Note de l'auteure : Dernier chapitre ! Quelques faits sans importance sur les Malefoy n'est pas vraiment une fic linéaire, donc pas besoin d'un épilogue comme conclusion… Ici, l'épilogue portera sur, ben… l'épilogue de la saga HP !
Alors, pourquoi ce choix de chapitre ? Tout simplement parce que l'épilogue de la saga HP a laissé pas mal de lecteurs sur leur faim, moi y compris. Non seulement parce que c'est une fin dans laquelle on ne se reconnaît pas (on appartient à une génération qui n'aspire pas à faire comme le Trio, et ressembler à nos parents : on a lutté aux côtés d'Harry, combattu avec lui, souffert avec lui : on se serait davantage reconnu dans une fin où le Trio se serait retrouvé à vivre dans un appart' de Londres à essayer de faire des études supérieures, ou bien où Harry serait parti voyager avec juste un sac sur le dos… Mais bref) : mais il y a aussi des tas d'autres éléments, comme le nom d'Albus Severus, le mariage avec l'amour d'enfance, l'idée que le monde magique n'a pas du tout changé… Il y a des tas de trucs qui ont hérissé les fans. Du moins, qui m'ont hérissé, moi ! xD
Du coup, voilà. En conclusion de cette fic, voilà un chap' d'analyse, de headcanons et d'idées sur l'épilogue des Reliques de la Mort. Enjoy !
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Note du beta-lecteur : Sans parler de donner à ses enfants le nom de ses parents morts héroïquement à vingt piges, qui m'a bieeeen malaisé. Dans l'ensemble, cet épilogue gâchait à mort la magie ouverte du chapitre précédent.
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Bien vu Asari. Et voici les réponses aux reviews !
Hello cat240 ! Oui je suis au courant pour Alan Rickman, mais le chapitre était déjà écrit donc... Voilà. Et tout espoir n'ets pas perdu pour un futur mariage Malefoy-Potter xD
Merci Lulu-folle ! J'y ait mis du coeur, à cette fic, mais il était temps qu'elle se finisse parce que mon imagination s'est tarie. Je vais passer à autre chose. Une autre fic, peut-être un roman cette fois. J'y réfléchi encore =)
Merci Rose-Eliade ! Pas de dernière question sur l'intrigue ? Je vais probablement faire un bonus spécial comme à la fin de Renouveau, donc ça sera l'occasion d'obtenir toutes les réponses possibles sur l'univers de Quelques Faits...
Yo Carminny ! Si si, j'adore tes reviews x) Et je suis contente que tu aime mes persos ! Cedrella et Calidora, j'adore ces noms. Et leur petit frère Aerus ! Il devient un crevart en vieillissant, je te rapelle qu'il a fiancé sa fille à seize ans... Bref. Oui, cette fic est finie, eh eh. Il était temps. Si tu veux, je peux mettre une version PDF de la fic sur la Salle Sur Demande, le groupe facebook ?
Coucou Imthebest ! Oui j'adore les prénoms en A et ça se voit. Astrid, Alyssa, Alva, Auréus, Andromeda, Astrée, Armand, Aenor, je pourrais t'en faire une sacrée liste ! C'est quoi ton prénom du coup ? x)
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Disclaimer ! L'inspi du kiwi :
Un post (peterpettgrw, Tumblr) sur Harry, son obsession du passé, et le "happy end" qui n'en est pas vraiment un.
Un post (henrywinter, tags sur Tumblr) sur le fait que dix-neuf ans après, le Trio d'Or a laissé le monde sorcier stagner.
Un post (not-the-very-button, Tumblr) sur Harry, ses complexes de Gryffondor, et le nom d'Albus Severus (ce post est aussi un headcanon posté sur la Salle sur Demande).
Un post (queerparisgeller, Tumblr) sur le fait que Snape et Dumbledore n'aient plus de famille pour se souvenir d'eux.
