et très vite, elle l'adora.

Elle se fit des amis. Anabelle, Evangelina, Florantina : toutes Sang-Pures, et de bonne famille, bien sûr. Elle découvrit le violon, le violoncelle, la flûte traversière et la guitare. Elle découvrit l'Astronomie et la Divination, la Métamorphose et les Potions. Partout, elle excellait, et les professeurs chantaient ses louanges. Bella brillait par son caractère, Andy par sa soif d'aventure : Narcissa brilla par elle-même, par son intelligence, son calme, son raffinement, sa culture.

Évidemment, tout ne fut pas positif. Narcissa découvrit aussi les enfants de Moldus, les Sangs-de-Bourbe, leur ahurissement face à la magie et leurs remarques stupides. Elle se dit que Mère et Père avaient raison : ces gens étaient tellement bêtes, tellement bizarres, qu'ils ne pouvaient appartenir à leur monde. Des gens qui pliaient eux-mêmes leurs vêtements, s'effrayaient devant un Botruc, ou ignoraient jusqu'à l'existence même des Runes, comment pouvaient-ils espérer s'intégrer ? C'était déjà un miracle qu'ils aient survécus jusqu'à l'âge de onze ans.

Et l'audace avec laquelle ils lui parlaient ! Un Gryffondor de troisième année, lors de la première semaine de cours, l'appela « poupée » et lui toucha le dos. S'attendait-il à ce qu'elle lui retourne ses avances, qu'elle s'enfuit, qu'elle crie peut-être ? Narcissa était peut-être une princesse de glace et de neige, mais le froid n'a rien d'inoffensif. Elle jeta un maléfice qui rendit le garçon sourd et aveugle pendant plusieurs heures. Et tout le reste de l'année, le reste de la famille Black (du moins, ceux qui comptaient : Sirius semblait l'avoir reniée) harcelèrent le garçon de sorts vicieux et d'enchantements agressifs. Ainsi Narcissa établit sa supériorité sur ces sorciers inférieurs, puis les oublia, les dédaigna. Ils ne faisaient pas partie de son monde. L'hiver ne se soucie guère de la boue et de la vermine.

Narcissa continua à grandir, princesse de glace et de pureté. Elle savait toujours se taire quand il le fallait, savait toujours sourire avec douceur ou bien dédain, et s'habiller comme il convenait à son rang. Mais on ne passe pas sept ans à Poudlard sans en ressortir changé, ne serait-ce qu'un peu. En bien comme en mal.

Ainsi Narcissa apprit l'art du sarcasme, apprit l'art du mensonge, apprit l'art de la patience et de la manipulation. Elle apprit le duel, parce que Bella ne voulait pas que sa petite sœur se trouve démunie face aux brutes de Gryffondor. Elle apprit la tromperie, parce qu'Andy avait besoin d'elle pour couvrir ses nombreuses sorties nocturnes, quand elle avait rendez-vous avec son petit-ami dont elle ne donnait pas le nom. Elle apprit la stratégie, l'éloquence et l'observation, parce que Lucius se tenait toujours là, à la périphérie de son champ de vision, et qu'il était impossible de ne pas apprendre ses choses quand on vivait près de lui.

Lucius était le roi des Serpentard, et ce depuis qu'il avait treize ans. Il était beau, charismatique, riche et de Sang-Pur, certes : mais il était surtout rusé, brillant, et capable. C'était lui qui prenait la situation en main quand les Gryffondor tendaient un piège aux premières années de Serpentard, c'était lui qui donnait aux Préfets les instructions pour l'organisation des fêtes, c'était lui qui arbitrait les conflits dans la salle commune… Devenir le chef d'une Maison comme celle de Serpentard, ce n'était pas inné. C'était une fonction qui se créait, au fil du temps et des actes, et Lucius semblait taillé pour ça.

