Disclaimer : Les personnages de Marvel ne m'appartiennent pas ! Par contre, les événements d'Europe de l'Est écrits dans ce chapitre, si, ils sont bien à moi.
Le blabla de l'auteur : J'ai adoré vous écrire ce chapitre, en sachant que vous étiez toutes à ce point derrière moi ! J'espère que je ne vous décevrais pas ! Je vous ai écrit ce chapitre en écoutant les Black Eyes Peas, ça me fait toujours rigoler de trouver l'inspiration sur ce groupe alors que c'est pas du tout mon genre habituel !
Sinon je viens de remarquer que je mettais toujours des titres en anglais alors que j'écris « chapitre » en français… mais c'est un détail !
Remerciements spéciaux : Merci à vous, mes chères lectrices, qui avez si promptement répondu à mon appel à l'aide. Merci à Solania pour son inattendu mail de soutien =) Et c'est parti pour du Clintasha à gogo !
CHAPITRE HUIT : REMEMBER WHEN YOU AND I WERE TOGETHER
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« L'amour c'est pour les enfants j'ai une dette envers lui. »
Le café dans sa gorge était amer, pas assez serré. C'était un mauvais café, dans un mauvais bar, au sein une ville triste et moche d'Europe de l'Est, et Clint ne s'était que rarement senti aussi mal à l'aise quelque part, aussi triste et désemparé.
Il avait la sensation qu'il allait échouer. Le dossier de sa mission s'étalait sur la table, devant lui, et le regard de sa cible, sur la photo grand format, lui compressait la poitrine comme une enclume. Il n'y arrivait pas. Il n'y arriverait pas.
Ça fait trois jours qu'il avait débarqué, et trois jours qu'il la filait.
Elle était belle, tellement belle, unique.
Flamboyante.
On lui demandait de la tuer pour une sordide histoire de vengeance, d'honneur, et Clint n'aurait jamais songé à contester un ordre s'il n'y avait pas eu en elle quelque chose d'incroyablement différent de tout ce qu'on lui avait raconté sur elle. Elle n'était pas le tueur sans âme qu'on lui avait décrit. Natalia était un animal sauvage qui ne se laissait pas approcher, et au fond de lui-même, Clint n'avait plus envie de tuer sans sommation quelqu'un qui ne le méritait pas.
D'une certaine façon, Natalia le renvoyait douloureusement à son propre passé, avant que le SHIELD ne l'embauche. Quand il était encore ce sale type qui avait abandonné son propre frère par orgueil et dégoût. Quand il s'offrait à celui qui payait, pour essayer d'être le meilleur, égaler ces incroyables héros de bandes-dessinées qu'il lisait à s'en crever les yeux. Il avait des objectifs alors. De mauvais objectifs, certes, mais il avait un but. Aujourd'hui, lorsqu'il s'affrontait dans un miroir, Clint ne voyait qu'un mec vidé par la vie, qui n'en attendait plus rien parce qu'il n'en avait rien reçu.
Natalia, elle, avait reçu la grâce. La grâce, l'intelligence et la beauté. Natalia avait des yeux qui noyaient les sirènes, des hanches à faire tanguer les bateaux, des mains qui dansaient comme des papillons.
Natalia avait les paumes toutes tâchées de rouge et d'esquilles d'os, la conscience écartelée dans les veines et le sourire désabusé, un peu de travers, ligne carmin sur sa peau blanche, ses dents parfaites toujours prête à mordre, et les vapeurs des cigarettes bon marché égarées dans sa chevelure.
Elle avait le visage triste et l'aura scintillante, la force de ces filles paumées qui se battent sans aucun but, pour le plaisir de se battre et de se dépasser, dans l'espoir d'un monde meilleur qui ne venait jamais et qu'elle enterrait sous les cadavres des autres.
