Note de l'auteure : Et voilà le chapitre que vous attendiez tous ! Vous étiez curieux de savoir comment j'allais traiter le sujet de Poufsouffle, hein ? x) J'avoue que moi aussi, parce que c'est chaud patate. Mais bon, finalement, je me suis éclatée x) J'adore cette Maison. Pottermore m'a mis à Serpentard mais j'aurais été ravie d'être à Poufsouffle.

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Réponses aux reviews !

Salut Varbo93 ! Oui, les Serdaigles c'est cool, et c'est une Maison qui méritait carrément d'être sous les feux des projecteurs un petit peu... Et j'ai changé Al' et l'Ankou de Maison, du coup x) Sauf qu'ils ne sont plus Al' et l'Ankou mais Al et Scor, pour cette fic. Mais ils restent quand même inoubliables, à squatter les salles communes et à renverser les clichés de leur Maison. Je suis contente que ça t'ai plu !

Merci Hiyoru ! Ca faisait un bail que je ne t'avais pas vu sur cette fic dis donc xD Oui, Serdaigle est trop souvent écartée en faveur de Gryffondor ou Serpentard... Alors que c'est un des piliers de l'école !

Hey Rose-Eliade ! Ah, DGM, mon premier vrai manga ! Tu es une fan de Krory alors ? Ou des histoires d'amour tragique ? Et oui, les Serdaigles méritaient leur propre chapitre x) Tu es sur Pottermore ? Si oui, quelle Maison ?

Affirmatif Lulu-folle ! Ce chapitre est celui de Poufsouffe, et celui d'après sera sur Serpentard. Je traite équitablement les quatre Maison, du moins j'espère x)

Hello Imthebest ! Ouais, Naima est toujours une brute à tendances compétitives, peu importe la fic xD Et j'ai pas pu résister à la ramener dans cette fic-là... Quant à Al et Scor, pas moyens qu'ils soient banals ces deux-là ! Et pis, même dans Renouveau, ils auraient été très bien à Serdaigle...

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Voilàààààà ! Allez, je vous laisse savourer le chapitre. Le prochain portera sur Serpentard et, euh, je e sais pas quand je le posterai, ça dépendra de mes exams, mes révisions, et celles de ma Bêta x)

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Disclaimer ! L'inspi du kiwi :

« naive: in defense of hannah abbot » (AO3, diregewithoutmusic) pour les loups cachés parmi les moutons.

« wallflower: in defense of susan bones » (AO3, dirgewithoumusic) pour les Bones.

Un post (Tumblr, My Perfume Doubles As Mace, theappleppielifestyle) pour la colère de celles qu'on ne prend pas sérieusement.

Un autre post (Tumblr, …) pour le conseil de ne pas chercher la bagarre avec les Poufsouffles.

Un autre post (Tumblr, …) pour la cuisine Moldue.

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Poufsouffle

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Poufsouffle était une bonne Maison, une Maison honnête et courageuse, dont les élèves n'étaient pas dénués d'intelligence ou de sens de l'humour. Pourtant les Malefoy commencèrent à la dénigrer peu après l'apparition du Code du Secret, quand il fallut adhérer à la Maison de Serpentard et dédaigner ceux qui n'avaient pas de hautes aspirations. Les Serdaigle pouvaient espérer être des érudits, les Gryffondor des héros : mais les Poufsouffle voulaient surtout être des gens décents, et ça, n'était-ce pas ridicule ? Les Serpentard ricanaient, les Malefoy ricanaient avec eux, et au bout d'une ou deux générations leur mépris devint réel et non feint.

Les Malefoy firent mine d'oublier Oprah Malefoy, championne de duel : ou Livio Malefoy, qui lança leur élevage de chevaux ailés : ou Celestia Gaunt, née Malefoy, qui inventa de terribles maléfices qui sont toujours consignés dans les grimoires de magie noire de Poudlard. Les Malefoy apprirent à dédaigner Poufsouffle. Des moutons, disaient-ils. Des moutons, murmuraient les élèves dans les couloirs, et parfois même un professeur qui pourtant aurait dû savoir mieux. Des moutons, avaient reniflés les Mangemorts avec mépris sous le règne de Voldemort. Ils avaient tort, ils avaient tous tort.

Loyauté. Equité, justice. Honnêteté. Travail, effort, talent. C'étaient les traits de la Maison Poufsouffle, et aucun d'entre eux n'était honteux.

Cédric avait été le parfait Poufsouffle. Droit et généreux, mais juste, déterminé. Courageux, et obstiné, et intelligent : mais il n'avait pas été réparti à Gryffondor ou Serpentard ou Serdaigle, il avait été envoyé à Poufsouffle, et il leur avait fait honneur. Il avait été loyal, jusqu'à la mort. Il avait recherché la justice et l'équité, même à son désavantage, parce c'était ce qui était bien. Voldemort ordonna "tue l'autre" comme s'il ne comptait pas, parce que pour tant de gens, les Poufsouffle ne comptaient pas. Mais Cédric avait été quelqu'un de bien, Cédric avait été un héros.

