《白龍傳》
« La Légende du Dragon Blanc »
Lordess Ananda Teenorag
Titre :《白龍傳》« La Légende du Dragon Blanc »
Auteur : Lordess Ananda Teenorag
Série : Inazuma Eleven Go
Genre : Suspense, Crime, Supernatural
Résumé : La Légende du Dragon Blanc. La tortueuse histoire d'amour entre un esprit et un mortel, que découvre le meilleur des Agents d'Elite du Cinquième Secteur. Un Livre mystérieux qui retrace sa vie… et le mène au cœur de l'Organisation.
Personnages principaux : Bailong 白龍 (Hakuryuu), Tezcat (Shuu)
Personnages secondaires : Zhuge Liang (Koumei Shokatsu), Victor Blade (Kyousuke Tsurugi), Njord Snio (Yukimura Hyouga), Sol Daystar (Taiyou Amemiya), Goldie Lemmon (Kinako Nanobana)
Pairing principal : Bailong (Hakuryuu) x Tezcat (Shuu)
Pairings secondaires : Bisexualité de Bailong en général.
Note : Extraits (remaniés) du roman La Légende du Serpent Blanc 《白蛇傳》 Baishe Zhuan. Extrait remanié de l'article du Wikipédia chinois (维基百科) le présentant.
Mot de l'auteur : Pardon à toutes les réponses aux reviews et les PM en retard !
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第二 : 仙劇 L'Opéra Céleste
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Par une belle journée ensoleillée. Sur la terrasse magnifique d'une vaste maison. (Vous savez, le genre de maison de campagne dans laquelle on va, quand on visite un ami qui aime la nature et le calme… bon bah c'est là que je me trouve)
Tout va bien. Tout va merveilleusement bien. Tout va…
« NON, Didi, tu peux pas me faire ça ! Pas à moi ! »
Le talon de ma magnifique botte écrase le sol. Je suis, je suis… !
« Hi hi hi. »
« JE suis le grand Bailong. Le seul et l'unique. Celui qui fait chavirer le cœur des filles et crever de jalousie tous les garçons. Et tu voudrais… que je perde ma réputation ? Ô cruelle que tu es ! »
Une cerise tombe de la coupe de Champomimi. Miss Lemmon arrête pas de me répéter que la bière, ce n'est pas bon pour mon foie, mais moi j'ai foi en mon foie.
Et surtout j'aime la bière, parce que je suis un mec et que je le vaux bien.
« Mon petit chou, ta réputation, elle peut pas être plus grosse. D'ailleurs, je me suis toujours demandé comment tu fais pour la faire tenir dans ta tête. Même si son volume – je parle de la tête, bien sûr – grandit de jour en jour, hi hi. »
Maieuh, pourquoi elle me fait une pichenette sur mon front, à moi, le Légendaire Dragon Blanc ? Non mais, chuis un Agent secret d'Elite, MOI ! Et surtout : je suis un homme, un vrai.
« Comment je fais ? Comment je fais ? Tu me le demandes, à moi, le grand Bailong ? »
« Hi hi, pardon. J'oubliais qu'elle était creuse, parfois, ta tête, mon Baba à la crème. Donc il y a encore de la place pour des bêtises. »
Je me renverse en arrière de désespoir, avec la goutte sur la tempe. Puis, déterminé, me relève tel le Dragon Blanc de la série. En essayant de prendre l'air sérieux.
« Sérieusement, Goldie, tu étais obligée de décommander notre gala au dernier moment ? Tu sais bien que c'était une occasion en or pour se faire connaître comme duo de danseurs. Et que c'est impossible de trouver un bon partenaire au dernier moment. »
« Hi hi. Tu sais, mon petit Baba à la fraise, une entorse, c'est difficile à prévoir. Je sais que tu t'es déjà foulé exprès la cheville pour échapper à un cours, mais tout le monde n'est pas toi. »
Heureusement, diantre.
« Roh, ne me reparle pas de ça. On était en formation avec cet instructeur, et il a jamais voulu me croire quand je lui disais que je n'avais jamais dansé de ma vie. (Et là je prends l'air du vieux grincheux) 'Jeune arrogant que vous êtes, vous pensez pouvoir tromper ma longue expérience ? Retournez dans les rangs, et cessez de pavaner auprès de ces jeunes filles.'