« lost : in defense of ginny weasley » (dirgewithoutmusic, AO3) pour Ginny et les ténèbres.
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L'épilogue
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Quelqu'un qui aurait quitté la vie d'Harry Potter et de ses amis le lendemain de la Bataille, et qui ne serait revenu dans le monde sorcier que dix-neuf ans plus tard, le jour du départ d'Albus et de Rose pour Poudlard : cette personne se sentirait sans doute lésée, offensée par ce qu'étaient devenus Harry Potter et ses amis.
Harry, Ron, Hermione et Ginny semblaient avoir droit à leur petit "Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants". Chacun épousait son amour d'enfance et leurs gamins étaient tous nommés d'après des gens morts.
(Harry avait eu beaucoup de mal à faire accepter le nom d'Albus Severus, d'ailleurs : mais il s'était obstiné, et n'avait pas voulu en démordre.)
Pour un observateur extérieur, c'était comme s'ils n'étaient pas vraiment allés de l'avant. C'était comme s'ils étaient coincés, à romaniser leur passé. Ils tournaient en rond, finissaient exactement comme leurs parents : et, alors qu'ils étaient les seuls à avoir le pouvoir et la notoriété de changer drastiquement le monde sorcier, ils ne l'avaient pas fait. Et pourtant, était-ce si étonnant ?
Romaniser le passé était ce qu'Harry faisait depuis des années. L'avez-vous oublié ? La Relique qu'il désirait était la Pierre. Harry n'avait jamais été un garçon qui évoluait ou s'adaptait facilement. Il ne cessa jamais de dormir dans des lits à baldaquins, juste parce qu'ils lui rappelaient Poudlard, par exemple. Et c'était bien parce qu'il haïssait Square Grimmauld qu'il en déménagea (et encore, il s'arrangea pour qu'elle revienne à un proche, à savoir Teddy Lupin). Sinon, il aurait conservé la maison comme une relique… Harry était fixé sur son passé, obsédé par lui. Et c'était quelque chose qui se comprenait, qu'Harry se cramponne à ses repères psychologiques avec tant de force, quand on savait à quel point son enfance avait été instable.
Alors oui, Harry romanisait son passé. Est-ce qu'il aurait pu faire autrement ?
Harry Potter se souvenait de la guerre, tous les jours de sa vie, et il regrettait de tout son être chaque mort qu'elle avait causée. Il n'avait pas l'énergie de rebâtir le monde qu'il venait juste de sauver, il n'en avait pas la force. Il n'avait que dix-sept ans à la fin de la guerre, et le monde était en ruine. Le réinventer, le faire évoluer ? Quelle tâche herculéenne pour un enfant, ou même pour un homme… Harry ne pouvait tout simplement pas. Ça l'aurait épuisé, consumé, de travailler sous l'œil du public comme un héros, de continuer à se battre pour faire changer les choses, de réaliser que même si la guerre avait été gagnée il y avait encore d'innombrables batailles à venir.
Et tout ça, c'était sans compter le traumatisme de la guerre, un traumatisme si profond que vingt ans après la Bataille de Poudlard, le premier réflexe d'Harry quand il était inquiet était de toucher sa cicatrice. Ça révélait tout de même une profonde blessure de son subconscient, non ?
Alors demander tout cela de Harry, tous ces morts et ces batailles et ces années de placard et d'abus, puis de lui demander encore d'aller de l'avant et de réformer la société sorcière, ça tenait de l'impossible. Quant à Ron et Hermione, eux aussi n'étaient que des gosses. Et sans Harry Potter, l'Elu cramponné au passé, qui aurait suivi le couple Weasley-Granger vers une autre voie ?