Quand Clint regardait Natalia, il avait l'impression curieuse et brûlante qu'il pouvait la sauver. La sauver de la mort et d'elle-même, la sauver des autres. Il n'était pas un héros, et à terme, ce serait lui qui paierait le poids de son erreur, mais il n'avait pas le courage, pas la force, de tout laisser en plan ici, de la laisser dans le sang et les flammes de ses cheveux, froide et brisée sur le sol comme un poupée qu'on abandonne. Il aurait voulu avoir le choix. Il aurait voulu qu'elle ne soit pas ce qu'elle était, qu'elle ne soit pas « elle ».
Il avait toujours su, qu'un jour, il se planterait royalement pour une fille. Il n'avait juste pas prévu ça comme ça.
Il s'imaginait tomber amoureux. Une blonde, pas trop grande – il n'aimait pas les grandes – avec des seins qui tiendraient dans ses mains, trois gosses et un pavillon de banlieue. Il serait passé chef d'équipe, au SHIELD. Peut-être directeur d'un service. Un truc un peu moins risqué que se percher en haut des buildings pour éliminer des raclures surarmées. Peut-être dans un bureau, mais pas tout le temps, fallait pas déconner. Un chien qu'il faudrait promener, et son arc accroché sur le mur du couloir, pour le trophée, le souvenir. Finir sa vie avec sa femme à ses côtés, sans vraiment s'en rendre compte, un jour en pleine nuit.
Il ne connaissait pas Natalia. Il ne l'aimait pas.
Il ne voulait simplement pas la voir mourir.
Mais son destin, tout à coup, se parait d'étranges couloirs noirs, d'éclats de cuir et de cris d'agonie et pour la première fois depuis des années, il sentit l'adrénaline lui brûler les veines, la vraie, non-distillée par le devoir et les ordres, l'adrénaline pure provoquée par le risque, le danger – et le bonheur.
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Elle était là.
Accoudée au comptoir, discrète et somptueuse dans son pantalon en cuir et son débardeur blanc.
Clint aurait pu la tuer, immédiatement, au milieu des clients, d'un coup de revolver ou d'une flèche dans la nuque. Il aurait disparu parmi les ombres. Trop de témoins, trop de suspects, et lui, invisible dans le coin du café.
Il aurait pu rentrer chez lui, dans son studio pourri à Brooklyn. Deux jours de pause avant de repartir en mission. Il savait que Fury l'attendait déjà avec un nouveau dossier à couverture orange. Il n'avait jamais compris pourquoi Fury rangeait toutes ses paperasses dans des dossiers de la même couleur criarde et totalement inassortie à son look. Il le soupçonnait d'avoir une vue bien plus défaillante qu'il ne voulait l'admettre, mais Clint, lui, se cramait la rétine dès qu'il recevait un seul de ces trucs-là.
Seulement il ne pouvait pas.
Il baissa vers la photo grand format, sous sa tasse de café.
Merde.
Un peu de sa boisson avait coulé sous la soucoupe, dessinant un rond brunâtre sur la joue de Natalia.
Clint l'essaya d'un revers de manche, ne parvint qu'à noircir la photo, et brûler un peu le revêtement glacé. Il soupira, ramassa ses papiers, les fourra dans la chemise orange qu'il rangea elle-même dans son sac à dos. Il aimait bien les sacs à dos. Sans ça, il avait l'impression qu'il lui manquait quelque chose… Son carquois, par exemple.
Et finalement, il décida d'aller vers elle, de lui parler. Il se leva, s'approcha du comptoir, s'accouda à une distance suffisante d'elle pour qu'elle ne se sente pas menacée, mais assez proche pour qu'elle comprenne qu'il était là pour elle.
Il lui offrit un verre.
Curieusement, elle lui parla.
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Les corps s'entrelaçaient dans la pénombre, les doigts s'emmêlaient dans les cheveux. Natalia était belle, dans la lueur de la lune. Clint ne se lassait pas de regarder son visage se tordre sous le désir, et son corps nu se disloquer sous ses doigts.
Il avait l'impression de rêver, l'une de ces hallucinations qui apparaissent à mi-chemin entre la conscience et le sommeil, cet état comateux où les possibles semblent infinis. Natalia avait la présence d'un fantôme entre ses bras. Il aurait donné cher pour que l'aube ne pointe jamais, et qu'il n'y ait plus que cette semi-réalité, faites de danger et de désirs, d'interdits et d'erreurs, entre eux, pour s'aimer à se noyer, éternellement.