Amélia Bones fut une Poufsouffle. Elle défia Voldemort et s'opposa à son régime. Elle avait grimpé les échelons du Ministère parce qu'elle était intelligente, capable, acharnée, parce qu'elle était une Poufsouffle. Quand Voldemort vint la chercher, elle ne mourut pas facilement. Ce fut un combat terrible, dirent les gens du Ministère en frissonnant. Elle était une Poufsouffle. Qui oserait l'appeler mouton ?

Nymphadora Tonks était une Poufsouffle. Osez l'appeler mouton, osez l'appeler conformiste. Osez l'appeler gentille. Tonks était une Poufsouffle, mais elle était aussi une Black, et elle était féroce, elle était féroce et énergique et brave, et elle le fut jusqu'à sa mort.

Susan Bones, la nièce d'Amélia, se réveilla la nuit pendant des années avec le cœur dans la gorge, imaginant sa tante tuée. Elle savait que le combat avait été terrible. Elle connaissait chacun des sorts, chacune des stratégies de sa tante. Susan Bones passa un an sur la route, dans la faim et la peur, sous le règne de Voldemort. Elle revint à Poudlard pour la Bataille finale, en ressortie touchée à la jambe et boitant pour le reste de sa vie. Elle se hissa quand même à la tête du Département de Justice Magique en grimpant les échelons un par un. Qu'on ose l'appeler un mouton : Susan non plus ne s'en laissait pas conter.

Zacharias Smith le Poufsouffle devint Auror, un terrible Auror aussi connu pour ses stratégies que pour ses terribles engueulades avec son supérieur, Harry Potter. Justin Finch-Fletchley devint Directeur du Département des Accidents et Catastrophes Magiques, et, avec Hermione Granger, réinventa les miroirs ensorcelés pour en faire une version sorcière du téléphone portable.

Alors, quand le Choixpeau posé sur la tête de Callistia Malefoy cria « POUFSOUFFLE ! », la petite fille s'obligea à redresser la tête, et marcha jusqu'à la table des jaunes et noirs en défiant toute la Grande Salle du regard.

Ça ne fut pas facile, au début. Callistia était une fillette sociable et intelligente, comme sa mère. Elle avait hérité de ses cheveux châtain tirant vers le blond et de son visage doux, mais ses yeux gris argent et quelques-uns de ses traits racés criaient Malefoy à quiconque la regardait. Elle était une Malefoy et elle était toute seule pour la première fois de sa vie. Elias Greengrass et Megane Olson, ses amis d'enfance, avaient été envoyés à Serpentard et Serdaigle. Leah Mevil, la gamine avec qui Callistia avait partagé ses bonbons dans le Poudlard Express, avait atterri à Gryffondor, comme Lily Potter et Hugo Weasley. Quand Callistia se levait le matin, elle voyait le visage de gens avec lesquels elle n'avait pas grandi, et qui pour la plupart la fixaient avec un mélange de curiosité et de méfiance. Elle était une Malefoy et ça ne s'oubliait pas.

Ses parents lui envoyèrent une lettre. « Ce n'est pas grave», disaient-ils, comme si c'était une erreur de parcours, une faute, une tare. Ils lui disaient qu'ils l'aimaient, qu'ils comptaient sur elle, qu'elle serait brillante, mais il y avait ces mots dans le deuxième paragraphe, juste entre leurs recommandations pour l'année et leurs mots de tendresse. Ce n'est pas grave. Callistia déchira la lettre et la jeta au feu.

Son cousin Teddy, lui, envoya des félicitations. Il dit qu'il avait été à Poufsouffle, et sa mère et son grand-père aussi, et qu'ils avaient été braves et forts et talentueux et héroïques. Il lui dit que plein de sorciers et sorcières célèbres avaient été à Poufsouffle. Il lui dit qu'il y avait trois passages secrets dans la salle commune, un qui menait à l'étage, un qui menait aux cuisines, et le deuxième qui descendait jusqu'à une galerie souterraine et qu'il n'avait jamais exploré jusqu'au bout. Il lui dit qu'il l'aimait et était fier d'elle.

(Callistia plia la lettre et la garda bien serrée contre son cœur, toute la journée, puis toute la journée suivante, jusqu'à ce qu'elle se sente mieux).