Harry ne pouvait échapper à son passé : et par conséquent, ses amis et le monde sorcier non plus. Il y était enchaîné, à force de traumatismes mais aussi par choix, un peu comme un prisonnier victime du syndrome de Stockholm. Son "happy end" à lui, finalement, était plus sombre qu'il n'y paraissait. Et il n'avait pas envie que ça change. Après tout, il avait nommé ses enfants dans cet esprit de souvenir, plus que dans l'optique d'un nouveau départ…
Le nom de ses enfants, d'ailleurs, avait fait longtemps la Une des journaux et avait animé durant des semaines des discussions houleuses chez les Weasley. Passe encore pour James Sirius. Mais Albus Severus avait bien failli s'appeler Alastor, et le débat avait duré jusqu'à la naissance du petit. Nombreux étaient ceux qui s'étaient demandé comment Harry pouvait donner le nom d'un Mangemort à son enfant : et d'autres, moins nombreux, s'étaient également interrogés sur le nom d'Albus, le nom d'un homme qui avait manipulé Harry toute sa vie mais que le Survivant voulait quand même honorer.
De manière assez logique, Luna fut la seule à déclarer que ça avait du sens, qu'Harry choisisse ces noms-là. Elle laissa Ginny et Harry se crier dessus et le reste du monde sorcier s'interroger en vain, et se contenta de lire ses bouquins de magie Ancestrale avec Blaise, ignorant le débat qui faisait rage et dont elle connaissait déjà l'issue.
Si quelqu'un s'était donné la peine d'interroger Luna, elle aurait peut-être dit que le fait qu'Harry ait nommé ses enfants d'après deux des personnages les plus imparfaits et moralement douteux de toute son histoire, c'était un indice sur les propres défauts de Harry : à savoir, sa loyauté scandaleuse et sa morale en noir et blanc.
Harry avait eu une enfance des plus malsaines. Et en raison de cette enfance, des attentes placées sur lui par pratiquement tout le monde, et de l'ingérence de Dumbledore, Harry avait développé très tôt un complexe du héros. Les gens s'étaient moqués de ce complexe à l'école ou après : mais c'était la vérité. Harry avait un vrai problème. Il n'avait pas appris à identifier le Bien et le Mal avec les Dursley qui l'enfermaient et l'affamaient : il avait appris à identifier ce qui était moral ou pas uniquement à l'école, en fonction des récits qu'on lui faisait de ses parents, et de la mentalité de sa Maison. Et ce qu'il avait vécu à l'école n'était pas vraiment destiné à lui donner un esprit équilibré, par-dessus le marché !
C'était ça, la clef du grand mystère qui agitait tant de monde. Harry ne voyait pas Snape et Dumbledore comme des manipulateurs à la mentalité douteuse, il les voyait juste comme des héros, parce qu'il avait appris à identifier la moralité dans des actes de bravoure… Comme un véritable Gryffondor, modelé avec patience pour pouvoir se sacrifier.
Le nom d'Albus Severus révélait une faille d'Harry si profonde que parfois Luna en avait mal au cœur. C'était si évident, si quelqu'un s'était donné la peine de regarder. Harry voulait tellement croire que ce qu'il avait fait était juste, que les sacrifices que d'autres avaient fait pour lui étaient valables, qu'il se réfugiait dans un monde imaginaire où la plus petite des bonnes actions pouvait vous racheter.
Alors oui, le fait qu'Harry nomme son enfant d'après deux maîtres marionnettistes corrompus, c'était une chose à laquelle tout le monde aurait dû s'attendre.
Parce qu'Harry Potter, l'Elu, le Survivant, l'enfant dans le placard, l'orphelin abandonné, le héros adoré : Harry était convaincu que l'héroïsme était le bien ultime. Et par extension, Harry était lui-même le bien ultime. N'était-ce pas rassurant, après la guerre et ses souffrances, de pouvoir se dire qu'il avait fait ce qui était Bien ? Alors Harry embrassait cette logique un peu tordue, et par conséquent, en jugeant Snape et Dumbledore de cette façon, il les avait vus comme des héros et rien d'autre. Parce qu'ils étaient morts avec panache, parce qu'ils avaient laissé de grands mystères. Tout comme ses parents.