Ils avaient échangé si peu de mots avant de s'échouer dans l'hôtel miteux où logeait Clint. Quelques phrases, du bout des lèvres, derrière l'écran de fumée des cigarettes de Natalia, et les vapeurs brûlantes du café dégueulasse.
Ils étaient l'un en l'autre, l'un dans l'autre, amants jusqu'au matin, étrangers la veille, et Clint savait qu'au matin, elle le haïrait, aussi sûrement qu'ils allaient essayer de la descendre, parce que lui avait échoué. Il avait presque conscience des snipers pointés sur eux depuis l'immeuble voisin, il entendait déjà rugir l'hélicoptère du SHIELD qui viendrait lui rappeler à quel point il avait merdé, à quel point son plan était foireux depuis le début, et qu'il s'était laissé totalement embarquer par cette petite rousse si belle et si triste qu'on l'aurait crue sortie d'un roman.
Il lui faisait l'amour désespérément, par peur du lendemain. Il aurait tellement aimé se tromper. Il l'embrassa à s'en arracher la bouche, se perdit dans l'étreinte de ses bras blancs, et oublia le reste.
Pour eux, au fond, il était déjà trop tard.
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Ce fut l'absence du corps à ses côtés qui le réveilla.
Le canon d'un revolver se pointa sur son front lorsqu'il ouvrit les yeux. Juste derrière, les yeux verts et glacés de Natalia lui intimaient de ne surtout pas bouger. Clint obéit.
Lorsqu'il vit la veste qu'elle serrait dans son autre main, celle qui ne tenait pas d'arme, et les photos du dossier à couverture orange éparpillées sur le lit, il sut qu'elle avait comprit. Il sut que tout était déjà fini.
- Tu es là pour me tuer, déclara gravement la jeune femme.
Elle employait le ton glacé des femmes trahies, déçues. Des femmes qui souffrent mais se barricadent sous les apparences et la puissance d'une arme à feu.
- C'était ça ton plan ? Me baiser puis me tuer, comme si j'allais me laisser sagement faire ? C'était un plan minable, cracha-t-elle, et chaque mot fut comme un couteau planté dans leurs âmes.
- C'était.
Clint murmura.
Il se heurta au mur de glace du visage de Natalia.
- Je te le jure Natalia. Je ne suis pas là pour te tuer.
- Идиот ! Fous toi de ma gueule ! lui hurla-t-elle. Je suis là, j'ai tout lu, j'ai trouvé le badge sur ta veste d'uniforme ! Предатель ! J'ai trouvé les photos ! Мерзавец ! Лежа сын сука, я не был бы труп, который позволит вам план! Я убью тебя! Ублюдок!
Elle balançait les papiers sur lui, et il leva les mains comme pour se protéger du torrent d'injures qu'elle déversait en russe.
- Putain, crois-moi je t'en supplie ! C'était mon plan au départ, je devais te tuer ! Mais j'y arrive pas putain, j'y arrive pas !
Le flot d'insultes se tarit.
- A quoi tu joues Clint Barton ?
- Laisse-moi t'aider...
Mais cette phrase déchaîna à nouveau la colère de Natalia, et il ne comprit plus un mot de ce qu'elle lui cria, tant elle se perdait dans les langues, oscillant entre le russe, l'anglais et il l'aurait juré, parfois un ou deux mots d'italien. Elle tremblait.
Clint en profita pour se redresser, mais alors qu'il tendait le bras pour lui faire baisser son arme, le bourdonnement des pales d'un hélico résonna à l'extérieur, et le fenêtre explosa.
Le SHIELD était arrivé.
Aussitôt, il se jeta sur Natalia et l'obligea à rouler sur le sol, derrière le lit. Les premières balles s'abattirent sur le matelas. Clint saisit son arc dont il ne se séparait jamais vraiment, et il plaqua sa compagne sur le sol sans ménagement. Il encocha une flèche et prenant à peine le temps de viser, il fit exploser le premier rotor de l'hélico en stationnement devant sa fenêtre.
