《白龍傳》
« La Légende du Dragon Blanc »
Lordess Ananda Teenorag
Titre :《白龍傳》« La Légende du Dragon Blanc »
Auteur : Lordess Ananda Teenorag
Série : Inazuma Eleven Go
Genre : Suspense, Crime, Supernatural
Résumé : La Légende du Dragon Blanc. La tortueuse histoire d'amour entre un esprit et un mortel, que découvre le meilleur des Agents d'Elite du Cinquième Secteur. Un Livre mystérieux qui retrace sa vie… et le mène au cœur de l'Organisation.
Personnages principaux : Bailong 白龍 (Hakuryuu), Tezcat (Shuu)
Personnages secondaires : Zhuge Liang (Koumei Shokatsu), Victor Blade (Kyousuke Tsurugi), Njord Snio (Yukimura Hyouga), Sol Daystar (Taiyou Amemiya), Goldie Lemmon (Kinako Nanobana)
Pairing principal : Bailong (Hakuryuu) x Tezcat (Shuu)
Pairings secondaires : Bisexualité de Bailong en général.
Note : Extraits (remaniés) du roman La Légende du Serpent Blanc《白蛇傳》Baishe Zhuan. Extrait remanié de l'article du Wikipédia chinois (维基百科) le présentant.
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第四 : 陰陽 Yin et Yang
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« Puis-je être… ton partenaire ? »
Et les yeux de nuit m'enveloppent, tel le Second Acte d'un Opéra mystérieux. L'espace d'un instant, je m'y noie : et c'est pourtant pas faute pourtant de savoir nager.
« Bah… c'est que, en fait… »
'…je suis déjà censé avoir un partenaire ? Même si, bon d'accord, il était pas vraiment consentant, et NON, ce n'est PAS ce que vous PENSEZ !'
Devant mon hébétude sacrée, l'irréel prince rit doucement – sa main brune effleurant ses lèvres fines, alors que, d'un tendre amusement, rient ses orbes jais. Soufflé par tant de grâce, j'ouvre la bouche pour répondre – mais ne parviens rien à articuler.
« Hi hi hi. Tu n'étais pas aussi timide, dans mes souvenirs. Mais nous changeons tous en grandissant. Même toi, cher Dragon Blanc. »
Ti-… timide ?!
« …hein ?! »
Je manque de m'étrangler : non, mais, MOI, timide ?! Il manquerait plus que je sois amoureux, et ce serait le bordel pas possible pour la Légende du Dragon Blanc (et la victoire du Dieu des Comiques). J'ouvre de nouveau la bouche pour argumenter, mais, face à ces yeux de nuit doux comme les ténèbres, la protestation se mut en une pathétique – et infantile – tentative de fierté masculine.
« Je… je suis pas timide ! »
Et, non, ma voix n'a pas monté dans l'aigu. Parce que je suis un homme, un vrai.
(Et tout ceci me fait manquer l'élément important, qui est 'dans… mes souvenirs ?' Ce qui voudrait dire… que, euh, on se connaît ?)
Le prince noir s'avance, les mains derrière le dos et l'air tendrement taquin.
« Si, tu es timide. »
« Non. »
Je redresse la tête.
« Et très têtu. »
« N'importe quoi. »
Bombe le torse.
« Mais très sentimental au fond. »
« Suprêmement absurde. »
Et détourne la tête.
« …ai-je tort, Dragon Blanc ? »
« … »
Tort ? Je… j-je suis le grand Bailong, celui qui fait chavirer le cœur des filles et crever de jalousie les garçons, et…
…je croise brièvement le regard de passantes, qui, à deux pas de nous, me contemplent avec les yeux grand ouverts, en…
…souriant.
Kawaaaiiiii ! (doivent-elles penser !)
Mort de honte, je détourne la tête (très, très, TRES !) loin – le plus loin possible de ce visage si doux, et si touchant que mon orgueil menace de s'effriter à chaque seconde qui passe. Et, si on changeait de sujet façon Xavier Foster (le légendaire Espion de l'Académie Alius) ? Ça marchait toujours (enfin, quelquefois), avec Victor.
« Tu… hum, tu… »
« Oui ? »
Les doux yeux de jais luisent, amusés, comme une charmante invitation à danser : merde, j'ai jamais craqué, jamais, même quand Goldie m'avait offert une tulipe or (du temps où on sortait ensemble), et que Victor a réveillé la bête en lui ce jour de la fête de promo des Agents d'Elite (et m'a fait taire avec une pelle bien roulée). Mes nerfs se contractent, alors que – de nouveau – je détourne la tête le plus loin possible de ce charivari de sentiments.
« Tu… tu fais le rôle de la fille ? »
Ah, Bailong. Tu as officiellement doit à un pancake pour ta maladresse face aux charmants garçons, et à une huée de la part de tes fans. Et même eux te gifleraient s'ils te voyaient agir comme ça (et on pourrait même pas leur donner tort).
Ou alors, pire encore, ils écriraient kawaï ! dans leur fanfiction et je pourrais me suicider.
« Bien entendu. C'est ainsi que les choses doivent être, mon très cher Dragon Blanc. »
Mon très cher Dragon Blanc ? Dit comme ça, ça serait presque… pourtant je le vois rire doucement, et me prendre la main gracieusement en la posture du tango. Le Tango de la Séduction – le Légendaire Tango de l'Amour, que nul n'a jamais pu danser avec quiconque sans se retrouver lié à lui pour l'éternité.