Narcissa tomba amoureuse comme on s'endort dans la neige : petit à petit, et puis tout d'un coup. Pas parce que Lucius était beau ou qu'il devenait puissant. Sans doute parce qu'il était toujours en partie ce petit garçon qui la laissait lui brosser les cheveux. Il la faisait rire, il la traitait avec respect, il admirait ce qu'elle accomplissait. Il ne la voyait pas comme un ornement. Il la voyait pour ce qu'elle était, elle, princesse de glace, de froid et de lumière. Ils allaient bien ensemble, tous les deux. La princesse distante et froide, et le prince hautain au regard glacé.

Narcissa était une enfant de l'hiver. Elle n'était pas la seule.

Lucius et elle furent fiancés par leurs familles quand la jeune fille eut quatorze ans. Peu de temps après, Andy fut fiancée au fils Rosier. Bella, la colérique et fière Bella, n'attirait encore aucun prétendant. Elle se proclamait trop ouvertement pour le Seigneur des Ténèbres, et même si secrètement beaucoup de Sang-Purs approuvaient les idées de ce Mage Noir, aucun n'était prêt à s'engager de manière définitive. Ils attendaient qu'une des grandes familles fasse le premier pas. Lucius, ou Regulus, ou Croupton, mais personne ne faisait mine de se proclamer ouvertement partisan de ce Voldemort. Narcissa ne s'y intéressait pas vraiment.

Seulement, un an après, Andy eu dix-sept ans et s'enfuit de la maison avec son petit-ami. Un Sang-de-Bourbe. Et là tout bascula. Brisé, le silence, brisée, la paix immobile qui régnait sur la maison. Mère hurlait. Père et Oncle Orion tempêtaient. Bella rugissait de colère et de douleur. Sirius, claquemuré dans sa chambre, essayait de se faire oublier. Reg tentait de disparaître derrière un livre qu'il tenait à l'envers. Et Narcissa pleurait, pleurait, pleurait.

Brisée, la poupée de glace. Brisé, le froid, la neige, la pureté. Qu'elle était laide quand elle pleurait ! Elle avait le nez rouge, les yeux gonflés, la gorge pleine de sanglots, les joues ruisselantes de larmes. Elle était laide, laide et brisée comme une poupée cassée, et elle ne pouvait pas s'arrêter. Elle pleurait pour tellement de raison qu'elle ne savait pas par où commencer. Elle pleurait car Mère était furieuse, car Bella avait le cœur brisé, car Sirius allait sans doute fuir un jour, car Andy était partie et qu'elle ne la verrait plus… Et elle pleurait parce qu'on ne brise pas comme ça des fiançailles avec les Rosier, et que les Black allaient leur offrir un prix de consolation. Elle. Alors Narcissa pleurait sur Bella, sur Andy et sur Sirius, mais aussi sur elle-même, sur Lucius, et sur cet avenir beau et brillant que finalement ils n'auraient jamais.

Elle écrivit une lettre à Lucius, une lettre qui n'avait rien de froid, pour lui dire qu'Andy était partie, que les Rosier allaient la prendre, qu'elle l'aimait, qu'elle était désolée. Lucius répondit qu'il allait s'arranger. Narcissa ne le crut pas. Et pourtant...

Et pourtant, au matin, les Rosier renonçaient au mariage. Comme ça, tout simplement. Bella fut peu de temps après « conviée » par le Seigneur des Ténèbres à rejoindre « ses nombreux partisans ». Narcissa n'était pas stupide, elle savait ce que ça voulait dire. Lucius avait demandé à lord Voldemort de décourager Rosier : en échange, il lui avait fourni une armée. Dans une société de Sang-Purs que seule retenait leur appréhension d'être pris, ça n'avait pas été difficile. Il avait suffi à Lucius d'être le premier soldat.

Narcissa se redressa, se remit à sourire, à se taire, à mentir et à vivre. Mais l'armure de glace était fracturée. Sa pureté, souillée. Quel prix Lucius avait dû payer pour la sauver de ce mariage ? Sa vie ? Son âme ? Celle de Bella ? Ça n'avait jamais dérangé Narcissa de n'être qu'un pion : après tout, elle avait toujours été indifférente au jeu. Mais ça n'était plus le cas. Ça n'était plus le cas parce que si le Seigneur des Ténèbres était devenu fort, à présent, c'était à cause de Lucius, à cause d'elle. Parce qu'à l'avenir, elle serait toujours souillée par le sang qu'il ferait couler. Parce qu'elle avait eu peur, parce qu'elle n'avait pas été assez froide, et qu'elle avait appelé Lucius à l'aide.