Le Choixpeau lui avait offert Gryffondor, mais Callistia refusa de croire qu'elle avait fait le mauvais choix. Elle ne voulait pas donner l'impression qu'on la prenait en pitié alors elle refusait de s'asseoir avec Albus et Scorpius et leurs amis de Gryffondor. Elle, elle n'avait pas d'amis : elle lisait souvent seule dans son coin, travaillant plus dur que tous les autres pour leur prouver que ce n'était pas l'ourlet jaune de sa robe qui lui ôterait sa valeur. Elle dominait sans effort toute sa promotion en Sortilèges, en Métamorphose, en Potions. Elle grondait et sifflait d'un ton bas des menaces, quand un Serdaigle la bousculait en Botanique. Elle rendait les coups de coudes des Gryffondor, en Défense, et elle répondait aux regards méprisants des Serpentard avec sarcasme et tout le fiel qu'elle avait hérité de ses grands-parents.

Si on devenait trop agressif envers Callistia, ses camarades Poufsouffle intervenaient, empêchaient que ça dégénère : et si l'autre sortait sa baguette, les Poufsouffle faisait de même. On ne pouvait pas leur ôter ça, ils étaient loyaux. Mais les coups de coudes et le dédain, ça, ils laissaient faire. Ils y étaient habitués. Callistia n'y était pas, alors elle se battait. Et elle se battait seule. Très bien, ça lui convenait. Qu'on ne commette pas l'erreur de croire qu'un blaireau était sans défense. Ils avaient des griffes, ils avaient des crocs : mais Callistia était aussi une Malefoy, et elle avait leur venin. Moqueries acerbes et remarques tranchantes, poison glissé dans chaque sourire, le fiel sur le bout de la langue : Callistia était une Poufsouffle, Callistia était une Malefoy, et s'ils essayaient de lui faire mal, alors ils allaient en baver.

Il y eut des croche-pieds de la part de James Potter, qui l'appela Calli-la-blaireaute (et récolta un Maléfice d'Hémorroïdes). Il y eut les soupirs de Leah, qui disait « quelqu'un comme toi, à Poufsouffle, quand même… » ("J'ai refusé Gryffondor", fit Callistia d'un ton sec. "Ça manquait de classe."). Il y eut les ricanements de Juan et les imitations de chien de Mandy, il y eut les bousculades et les reniflements méprisants, et il y eut les murmures, encore et encore. Moutons, disaient-ils. Des moutons, des laissés pour compte, des déchets, ceux que les autres Maisons ont refusés. Callistia entendait et songeait à toutes les fois où ses parents avaient dit quelque chose de moqueur sur Poufsouffle, et où elle et Scorpius et Orion avaient ri pour faire comme les grands. Callistia entendait et elle relevait la tête et fendait la foule, se frayant un passage à coups d'épaules. Callistia entendait et elle refoulait ses larmes, parce qu'elle n'avait que onze ans et que les gens étaient méchants avec elle à cause de la couleur de son blason.

Un jour un garçon dit à Callistia que sa colère était mignonne, et cette fois Callistia lui envoya son poing dans la figure. Plus tard, dans le bureau de Neville Londubat qui les toisait avec sévérité, elle essaya d'expliquer avec des mots qu'elle n'avait pas encore qu'elle en avait assez de ne pas être prise au sérieux parce qu'elle était une fille, parce qu'elle était une Poufsouffle, parce qu'on l'appelait mouton. Londubat lui expliqua avec patience qu'elle devait être courageuse et bien se tenir. Elle ne le laissa pas finir et sortit en claquant la porte.

– Je ne suis pas vous, lui cracha-t-elle au visage. Et je ne ramperais pas parce que vous croyez que c'est ma place.

Londubat lui donna trois heures de colle, mais Callistia ne revint jamais sur ses mots.

En décembre, Callistia voulait tellement rentrer chez elle, ne plus faire partie du bas de l'échelle et être regardée comme quelqu'un qui ne comptait pas. Et puis elle songeait aux lettres trop polies de ses parents, à leur gêne que les mots ne cachaient pas complètement, à cette petite blessure dessinée en jolies lettres à l'encre noire, « ce n'est pas grave ». Le regard sur elle ne changerait pas si elle rentrait à la maison : seulement les gens qui poseraient sur elle leurs yeux désolés et méprisants. Elle rentra chez elle quand même.

Elle rentra chez elle et sentit les serpents se nouer dans son ventre à chaque fois que ses parents évitaient le sujet. Ils regardaient Scorpius avec confiance, Orion avec espoir, et Callistia avec amour, mais elle avait l'impression qu'ils ne comptaient plus sur elle pour les rendre fiers. Ils regardaient vers l'avenir, leur héritage, leurs fils, et Callistia les regardaient avec la gorge et les poings serrés à s'en faire mal. Elle rentra à Poudlard avec la rage au ventre et les mots qui ne réussissaient pas à sortir pour exprimer son sentiment d'injustice.