« … »
Grand Dieu de la Parodie, faites que mes fans ne me voient pas.
Et le temps s'est écoulé. Rapidement. Trop rapidement.
Je ne me souviens que de cette paire d'yeux noirs, doux et amusés, qui accompagnent mes pas à chaque fois que nos regards se croisent. Le tango est une danse magnifique, vous savez. Grâce et séduction, virilité et douceur, tout se dispute en un tourbillon que rien n'arrête.
Dans l'intimité de la petite piste où nous nous amusons (comment pourrais-je appeler 'exercice' ce moment où ce corps se colle au mien, frôle mon cœur et m'emporte au ciel ?), le temps s'est arrêté. Mais il se rappelle bien vite à moi, lorsqu'une voix familière résonne à mes oreilles.
« Unlimited Shining ! On demande sur la scène, Unlimited Shining, pour le prochain passage ! »
Merdum ! Le speaker ! C'est déjà à moi de passer ?! Mais, Victor… ! Et… !
Une douce pression rassure mes doigts soudain crispés.
« C'est l'heure, mon Dragon Blanc. »
Pris de court, je me tourne vers le mystérieux prince : mais ses jais doux comme la nuit apaisent mon âme.
« Mais, mon partenaire, il ne sait pas que je suis ici, et… ! »
« C'est moi qui suis ton partenaire. L'as-tu oublié ? »
Je cligne les yeux, perplexe. Mais lui élève ma main près de son visage, et l'enrobe de la sienne.
« Ne t'inquiète pas. Je suis là avec toi. Quoiqu'il arrive, je protégerai ta force et soutiendrai ta gloire. »
Ces mots… personne ne me les a jamais dits. Je suis un dragon bouffi d'orgueil, dont l'égo doit faire le tour d'Inazuma, donc aucun glandu ne se risquerait à l'enfler un peu plus. Pourtant… lorsque lui les prononce… je me sens serein. C'est comme si… comme s'il disait la vérité.
Je sais, ça paraît dément.
« Moi seul peux te protéger, petit Dragon. »
(Pourquoi ai-je l'impression d'avoir déjà entendu cela ?)
Au dehors, la foule crie de joie. Le soleil est éblouissant. Mais la main brune me guide vers la grandeur, toujours si apaisante.
« Unlimited Shining ! Ou Only Shine [Unli(mited) Shin(ing)] pour les intimes. On ne vous le présente plus. Le chanteur le plus populaire d'Inazuma, le roi de la scène et le dieu de la virilité. Danseur masculin de génie, voilà quelque temps qu'il embrase nos pistes et fait chavirer le cœur des filles… voire des garçons ! L'Unlimited Shining, ou la Lumière Eternelle, qui illumine nos cœurs comme un feu traversant l'aube ! Et il nous interprétera un tango avec… »
C'est alors que le speaker nous voit et s'arrête brusquement, étonné.
« Tiens, tiens, tiens… mais, voilà qui diffère de ce qui nous a été annoncé ! Changement de programme ? Ah, à ce sujet, nous regrettons grandement l'absence de la Déesse d'Or, Gold Goddess, l'habituelle et très adulée partenaire de notre inimitable Only Shine. Espérons que sa blessure guérisse vite, afin que nous puissions admirer ses pas magiques, en parfaite harmonie avec notre chanteur vedette ! Bref, le sombre et non moins magnifique Black Knight, alias le Chevalier Noir pour les amateurs de notre belle langue, devait accompagner la star. Mais finalement, ce sera… »
« Ancient Dark, l'Ombre Ancestrale. »
La voix, douce mais ferme, interrompt le présentateur – qui, surpris, se tourne vers mon partenaire. Mais lui, toujours si serein, accentue sa pression sur ma main et poursuit.
« La Lumière ne peut aller qu'avec l'Ombre. Je serai donc le partenaire du Dieu de l'Aube. »
Devant l'intervention peu banale, mais parfaite, les spectateurs se regardent : puis tout le monde hurle de joie. Et moi, complètement hébété, je cligne des yeux.
Le Dieu de…
…de l'Aube ?
Gah geuh geuh, depuis quand… quelqu'un… me… fait des… compliments ?!
« … »
L'espace d'un instant, je cherche du secours auprès de la seule personne qui puisse me comprendre. Et ses yeux noirs me sourient – si sincères que, pour la première fois de ma vie, je ne sais plus où me mettre.
Car, au fond de leur éclat si doux, un reflet inespéré arrive à ma propre pupille.
J'ai…
…rougi ?
« Bai-long ! Bai-long ! Bai-loooong ! Ton nouveau partenaire est trop mignon ! C'est toi le meilleur ! Vous êtes les MEILLEURS ! »
« Bai-long ! Bai-long ! BAI-LOOOONNNGGG ! Il s'appelle comment, ton nouveau chéri ? »
Mon nouveau… chéri ?
Je vous en prie, Dieu des Comiques, abandonnez-moi. Je jure, de l'autre monde – celui des Dragons rouges et des Feux de l'Amou-… de l'Humour ! – que je ne me vanterai plus que… euh, une fois par jour.