Une autre femme aurait pleuré ou se serait apitoyée sur son sort. Pas Narcissa. Elle contempla les faits et jugea qu'il était trop tard pour regretter. Lucius avait sacrifié beaucoup pour ce mariage. Et elle-même, n'était-ce pas son plus cher désir ? Alors, non, elle ne regretterait rien. Elle allait poursuivre sa vie. Seulement, elle allait s'arranger pour être forte, désormais. Pour ne plus être un pion. Pour que ni Lucius, ni Bella, ni personne n'ait à sacrifier quoi que ce soit pour elle.

Narcissa était une enfant de l'hiver. Devenue adulte, elle n'était plus un gracile flocon de neige, ou une poupée de glace timide et hésitante. Elle devint froide et belle et mortelle, à la résolution inébranlable, et d'une certaine façon, elle en fut la première surprise.

Le Seigneur des Ténèbres accroissait son pouvoir et sa violence. Plusieurs fois Lucius rentra blessé au Manoir. Plus souvent encore, ses mains tremblaient au retour de ses convocations par le Maître. Narcissa ne disait rien. Elle soignait les plaies, réchauffait les mains tremblantes, embrassait le front pâle et, toujours, ne disait rien. Elle avait peur qu'un jour Lucius ne rentre pas. Elle haïssait ce lord Voldemort qui leur avait pris la paix. Ils n'avaient jamais eu besoin de lui pour se débarrasser des Sang-de-Bourbe, elle s'en chargeait très bien elle-même quand elle avait onze ans ! Elle haïssait ce Mage Noir qui lui avait pris sa tranquillité d'esprit.

Et elle avait peur, si peur qu'il le découvre. Si peur qu'il la punisse, qu'il punisse Lucius. Alors elle se taisait. C'était une leçon qu'elle avait bien apprise.

Bella se maria, par convenance. Ce n'était pas à son mari qu'appartenait son cœur : c'était à son Maître, cet homme si froid et cruel et dément que Narcissa se demandait s'il avait encore quoi que ce soit d'humain. Le couple Malefoy vint à la cérémonie, félicita les époux, mais les mots sonnaient creux dans la bouche de Narcissa. Cette femme vêtue de blanc qui regardait sans cesse vers la sortie d'un air sauvage n'était pas sa sœur. Sa sœur, lord Voldemort la lui avait volée.

Lord Voldemort vola encore davantage. Un oncle éloigné, un ami trop intrépide, une vague connaissance : fidèles tombés au combat, Mangemorts déserteurs, ou simples sympathisants qui s'étaient montrés trop hésitants. Ils disparaissaient, tout simplement. Tous, un jour où l'autre, ils disparaissaient. Narcissa attendait, résignée, que ce soit le tour de Lucius, celui de Bella, celui d'Andy.

Ce ne fut aucun d'entre eux. Ce fut Regulus.

Reg, le cousin faiblard qui voulait toujours plaire à ses parents, qui jouait du piano avec elle et qui avait un rire si doux. Reg, qui n'avait jamais rien fait de mal… Narcissa vint à la cérémonie, même s'il n'y avait pas de corps à enterrer. Elle ne lâchait pas la main de Lucius. Elle priait pour qu'il ne soit pas le prochain. Ni lui, ni l'enfant qui grandissait en elle.

Lucius ne fut pas le suivant, et Narcissa eut un fils. Draco. Elle l'aima de tout son cœur, toute son âme, d'un amour qui n'avait rien de froid. Elle se promit que son fils ne grandirait pas dans un manoir glacé et silencieux, qu'il n'aurait pas pour compagnie que les livres. Elle le couvrit de cadeaux et d'amour, de peluches, de jouets, d'animaux de compagnie. Elle ne le quitta jamais des yeux, bien trop effrayée à l'idée de le perdre aux mains du Seigneur des Ténèbres.