Alors je me suis vengé en séchant son cours pour blessure, et en réussissant le Concours des Jeunes Talents haut-la-main. Et pour finir, je l'ai invité à ma soirée de réussite, rien que pour le narguer pendant des heures. Il va sans dire qu'il était une bouse en drague et en tout ce qui fait un homme, comme la bière. »
« Baba, tu es horrible quand tu fais ton gamin. »
« Je sais, je sais. »
Mes doigts se posent sur la cheville fine, à travers le bandage. Inconsciemment, je palpe la blessure – avec douceur.
« Bon, ça fait pas trop mal, quand même ? »
« Hi hi. Baba, quand tu te montres gentil, c'est que tu as quelque chose à demander. »
Mééé, mais pourquoi quand je suis sympa (et, donc, pas occupé à me pavaner comme un dragon), on me le reproche ?!
« Allez, raconte tout à Maman Goldie. Tu as encore fait une bêtise ? »
Et pourquoi tant de haine ? Je sais que je suis insupportable, mais tout de même…
« Didi, je suis un homme, un vrai, moi ! »
« Raison de plus. Allez, avoue-moi tout. »
Je prends l'air boudeur. Si elle pense que je vais lâcher mon gros secret…
« …rien. »
« Ba-ba. »
« …pffff. »
Le ton qui monte. Oh-ho.
« Ba-ba. »
C'est terrible, les femmes. Ça s'attache à vous, et pour finir, ça gouverne le monde et votre vie. Non, même sous la torture, je ne dirais RIEN !
« Victor a eu deux lettres de fans de PLUS que moi ! »
Bon, d'accord, mon gros secret a été lâché.
« Oh, vraiment ? »
« ET IL LES A JETEES, l'ABRUTI ! Je le HAIS ! »
Et en moins de cinq secondes. Pfff. Bon, tant qu'à faire, laissez-moi vous présenter mon douloureux flash-back. Attention, sortez les mouchoirs, je ne le raconterai qu'une fois.
/Petit flash-back douloureux !/
« Qu'est-ce que c'est que… ça ?! »
Devant le fait criminel, un saxophoniste ténébreux nettoie son instrument.
« Des lettres. »
« Merci Victor, je ne l'aurais pas deviné. Non, je veux dire : pourquoi, POURQUOI ton tas est-il plus gros que le mien ?! »
Sans même me regarder, il continue sa tâche d'imperturbable. Sus aux Bad Boys impassibles, moi je dis.
« Parce que j'en ai reçu plus que toi ? »
« Victor Blade. »
« … »
Insensible à ma frustration ambiante, il ne cille même pas, lorsque je me plante devant lui, lui bloquant l'étui par la même occasion.
« POURQUOI as-tu PLUS de lettres de fans que MOI ?! »
Sans même ciller, il dérobe son boîtier à ma prise et le ferme en prenant son manteau.
« …aucune idée. Peut-être parce que tu perds la main ? Bon, je dois y aller. »
Moi, perdre la main ? Alors là, permets-moi de persifler, To-tor.
« Laisse-moi deviner : tu vas retrouver ton petit copain Sherwind ? »
Des yeux orangés de lynx me transpercent.
« Oui, je vais retrouver mon petit copain Sherwind. »
« … »
/Fin du flash-back douloureux !/
Ça a été une des rares fois de ma vie où je n'ai pas réussi à en placer une – et c'est dire. Victor Blade, qui me crache ça à la figure… on aura tout vu. Grrrr, je le hais. Comment ose-t-il… avoir plus de lettres de fans que moi, et les dédaigner ?! Comment ose-t-il… !
« Mon petit Baba au rhum, tout le monde ne s'intéresse pas qu'à lui-même, tu sais. »
N'y-a-t-il donc personne pour comprendre ma douleur ?!
« Je te parle PLUS ! T'es PLUS ma meilleure amie ! »
« Hi hi hi. »
Son rire joyeux apaise mes tympans, mais l'injustice de la vie me fait bouder. Roooh, je suis une victime.
« Bon, c'est pas que je m'ennuie, mais le soir approche et je dois y aller. »
« Tu vas encore au bar ? »
Le souvenir du Sherleyton, d'une bière discriminée et d'un serveur anti-beaugossitude me font grimacer.
« Non, Madame. Je vais à l'Opéra, moi. Je suis un homme beau, cultivé, intelligent. Incroyable, classe… »
« Et tu es célibataire. »
Merci d'appuyer là où ça fait mal.