« Allons-y, mon Dragon Blanc. »
Ou plus jamais ? (Non, faut quand même pas exagérer)
« …oui. »
Sa silhouette se meut gracieusement en un éclat d'ombre, et, d'eux-mêmes, mes pas m'entraînent sur la piste : d'un mouvement si élégant que même des heures d'entraînement n'auraient pu égaler la spontanéité de notre harmonie.
Je comprends ses intentions…
…sans le moindre effort ?
Ce n'était pas pareil, avec Goldie (et encore moins avec Victor). J'ai toujours beaucoup aimé ma chère Didi, mais notre duo a exigé beaucoup de travail. Quant à Totor, s'il est un musicien très doué et un rival d'exception en tout, notre comptabilité en danse est… euh, quoi.
Mais, avec lui… c'est comme si… c'est naturel.
« C'est parti… MUSIQUE ! »
Et il me semble,
Que tu as oublié.
As-tu oublié le rêve que tu m'as promis
Lorsque tu parlais de te souvenir ?
Je sais que le fond de ta mémoire n'a pas oublié
Car j'y habite depuis que j'y suis né.
Dragon Blanc, Dragon Blanc
N'oublie pas…
…que la Nuit te protège.
Quand même l'Aube s'éteindra,
L'Ombre t'accueillera et te fera renaître.
Car tu es la Lumière qui éclaire nos jours
Et promet la victoire dans l'astrale clarté.
Alors vis et traverse le monde comme le conquérant que tu es.
Jusqu'à ce que je te voie toucher le trône dont j'ai rêvé pour toi,
Jusqu'à ce que tu règnes sur le monde que tu auras visité
Je serai l'Ombre qui protègera ta force
Et soutiendra ta gloire.
Quelle est cette chanson qui habite mon âme ?
Qui est l'ocarina de mes souvenirs ?
Muette de stupeur, la foule s'est tue – trop transportée pour même acclamer. Et, pour la première fois, je m'en fiche royalement.
Seuls comptent ces yeux noirs comme le jais, et cette main que je voudrais ne plus jamais lâcher.
« … »
« … »
La douce lumière du feuillage caresse sa joue.
« Petit Dragon. »
« Je regrette tant que tu ne puisses pas venir avec moi ! Mais le Prince de la Nuit ne peut quitter l'obscurité, n'est-ce pas ? »
« Oui. Mais n'oublie jamais, mon Dragon… qu'elle ne sera jamais très loin de la lumière. »
Et que tu es ma lumière.
L'Esprit de l'Aube étendit son bras vers le ciel et attrapa l'horizon d'une seule main.
« Alors, je visiterai le monde et le conquerrai pour qu'elle puisse l'habiter. Et toi, Prince de la Nuit… tu seras le premier à qui je l'offrirai. Tu veux bien ? »
« Si je le veux ? »
Des images défilent dans ma tête, un peu folles. Comme si…
…je les avais vécues ?
« Ce que je veux, c'est… »
Le flash d'un spot coupe mon rêve, et je contemple la foule, qui – silencieuse – semble me renvoyer l'image de mon propre désarroi.
Solitaire, perdu…
Alors, je me tourne de nouveau vers l'unique Ombre qui me tient la mien, et me sourit toujours si doucement, tant à travers ces souvenirs irréels que ce présent magique. Et moi – solitaire Dragon d'une Aube encore naissante – effleure le visage de ce Prince de la Nuit, pour clore cette symbiose par la question la plus étrange qui soit.
« Qui… qui es-tu ? »
« C'est incroyable ! IN-CRO-YA-BLE ! Mesdames et Messieurs, nous venons d'assister à un moment d'ANTHOLOGIE ! »
Les spectateurs, de muets de stupeur, sont passés à fous d'enthousiasme. Et le speaker est à peine en reste, tant sa voix est exaltée, vibrante.
« Le légendaire Only Shine vient de nous interpréter une danse éblouissante SANS connaître le nom de son partenaire ? Cela signifierait-il donc… qu'ils ne se connaissent pas ? Qu'ils n'ont JAMAIS dansé ensemble ? Mais c'est tout simplement… INCROYABLE ! »
« Only Shine ! Dark Ancient ! Only Shine ! Dark Ancient ! »
La foule scande nos noms, et moi je reste sur place, interdit.
« Une nouvelle légende vient de naître : celle de la Lumière et de l'Ombre ! Mesdames et Messieurs… applaudissez bien fort ce duo dont nul n'oubliera jamais le passage exceptionnel ! »
« Only Shine ! Dark Ancient ! Only Shine ! Dark Ancient ! »
La terre tremble : mais cette main plus solide que l'acier, et plus douce que la tendresse, m'empêche de trébucher.
« Bravo ! Bravo ! BRAVO ! »
« Bailong ! Toi et ton chéri, vous êtes les MEILLEURS ! Le duo ULTIME ! »
Hé, mais c'est la même voix que celle du début, juste avant le passage ! (Certains sont à fond dans les couples d'hommes, on dirait…)
« Unlimited Shining ! Dark Ancient ! »
Les spectateurs nous acclament, mais je ne fais même plus attention à ce brouhaha puéril. L'aube pointe dans mon existence : et je sens l'Ombre Ancestrale se dissiper, alors que je suis propulsé au sommet dont j'ai toujours rêvé.
« Attends… je t'en prie ! Comment t'appell-… »
D'un geste ferme mais si tendre, il élève mes doigts près de son visage – et y dépose un baiser doux comme la nuit.