Callistia croisait souvent la petite Lily Potter dans les toilettes des filles, tressant nerveusement ses cheveux ou bouquinant assise sur un siège fermé. Lily se cachait, ici. Callistia échangeait avec elle un regard dédaigneux et elle partait sans rien dire. Elle ne savait pas de quoi Potter-la-parfaitement-répartie pouvait avoir peur, mais Callistia avait décidé de ne pas se cacher dès l'instant où le Choixpeau avait scellé son destin.

Avant les vacances de Noël, Lily était juste nerveuse. En janvier elle avait les yeux rouges, et faisait ses devoirs dans la Grande Salle et non dans sa salle commune. En février elle regardait derrière elle et essayait de se coller à Albus le plus souvent possible, évitant James qui se montrait terriblement jaloux. En mars Callistia entra dans les toilettes pour voir une baguette brisée en deux par terre : puis elle leva les yeux et vit un septième année de Gryffondor rouge de colère qui tenait Lily par le cou, soulevant du sol comme si elle ne pesait rien la petite rouquine au visage blanc de peur et au bras cassé par une résistance futile.

Callistia était en colère contre le monde. Elle était une Malefoy, elle était une Poufsouffle : elle avait des crocs et des griffes et du venin à revendre, et la baguette lui démangeait depuis la première moquerie entendue dans les couloirs.

(Les Aurors embarquèrent le garçon, après, quand Callistia eut emmené Lily à l'infirmerie et calmement informé l'infirmière de ce qui s'était passé. Ils l'embarquèrent, mais ils durent passer par St Mangouste avant, et plus tard l'un des Aurors déclara à Callistia qu'ils l'embauchaient quand elle voulait.)

Harry Potter dit à Callistia qu'elle était brave, et elle aurait voulu lui cracher au visage qu'elle n'était pas une Gryffondor. Elle était une Poufsouffle. Rentrez-vous ça dans le crâne.

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Les Malefoy avaient appris à dédaigner Poufsouffle. Des moutons, disaient-ils. Des moutons, murmuraient les élèves dans les couloirs, et parfois même un professeur qui pourtant aurait dû savoir mieux. Des moutons, avaient reniflés les Mangemorts avec mépris sous le règne de Voldemort. Ils avaient tort, ils avaient tous tort.

Loyauté. Equité, justice. Honnêteté. Travail, effort, talent. C'étaient les traits de la Maison Poufsouffle, et aucun d'entre eux n'était honteux.

(Le sablier comptabilisant les points des Poufsouffle, à Poudlard, est rempli de diamants : il est poli et réparé à chaque fin d'année, car les diamants sont les seules pierres précieuses qui rayent le verre de manière si visible. C'est le matériau le plus dur sur Terre, et c'est le matériau qui représente et compte les points de la Maison des jaunes et noir. Je ne pense pas que ce soit un hasard.)

Il y avait cette règle implicite à Poudlard : ne cherchez pas la bagarre avec les Poufsouffle. Les Poufsouffle se rebellaient. Ils n'avaient pas besoin d'être tous des lions. Ils étaient juste nombreux, et unis, et loyaux, et plus solidaires que ne le seraient jamais les Gryffondor ou même les Serpentard. Vous n'aviez pas à craindre une armée de lions menée par un agneau : mais une armée de moutons menée par un lion ? C'était une chose redoutable. Ne cherchez pas la bagarre avec les Poufsouffle : il en suffisait d'un qui sorte les crocs, et tous les autres se rangeaient derrière.

Ted Tonks était un Poufsouffle et un Né-Moldu. Il aurait été facile pour les Black de demander à un ou deux élèves de Serpentard de faire de sa vie un enfer, quand ils découvrirent qu'Andromeda s'était abaissée à ce niveau. Ils ne le firent pas. C'est une leçon que les élèves mettent un certain temps à apprendre, mais qui reste enracinée en eux : ne cherchez pas la bagarre avec les Poufsouffle. Ils n'ont l'air de rien mais si vous menacez un petit première année, vous aurez sept classes d'élèves en colère qui vous tomberont sur le dos. Les Poufsouffle veillent les uns sur les autres plus encore que les Serpentard, pourtant connus pour leur terrible unité.

Les Serpentard assumaient que chaque membre de leur Maison sait se débrouiller : et, au sein de la salle commune, tous les coups étaient permis. Le Serpentard qui laissait bêtement se dévoiler une faiblesse devant les autres serpents était moqué sans merci, pour lui apprendre à se méfier. Et parce que les enfants sont cruels, aussi.