« Pas ma faute si je suis aussi demandé par les gens. J'ai adoré cette lettre de fan, qui décrivait tous ses fantasmes avec moi. Par contre, il me voyait pas comme le dominant. Dommage. »
« Oh, c'était un homme ? »
« Oui, mais il y a aussi celle où la fille parlait de canard en plastique et… »
« Mon chou, tais-toi s'il te plaît. Mon mari est absent, mais des bêtises pareilles, il pourrait même les entendre. Et tu sais qu'il est un peu rigide sur ce genre de choses. »
Je renifle de mépris.
« Pfff, tu veux dire qu'il est coincé de là où je pense. Il ne te mérite pas, toi qui es si géniale. »
« Bailong. »
Lorsqu'elle m'appelle par mon prénom, c'est qu'elle est sérieuse. Je fixe les yeux sur son visage, qui est devenu grave.
« …pardon. »
C'est du bout des lèvres que j'ai dit ça : je ne suis pas habitué à m'excuser… mais elle a raison, je vais trop loin. Pourtant… comment oublier notre relation d'avant ? Nous sommes sortis ensemble, à une époque. Mais ça n'a pas vraiment collé, parce que… je devais pas être fait pour elle, je pense. Je suis l'égo le plus enflé d'Inazuma, il faut bien le reconnaître. Et elle, elle a besoin d'un homme digne et sérieux, qui ne se prendra pas pour Apollon à la moindre occasion. Pas quelqu'un comme… moi.
« Je suis sûre que tu trouveras quelqu'un. »
Elle a retrouvé son sourire d'enfant – rayonnant et pur. Celui qu'elle a toujours eu – et qui m'a attiré à elle, comme un aimant. Sa douceur, son innocence…
« Comment tu le sais ? »
Pour une rare fois, moi aussi, je laisse tomber mon masque de paon arrogant : celui qui sert à masquer ma propre douceur, ma propre capacité à aimer.
« J'ai fait ta voyance. Tu as de grandes dispositions : tu es fait pour habiter les sommets. Tu devras affronter un destin difficile, parce que les haut placés remarqueront ton talent… mais un grand rôle t'attend. Et… tu ne seras pas seul. Une âme sœur t'aidera à réaliser les grandes choses auxquelles tu aspires et t'assistera dans tes choix. Tout ce que tu dois faire… c'est ne jamais baisser la tête, et te comporter avec fierté. »
« Goldie. »
Voilà l'amie que j'ai. Celle qui est restée avec moi, malgré tous mes défauts. J'ai vraiment de la chance, d'avoir de telles personnes à mes côtés…
« Reste à se demander comment elle ou il te supportera, mais je suppose que les miracles existent. Hi hi. »
« Héééé ! »
Le monde me hait, c'est sûr. Et mes meilleurs amis encore plus.
« Bon, tu viendras dîner avec nous, un de ces jours ? »
« Si tu refais ton curry mille saveurs, je reviendrais de l'autre bout du monde pour ça. »
« Essaye de ne pas faire de blagues douteuses à mon mari, comme la dernière fois où tu lui as parlé de ta journée Portes Ouvertes, alors qu'il s'agissait en fait de… bref. J'aimerais pouvoir t'inviter à mon anniversaire sans qu'il ait envie de t'enterrer vivant. »
« Un homme, un vrai, ça… »
« …ça est un vrai gamin. Comme toi, choupinou. »
« Je te déteste. Bon, on se retrouve quand même à la soirée du gala ? »
Elle plaque un gentil bisou sur ma joue.
« Bien sûr, mon Baba à la crème. »
Merci, Goldie. Non seulement on passe un bon moment, mais deux heures à raconter des conneries, ça endort la méfiance des plus tenaces des espions. Oui, grâce à toi, je vais pouvoir tromper mes poursuivants.
« A plus, Didi ! Tu as intérêt à être là. »
Je peux compter sur toi. Sur Victor, Boss et les autres. Vous n'êtes pas seulement des compagnons fiables, vous êtes aussi les meilleurs. Et d'excellents… amis. Bon, il est temps d'y aller.
« TACZET, indique-moi le chemin de l'Opéra d'Inazuma. »
Le système audio incorporé à ma moto s'actionne.
« L'Opéra d'Inazuma ? Voici l'itinéraire le plus rapide pour y accéder, Monsieur Bailong. »
« Merci. »
Je dois y retrouver Njord Snio – alias Chioné, la Reine des Glaces. Prière de ne pas faire de jeux de mots sur son surnom. Il le mérite complètement (même Victor Blade est plus accessible que lui, et c'est dire), vu son intérêt total pour tout ce qui ne se rapproche pas de son travail. Qui c'est ? Un collègue à moi du Cinquième, Technicien d'Elite. Alors que les Agents d'Elite comme moi – et jadis, Victor Blade – agissons directement sur le terrain, les Techniciens conçoivent le matériel nécessaire à nos opérations. Inutile de dire que Njord est aussi bon que Blade dans sa discipline.