Celui-ci perdit de l'altitude, et un homme sauta du cockpit, massif et brutal, pour s'élancer dans la chambre. Il se réceptionna d'un roulé-boulé et la seconde flèche de Clint, déjà prête, se pointa sur lui. Il n'hésita même pas une seconde en découvrant Nick Fury planté sur la moquette crasseuse, son œil unique luisant de rage.
- Baissez votre arme, agent Barton, lui ordonna-t-il de sa voix de stentor.
- Jamais. Vous voulez la tuer. Je ne vous laisserais pas faire.
- Je n'ai pas d'ordre à recevoir d'un soldat qui faillit à sa mission. Vous aviez des ordres Barton. Donnez-nous la fille.
Natalia, toujours écrasée derrière le lit, lui lança un regard soudain apeuré, petite fille sauvage terrifiée par la mort.
- Elle pourrait nous être utile, tenta Clint.
- Ne racontez pas de conneries. Elle a tué Carter.
- Elle ne m'a pas tué, moi, quand elle a eu mille fois l'occasion.
- Vous avez une étrange façon d'obéir aux ordres Barton.
- Engagez-là Fury. C'est la Veuve Noire. La plus célèbre et la plus efficace des assassins de la mafia Russe. Elle sera une source précieuse de renseignements, et une fois acquise à notre cause, elle sera probablement votre meilleur agent.
- Elle n'est pas un gentil petit animal de compagnie que l'on peut dresser !
La voix du Colonel grondait dans sa poitrine. Clint baissa le regard vers la jeune femme rousse, à ses côtés, et leurs yeux se croisèrent avec l'intensité d'un désespoir commun. Elle ne voulait pas mourir. Il ne voulait pas qu'elle meure. Natalia se fichait bien de qui l'employait. Elle voulait de l'argent et la vie sauve. Clint la voulait, elle, encore une fois. Lentement, très lentement, elle hocha la tête en signe d'assentiment et l'archer sentit son cœur rater un battement dans un poitrine.
- Elle accepte de travailler pour nous en échange de sa vie.
Fury était interloqué. Il le fixa longuement, jusqu'à ce que la tête rousse, à la moue crispée, de Natalia ne surgisse derrière le matelas.
Son regard vert affronta l'œil noir de Fury, et Clint comprit qu'il avait déjà gagné. Fury était un connard. Mais Fury n'agissait que pour ses propres intérêts et ceux du SHIELD. Il verrait immédiatement l'avantage que lui conférerait l'intronisation de Natalia dans ses rangs.
- Veillez sur elle, Barton, on rentre au QG. Au moindre faux pas, je la descend, et vous avec.
« Le pouvez-vous ? Peut-on vraiment effacer tellement de dettes ? La fille de Drakov… Sao Paulo… L'incendie de l'hôpital… Barton m'a tout révélé. Votre conscience est une plaie, le sang y coule à flots. Vous croyez que sauver un homme pas plus vertueux que vous changera quoi que ce soit ? Ce n'est là que vulgaire sensiblerie. Vous n'êtes qu'une fillette en prière, c'est pathétique ! Vous mentez et tuez au service de menteurs et de tueurs. Vous prétendez être différente, obéir à votre propre code dans le but de racheter ces horreurs, mais elles font partie de vous et elles ne disparaîtront jamais.
Vous ne toucherez pas à Barton. Pas avant qu'il ne vous exécute, lentement, intimement, en se servant de vos peurs les plus secrètes. Puis il s'éveillera juste assez longtemps pour admirer son ouvrage et quand il hurlera, je lui fendrais le crâne. Voilà ma proposition, misérable vermine . »
Les ténèbres l'enveloppaient, épaisses, opaques, marasme froid et gluant autour de son cœur. Elle tremblait. Elle pleurait.
Son sommeil était un piège, un ignoble puits sans fond habité par ses peurs et les spectres de son passé. Elle était souvent effrayée de s'endormir, seule dans le noir. Les nuits sans mission étaient les pires. Relachée, apaisée, fatiguée, toutes ses terreurs la rattrapaient, l'enterraient, la noyaient sans scrupule dans la haine d'elle-même et le sang qui coule.