« Nous nous reverrons. Je crois en tes mots, mon Dragon Blanc. »
L'éclat d'une ombre – et il a disparu, ce Prince de la Nuit qui a marqué mon existence, aussi fugace que profond.
Mais est-il… si fugace que cela ?
Le vaillant conquérant pencha sa tête vers le visage de son ami : mais, plus rapide, celui-ci déposa un baiser sur la joue claire.
« Euh ? Mais c'était moi qui devais le faire, ça ! »
Cette étrange image qui traverse mon esprit, toujours…
Toujours…
« Petit Dragon ? »
Le petit Prince de la Nuit avait posé la tête dans son cou, le caressant de ses cheveux sombres.
« Promets-moi une chose. »
« Quoi donc ? »
Les yeux noirs le fixèrent, si tristes.
« Bailong ! Bailoooonng ! »
Brutale, la réalité s'impose de nouveau à moi. Mes yeux clignent sous la lumière agressive, alors que, dans un sursaut de conscience, je me rends compte que je titube presque.
« … (Comment est-ce possible que…) »
Pas même après les plus féroces entraînements du Sanctuaire, ou avec des quantités de poison (ou d'alcool) dans le sang, je n'avais encore chancelé. Mon organisme est plus puissant que la vie et plus dur que l'acier.
Alors, comment de simples souvenirs peuvent-ils…
…m'enlever ma force ?
« Ah, il est là ! »
Les voix résonnent, comme dans un écho lointain.
« … »
« Bailong ! Bailooooonng ! »
Des mains m'agrippent, venant de nulle part. Je réagis à peine, le regard vide.
« Mon Dieu, Bailong, on t'a cherché partout ! Le Gala avait commencé, et on ne te trouvait nulle part ! »
« … »
Une paire d'yeux noisette apparaissent dans mon champ de vision, soudainement inquiets.
« Euh, Baba, ça va ? »
« … »
Il me faut un certain temps pour relever la tête : et reconnaître les propriétaires de ces voix, et de ces mains.
« Ah, Goldie… et Victor. C'est vous. »
« … »
Soudainement silencieux, la jeune femme et le saxophoniste ténébreux me regardent intensément. Leurs traits semblent me dévisager…
…l'air Baba.
BAM !
« AAAARRGGHHH, mais, Victo- ESPECE D'ENFOIRE ! »
Avec une force monstre, l'ex-Lancelot a bondi sur moi, me plaquant sur le sol pour m'immobiliser avec une clé parfaite du bras.
« C'est bon. Je le tiens. Vérifie s'il n'a pas été manipulé mentalement ou si on lui a fait absorber une substance de confusion. »
« Très bien. Ta prise est solide ? Je ne tiens pas à me prendre un coup, il a une force démentielle. »
D'une torsion du buste, je tente de me libérer, sans le moindre succès.
« MAIS QU'EST-CE QU'IL VOUS PREND ?! LÂCHEZ-MOI ! »
Je rugis comme un fou : mais l'immobilisation de Victor est parfaite (merdum, POURQUOI faut-il que ce soit lui, mon meilleur rival, qui me la fasse ?!). S'abaissant à mon niveau, Goldie pose la main sur ma tête et examine mon visage d'un œil expert.
« La pupille est légèrement dilatée. Pas de capteur implanté sur le crâne, ni de blessures visibles. Mais on lui a peut-être implanté un contrôleur directement dans le cerveau ? »
« Auquel cas, on ne peut pas le laisser ici… c'est trop dangereux. Il faudra le ramener au QG. »
Je tente de nouveau de me dégager, mais toujours en vain. Enfoiré de Totor, qui connaît trop bien ses cours d'arts martiaux.
« BANDE D'ABRUTIS ! MAIS LÂCHEZ-MOI, JE SUIS TRES BIEN ! C'est VOUS qui DEVRIEZ ALLER VOIR QUELQU'UN ! »
Sans prêter attention à mes vitupérations, les deux acolytes poursuivent leur analyse, rationnels.
« A moins qu'il ne s'agisse d'une projection matéria-holographique, auquel cas le vrai a été enlevé pour falsifier une reproduction… »
« Ils auraient réussi à enlever notre Bailong ? J'ai du mal à le croire, il est trop coriace pour ça. »
« Son discours est très incohérent depuis tout à l'heure. Ce n'est pas impossible. Et puis, même le meilleur peut se faire piéger. »
Ne pouvant faire le moindre mouvement pour me libérer, je me résous à la seule alternative virile possible : hurler comme un fou.
« BORDEL D'HUMOUR A LA CON, DIEU DE LA PARODIE, JE TE RENIE, TOI ET TES ETERNELLES MANIGANCES ! ET, TOI, VICTOR, LÂCHE-MOI, TU ME FAIS MAL ! »
Soudainement plus attentif à mes (hum) protestations, mon ancien collègue daigne s'adresser à moi.
« Désolé, Bailong, mais j'ai des raisons de croire que tu n'es pas dans ton état normal. »
L'ironie revient puissance mille.
« Parce que, To-tor, tu voudrais que je sois dans mon état normal, après que tu m'aies sauvagement plaqué sur le sol pour me faire je ne sais QUOI ?! »
C'est alors que nous remarquons le regard de tout le monde, fixé sur nous. Pas très impressionné, le ténébreux saxophoniste poursuit.