Et ils sont tous les deux coincés du ciboulot. Comme quoi j'ai un karma avec les puritains énamourés.
C'est le prodige du grand Technicien d'Elite Shawn Frost, avec lequel il a travaillé un certain temps. Frost est indépendant du Cinquième Secteur, qu'il déteste. Ils sont en froid (pardon pour le jeu de mots, c'était trop tentant) depuis que Frost a préféré prendre la poudre d'escampette, et Njord passe les rares moments où il communique à dire qu'il le hait et se vengera de lui, mais je sais bien au fond qu'il lui est toujours attaché.
« Bon, bon… son numéro, il est où déjà… »
Mais pour ça, il faut que Boss me fournisse ce dont j'ai besoin. Alors, je profite d'une belle éclaircie pour ajuster mes lunettes de soleil. Les Bailong Boss, au taux de réverbération unique, comme mon ordi portable.
(Et, en plus, mettant mes beaux yeux noisette en valeur. Que demander de plus ?)
« Yo. »
C'est d'un geste nonchalant que j'active le bouton secret de mon portable. Aie l'air naturel, et tu seras un Agent d'exception.
« Bailong, tu es suivi. »
Le verre des lunettes reflète les alentours, et les ombres que j'ai repérées au Sherleyton se meuvent avec furtivité au loin. A portée d'écoute.
« Je sais. »
« Tu as besoin d'infos ou d'équipement ? »
Je recoiffe mes cheveux d'un air classe.
« Oui, je sais. Tu n'aimes ni les mots doux, ni les fleurs. Mais, comme c'est ce qui fait tout le romantisme, j'aimerais que tu m'en donnes, à moi. »
« Je te fais parvenir les deux. Quoi en particulier ? »
Le Dragon Blanc ne craint rien, ni personne. Il fait tout avec talent, et réussit avec brio.
« Non, on peut pas se voir ce soir, parce que je vais à l'Opéra… ce que je vais voir ? La Légende du Dragon Blanc, un truc comme ça. J'ai hâte d'en savoir plus sur l'intrigue… si, d'ailleurs, tu pouvais me retrouver mon enregistreur audio ? Tu sais, celui sur lequel j'ai réuni les données pour mon prochain exposé ? »
« Des données sur le Livre Secret, et tes fichiers contenu dans ton capteur micro-biométrique. C'est ça ? »
Un sourire de séducteur épouse mes lèvres.
« Oui, oui, mon canard en sucre. Oui, je t'adore, tu es la meilleure. »
« Bailong, tu n'es pas obligé d'en faire autant, tu sais que je déteste ça. Où cela ? »
Hé, calmos ! Je fais mon boulot, moi ! Bon d'accord, peut-être un peu plus que demandé, sur ce coup-là.
« Tu me les déposes près de notre lieu de rendez-vous habituel ? »
« C'est noté. Quand peux-tu me recontacter librement ? »
C'est moi, ou je sens comme une irritation dans le ton de Boss ?
« Ce soir, ma chérie. Oui, on sera seuls tous les deux… rien que tous les deux. Ce soir. »
« Très bien. »
Clic !
Il va sans dire, comme vous pouvez le voir, que j'étais un des mieux notés en conversation masquée. Victor disait que c'est parce que je passe mon temps à parler pour ne rien dire, mais Victor n'a jamais été très aimable. En tout cas, d'avoir porté le mobile à mon oreille m'a également permis de laisser une oreillette minuscule dans ma royale audition. Un amplificateur des micros laissés sur mon ordi, que j'ai – malencontreusement, bien sûr, ha ha – failli oublier sur la table du Sherleyton. Et les abrutis d'espions, ils ont certainement mordu à l'hameçon, parce que, vu le grésillement que j'entends…
« (Voyons voir s'ils ont fourré leur papattes sur mon joli petit ordi pour regarder dedans ? Je suis sûr que, laisser mon fichier grand ouvert a aidé un peu, hum ?) »
J'ajuste le volume de l'appareil.
« …gent… ir… teur… »
Bingo.
Roh roh, les méchants, c'est pas bien de fouiller dans les affaires des autres. Surtout, si, oh ! Malheur, ils ont laissé des nano-micros sur les touches de l'ordinateur en question ?