Loki lui avait fait mal. Elle n'avait pas voulu l'admettre, elle avait joué les dures en faisant croire à une comédie, mais là, abandonnée dans son lit trop froid, son seul coéquipier et ami prisonnier de la volonté malsaine du Dieu, elle se laissait submerger par la crainte et la culpabilité, le poids des erreurs qu'elle n'aurait pas du commettre, le poids des dettes, de toutes ces années de vie qu'elle devait à Clint.
Les cauchemars étaient d'autant plus douloureux qu'ils étaient réels. Il s'agissait pas d'image générées par son cerveau aléatoirement, c'était de véritables souvenirs, brûlants, sanglants, des bribes de douleur encore bien ancrées dans sa mémoire. Un incendie qui ravageait son âme, ruinait son sommeil. Lui rappelait sans cesse ce qu'elle était vraiment, cette petite fille perdue, abandonnée par ceux qu'elle aimait, toute sa vie, réfugiée dans le sang et la mort parce qu'elle était incapable d'envisager quoi que ce soit d'autre.
La perte de Clint, plus dure à supporter que les autres. Les années de distance, loin de lui, ne l'avaient jamais rongée autant que cette sensation de vide immuable causée par la possession de Loki. Savoir que Clint était bien vivant l'avait maintenue loin de lui pendant des années, sans crainte, avec la certitude qu'elle pourrait le retrouver si elle le voulait, si il le fallait. Maintenant, Loki ne leur laissait pas le choix. S'il gagnait, Natasha perdrait Clint à tout jamais. Et cette douleur là, dans sa poitrine, était plus difficile à supporter que toutes les tortures, que toutes les blessures qu'elle ait jamais reçues.
Les fantômes tournoyaient, bien présents dans son crâne.
Il y avait les yeux rouges, brûlants, de la mort sur sa nuque.
La petite fille, dans ses cauchemars, était bien plus jolie qu'à l'origine, mais toujours elle était morte. Morte devant elle, sans qu'elle ne puisse rien faire, violée et tuée de la pire des manières par son salopard de père, un putain de connard. Son père à elle. Sa petite sœur, qu'elle n'aurait pas pu sauver. Et puis Clint, là dedans, la flèche de Clint dans le dos et la marre de sang, son hurlement qui se mêlait à celui de la petit fille dans ses bras, chaude et vivante, et le regard vibrant, vivant de Clint avec elle. L'étreinte rassurante de ses bras puissants, la caresse des cals de ses paumes sur sa joue. Et la petite qui oscillait d'avant en arrière, terrorisée, sauvée, quand elle, Natasha, Natalia, n'aurait rien pur faire, seule, pour la sauver du sort atroce qu'on lui réservait, parce qu'elle avait été faible et sentimentale.
Clint, lui, n'était jamais faible ni sentimental. Il était toujours incroyablement froid et calculateur, professionnel et sûr de lui. Clint ne commettait jamais d'erreur. Il n'en avait commis qu'une, en dix ans de service au SHIELD, celle de l'avoir sauvée elle. Natasha savait que jamais cette dette ne pourrait s'effacer de sa mémoire. Jamais.
Pas quand tant d'autres s'amassaient également dans sa conscience, dévastatrices.
L'incendie, dans sa tête, était plus réel que jamais. Elle avait peur. C'était les flammes qui lui avaient arraché, à chaque fois, tout ce qu'elle avait de plus cher, de plus précieux, tous les repères de sa vie, brûlés, consumés dans le brasier. Elle était seule. Encore. Cernée par le feu et elle n'osait plus bouger, paralysée.
Et finalement, c'était le sifflement d'une flèche qui l'avait tirée de sa torpeur, encore une fois. Les bras chauds, plus chauds que les flammes, de Clint s'étaient enroulés autour d'elle et Natasha se souvenait vaguement du reste, de s'être agrippée à lui comme une enfant, le visage ruisselant de larmes, éplorée, reconnaissante et terriblement honteuse de sa propre faiblesse.