Quand lord Voldemort disparu, ce fut comme si un nuage quittait l'horizon. « Ça y est », songea Narcissa. La vie qu'elle avait toujours voulue, avec son mari et son fils, se profilait devant elle. Un avenir libre de tout Mage Noir.

Bella alla à Azkaban, comme beaucoup d'autres. Y compris Sirius, son cousin chahuteur. Narcissa les laissa y aller. Princesse de glace immobile et digne, elle regarda toute cette société corrompue s'écrouler comme un château de cartes, sans tendre la main à quiconque. Elle ne témoigna qu'en faveur de Lucius, dans un procès gagné d'avance. Lucius avait le droit de mentir, il devait s'en sortir. Il n'avait pas eu le choix. Les autres, tous les autres… Ils avaient choisi Voldemort. Ils méritaient Azkaban. Pour avoir choisi ce monstre qui lui avait volé sa sœur, sa tranquillité d'esprit, l'avenir de son mari, oui, ils méritaient tous de grelotter dans les cellules gardées par les Détraqueurs. Avec une sombre satisfaction, Narcissa leur souhaita de goûter, à leur tour, au froid et à la peur.

oOoOoOo

Les années passèrent. Plus de Voldemort, plus de Mangemorts, plus de questions gênantes. Narcissa reprit sa vie telle qu'elle aurait dû être si Andy n'avait pas fui la maison. L'or ne manqua jamais, tout comme les marques de respects, les mondanités, les sourires : les rires sincères, les dimanches passés dans le parc au soleil, Lucius qui apprenait à Draco à voler sur un balai, les soirées à regarder le soleil se coucher comme s'ils étaient encore des adolescents, le bonheur. Narcissa n'était la reine de glace qu'aux yeux du monde. Elle savait aimer, à présent, aimer mieux et plus sincèrement que sa famille à elle ne l'avait jamais aimée, et elle s'était jurée que les siens ne connaîtraient jamais la froideur et le silence qui avaient bercé sa propre enfance.

Elle essaya d'avoir d'autres enfants. Elle n'y arriva pas, et ne les porta pas à termes, ni le premier, ni le deuxième. Lucius eut beau la consoler, Narcissa pleura longtemps ses enfants qui ne vivraient jamais. Et elle reporta tout son amour sur Draco, le seul à avoir vu le jour, le seul bébé qu'elle aurait jamais. Elle le gâta, le protégea, lui passa ses caprices : peut-être un peu trop. Mais au moins, son enfant n'aurait jamais à souffrir du froid d'une maison trop vide et du manque d'affection.

Draco alla à Poudlard. Ses lettres étaient nombreuses et enflammées, au début, insultant avec véhémence Potter qui lui volait la vedette : c'était la première fois que ça arrivait, et Draco était incapable de l'accepter. Le monde était si différent du manoir ! Narcissa ne se souvenait que trop bien du choc qu'elle-même avait vécu. Mais Draco n'était pas froid et réservé comme sa mère : il ne s'émerveillait pas devant ce changement, il ne s'abreuvait pas des connaissances offertes. Il essayait de faire coïncider ses découvertes avec ses propres certitudes et quand ça ne collait pas, il rejetait cette nouveauté, furieux contre le monde qui n'allait pas dans le bon sens. Narcissa souriait avec tristesse. Il lui rappelait Andy.

Et puis, une nuit, le Seigneur des Ténèbres revint.

Avec lui revinrent la peur et la soumission, le froid glacé de l'angoisse qui rôdait dans le manoir. Avec lui revinrent, ensuite, ses anciens fidèles, rendus encore plus effrayants par leur séjour en prison. Avec lui revint Bella, les yeux caves, les cheveux hirsutes, le regard dément. Avec lui revint la haine et la colère glacée de Narcissa, et l'impuissance. Qu'importaient les manigances de Dumbledore. Qu'importaient tous ces espoirs futiles fondés sur le fils au sang souillé des Potter !

Le Seigneur des Ténèbres était revenu. Le monde était à nouveau noir, froid et dépourvu de lumière. Elle ne pouvait plus qu'attendre. Cette fois, elle savait qu'il n'y aurait pas de miracle. Rien pour arrêter ce démon. Il continuerait, encore et encore, à clamer sang et morts et souffrances, et un jour il allait les emporter dans la tombe. C'était inéluctable.