« …fait ici ? …trouver… ? »
Un grésillement se fait vaguement entendre, avant de se stabiliser sur la fréquence parfaite.
Bingo, Dragon Blanc ! Tu es le meilleur, comme d'habitude.
« Le gamin a parlé à quelqu'un. A sa copine, sans doute. »
Gamin ? Alors, toi, tu cherches les emmerdes.
« C'est lui qui serait Astral, le Légendaire Dragon Blanc ? »
Bien sûr que oui, espèce de naze. T'aurais dû le comprendre rien qu'à me voir. Bon, ok, le but c'est que tu le découvres pas, mais tout de même… un homme aussi beau que moi, c'est forcément un grand boss, tu ne crois pas ?
« Mais il est tout jeune ! C'est à peine s'il fait la vingtaine ! »
Espèce de comique, j'ai vingt-quatre ans ! C'est le Dieu de la Parodie qui t'a créé, ou quoi ?
« Et, mis à part son air de crâneur qui se la pète, il a rien de particulier. »
Alors, toi, tu cherches la mort. Je sais bien que je suis tellement bon que je parviens à te berner aussi facilement que ma grand-mère (que je n'ai jamais eue), mais… de là à dire que je n'ai rien de particulier ? (Que j'ai un air de crâneur qui se la pète, passe encore, c'est totalement vrai, mais… que JE N'AI RIEN DE PARTICULIER ?!)
Il y a des gens qui méritent la mort.
« (Je hais mon job… mais pourquoi, pourquoi je suis aussi bon en contre-espionnage d'espions stupides ?) »
Il y a des jours, j'ai envie de devenir serveur. Etre espion, c'est chiant quand on doit faire semblant de ne s'apercevoir de rien. J'ai une envie folle de couper ce nano-transmetteur de merde, mais restons classe et pro jusqu'au bout. D'ailleurs, heureusement, près du théâtre, m'attend mon cher collègue.
« Yo. »
Un air froid et fier comme la glace. Le Technicien d'Elite est habillé élégamment, de bleu et de blanc.
De couleurs froides.
« Salut Njord. »
Son regard ne cille pas, alors qu'il égrène les politesses habituelles.
« Bonjour, Capitaine. »
En hommage à notre bref partenariat, où j'ai été le Capitaine de Résistance Japon : la Brigade qui a servi à tester une bande de morveux qui se croyaient capable de conquérir le monde. On les a bien laminés, mais ça c'est une autre histoire.
« Bien que mon égo adore ça, tu n'es plus obligé de m'appeler comme ça. Mais continue si ça te fait plaisir. »
Ses yeux de glacier éternel restent fixes. Nonchalant, je poursuis.
« Une place à l'Opéra, ça te dit ? »
« Si tu veux. »
Question originalité, on repassera. Njord est un Technicien de génie comme Frost, mais il n'est pas très inventif pour les dialogues. A la différence de Victor qui n'aime pas sociabiliser, mais qui trouve toujours les meilleures répliques, la Reine des Glaces se contente du strict minimum de service. Mais bon, tout le monde ne peut pas être aussi classe et brillant que moi.
« On va voir quoi ? »
« La Légende du Dragon Blanc. »
Le Bailong Zhuan 白龍傳.
Une très vague étincelle s'allume dans les yeux bleu glace du Technicien. Je lui fais un signe de tête entendu.
Il a compris.
« Bon, qu'est-ce qu'on attend ? »
« Mon royal assentiment. »
Et c'est sur ces belles paroles que nous pénétrons dans le théâtre.
Aube magnifique
Es-tu l'astrale clarté,
Qu'épouse mon âme blanche ?
(Bailong, Verset III du Tome 'La Culture pour les Boss')
J'adore ces lieux tapissés de rouge velours et de noir luxueux, ça donne une impression de classe qui se marie parfaitement à moi. Et aussi à mon collègue, parce que vu les regards que nous attirons, c'est certain que nous plaisons bien aux yeux. Quelle bonne journée.
Regardez-moi, vous tous. Parce que je le vaux bien.
« Bonjour, deux billets pour la Légende du Dragon Blanc. »
« Voilà, Monsieur… ? »
Je plonge mes yeux dans les siens.