Clint avait été brûlé après ça. Un trop long séjour à l'hôpital, des bandages toujours imbibés de sang et de pus, et la culpabilité de Natasha, comme un baume incandescent sur sa peau carbonisée. Une blessure qui avait mis du temps à guérir et qui n'avait, ils le savaient tous les deux, jamais disparu, gravée sous le tissu de l'uniforme du SHIELD.
Il y avait Sao Paulo aussi. Budapest et Sofia. Les relents de moments où elle avait failli, les échecs cuisants et amers dans sa gorge, et à chaque fois, au milieu de tout cela, l'écho des battements de cœur de Clint Barton contre son oreille.
Elle se souvenait des coups de feux et des flèches qui explosaient. Elle se rappelait les sourires, discrets et compréhensifs de Clint, cette façon qu'il avait de ne jamais lui rappeler ses dettes, de ne jamais attendre d'elle un quelconque retour. Il l'avait tellement sauvée, tant de fois, d'elle-même et des autres, qu'elle se demandait comment elle avait pu survivre avant qu'il ne soit là, constamment sur ses arrières, ombre noire aux flèches mortelles sifflant dans son sillage.
Il avait été un amant, un allié, un partenaire, un ami.
Il avait été là quand elle avait été seule.
Il avait été là quand elle allait mourir et que rien n'aurait pu changer le destin.
Il l'avait saisie à bras le corps, étreinte douloureuse, sentiment brutal que de se savoir dépendante de quelqu'un.
Mais jamais, jamais elle n'avait pu parvenir à le haïr, à lui en vouloir, d'avoir fait d'elle cette femme plongée dans l'attente perpétuelle.
Elle avait presque regretté, elle s'en souvenait, le jour où Nick Fury lui avait annoncé qu'il avait confiance en elle et levait son tandem avec Clint. Elle avait failli pleurer.
Clint était parti.
Et après tout ce qu'il avait fait pour elle, Natasha n'avait pas réussi à se sentir trahie.
Les nuits redevinrent froides, et ce fut tout ce qui lui rappela l'absence de l'agent Barton à ses côtés.
Plus de nouvelles, chacun porté par les courants contraires de leurs missions.
Et Loki avait débarqué, avec son armée extra-terrestres, ses pouvoirs maudits, et il lui avait arraché Clint, une seconde fois.
Natasha ne pouvait pas le laisser faire. Pas après tout cela. Elle ne laisserait plus personne lui arracher ce qu'elle avait de plus précieux. Elle avait passé les dernières années à enfouir ses sentiments au plus profond d'elle-même, et elle en voulait à Loki de lui rappeler à quel point, depuis le premier soir, les yeux bleus de Clint et son petit sourire en coin l'avait fait totalement craquer.
« Tu es une espionne, pas un soldat, et voilà que tu veux jouer un rôle dans cette guerre. Pourquoi ? Qu'est-ce que Loki t'a fait ? Natasha ?
- Je me suis fait démasquer. J'ai une dette gravée au fer rouge. Il faut que je l'efface. »
- Tu vas tomber Barton.
- Tu seras là pour me retenir, Romanov.
- Chacun son tour, c'est ça ?
- Natasha, tu sais bien qu'il n'a jamais s'agit de ça, murmura Clint d'une voix éteinte. Qu'est-ce que je pourrais bien faire pour que tu comprennes ?
- On sait tous les deux de quoi il s'agit Clint. On ne peut assurer comme ça
- De quoi tu as peur ? Qu'on s'écroule au sol ?
- Quelque chose comme ça, ouais. Qu'on ne soit plus capable de se relever seul. Je ne suis déjà que trop dépendante de toi Clint. Toutes ces dettes... Ça me ronge.
- Tu es stupide Natasha. Ce n'est pas toi que j'ai sauvé, à chaque fois. C'est moi et mon amour pour toi. Si tu meurs, Natasha, c'est mon cœur que tu disloques.
- Je ne peux pas Clint. Ça va trop loin. Tu le sais. Je ne veux pas mourir. Et je ne veux pas mourir à cause de toi, parce que je ne serais plus capable d'agir sans toi.