Les Poufsouffle étaient unis. Ils veillaient les uns sur les autres du coin de l'œil et n'assumaient rien du tout à propos de leurs camarades. Que ceux-ci soient de gros durs ou des enfants intimidés, ils étaient toujours non loin de là, prêts à présenter un front uni à l'idiot qui oserait chercher des ennuis. Chez les Poufsouffle, on se faisait confiance. Pleurer dans la salle commune des Serpentard vous vaudrait des moqueries (bien sûr, après que vos camarades de dortoir aient étripé celui qui vous a fait verser des larmes). Pleurer chez les Poufsouffle vous vaudrait d'être consolé, éloigné de l'agitation par un ami bienveillant, et emmené aux cuisines pour boire un chocolat chaud et parler si vous en avez envie. Si vous ne vouliez pas partager votre peine, tant pis. Les Poufsouffle savaient se contenter du silence, et changer de sujet pour vous rendre le sourire.

Ted Tonks aurait pu être à Gryffondor. Il avait l'humour, le courage et la soif d'aventure. Il amena des stylos à Poudlard et ne recula pas devant les Serpentard qui se moquaient de ses fournitures Moldues. Mais Ted était un Poufsouffle, parce qu'il était loyal et recherchait la justice et l'équité. Parce qu'il pensait que l'éducation devrait être offerte à tous, et que onze ans c'était bien trop jeune pour être placé dans une Maison qui cultivera seulement certains traits de votre personnalité.

Ted Tonks était aussi à Poufsouffle parce qu'il était Né-Moldu.

C'était une chose dont un Choixpeau se moquait comme de sa première déchirure mais c'était un élément que les enseignants prenaient en compte, quand Lord Voldemort gagnait en influence et en puissance, et qu'ils devaient convaincre les parents de Nés-Moldus de laisser leurs enfants aller à Poudlard. Ils leurs parlaient des quatre Maisons, des qualités qu'elles possédaient, et de leurs défauts. Chez Gryffondor ou Serpentard, la gloire comptait : il fallait sans cesse prouver sa valeur, surtout si on n'avait pas de noble lignée derrière soit, à Serdaigle, il fallait être brillant.

A Poufsouffle, il suffisait d'être honnête et loyal et juste, et les gens vous respectaient en tant que personne, et pas à cause de votre nom ou de vos notes.

(Poufsouffle fut toujours extrêmement tolérante envers les Nés-Moldus. Leur monde étrange fournissait un sujet de conversation, et le partage des connaissances facilitait les amitiés. Les fournitures Moldues étaient utiles, mine de rien : papier, stylos, calepins, crayons, gomme, casse-têtes chinois… La nourriture était un bonus. Parfois on menait les Nés-Moldus jusqu'à la cuisine et on leur demandait de commander aux elfes pour créer un plat typique de leur monde. Lasagnes, chili, poulet au miel, macaronis au fromage… Les elfes cuisinaient des quantités industrielles, et toute la Maison se retrouvait attablée en cuisine, s'étonnant et se régalant tandis que le Né-Moldu chef cuisinier se rengorgeait avec fierté.)

Il y eut des Poufsouffle célèbres. Des Ministres de la Magie, des inventeurs, des Aurors, des journalistes, des Langue-de-Plomb, des directeurs de Département au Ministère de la Magie, des notables, des juristes. Il y eut très peu de mages noirs, mais il y en eut quand même.

Mais il y eut de grands sorciers et de grandes sorcières à Poufsouffle : et certains d'entre eux étaient des Malefoy.

Oprah Malefoy fut Poufsouffle et, à l'époque, fut la disgrâce de sa famille. Oprah se fit toute petite durant sa scolarité, peut-être honteuse, peut-être triste, certainement les deux. Elle ne se fit connaître que deux ans après, voyageant à travers le monde pour améliorer ses compétences de duel. Elle revint en Grande-Bretagne championne internationale, et écrivit un livre sur le duel : un ouvrage épais, complexe et précis, une véritable perle pour les duellistes de compétition. Flitwick en posséda un exemplaire dans sa bibliothèque.

Livio Malefoy naquit avant que la doctrine Puriste ne corrompe sa famille, et c'est avec déception mais sans scandale que ses parents apprirent qu'il avait été envoyé à Poufsouffle. Livio eut une scolarité exemplaire, et quand il reprit les rênes de la famille, il se lança dans l'élevage de chevaux ailés. Il créa un haras qui fit la renommée des siens, que possèdent encore ses descendants, et qui fit doubler la fortune des Malefoy en moins de dix ans.

Celestia Malefoy fut l'aînée des enfants de Septimus Malefoy le manipulateur : l'aîné d'une fratrie de quatre, une fille et trois garçons, chacun réparti dans une Maison différente. Celestia alla à Poufsouffle, et devint une sorcière brillante, férocement loyale, qui inventa plusieurs maléfices de défense. Plus tard, elle épousa Lowell Gaunt, et si elle avait déjà mis un pied dans la magie noire, elle y mit le deuxième. Elle tua son mari de ses propres mains.