Harry n'était pas ingrat envers Hagrid ou Remus ou Tonks ou Molly ou Arthur ou Fred. Mais ces gens-là ne correspondaient tout simplement pas au modèle qu'Harry avait été conditionné à accepter en termes de grandeur.
Ce n'était pas vraiment de sa faute. Mais, dès qu'il avait posé le pied à Poudlard, Harry Potter avait été manipulé et conduit sur le chemin de l'exceptionnalisme. Il avait toujours fait gagner la Coupe à sa Maison en violant les règles, les interdictions : en se mettant en danger : en défiant ses professeurs. L'héroïsme et la non-conformité, c'était vers cela qu'Harry avait été mené toute sa vie. Il était logique qu'il récompense ceux qui répondaient aussi à ces critères. Snape, Dumbledore, James, Lily, Luna, Sirius. Les bizarreries, le mystère et le sentimentalement héroïque.
Et ce n'était pas mal, ce n'était pas nocif. Mais, longtemps, Luna blâma Harry d'oublier que l'ordinaire pouvait être tout aussi exceptionnel. Tout aussi héroïque. Tout aussi bien.
Elle ne lui fit pas de reproches, bien sûr. Elle se contenta de lui demander, un jour, s'il ne pensait pas qu'il mettait trop de pression sur ses gamins. Surtout Albus Severus. Peut-être que Snape et Dumbledore avaient été des héros, oui : mais n'y avait-il pas d'autre moyen de les honorer que de donner leurs noms à un petit garçon ?
Harry sourit, quand elle lui posa la question. Albus avait alors sept ans, et jouait dans le jardin avec son frère et sa sœur. Le Survivant et Luna les surveillaient depuis la fenêtre du salon.
– Snape et Dumbledore n'ont plus de famille, répondit Harry tranquillement. Il y a d'autres personnes qui nommeront leurs enfants d'après Fred, Molly ou George ou Neville. Hannah a même prévu que le deuxième prénom de sa fille serait Ruby, en l'honneur d'Hagrid. Et je laisse le prénom de Remus à Teddy, s'il veut nommer ses propres enfants d'après son père.
Le regard d'Harry se perdit dans le lointain, triste et absent, et Luna le laissa voguer sur ses pensées, parce que c'était ce que Luna faisait : vous accorder votre espace et votre silence quand vous en aviez besoin.
– Mais Snape et Dumbledore n'ont personne, reprit Harry après un moment. Leur famille est éteinte, et personne ne veut honorer leur mémoire, sous prétexte qu'ils ont commis des erreurs. Alors je leur dois bien ça, non ?
L'avis de Luna était que non. Mais le ton d'Harry s'était fait légèrement défensif, et elle savait que ce n'était pas ce que son ami avait besoin d'entendre : elle savait que toute cette histoire, les noms et les souvenirs, ce n'était pas pour Snape ou Dumbledore. C'était pour Harry lui-même, et c'était lui qui avait besoin d'être soutenu.
Alors elle lui sourit, et déclara d'un ton rêveur :
– Tu leur dois beaucoup, mais c'est ton choix avant tout, non ? Ne laisse pas les Nargoles compliquer tes prises de décisions.
Le happy end d'Harry Potter n'était pas si heureux que ça : et Luna avait des tas de problèmes avec le nom d'Albus Severus, comme une grande partie du monde magique. Mais au fond, c'était l'affaire d'Harry. Et si ça lui allait, alors Luna ne jugeait pas. Luna ne jugeait jamais.
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Ron et Hermione avaient eu une relation chaotique, mais ils étaient inséparables depuis des années, et leur mariage était juste la poursuite naturelle de leur lien. Ils se marièrent peu après la naissance de James Sirius Potter, parce qu'eux aussi, ils voulaient des enfants. Ce fut un mariage houleux, avec de nombreuses crises et une absence totale d'harmonie, mais ils furent heureux.