Oui, il les emporterait dans la tombe. Lucius, Bella, Andy, Sirius, elle-même. Mais, même si elle devait en mourir, il n'aurait pas Draco. Il n'aurait pas son bébé.

Lucius dépérit, fut testé, envoyé en mission. Narcissa attendit au Manoir, priant Merlin et le Destin que son mari revienne, qu'il réussisse, qu'il ne soit pas puni. Lucius revint, mais revint vaincu, humilié, et fut emprisonné. Le Seigneur des Ténèbres, cruellement, décida alors de confier une mission irréalisable à Draco, simplement pour le plaisir de le voir échouer et en payer le prix. Le nom des Malefoy attirait à présent regards méfiants, chuchotements, et dédain : de la part des badauds comme des Mangemorts. Mais Narcissa ne baissait pas les yeux. Elle n'était plus une poupée de glace soumise et fragile. Elle était la reine de l'hiver, du froid et de sa morsure glacée : elle était reine de glace, inflexible et mortelle.

Elle était forte, et elle ne laisserait pas le Seigneur des Ténèbres lui prendre son fils.

Même si pour cela il fallut se jeter aux pieds de Severus Snape. Même si pour cela il fallut endurer les moqueries de Bella. Même si pour cela il fallut combattre l'envie d'écrire à Andy, de lui dire de fuir et de se cacher. Même si pour cela il fallut conserver un visage de glace quand leur Seigneur ordonna à Bella de tuer sa nièce, et qu'elle accepta avec empressement.

Narcissa regardait le monde s'écrouler, Draco pâlir et s'horrifier devant la tâche impossible qui lui était confiée. Elle ne cillait pas. Elle ne révélait rien. Elle travaillait son Occlumancie, tous les jours et toutes les nuits, pour cacher cette résolution froide et tranchante qui grandissait en elle. Pour cacher cette haine dévorante et féroce qu'elle éprouvait à l'égard de leur supposé Maître. Pour cacher l'envie qu'elle avait de le voir souffrir, s'écrouler, mourir.

Le Seigneur des Ténèbres avait déjà affronté une mère qui voulait protéger son enfant, et y avait laissé la vie. Si Narcissa avait son mot à dire, elle le ferait souffrir bien davantage.

Narcissa était une enfant de l'hiver, mais elle était bien davantage. Elle était l'hiver lui-même. L'hiver inflexible et sans pitié, l'hiver qui tue lentement dans son étreinte froide, sans que vous vous en rendiez compte : elle était l'hiver implacable à la morsure glacée, elle était le froid, la colère, la neige, le vent, le jour qui ne se lève pas, et le temps qui s'étire à l'infini. Elle était l'hiver, et rien ne pourrait l'arrêter quand elle irait chercher à la gorge de la créature qui lui avait volé son bonheur.

Draco échoua dans sa mission, mais le stratagème de Narcissa fonctionna, et Severus Snape assassina Dumbledore à place du jeune Malefoy. Bien sûr, il y eu des sanctions. Draco goûta au Doloris. Narcissa était dans la pièce d'à côté, à ce moment-là. Elle entendit son enfant hurler : puis ce fut le noir. Plus tard, elle apprit que Snape l'avait Stupéfixié. Il lui avait sans doute sauvé la vie.

Ça n'empêcha pas Narcissa de lui en vouloir. Férocement.

Le monde continua à sombrer dans les ténèbres et le froid. Mort et désolation, partout. Le Seigneur des Ténèbres envahissait leurs vies au point de prendre tout l'espace, régnant sur les pièces de leur manoir comme entre les murs de Poudlard, dans leurs cauchemars ou dans le regard terrifié de Draco. Il était grand, maintenant, Draco : mais pour Narcissa, il serait toujours son bébé, et elle le défendrait jusqu'à son dernier souffle comme une lionne, comme un démon. Alors, tandis que les jours passaient, que la peur s'enracinait dans le cœur des sorciers et que l'espoir disparaissait, Narcissa s'endurcissait. Sa résolution se faisait glaciale, acérée comme une lame. Elle allait tuer le Seigneur des Ténèbres pour ce qu'il lui avait pris, et rien ne pourrait l'arrêter.