Mais les Malefoy apprirent à se plier aux exigences de la société et à rechercher Serpentard plutôt que toute autre Maison. Ils apprirent à dédaigner Poufsouffle et à murmurer le mot mouton, à ricaner quand on parlait de blaireaux, et à snober les élèves qui portaient le jaune et le noir. Les Malefoy s'éloignèrent de Poufsouffle au point de dédaigner leurs valeurs de loyauté et de justice, et de se moquer de la notion d'équité, et de dire que l'honnêteté était bonne pour les perdants.

L'honnêteté est bonne pour les élèves talentueux. Ceux qui n'ont pas besoin de tricher pour réussir. Loyauté, équité, travail, talent : c'étaient les traits de Poufsouffle. Les Poufsouffle n'avaient pas besoin de s'accrocher à une qualité particulière (courage, sagesse, ambition) pour se distinguer, parce qu'ils étaient bons. Parce qu'ils étaient doués.

Parce qu'ils étaient des enfants, de toute façon, et qu'ils méritaient une chance d'être traité sur un pied d'égalité avec leurs pairs.

Les Malefoy avaient appris à dédaigner Poufsouffle et à murmurer mouton, mais un jour on leur mit les yeux en face des trous et ils ravalèrent leurs moqueries et leur venin. Les Malefoy avaient appris à dédaigner Poufsouffle : eh bien, ils firent comme tout le monde, ils désapprirent.

La Maison de Poufsouffle était l'une des quatre de Poudlard, et elle était digne d'être respectée.

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La Maison Poufsouffle était digne d'être respectée, et il fallut Callistia Malefoy pour que les gens finissent par l'admettre, à grands coups de maléfice et de remarques cinglantes. Elle arpentait les couloirs comme si elle les possédait et défiait du regard les gens d'en dire autrement, et sur l'ourlet de ses robes s'étalait le jaune et le noir dont personne ne se méfiait assez.

Les élèves, et parfois un professeur qui aurait dû savoir mieux, murmuraient moutons et laissés pour compte, les inutiles, ceux que les autres Maisons ont refusé. Callistia ne se taisait plus et ne refoulait plus de larmes désormais. Elle les fixait droit dans les yeux jusqu'à ce qu'ils détournent le regard en premier.

Nous ne sommes pas des laissés pour compte, proclamaient ses yeux gris et durs et ses pas fermes dans les couloirs. Vous pensez que nous sommes vos exclus, vous pensez que nous sommes ceux qu'aucune Maison ne voulait prendre.

Eh bien voilà un indice pour vous, enfoirés. C'est une histoire de choix. La baguette choisit le sorcier mais le sorcier choisit sa Maison. Quand le Choixpeau est posé sur votre tête, il ne vous interdit aucun chemin, il les offre à vous.

Nous ne sommes pas vos rebuts, nous ne sommes pas vos déchets, nous ne sommes pas vos moutons. Nous sommes les gamins qui n'avons pas voulu de vous.

Ils appelaient les Poufsouffle gentils. Doux. Ils disaient d'elle, au début et en riant un peu, qu'elle était une petite têtue, mais qu'elle était bien mignonne. Ils l'appelaient mignonne, avec leur ton paternaliste et leurs regards méprisants. Ils pensaient qu'aucun loup ne vivait parmi les moutons : elle leur prouva qu'ils avaient tort. Ils apprirent à l'appeler forte, et juste, et fière. Ils apprirent à lui parler d'égale à égale et à ne plus rire quand les gens autour d'eux se moquaient des blaireaux. Ils apprirent que si on soulève la peau de mouton, on se retrouve face à face avec une gueule pleine de crocs. Il n'y avait jamais eu de mouton : seulement des aveugles qui s'en étaient persuadés.

Après l'histoire avec Lily, Callistia se mit à s'asseoir avec Scorpius et Albus. Autour d'elle vinrent s'assoir la cadette Potter, qui fixait la jeune Malefoy avec admiration Elias et Megane, qui osaient enfin braver la différence de Maison et puis en vinrent d'autres, des Poufsouffle qui se mirent à engager la conversation avec Callistia, à l'intégrer parmi eux, et très vite à suivre son exemple. Callistia fit leur connaissance avec plusieurs mois de retard, mais mieux valait tard que jamais. Elle salua Cyrius Macmillan, Theresa Stebbins, Edmund Summers, Jonathan Zeller, Stella Wenlock : ils rirent et discutèrent et la regardaient avec respect, et Callistia redressa la tête avec un peu plus de fierté.

Quand il y eut des moqueries, la fois suivante, Lily se redressa de toute sa taille de gamine, tremblante de rage, et ordonna à l'autre élève de lui répéter ça en face. L'autre était un idiot, et il se moqua d'elle. Avant qu'un prof ait pu ouvrir la bouche, l'insolent faisait face à un James Potter écumant de rage, Scorpius et Albus et un maléfice australien qu'ils venaient tout juste d'apprendre, et une demi-douzaine de Poufsouffle dont les yeux lançaient des éclairs.