« …Bailong. Enchanté, Mademoiselle. »
La vendeuse glousse un peu, tandis que je souris largement. A côté, Njord ne cille même pas. C'est pas beau la vie ? Alors que je m'apprête à poursuivre…
« Aitor, arrête un peu ! »
« J'ai rien fait, Gaby. T'es sûre que t'as pas imaginé le coup de coude que tu as senti à l'instant ? »
J'étrécis les yeux. Oh non.
« Ha ha. Essaye au moins d'être crédible, la prochaine fois. Et je refuse que tu t'asseyes à côté de moi durant le spectacle. »
« Alors t'es mal parti, vu qu'on a deux places côte à côte… »
Merde, j'aurais dû y penser. Si Maestro Di Rigo dirige l'orchestre de l'Opéra, sa petite clique de potes sera forcément là pour l'admirer. Impliquant le gars aux couettes roses qui se travestit en fille (à moins que ce soit une fille qui se travestit en gars ? J'ai jamais su dire. Comme il ou elle était pas mon genre, je n'ai jamais rien tenté…), les cassos de l'Université Raimon et…
« …c'est super, hein, Victor ? Riccardo a enfin pu obtenir la place dont il rêvait, comme chef d'orchestre. Je suis hyper content pour lui. Pas toi ? »
« …si. »
Oh, non, pas lui.
Arion. Arion Sherwind. Le misérable petit flûtiste qui a osé sortir Victor du Cinquième… le musicien neuneu qui a autant de talent que ma grand-mère inexistante.
Et c'est pour ça qu'il m'a abandonné – moi et ma classe naturelle – le Totor ?
« Capitaine, j'ai pris nos places. »
La voix de la Reine des Glaces me ramène à la réalité.
« Je te rejoins tout de suite. Je dois aller aux toilettes. »
« Ok. »
Pour la première fois, je fixe le petit brun hâlé. Celui qui a arraché Victor à son destin d'Agent du Cinquième. Bon, ok, il est plutôt mignon. Dans le genre, l'air innocent et pas toujours fute-fute, mais charmant et… gentil. Pfff. J'aurais jamais pensé que Totor flasherait sur le genre neuneu, mais après tout faut bien compenser la classe naturelle qu'on a ?
« … »
Mais bon, soyons honnête. Ne pas encadrer Sherwind juste parce qu'il a détourné Victor de son poste d'Agent d'Elite, c'est pas vraiment réglo. Je suis quelqu'un qui la ramène, mais pas un mec injuste. Après tout, on a le droit d'aimer qui on veut. Et, même si c'est hyper gnangnan à dire… Victor a l'air beaucoup plus heureux depuis. Merde, pourquoi je deviens gentil ? L'effet Sherwind, sans doute. Reprends-toi, Bailong !
« Pourquoi tu mets autant de temps ? »
« Parce que je le vaux bien. »
Oublions Sherwind et tout le reste. Di Rigo est un as de l'interprétation musicale, et j'entends bien profiter de sa version de la Légende du Dragon Blanc.
« Mesdames et Messieurs, la Troupe Raimon All Music est ravie de vous présenter son chef d'œuvre, la Légende du Dragon Blanc. C'est l'histoire d'un puissant Esprit-Dragon, sauvé par un ordinaire mortel. Empli de reconnaissance pour son bienfaiteur, il décida de prendre forme humaine pour lui amener succès et prospérité, avec l'aide de son âme sœur, le Fantôme Noir. Il œuvra corps et âme dans un monde qui n'était pas le sien pour lui exprimer son amour. Mais, dans son périple sur terre, il en oublia accidentellement son origine et ses pouvoirs : ce qui ne fut guère le cas des sbires de son maître, qui enviaient sa beauté et sa force. »
Le projecteur illumine l'air grave de Di Rigo, dont le costume noir épouse le corps parfait.
« Grand était son pouvoir, à lui comme au Fantôme Noir. Tous le convoitait, lui dont la beauté et la force étaient sans égale. Alors son bienfaiteur décida de prendre les traits de son ennemi pour le confronter à lui-même et lui rendre son destin d'Esprit-Dragon – quitte à mourir de la main de celui qui lui avait consacré son âme. »
Ouah, bah dis donc, c'est profond, comme histoire. Mais elle me touche, je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas si j'aurais pu être un tel Esprit… mais si jamais je rencontrais ce bienfaiteur, je me donnerai à fond pour lui.
Quitte à le combattre sans pitié.
