Cet OS a été écrit dans le cadre de la 40e (déjà !) Nuit du fof, inspiré du thème "maître" (mais écrit en 2 heures), et s'inscrit dans l'univers de l'Histoire de France – période Occupation.
Non, je n'ai absolument pas pu m'en empêcher.
Le bon côté
Il était arrivé un matin, enfin. Et il n'avait pas réussi à en croire ses yeux.
Il avait traversé le village endormi sans croiser âme qui vive, mais il savait qu'elle serait levée. Il faisait jour, alors elle serait levée, en train de nourrir les poules et les cochons. S'il y avait encore des poules et les cochons, Seigneur...
Il avait poussé la barrière et la cloche avait retenti. Elle était sortie avec le fusil à deux coups du vieux. Il s'était approché doucement, parce qu'il savait qu'il avait changé, qu'elle aurait du mal à le reconnaître, après deux ans.
Il était à trois pas quand elle lâcha le fusil et se jeta dans ses bras.
- Ce n'est pas du vrai café, mais c'est mieux que rien, fit-elle en posant une tasse devant lui quand ils furent tous les deux à la cuisine.
Il lui sourit. Elle n'avait pas changé. Il le lui dit.
- Oh, si Mal, soupira-t-elle en s'asseyant face à lui. Tu n'as pas idée.
Il était parti en 1939 comme tous les jeunes gens du village, en chantant contre une guerre qu'ils ne voulaient pas, comme leurs pères étaient partis pour la der des der – plus jamais on ne croirait les chefs, les maîtres et les politiques. Après un an de guerre sans bataille, ils avaient perdu, et il avait été envoyé prisonnier. Puis libéré.
Mais sa sœur, elle...
- La vie a continué, disait Zoé. On ne savait rien mais il fallait quand même semer, récolter. Et puis des gens ont commencé à arriver.
- Des gens ?
- Ils ont appelé ça l'Exode. Ils fuyaient Paris, le Nord, parce que les Allemands arrivaient. Vite, très vite. La plupart sont repartis, après, mais certains sont restés, tu verras. Enfin, c'est à peu près à ce moment-là que l'avion s'est écrasé.
- L'avion ?
Zoé sourit fugitivement.
- Ah, oui, je ne t'ai pas dit. Je me suis mariée.
Mal recracha la gorgée de café qu'il tentait d'avaler. Elle, elle prit son air satisfait, celui qui lui rappelait leurs disputes enfantines, lorsqu'elle se précipitait dans les jupes de leur mère et qu'il se faisait gronder alors qu'elle avait commencé.
Bref, l'avion s'était écrasé à peu près au moment de l'Exode, dans le pré derrière la maison. Zoé était allée voir, et elle était tombée sur le pilote anglais, blessé, qui tentait de sortir de son engin en flammes. Elle l'avait aidé et ramené à la ferme, couché, soigné. Quand les Allemands étaient finalement arrivés près du village, et qu'ils avaient posé des questions sur l'avion, elle avait dit que non, qu'elle n'avait trouvé personne, et que le pilote avait dû mourir dans l'incendie.
L'homme dans son lit ? Oh, rien que son crétin de mari qui s'était blessé avec une fourche.
- Donc vous n'êtes pas vraiment mariés ?
- Oh, si, il m'a demandé après. Quand il a été mieux, un peu avant de repartir en Angleterre.
- Mais qui vous a marié ?
- Le Père Book. Tiens, il est arrivé pendant l'Exode, lui. Pas reparti. Discret, je savais qu'il ne dirait rien. Et puis, c'est grâce à lui que je suis entrée dans le Réseau.
- Le Réseau ?
Des gens qui avaient décidé de s'opposer aux Allemands, quoi qu'il arrive, et de suivre le Général de Gaulle. Ils passaient des messages, parfois des gens, et de temps en temps, ils faisaient sauter les voies de chemin de fer. Wash, son mari, revenait en avion, parfois, apportait du matériel et des instructions.
- Tu es complètement folle ! Et c'est qui, d'abord, ce De Gaulle ? Que faites-vous du Maréchal ?
- Tu sais ce qu'ils font aux Juifs ?
C'était à cette conversation qu'il pensait, dans l'auberge, plus d'un an plus tard. Le nez dans sa piquette, il suivait du regard Inara qui évoluait entre ses clients – Allemands comme Français.
Déjà orpheline de mère, elle avait perdu son père un an plus tôt. Tout le monde s'était attendu à ce qu'elle ferme l'auberge, mais non, elle l'avait reprise, s'attirant de nombreuses réflexions. C'était la plus grande et la plus belle maison du village, avec la mairie, celle qui accueillait tous les officiers allemands, et ils appréciaient tous Inara.
Alors, pour certains, elle couchait avec eux. Mais personne n'avait pu le prouver. En même temps, qui n'appréciait pas Inara ? Tous les hommes du village voulaient l'épouser, et elle en avait refusé plusieurs avant qu'ils partent à la guerre. Quant aux femmes... Donc, Inara couchait, évidemment.
Mais elle passait des messages, aussi. Elle surprenait des conversations et prévenait Zoé ou Mal. Et c'était elle, après tout, c'était elle qui leur avait envoyé le frère et la sœur, Simon et River. La petite criait, et criait, Mal pouvait encore l'entendre.
Inara lui sourit en passant devant lui, et il grogna. Il attendait que quelqu'un tente de lui mettre une main sur les fesses. On était le 6 juin (1) et il avait très envie de mettre son poing dans la figure de quelqu'un.
Un militaire allemand s'installa à côté de lui au bar et le dévisagea, s'arrêtant sur la veste d'uniforme que Mal avait revêtu ce jour-là.
- Vous ne trouvez pas ça étrange ? De vous être battu du mauvais côté ?
Tu sais ce qu'ils font aux Juifs ?
Il regarda Inara de l'autre côté de la salle. Elle souriait.
- Le côté perdant. Je suis pas convaincu que c'était le mauvais côté.
Il finit son verre et le soldat lui jeta un œil mauvais. Quelle importance ? Les autres l'attendait.
Il rejoignit la ferme et y retrouva Zoé, Jayne, et la petite Kaylee.
Mal se sentait toujours coupable quand elle était là. Quant il était parti pour la guerre, elle n'avait pas douze ans, pas de poitrine, deux couettes, et elle jouait à la marelle sur la place de l'Eglise. Et maintenant...
Maintenant, elle fabriquait des bombes. Mais personne ne les faisait comme elle, ne les plaçait comme elle. Et elle voulait aider, depuis qu'ils avaient fusillé son oncle. Ils l'écoutèrent soigneusement répéter le plan qu'ils connaissaient tous par cœur, maintenant. Mais c'était l'occasion, une occasion de faire un gros coup, et ils ne pouvaient pas le laisser passer.
- On tue qui, mon Cap'taine, déjà ? Demanda Kaylee.
Mal eu un sourire fugitif. Elle était bien la seule à l'appeler comme ça.
- Les maîtres.
(1) Le 6 juin 1940, l'armée allemande enfonce la défense française entre la Somme et l'Aisne. On considère généralement que la défaite française devient inéluctable à ce moment. On a qu'à dire en plus que Mal était de cette bataille.
Ahah il est moins fun, hein, celui-là ? Désolée, je suis une passionnée de la 2e guerre mondiale, et c'était trop tentant...
Enfin bref, je crois que je vais m'arrêter là pour ce soir, je pourrai pas en écrire un de plus... Je vais tout relire et corriger si nécessaire, mais c'est tout.
Et n'hésitez pas à laisser un commentaire et des idées pour d'autres crossover !