« Tu marques un point. Double sens de la phrase excepté. »
« Point marqué. 1-0 en faveur du grand Dragon Blanc. Bon, maintenant tu peux me lâch-… AÏE ! »
D'un mouvement sans faille, l'ex-Lancelot intensifie sa clé. Bordel, AÏE ! (Mais pourquoi t'es aussi bon en arts martiaux ?! Fait CHIER !)
« Néanmoins, le grand Dragon Blanc, comme tu dis, ne se serait jamais débiné devant une épreuve – qu'il s'agisse de danse ou d'autre chose. Il est plus qu'invraisemblable qu'il manque le show et prenne cela à la légère, comme tu le fais en ce moment. Car il est exaspérant, énervant, et son égo est aussi surdimensionné que le centre-ville d'Inazuma, mais il donne toujours le meilleur de lui-même quoiqu'il arrive. Il exige le meilleur parce qu'il est le meilleur. Et tu voudrais que je croie que tu es le Dragon Blanc que je connais ? »
Je renifle de dédain (et un peu de douleur, aussi).
« Parce que, tu me connais si bien que ça ? »
« Bien sûr. Tu es l'abruti du centre de formation, avec qui j'ai passé la moitié de mon adolescence. Tu as toujours ce rictus à chaque fois que tu bats quelqu'un, ou que tu remportes une épreuve de force. Tu prends toujours une canette de bière après un concert, tu fais tes vocalises chaque matin et sors presque tous les soirs pour aller danser. Tu mets onze minutes à te regarder dans le miroir, trente-quatre à refaire ta coiffure et seize à choisir tes vêtements. Et, surtout… SURTOUT ! Tu passes le temps où tu ne t'entraînes pas à te vanter, c'est-à-dire, tout ton temps libre. La dernière fois que tu m'as forcé à jouer pour un de tes concerts, j'ai eu droit à tellement de jérémiades concernant mon jeu de musicien ne mettant pas (soi-disant) en valeur ta belle voix de mâle, qu'Arion s'est demandé pourquoi j'avais la migraine de toute la soirée. »
J'en reste tellement Baba que – pour une rare fois de ma vie, encore – ma bouche s'ouvre sans pouvoir sortir quoi que ce soit.
Totor me connaît…
…aussi bien que ça ?
(Et passant sur le commentaire d'un Arion chéri qui s'inquiète, je ne veux pas savoir ce qu'ils ont fricoté tous les deux de la soirée)
« Bon, Goldie, vérifie si on ne lui a fait d'injection intradermique près de la tête. Regarde en dessous du lobe gauche de l'oreille, c'est là qu'on voit s'il y a une marque de piqûre. Je ne crois pas trop à la falsification matéria-holographique, ils n'auraient pas pu l'élaborer aussi vite même s'ils l'avaient enlevé. Cependant, en l'absence de toute preuve, il faudra le ramener à votre Boss. On ne peut pas le laisser dans la nature. »
« Il n'en est pas question. »
Ma voix gronde soudainement comme l'Aube nouvelle. Ce n'est plus la rockstar qui parle, mais Astral – le Dragon Blanc, Maître de l'Aube et Agent d'Elite du Cinquième. Celui qui peut conquérir le monde d'un seul regard et détruire le ciel d'une seule main. Ex-Lancelot sent la différence, et me fixe avec une attention accrue.
« Cela ressemble déjà plus à sa personnalité habituelle. »
« Victor. »
Calme, ma voix emplit l'espace. Et mes mots baignent l'atmosphère de clarté – de clarté astrale.
Astral, le Dragon Blanc.
« Quoi ? »
« Je te hais de m'avoir abandonné pour un morveux aussi faible qu'insignifiant. Je ne pardonnerai jamais à Sherwind de t'avoir fait quitter notre centre. Et, la prochaine fois que tu récoltes plus de lettres de fans que moi, et que tu les jettes dans le feu de cheminée de la loge, je t'envoie ton saxo à la figure. »
L'ex-Lancelot me fixe, sans mot dire. Ses iris orangés de loup lisent en moi – et voit le Maître-Dragon de l'Aube qu'il a jadis côtoyé. Alors, je me tourne vers elle.
« Goldie. »
« Oui ? »
Impériale, ma voix résonne – comme le tout premier homme qu'elle a connu, il y a de cela longtemps.
« J'adore ton curry mille saveurs, mais ton mari est tellement coincé que ça m'a saoulé de l'entendre me faire la morale sur le péché de l'orgueil et de la chair. D'ailleurs c'est moi qui ai glissé un canard en plastique dans sa mallette de travail. Celui que ma fan avait envoyé en colissimo avec sa lettre de fantasmes sur moi. »
« …ah, ceci explique la crise de nerfs qu'il a faite ce matin… »
Oui, parce que, je n'ai pas seulement 'oublié' le canard en plastique dans sa mallette, mais également la lettre de ma fan. Hé hé, vive les fantasmes avec des menottes et un fouet, moi j'dis.
« Humph. C'est bien lui. »
Enfin, le saxophoniste me lâche, tandis qu'elle se relève, l'air rassuré. Mais, par contre, moi, ça va chier des bulles.
« Donnez-moi une SEULE et BONNE raison pour que je ne vous tue pas, tout de suite, à l'instant. Tous les deux. »
Mon regard doit être terrifiant, parce que tous les gens à côtés reculent, tremblotant presque. Mais Goldie la Déesse de l'Aube et Victor le Spadassin Héroïque n'ont pas peur du Dragon Blanc. Ils s'avancent vers moi, sans ciller.