Petit à petit, au cours des mois et puis des années, les murmures de moutons et de laissés pour compte se turent sur le passage de Callistia Malefoy, et puis sur le passage des Poufsouffle, et puis sur le passage de leurs amis. Petit à petit les murmures se turent, et si un jour un idiot s'avisa de les ressortir, nul ne rit et plus d'une baguette fut brandie.

Et Callistia Malefoy arpentait les couloirs, le blason de Poufsouffle sur sa poitrine et toute la fierté du monde dans ses yeux gris.

Lily Potter se mit à suivre Callistia partout et elles finirent par devenir amies, plus ou moins, à grand coup de disputes, de menaces, de révisions, de leçons de morales et de crises de larmes ou de colère. Lily devait rebâtir sa foi en l'humanité qu'une grosse brute avait détruite avec des mois de harcèlement et un bras cassé. Alors Callistia la traîna derrière elle partout où elle allait, et lui appris à être forte et à dire non et à se tenir droite. Elle lui apprit à voir ce qui était juste et à rugir de colère. Parfois Lily s'étonnait un peu naïvement que Callistia rompe le cliché des Poufsouffle paisibles. Les blaireaux sont comme des ours, disait la jeune Malefoy avec férocité. Tu tiens vraiment à te mettre un ours à dos ? Alors Lily se taisait, apprenait à se tenir droite, à ne pas détourner les yeux, à fermer le poing comme il fallait pour frapper, à se défendre avec des mots et puis avec des sorts. Callistia la secoua et lui mit son destin entre les mains, à cette gamine morte de peur, et Lily se ramena toute seule à la vie.

Callistia était une Poufsouffle. Elle ne faisait pas le job pour les autres. Elle leur donnait les moyens et leur disait de travailler dur. Aristote Brocklehurst l'observait passer dans les couloirs, pensif, et déclara un jour qu'Helga Poufsouffle était probablement du même bois.

(Devant la stupeur de ses collègues, il expliqua avec un mince sourire qu'il fallait avoir possédé un sacré cran pour s'imposer comme l'égale de Serpentard et Gryffondor et Serdaigle et leurs egos monumentaux…)

Leah Mevil finit par admettre que Poufsouffle n'était pas si mal. Callistia haussa un sourcil, et lâcha d'un ton d'évidence qu'il faudrait être le dernier des arriérés pour ne pas s'en rendre compte. Leah accepta le reproche avec un sourire contrit, et elle accepta aussi les reproches suivants, jusqu'à ce que Callistia excuse sa bêtise. Elles redevinrent amies.

Les Poufsouffle, ça pardonne. Mais il ne faut pas oublier que le pardon, ça se cherche, et ça se mérite.

Stella Wenlock, jadis binôme réticente de Callistia durant leurs cours de Potions ou de Sortilèges, se mit à lui parler, d'abord par politesse puis avec un réel intérêt. Stella était une fille intelligente, brillante même, dotée d'un côté intrépide et d'une grande loyauté. Elle était jolie, aussi, avec son visage mutin, ses yeux chocolat, son teint hâlé, et ses longs cheveux très blonds qui ondulaient quand il pleuvait. Petit à petit, elle et Callistia devinrent inséparables. Elles faisaient leurs devoirs ensemble, mangeaient ensemble et le soir, dans la salle commune, elles passaient des heures à brosser les cheveux l'une de l'autre, essayant des coiffures originales et appliquant des huiles de soin jusqu'à ce que leurs chevelures respectives soient soyeuses et brillantes comme de la soie.

Autour d'elles s'assembla un large groupe, majoritairement composé de Poufsouffle mais avec aussi des membres d'autres Maisons : Callistia et Stella en étaient le cœur. Elles n'étaient pas aussi indissociables que Scorpius et Albus, mais quiconque les voyait marcher au même pas et s'effleurer le bout des doigts en se passant des notes pouvait deviner l'intensité de leur relation. Stella Wenlock fut le premier amour de Callistia Malefoy, elle fut son premier baiser en sixième année, sa première fois durant l'été après leur septième année. Callistia ne le dit à personne, parce que cette histoire-là ne regardait pas les Malefoy ni même les Poufsouffle. C'était à elle, rien qu'à elle et Stella, ces longs moments de complicité et le toucher délicat sur ses longs cheveux.

(Stella devint joueuse professionnelle de Quidditch après Poudlard, et mourut à dix-neuf ans d'une chute de balai durant un match, à cause d'une terrible météo et d'un manque de chance. Cette nuit-là, après avoir pleuré toutes les larmes de son corps, Callistia descendit de sa chambre. Elle prit les sécateurs des elfes, et coupa tous ses longs cheveux châtain-doré. Quand Scorpius la trouva plus tard avec sa belle crinière défigurée, il ne dit rien. Il prit une paire de ciseaux et un peigne fin, et transforma la chevelure massacrée en une jolie coupe courte. Parce que c'était ce que Scorpius faisait : trouver la beauté même dans la douleur.)