« Acte I : La Naissance du Dragon Blanc. »
Et le spectacle est aussi magnifique que cette histoire. Je ne suis pas quelqu'un qui montre sa vulnérabilité facilement : contrairement à Sherwind – et même à Victor qui est assez sentimental derrière ses airs de dur, je suis prêt à faire abstraction de mes sentiments pour mener à bien ma mission. Au fond, je n'appartiens qu'au Sanctuaire dont je suis issu. Rien d'autre ne compte, à part cela. C'est mon monde à moi, le Dragon Blanc.
« Dragon Blanc, Dragon Blanc. Es-tu Maître de l'Aube dont je ne vois plus la clarté, ou Astral Esprit dont je ne touche plus la blancheur ? Je t'en prie, écoute ma requête… »
« Ma force n'est guère pour ceux qui ne peuvent la maîtriser. Je ne répondrai donc pas à tes suppliques, mortel. »
A côté, impassible, Njord regarde le jeu merveilleux de la Troupe de Maestro Di Rigo. Impossible de dire s'il adore ou s'il s'en fiche, son regard glacé ne change jamais – sauf quand on parle de son mentor adoré. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'a pas manqué les activités suspectes qui se trament non loin derrière nous. A la différence de moi qui utilise mon ordi X-nazuma ou mes lunettes de soleil Bailong Boss pour repérer ceux qui me suivent, lui préfère le petit pendentif avec la photo de son mentor dedans (et il ose raconter qu'il le déteste. N'importe quoi). Chacun ses goûts.
« Je suis faible, car je suis mortel. Mais je serai fort, car je suis humain. Ô Astral, grand Dragon Blanc qui de l'Aube est le Maître, je saurais te toucher au point de te faire venir à moi – sur terre. »
« Si tu es capable de me sauver la vie, alors je me dévouerai corps et âme pour toi. »
Non loin de là, Sherwind gagatise sur le talent de son copain Di Rigo, Victor le couve d'un regard protecteur (pffff, ça rend con, l'amour…), les autres clowns de service (c'est quoi déjà leurs noms ? Non, finalement, ne me dites pas, je m'en fous) servent à rien…
« Aitor, arrête ! »
« Arrête de quoi ? »
Bon, j'en ai assez des Feux de l'Humour, version Inazuma. Et si j'écoutais la conversation des espions qui m'espionnent ?
« Zzzzzz… »
« Hé, oh, arrête de dormir ! La représentation vient à peine de commencer. On est censé regarder le spectacle et garder un œil sur le petit, pas piquer une sieste ! »
Une larme de lamentation envahit mon cœur plein d'égo. Et si je n'écoutais plus la conversation des espions qui croient m'espionner ?
« (Zzz). Purée, il a vraiment des goûts de chiottes, le gamin. Aller à l'Opéra ? »
« Tu vas me dire, avec une coiffure pareille… »
Ô Grand Dieu des Comiques, est-ce que je peux buter ces espions ? De toute façon, je suis sûr qu'ils n'avaient aucune info intéressante à livrer au Cinquième…
« Tu crois qu'il a payé son coiffeur avec son salaire de chanteur ? »
« Bah dis donc, il a dû gaspiller son fric, parce que là, vraiment… »
On ne CRITIQUE PAS la culture chinoise ! Et surtout, le plus important : MA COIFFURE EST PARFAITE !
« On perd son temps… ce gamin ne peut pas être celui qu'on pense. »
Je sais pas si je dois pleurer (comme Di Rigo au moment de la mort du touchant bienfaiteur), ou me réjouir d'être talentueux au point de faire ce que je veux d'eux. Ce qui est sûr, c'est que le Dragon Blanc va frapper, histoire de faire de cette intrigue autre chose qu'une parodie de contre-espionnage.
Astral, Maître de l'Aube, frappera vos misérables manigances de sa toute-puissante grandeur.
« Njord, je déteste mon job. »
« … »
« Oublie ce que j'ai dit. Comment trouves-tu cet Opéra ? »
Le regard azur reste de glacier éternel.
« C'est culturellement enrichissant. »
Bon, en gros, tu t'en fous.
D'un geste exaspéré, j'envoie un papier de chewing-gum par-dessus mon épaule, qui atterrit – ô quel hasard ! – sur la tronche d'une tête creuse.
« Aïeuhhh ! »
« Purée, arrête de te faire remarquer ! On n'arrête pas de nous regarder. »
« Mais, c'est pas ma faute ! J'ai reçu un truc sur la tête… »
Ha ha ha, et in your face. J'ai toujours été bon en lancer de boulettes, parce que je détestais les cours auxquels – pour masquer mon identité d'Agent secret – je devais assister comme étudiant.