Mais Harry et Ginny, eux, s'étaient mariés trop vite, et trop tôt.
Ça allait complètement à Harry, il ne regrettait rien : mais Ginny, parfois, prenait du recul et se disait avec lucidité qu'ils s'étaient beaucoup trop précipités, dans leur hâte de célébrer le fait qu'ils avaient survécu. Ils s'étaient mariés avant d'avoir vingt ans, comme James et Lily Potter jadis : mais eux n'avaient pas l'excuse de la guerre ou d'une grossesse impromptue pour les presser à prononcer leurs vœux. Alors, pourquoi tant de hâte ? Pourquoi ne pas avoir attendu, mûri, peut-être rencontré d'autres personnes ?
Les réflexions de Ginny allaient parfois jusque là, dans les moments de rage ou de frustration. Mais ensuite, elle se calmait et se rendait à l'évidence. Même si Harry et elle avaient grandi, mûri et rencontré d'autres personnes, jamais ils n'auraient pu se séparer complètement. Comme deux enfants terrifiés qui se sont agrippés la main dans un moment de frayeur et qui, une heure ou deux plus tard, réalisent qu'ils ne se sont pas lâchés, qu'ils ont peur de se lâcher à nouveau : Harry et Ginny étaient liés par bien plus qu'un amour d'enfance, ils étaient liés par la guerre, les cicatrices, et l'ombre de Voldemort.
Les gens pensaient que c'était le feu de l'autre qui les avaient attirés ensemble : que Ginny était tombée amoureuse de la bravoure et de l'abnégation de Harry, ce beau garçon aux cheveux noirs et aux sourire discret : et qu'Harry était tombé amoureux de la férocité de Ginny, de son tempérament qui se heurtait avec violence à celui des autres, de son charisme qui avait soulevé les élèves de Poudlard et l'Armée de Dumbledore. Ces gens-là n'auraient pas pu avoir plus tort.
Quand Ginny pensait à un beau garçon au charisme magnétique, elle imaginait Jedusor et fermait les yeux avec effroi : la dernière fois qu'elle s'était laissée fasciner par un beau garçon ténébreux, il l'avait dévorée. Quand Harry pensait à un tempérament de feu, à une incitation à la rébellion, à l'A.D., au combat et au courage, il voyait le visage de Sirius qui l'incitait à se battre, et Remus et Tonks étendus sur le sol de la Grand Salle : il voyait les lignes gravées dans sa main par Ombrage, il voyait le visage marqué de coups de Neville tandis que celui-ci parlait avec flegme de premières années soumis au Doloris : il voyait la guerre et l'angoisse et la mort, et la lumière verte de l'Avada Kedavra, et il en était malade.
Ce n'était pas le feu de l'autre qui les avait attirés ensemble : c'était leurs ombres qui leur avaient donné un lien, une connexion qui perdurerait. Ils avaient tous les deux quelque chose de laid et de noir enfoui en eux. Tous les deux, chacun à leur manière, avaient permis la renaissance de Jedusor.
Les gens semblaient penser que Ginny avait guéri de ce qui lui était arrivée durant sa première année, qu'elle s'en était débarrassée. Comme si elle le pouvait ! Elle avait ouvert son âme à un livre et il s'était déversé en elle jusqu'à la dernière goutte d'encre. Pendant les mois qui suivirent la destruction de l'Horcruxe, elle eut du mal à séparer ses sentiments de ceux que Jedusor avait insufflé en elle : à qui appartenait ce goût nouveau pour tel plat ? Etait-ce à elle ou à lui, cette frustration avec ce devoir, avec cet élève ? A qui appartenait cette bouffée de rage soudaine, ce froid mépris qui la surprenait parfois sans crier gare ?