(Sa douleur à elle, Callistia la serra contre elle et s'en fit une armure.)

A Poudlard, Callistia pleura et rit, mais elle avait trouvé sa place et elle l'avait prouvé au reste du monde. Elle était reine, entre ces murs de pierre, avec l'admiration de Lily et les sourires complices de Stella et les rires de Leah et les bavardages d'Elias et de Megane, et l'affection de Scorpius et Albus, et les regards en coin des élèves plus grands. Elle était reine et elle était fière, et plus jamais ses parents ne lui écrivirent « ce n'est pas grave ». Quand James Potter, dix-sept ans, lui demanda de sortir avec elle, Callistia marqua une pause et réfléchit, parce que James était beau et brillant et adoré, et quelle fille n'aurait pas été flattée de l'attention ? Mais elle se dit qu'elle n'avait pas à faire ce que les autres filles faisaient, et qu'une aventure avec une idole de Quidditch ne manquait pas spécialement à sa vie. Elle dit non en le regardant droit dans les yeux. James acquiesça avec un mince sourire, et ils devinrent amis, quand même.

Callistia conquit l'école, et le respect des autres, et son propre destin. Elle ne fut pas la plus jolie : c'était Leah Mevil, sans aucun doute. Elle n'était pas la plus populaire : c'était Megane Olson, avec ses cheveux coiffés de manière improbable et son humour piquant, qui attirait tous les regards. Elle n'eut pas les meilleures notes de son année : ce fut Elias Greengrass. Elle ne fut pas la meilleure joueuse de Quidditch : oh, elle fut Batteuse pour son équipe durant deux ans, mais elle savait qu'elle n'égalerait jamais Stella Wenlock et ses incroyables acrobaties.

Ça lui était égal. Parce que ces gens-là étaient des gens, des personnes avec leurs forces et leurs faiblesses, qui la dépassaient dans certains domaines et qu'elle surpassait dans d'autre : mais ils étaient des êtres humains, avec leurs joies et leurs peines et leurs colères, et ils étaient digne de respect.

On pouvait bouder et être jaloux en étant Poufsouffle : Callistia ne se priva pas de faire la tête à Elias quand ils eurent leurs résultats des BUSES. On pouvait bouder et s'énerver quand on était un Poufsouffle, mais finalement on acceptait que le jeu ait été joué selon les règles, on serrait la main du vainqueur et on s'entraînait davantage pour faire mieux la prochaine fois. Callistia était une Poufsouffle et elle n'avait pas peur de travailler dur. Elle savait ce dont elle était capable.

La Maison Poufsouffle était une Maison digne de respect, et Callistia Malefoy l'inscrivit en lettre de feu dans les mémoires : depuis le jour où le Choixpeau cria « Poufsouffle ! » au-dessus de sa tête jusqu'au moment où elle quitta Poudlard, à grand coups de maléfice dans la figure des grandes brutes, de remarques acerbes face aux murmures, et de regards qui refusaient de céder en premier. Parfois, malgré le respect qui grandissait et les murmures qui se taisaient, il y avait des provocateurs qui reniflaient avec dédain et lui disaient qu'elle n'était qu'une simple Poufsouffle. Callistia les laissait sur le sol à gémir après en avoir fini avec eux, et les gens étaient loin de se précipiter pour aider sa victime à se relever.

Un jour, on lui dit d'un ton moqueur qu'elle frappait comme une fille. Tant mieux, persifla Callistia en fermant le poing. J'espère que mes bagues te laisseront des cicatrices.

Parce que Callistia Malefoy était une Poufsouffle, et qu'il aurait fallu être aveugle pour la prendre pour un mouton.

Loyauté, équité, justice. Honnêteté. Travail, effort, talent. C'étaient les traits de sa Maison, et aucun d'entre eux n'était honteux.

Le sablier comptabilisant les points des Poufsouffle, à Poudlard, est rempli de diamants. Pas de fragiles émeraudes ou de délicats rubis ni d'élégants saphirs : des diamants. Le matériau le plus dur sur la planète Terre. Ils rayent le sablier et, les jours de soleil, aveuglent les élèves de leur éclat. Pensez-vous que ça soit un hasard ? Je ne crois pas.

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Tada ! Alors ? Vous en dites quoi ? Vous avez aimé ? Que pensez-vous de Callistia ? De la Maison Poufsouffle ? De la 'tite Lily ? De Stella ? De James ? Commentez, ça fait le bonheur des auteurs, surtout ceux qui vont avoir des exams bientôt x)

Allez, à bientôt pour le dernier chapitre de cet arc sur les quatre Maisons !