(Surtout quand il s'agissait de cours sur le péché de l'orgueil, en histoire de la religion)
Et si on poursuivait avec les billes qui roulent dans l'amphi, et font tomber les têtes des glandus sur la table quand ils s'appuient sur le sol ?
« Aïe, aïe, aïe ! (Bruit d'un abruti qui se gamelle après avoir voulu se lever) »
« Bordel, ARRÊTE ! »
C'est certainement de l'inutile zèle à mon travail d'espion, parce que je ne pense pas que les capteurs à matières organiques qui se colleront à eux me rapporteront moult informations (excepté celles sur la faiblesse du QI des ennemis d'aujourd'hui), mais qu'est-ce que ça fait du bien.
« Kaï kaï, c'est quoi ça ? Mes jambes… ça… ça démange ! »
« Mais c'est quoi ces sièges qui grattent les pieds ?! »
Poil à gratter, quant tu nous tiens… (Oui, les poches qu'on attache aux boulettes de mouchoirs froissés, qui roulent sur le sol, c'est un grand classique. Un bon Agent maîtrise tous les stratagèmes de diversion, même ceux des étudiants. Et puis, surtout, merde, je m'ennuyais trop en cours)
« Merde, c'est la dern... foi… q-… »
« …ass… »
Tiens ? Une perturbation ?
Mes sourcils se froncent. Le matériel n'est pas censé être défectueux, c'est Boss elle-même et ses meilleurs Techniciens qui me l'ont fourni. Njord l'a spécialement conçu et adapté à mon usage. Alors, comment se fait-il que…
« Capitaine ? »
Je reconnais cette fréquence. C'est…
« …(bip, bip, bip)… »
« … »
Où l'ai-je donc entendue ? Ce bruit, si caractéristique…
« …(bzzz… bip, bip…) »
« … ! »
Ça y est, ça fait tilt. C'est le… c'est le… !
« (Impossible… ils posséderaient… !) »
Mes sourcils se froncent, alors que je pose une main sur le bras de mon collègue, pour l'avertir silencieusement. Il ne prononce pas un mot, mais son propre regard de glace devient encore plus dur.
« (Ces deux guignols possèdent le SARAH ?! »
Le Système d'Anti-Réseau Armé Habilité.
Ces espions. Ils le possèdent. Cet équipement légendaire, issu d'une des plus dangereuses Organisations du monde…
…celle qui a vu la disparition de nombreux Agents d'Elite – y compris du Sanctuaire. Là où j'ai été formé, d'où je viens. Le meilleur réseau d'espions qui existe…
« Njord. »
C'est peut-être plus intéressant que prévu. Je lancerai une enquête dessus, quand Di Rigo aura fini de pleurer sur son pupitre, et le Dragon Blanc d'écharper les sbires sur la scène.
Eh, il est pas mal, le bougre d'acteur. Ça pourrait presque être moi, si je n'étais pas aussi inimitable.
« Tu sors, Capitaine ? »
Le regard glacier me fixe, alors que je me lève – suivant le flot de spectateurs pour l'entracte. Sans sourire, je hoche la tête, tout en prenant ma sacoche.
« Oui. A toute. »
Et de filer sans regarder autour de moi, pour atteindre les toilettes – et un peu de tranquillité. Si nos cibles possèdent le SARAH, alors il est urgent pour moi d'avertir Boss au plus vite, même si je dois prendre des risques. Attendre ce soir pour le faire serait encore plus dangereux. Le SARAH est…
…le fléau d'Inazuma.
J'ouvre la porte nonchalamment – mais le cœur battant. La salle est inhabituellement sombre… et vide. C'est bizarre. Quelque chose ne va pas. Pourquoi…
« … ! »
La lumière s'éteint brusquement.
(Mais que… !)
C'est alors qu'une main se pose sur mon épaule.
« Bonjour, Astral. Je suis content de te voir. Je t'attendais depuis un certain temps. Ravi de faire ta connaissance. J'ai de grands projets pour toi, sais-tu ? »
Soudainement menaçants, des individus en costume noir m'entourent sans aménité, avec – à leur tête – un homme flanqué d'une tignasse brune de punk, et d'un sourire de Bad Boy.
« …humph. »
Oh ho. Espérons que le troisième acte de la Légende du Dragon Blanc ne soit pas le dernier. Et que surtout, ça ne soit pas une tragédie…
…parce que je n'ai pas de vie de rechange, Ô Grand Dieu des Comiques.