« Eh bien, pour commencer… »
« …de nous dire, à tous les deux… »
Pour terminer, à l'unisson.
« Où T'ES PASSE AU MOMENT DU SPECTACLE ?! »
Purée, mes OREILLES !
Une fois qu'elles ont guéri des méga-décibels Made in Best Friends, je secoue la tête, et les regarde droit dans les yeux – incrédule.
« Mais, enfin ! Vous ne m'avez pas vu, sur la scène ? »
« Non, on était occupé à te chercher dans les coulisses et partout ailleurs. On a fait les loges, les gradins, les pistes d'entraînement, les toilettes, la cave, le cagibi… »
« Passe-moi les détails. Bref vous avez cherché partout. Sauf au bon endroit, c'est-à-dire la scène. Bravo le Cinquième et sa formation d'Agents. Je commence à me dire que j'ai choisi la mauvaise école. »
« Dont tu es diplômé, avec Mention Excellence. »
Merci de me le rappeler, très chère meilleure amie. Mais, à côté, le ténébreux saxophoniste continue d'un air neutre.
« Donc, tu étais sur la scène, à danser, sans moi. Ton partenaire. »
Un rictus envahit mon visage.
« T'es jaloux, To-tor ? Tu sais que je t'aime malgré tes airs revêches et… aïe ! »
Une fois de plus, je me suis pris un truc dans l'œil. Une anche de saxophone. Et usagée, parce que le grand Victor Blade ne gâcherait rien pour mes beaux yeux.
« Passant sur le fait que c'est toi qui m'as enquiquiné pour t'accompagner, que j'ai accepté par pure charité et non par envie (Arion m'attendait pour la soirée), puis-je te demander, ô roi des ingrats… avec qui as-tu dansé ? »
Ces deux abrutis… n'ont vraiment pas vu le Prince de la Nuit ? Outré par sa réaction injuste (et par le fait qu'il m'envoie des anches de sax usagées, l'enfoiré !), je me décide à lui ouvrir la porte de la connaissance.
« Avec ce garçon, là… »
« Tu as… dansé avec un autre garçon ? »
Goldie me regarde, les yeux écarquillés. Tandis que Victor, pensif, me sonde de ses prunelles de lynx orangées.
« Oui, sur la scène, pendant le spectacle ! »
« … »
Dans leurs questions, la curiosité prend le pas sur le mécontentement. Cela, je le vois à l'expression intéressée de ma Didi, et à l'éclat traversant l'iris du petit Totor.
« Et… comment s'appelle-t-il ? »
« Je sais pas. »
« Mais qui est-ce ? »
« Aucune idée. »
« Comment l'as-tu rencontré ? »
« Par hasard. »
« Et comment c'était ? »
« Fantastique. »
« Vous allez vous revoir ? »
« J'espère bien. »
Wouah, enchaînement de questions : et réponse à tout ! (Même durant les cours anti-interrogatoires du Sanctuaire, je n'ai jamais été aussi rapide. Comme quoi, vive la danse, et les partenaires impromptus.)
« Baba, mon petit Baba… »
« Hein ? »
Un immense sourire envahit les traits de ma meilleure amie, alors qu'une lueur ironique brille dans les prunelles de mon partenaire musicien. Oh merde. J'ai déjà vu ces expressions, et c'est pas bon signe.
« Tu es… amoureux ? »
« Finalement, je me suis inquiété pour rien. Il semblerait que l'égo le plus surdimensionné d'Inazuma ait quand même la capacité à s'intéresser à autre chose qu'à lui-même (oui, les miracles existent). Quoique… je plaigne l'heureux élu. »
Victor Blade qui sourit. Victor Blade qui plaisante. Non, c'est un cauchemar. Une fic humoristique. Une parodie. Je vais me réveiller. Je vais me réveiller. Réveillez-moi, Dieu des Comiques.
« Ne le plains pas, Victor. Félicite-le, plutôt. Personnellement, je n'ai jamais réussi cet exploit. Hi hi. »
« Personne n'a jamais réussi cet exploit, serait plus exact. Mon saxophone est plus réceptif à mes remarques que sa tête. »
« J'aimerais bien le rencontrer, ce fameux garçon. Il doit être vraiment extraordinaire, pour réussir à se faire écouter de notre Baba ! »
« Et moi avoir son adresse, afin de lui adresser des chocolats avec une lettre de félicitations. »
Devant ce ping-pong de sarcasmes, je me tourne successivement vers l'un et l'autre, une veine battant dangereusement sur ma tempe.
« Mais… arrêtez ! »
BORDEL DU DIEU DES COMIQUES !
JE TE RENIE, TOI ET TES INCESSANTES MANIGANCES ! JE TE FERAI PLUS JAMAIS D'OFFRANDES !
(Mon Dieu, j'ai jamais été aussi pitoyable que le jour où une serveuse m'a vidé un seau de glaçons sur la tête. Une sombre histoire de bar et de bière… et non, c'était pas au Sherleyton. Mais ça m'étonnait pas que l'établissement en question appartienne à Punky, la serveuse était au moins aussi douée que Stagiaire du Sherleyton)
Et voilà, ma journée est déjà foutue, et pourtant pas finie. Stony le Punky m'attend à la sortie du stade. Alléluia, ma journée ne pouvait pas aller plus mal.