Non, Ginny ne se débarrassa jamais des marques que Jedusor avait apposées sur son âme. Elle avait onze ans, presque douze alors. Ou peut-être que les années de Jedusor s'étaient ajoutées aux siennes ? Est-ce que ça avait encore du sens, de compter les années, si elle avait non seulement vécu sa vie à elle mais aussi celle d'un autre ? Elle ne le dit pas à ses parents, un peu comme Harry fut réticent à parler à ses proches de ses visions. Elle les laissa croire que tout était redevenu normal, tout en sachant que pour elle, c'était fini.
Ginny avait onze ans, presque douze, quand elle cessa d'être une enfant.
Elle s'accrocha à la vie avec l'énergie du désespoir, s'accrocha à sa fierté et sa colère et sa soif de liberté. Elle effraya les premières années et ses adversaires de duel, et redressa la tête avec arrogance. Parfait. Elle voulait être effrayante. Elle avait été effrayée pendant trop longtemps. Elle avait eu peur, durant des années, que cela la rende indigne d'être une Gryffondor. Puis elle comprit : il n'y a pas de courage sans peur. La peur, c'est le plus grand trésor de la Maison de Gryffondor, c'est une chose de pouvoir.
Ginny attisa le feu qui brûlait en elle comme si cela pouvait faire disparaitre ses ténèbres. Mais les ténèbres ne partirent jamais. Ils furent seulement masqués à la vue de ceux qui ne se donnaient pas la peine de regarder plus loin, c'est-à-dire tout le monde. Tout le monde, sauf Harry.
Harry et Ginny étaient liés par les ombres, la douleur partagée. Tous deux avaient fait comme Voldemort : ils étaient morts et revenus à la vie. Harry était mort comme un lion, sacrifié par courage, dans la forêt interdite : et il renaquit agneau, épuisé, si fatigué, voulant tellement que ça s'arrête. Ginny, elle, était morte innocente aux crocs d'un journal dans la Chambre des Secrets : mais elle n'était pas revenue à la vie à ce moment-là. Sa résurrection à elle était arrivée plus tard, durant l'été, quand son père lui apprenait à démonter et remonter la voiture, quand Charlie et elle se mirent à marcher dans les collines en parlant de dragons, quand Luna lui réapprit à croire. Ce ne fut pas l'héroïsme d'Harry, le désespoir de Ron ou l'amour de Molly qui ramenèrent Ginny à la vie : ce fut elle, toute seule, quand elle respirait profondément la nuit et cassait le verrou de la cabane à balais pour voler en cachette.
Ginny était revenue à la vie avec sa part de ténèbres. Harry aussi. Non, ce n'était pas le feu de l'autre qui les avait attirés ensemble : c'était juste que personne d'autre ne pouvait espérer comprendre les ombres qui les poursuivaient, qui hantaient leurs cauchemars et dont ils avaient besoin de parler, parfois.
Harry ne cessa pas de parler Fourchelangue. Il essaya de réhabiliter la Maison de Serpentard, parce qu'il avait failli y aller. Il avait manqué ne pas appeler son fils James Sirius parce que les deux Maraudeurs avaient été des brutes, et que c'était une trahison qui ne cessa jamais de lui faire mal. Parfois, il rêvait de la guerre : il rêvait des moments où il avait utilisé les Impardonnables. Il rêvait de torturer Bellatrix, de soumettre Travers. Il rêvait qu'il riait et que son rire aigu était celui de Voldemort.
Ginny utilisait les paroles doucereuses de Jedusor, parfois, sa voix posée, son ton compréhensif, sa sympathie et sa malice, ses petits traits d'esprit qui jadis la faisaient rire quand elle avait onze ans. C'était comme ça qu'elle avait mené la rébellion à Poudlard. C'est un trait qu'elle garda, même à l'âge adulte.