Narcissa était une enfant de l'hiver. Personne ne survivait à sa colère.

Puis Potter revint. Pourquoi ? Comment ? Etait-il devenu fou, pour se jeter ainsi entre les griffes de son ennemi, à Poudlard en plus ? Narcissa l'ignorait, mais elle suivit le Seigneur des Ténèbres, comme ses autres fidèles, en songeant que ce garçon ne vivrait pas pour voir le lendemain. Ce n'était pas pour se battre qu'elle allait au château : c'était pour sauver son fils. Juste sauver son fils. Qu'importait qu'elle n'ait plus de baguette (elle la lui avait donnée, pour qu'il puisse se défendre…) : elle ne resterait pas dans son manoir alors que des Avada allaient voler aux oreilles de Draco au cœur de Poudlard.

Mais Voldemort ne lui permit pas d'aller chercher son fils.

Si c'était possible, la haine de Narcissa s'amplifia encore. Elle attendit à l'écart des combats, le cœur serré, terrifiée et glacée jusqu'aux os par l'angoisse, mais elle n'avait pas de nouvelles, et son fils ne venait pas.

Son fils ne venait pas. A la place, ce fut Potter qui répondit à l'appel du Seigneur des Ténèbres.

Ce ne fut pas une Sang-Pur ou une Serpentard qui regarda Harry Potter s'avancer face à lord Voldemort à cet instant. Non, ce fut par les yeux d'une mère que Narcissa vit cet adolescent désarmé s'avancer face au mage noir pour offrir sa vie en échange de celles des autres. Narcissa se dit qu'il était encore plus jeune de Draco. Elle se dit que c'était injuste. Elle se dit que c'était une raison de plus de tuer Voldemort.

Puis l'Avada Kedavra partit et Narcissa sentit son souffle froid. Comme le plus froid des hivers. Un hiver sans espoir et sans lumière.

Potter s'écroula.

Voldemort aussi.

Il y a de ces moments suspendus dans le temps où tout vous apparaît avec clarté. Tandis que Voldemort tombait, que tout le monde paniquait, se précipitait, Narcissa posa les yeux sur Potter qui était effondré par terre et songea : il le tuera pour moi. Il en est capable.

Si je le sauve, je sauve Draco.

Quand elle se pencha sur Harry Potter, sentit battre son cœur terrifié, sentit son souffle lent et délibérément faible, elle se pencha à son oreille et voulut lui dire qu'elle l'aiderait. Qu'elle voulait Voldemort mort. Qu'elle allait le sauver, qu'il n'était qu'un gamin, comme son enfant à elle. Au lieu de ça, elle murmura, à peine un souffle. Est-ce que Draco est vivant ? Est-ce qu'il est au château ?

Oui, murmura le souffle presque inaudible de Potter.

Narcissa expira profondément. Son armure de glace, tremblante et fissurée, se raffermit, se reconstruit. Narcissa redevint reine de l'hiver, froide et pâle et inflexible, et quand elle se tourna vers Voldemort, ses yeux étaient glacés. Sa vengeance, elle allait l'avoir. Enfin.

– Il est mort !

Elle regarda Voldemort dans les yeux, lui jeta son mensonge au visage, et il la crut. Trompé par l'armure de glace, des années de haine et de froideur, la servitude feinte, ou bien sa propre arrogance, il la crut, et Narcissa se permit un mince sourire glacé tandis que les Mangemorts célébraient avec de grands cris d'allégresse et des tirs de sortilèges colorés.

Qu'ils célèbrent tant qu'ils le pouvaient encore. Elle avait gagné.

Elle était l'hiver, et personne ne pouvait l'arrêter.

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Ooooh, j'adore ce chapitre. Narcissa est badass. Sérieusement. Je devrais écrire plus sur elle...

Enfin bref. Une petite review pour donner votre avis ?

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