« Bravo, tête de pastèque. T'es un sacré danseur. Et vous étiez sacrément mignons, tous les deux. Si je n'étais pas aussi Bad et aussi Boy, je verserais presque une larme. »
Rectification : ma journée PEUT aller plus mal.
« Un seul mot encore, et je vous arrache les testicules. »
« Ouille, ouille, aïe ! Et en quel honneur ? »
J'envoie mon micro à la tête du Punk – lequel l'esquive aisément, hélas.
« En l'honneur de ma rébellion contre le Dieu des Comiques. Vous pourrez dire à votre copine de faire une croix sur ses espoirs de famille nombreuse. Non pas que ça change grand-chose, au final, parce qu'un glandu comme vous ne doit pas avoir beaucoup d'atouts – que ce soit dans sa manche ou beaucoup plus bas. »
« Tch, quel charmant caractère. Je te préférais quand tu dansais, au moins tu ouvrais moins ta grande gueule. Et sache que mes atouts sont les meilleurs de tout Inazuma, petit. »
Alors là, permettez-moi de persifler.
« Je suis curieux de voir ce qu'en pense votre copine. Elle les a déjà vus, au moins, vos atouts ? Aïe ! »
Je me suis pris un objet dans l'œil – un chewing-gum, je crois. Purée, comment il a fait pour le balancer aussi vite ?!
« Et si je t'emmenais la voir, ma copine, comme tu dis ? »
« Je m'en fiche de votre vie privée. Donnez-moi juste les ordres à suivre, que j'en finisse avec un partenariat aussi frustrant qu'inutile. »
A défaut de me ramasser un chewing-gum dans la tronche (Punky) ou une anche de sax dans l'œil (Totor), je me prends une pique un peu trop vraie.
« Justement, c'est un ordre. Et de ton Boss. »
« Me dites pas que… oh, merde. »
Vous savez ce sentiment poignant, qui vous étreint, lorsque vous vous rendez compte que votre destin vous attend, là, fatal ? Parce que mon destin, à moi, c'est d'être victimisé par le Dieu de la Parodie et Sa Création.
« Et ouais. C'est la vie. Tu vas devoir te coltiner mes ordres, parce que, d'un, c'est moi ton Boss (certes en CDD), et de deux, t'es à mes ordres (lesquels sont indiscutables). Et puis arrête de geindre, on dirait une meuf qui a ses règles. »
« Dixit le Bad Boy qui a pleuré de douleur lorsque je lui ai froissé le poignet (je presse par inadvertance le plâtre, pour le voir couiner de douleur). Oh, pardon, ce n'est pas encore guéri ? Je ne vous savais pas aussi… fragile. »
« T'es vraiment chiante, toi. Et fourbe, avec ça. T'es sûr que t'es un mec ? »
Pour toute réponse, je presse encore plus fort le plâtre.
« Borde-… AÏEUUUUHHH ! »
« Ah, la satisfaction de la méchanceté. J'aime ma vie. »
Alors que je suis occupé à jubiler (eh, on s'amuse comme on peut, hein ?), une voiture de luxe s'arrête pilepoil devant nous, sur un signe de Punky. Et, avant même que j'aie le temps de me demander qui-comment-pourquoi, le Bad Boy me prend par le bras, et m'envoie d'un coup de pied dans la limousine.
« HE ! Mais ça va PAS ?! La délicatesse, vous connaissez ? Et si je hurle, vous êtes bon pour la taule, pour kidnapping ! »
« Dixit le délinquant qui m'a complètement défoncé le poignet après avoir tenté de me tuer. Pas de pitié pour les croissan-… pour les Dragons. Et l'enlèvement de mineurs n'est répréhensible que dans la mesure où le coupable est appréhendé. Puis de toute façon, même si on me faisait passer au tribunal, le juge me décernerait le prix Nobel du ménage anti-gamins chieurs et prétentieux. Et préférerait ma coupe de cheveux à la tienne, sans hésitation. »
Je te hais, toi et ta tête de punk.
Une envie folle me prend de lui jeter quelque chose à la figure, mais, hélas, plus de micro. Et alors que ma main cherche n'importe quoi comme projectile, elle tombe sur le tissu luxueux du siège sur lequel je suis assis.
« Bah on voit que vous avez les moyens, vous. Vous vous déplacez toujours en limousine ? »
« Ça m'arrive. Quand j'ai pas besoin d'être discret. »
« Je suis sûr que vous êtes la discrétion incarnée. En fait, vous devez être si inexistant, avec votre limousine, qu'on doit même pas vous voir, vous et votre aspect de punk arrogant. »
Il éclate de rire, devant ma boutade puissance mille.
« Oh, quand je parlais de discrétion, c'était pour toi, petit. Avec une coiffure aussi tarte, mieux vaut pas compter les rires des motards qui doivent se dire 'pauvre garçon, ça doit pas être facile pour mettre le casque'… »
Je t'emmerde. (Et comment il a fait pour savoir, pour les motards ?!) D'un air revêche, je me cale de nouveau contre le siège.
« Je vous hais. »
« Moi aussi, je t'aime. »
Je renifle de rage – mais, aujourd'hui, je ne me laisserai PAS faire. Autant persifler sur sa condition, au moins, ça, c'est sans danger pour ma (superbe) coupe de cheveux.