Jedusor avait volé des parts d'elle-même, mais elle l'avait volé en retour. Elle utilisait sa voix, son ton et ses inflexions : mais c'était ses mots à elle. Quant elle haranguait les élèves terriféis dans la Salle Sur Demande, alors que les Carrow rôdaient dehors, elle se posait la question. Etait-ce mal, d'avoir intégré en elle cette part de Jedusor ? Ou était-ce la seule chose à faire pour rallier les élèves, rendre courage à ces enfants, les protéger : et se protéger elle-même, survivre ?
Ces choses-là, Harry et Ginny n'en parlèrent pas à Ron, à Hermione ou à Luna. Parce qu'eux seuls pouvaient comprendre ces noires confidences, et savoir ce qu'elles représentaient vraiment.
La quête d'Harry et Ron et Hermione avait été une histoire narrative, un but à atteindre bien loin de là, un voyage, un test. La quête de Ginny débuta peut-être dans la Chambre des Secrets, ou peut-être dans les couloirs de Poudlard quand les Carrow devinrent professeurs et que l'Elu était parti pour sauver le monde en laissant l'école sans défense : mais la quête de Ginny, elle, fut une vengeance, une reconquête. Cette place était à elle, cette école, ces murs, ces corridors, ce corps : des hommes en noir et aux rires malsains arpentaient ces sols de pierre et laissaient leurs doigts frôler les tapisseries comme jadis Jedusor avait osé s'approprier son esprit et violer son âme, et elle ne les laisserait pas faire. Cet endroit était à elle, et ils paieraient leur affront, d'un coup de croc empoisonné dans le cœur ou d'un Avada dans le grand hall.
Alors Ginny mena les élèves au combat comme Harry l'avait fait, elle leur insuffla la foi avec la voix de Jedusor, elle hurla sur les brutes avec la colère de Molly, et dessina des plans et des pièges avec l'ingéniosité de Fred et George. Elle mena les élèves au combat et, comme Harry et peut-être Dumbledore, elle apprit la vérité d'autres ténèbres, celles qui attendent les leaders qui mènent leurs soldats au sacrifice et les entendent hurler.
Harry et Ginny s'étaient mariés trop vite, trop tôt : mais ils étaient déjà liés bien avant de prononcer leurs vœux et de passer leurs alliances. Ils étaient liés par leur combat, l'ombre d'un Horcruxe qui s'était infiltré dans leurs âmes, les marques que la violence y avait laissé, la culpabilité qui parfois les étouffait parce qu'un jour la vie leur avait imposé des choix où toutes les solutions étaient mauvaises.
Harry regardait en arrière et regrettait le passé. Il avait les yeux de sa mère et, dans son cœur, le poids d'un millier de fantômes, Sirius, Remus, son père, Dumbledore. Ginny avait l'espièglerie de Fred, le rire de Tonks, la patience et la ruse de Tom Jedusor. Elle avait ses propres fantômes, enfouis au fond de ses poches. Ils l'alourdissaient, mais parfois ils lui donnaient quelque chose à quoi se raccrocher.
Harry et Ginny portaient tous deux la mort et son ombre avec eux, mais ils avançaient quand même. Alors Ginny prit sa main, à ce garçon qui avait sauvé le monde. Elle savait ce qu'étaient les ténèbres. Elle avait un reste d'encre noire au fond de son âme, elle aussi. Elle prit sa main, et lui montra comment avancer vers la lumière.
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Et voilààààà ! Cette fic ets terminée ! Je poserai un bonus si vous avez des questions, ou si vous voulez ma liste des Malefoy (parce que je me suis fait un pense-bête de chaque Malefoy cité dans cette fic, avec l'époque, sa Maison, ses liens familiaux...).
Anyway. Ecrire cette fic m'a bien plu, et j'espère que la lire vous a fait plaisir. A présent je retourne à mes autres histoires... A savoir Polydipsie (nouveau chapitre bientôt !) et Renouveau (nouveau chapitre... Quand mon Bêta y pensera xD).
Bref. A sur une autre fic peut-être !