- Alors il s'agit de ça hein ? Une putain de question d'honneur, d'indépendance. On va se perdre pour qu'on survive. C'est dégueulasse ça, Nat'. Aussi dégueulasse que les cafés de Prague.
Elle esquissa un sourire.
- Mes nuits avec toi resteront les meilleures Clint Barton. Fury te libère de ton engagement. Pour une fois, obéit lui.
- C'est la peur. C'est la peur qui te bouffe, comme elle t'a toujours bouffée. C'est juste ta putain de peur qui fait que tout foire toujours. C'est ta putain de peur qui me piétine le cœur.
Elle ne répondit pas. Encore une fois, elle fuit, et Clint, à son tour, partit loin d'elle et de ses scléroses, il s'évapora dans les missions et ne noya dans le sang.
Quand Natasha fut renvoyée en mission en Europe de l'Est, elle s'attendit presque à l'y trouver, dans le café pourri de Prague.
Mais il n'y eut que les vapeurs des cigarettes à moitié consumées, et les relents de café froid dans sa chambre d'hôtel vide.
Clint n'était pas revenu.
Clint ne revint pas.
Natasha resta seule.
Et au fond, peut-être que si, elle lui en voulait un petit peu, elle lui en voulait de l'aimer et elle s'en voulait à elle. Au final, elle se convainquit que tout était pour le mieux, et ce ne fut que des années plus tard, dans les bras d'un autre homme, qu'elle comprit que ça n'avait été que des mensonges, distillés dans l'angoisse, et tout vola en éclats dans sa tête, sur le toit d'un building démesuré à l'image de l'ego de celui qui l'avait fait bâtir.
Le grand A de Stark scintillait sous ses pieds, et Natalia pleurait.
Ce chapitre est plus court, parce que plus sérieux, que les autres de cette fic. Ce chapitre m'a demandé plus d'implication que les autres. mais surtout, ce chapitre est, et reste en dessous du niveau de la mini-fic Clintasha que je suis déjà en train d'écrire. C'est fait exprès. Comme ça vous irez la lire. Parce que vous m'aimez, hein ? Alors le chapitre 9 arrivera mercredi soir, et la fic Clintasha pour après les vacances !
Petites anecdotes croustillantes : Pour ce chapitre, je me suis inspirée de la réplique de Loki, que vous voyez citée dans le milieu du chapitre. Cette discussion entre Loki et Natasha était une véritable mine d'or !
D'ailleurs, saviez-vous que si on respectait les Comics, Avengers aurait-dû se passer quelque part autour des années 40-50 pour que les âges des personnages soient crédibles ? La Veuve Noire est née en 1928 ! Je vous laisse calculer son âge en 2012 ! Heureusement qu'ils ont réadapté !
Elle et Hawkeye auraient également combattu Iron Man, auraient fait équipe avec le Cap' et tout un tas de trucs chelous dans le même genre. Alors bon, hein, on va garder la version 2012, si vous voulez bien =D Et je parle aussi pour les designs. (Traumatisée par le Hawkeye des Marvel Comics. Je vous conseille d'aller voir si vous avez raté ça.)
Bref, je pense que ce chapitre mérite bien une review, qu'en pensez-vous ? A-t-il été à la hauteur de vos attentes ?
Oh, j'oubliais, le vote. Allez, il est tout simple. Alors, vous êtes plutôt… :
a/ Bruce/Tasha
b/ Clint/Tasha
Je suis tellement sympa que je vous laisse choisir.
Maintenant vous savez que Bruce veut Natasha et vous connaissez toute l'histoire de Clint et Natasha alors… finalement, vous penchez pour quoi ? J'avais pas prévu de vous offrir ce choix mais j'ai dans l'idée que ça vous plaira d'avoir votre mot à dire sur la question.
Au prochain chapitre, je vous réserve du Stony, un méchant Loki en vadrouille, du chocolat et des immeubles qui poussent comme des champignons !
SAUVEZ UNE FICTION, LAISSEZ UNE REVIEW !
Merci à vous,
Amy.