« Je suis sûr que vous êtes du genre à vous faire entretenir par votre copine. Une limousine, un chauffeur… et puis quoi, encore ? Une suite dans le Palais de l'Inazuma-lysée ? »
Et dire que Boss m'a même pas filé une voiture de fonction quand j'ai démarré mon premier poste…
« On pourrait presque dire ça. Ah, je te gâte trop, tête de pastèque. Mais c'est parce que je t'aime bien. »
Laissez-moi vomir. Mais pourquoi, pourquoi, tant de haine ?!
« Un jour, j'aurai votre peau, je le jure sur ce micro que je vous ai lancé à la figure tout à l'heure. »
« Mais oui, mais oui. Tiens, on arrive, tête de pastèque. Tu penses que tu pourras te tenir ? J'aimerais éviter de me taper la honte avec toi, même si ce serait super marrant de te voir embarquer par la sécurité, le temps de faire venir ma connaissance… »
Je le foudroie du regard, mais lui éclate de rire, alors qu'il sort de la limousine, et claque la porte sur moi. Hé, mais je veux sortir, moi !
« Qui va là ?! Oh, c'est vous. »
La voix du garde résonne, dédaigneuse. Je lui envoie un message visuel désespéré (Kidnapping ! Kidnapping ! Kidnapping !), mais Punky rigole une fois de plus et fait passer la voiture par une entrée différente. Ce n'est au bout que d'un patient voyage dans un tunnel noir, que la porte finit par s'ouvrir, salvatrice.
« Vous pouvez sortir, Monsieur Bailong. »
« Eh ben c'est pas trop tô-… hein, mais nous sommes… ! »
Avec un sourire poli, le chauffeur s'incline devant moi.
« Bienvenue dans l'Inazuma-lysée, Monsieur. J'espère que vous apprécierez votre séjour ici. »
Il faut comprendre mon étonnement. Oui, je suis un Agent d'Elite du Cinquième, et je travaille pour une méga-super importante figure gouvernementale. Mais, œuvrant dans l'ombre, je n'ai jamais mis les pieds ici. Je n'ai jamais vu Boss, en fait.
« Wouah. Je suis vraiment dans l'Inazuma-lysée ? »
« Tout à fait. Oh, et avant que vous n'alliez à votre rendez-vous… puis-je suggérer un petit pourboire pour le professionnel que je suis ? »
Un rictus me tord le visage. Parce que, maintenant, on doit payer, pour être kidnappé ?!
« Navré, j'ai plus de monnaie. »
« Un autographe fera l'affaire. »
Je griffonne une bêtise sur le bout de papier qu'il me tend ('La prochaine fois que tu voudras me kidnapper, fais ton tour comme tout le monde !'), mais il n'a pas l'air outré – bien au contraire. Je l'entends murmurer quelque chose à propos de 'la prochaine fois, demander deux billets gratuits… ma femme adore Victor Blade…'. Mais, aussitôt, le masque de sérieux se recompose, et il s'incline.
« Le Grand Ministre Sharp vous attend. »
Mon oreille se dresse. Le… Grand Ministre… Sharp ?! Mais alors, ce gars avec qui il a fricoté, au… au Sherleyton ! Mes yeux tombent involontairement sur Punky, qui parle à quelqu'un dans la pièce devant moi.
« Yo, salut. Je t'amène Astral. Il est chiant comme une meuf qui a ses règles, prétentieux comme un paon et fourbe comme une vipère, mais c'est bien celui que t'attendais. La tête de pastèque qui chante devant les accros du rock et se trémousse sur la scène avec de jeunes partenaires, filles comme garçons. »
Purée de MERDE, je… j'avais pas tilté ! Le… le… L'ENFOIRE ! Ce… RAHHH, ce misérable, qui transforme ma belle caboche en fruit à multiples pépins, c'est…
« Entrez. »
…C'EST L'AMANT de la plus grande figure gouvernementale de tous les temps ! Je suis si crispé de rage, que je vois à peine l'éminence de ce pays se découper majestueusement devant moi. Tel l'inaccessible chef d'une contrée aux mille et une légendes, le Grand Ministre Jude Sharp apparaît à mes prunelles et à ma petite vie de rockstar.
« Voici donc Astral, Maître de l'Aube. Le Dragon Blanc du Cinquième Secteur. »
Ses yeux. Ses yeux. Mais, où sont-ils ? Ces lunettes qui vous fixent… c'est bizarre. Insupportable, même. On a l'impression qu'elles voient tout de vous, et vous rien d'elles.
« Il est bien jeune. »
Le sens du sarcasme me revient bien vite. Merdum, j'en ai assez, qu'on me prenne pour un gamin… je suis un homme, un vrai, moi !
« Le Dieu des Comiques vous emmerde, parce que j'ai vingt-quatre ans, old sport. »
« C'est bien ce que je disais. Tu es jeune. »
J'ouvre la bouche pour répliquer… mais ne trouve rien à dire. Purée, c'est la troisième fois en deux jours, et ça commence sérieusement à me les briser. Entre Totor Blady, Stony le Punky… comment ça, jamais deux sans trois ? Et, c'est pas parce que je suis face à la plus grande Eminence Gouvernementale, que ça excuse tout !
« Bravo, Jude. T'as réussi à lui clouer le bec. Permets-moi de… t'adresser des chocolats avec une lettre de félicitations. »
Et en plus, l'autre l'enfoiré, il fait du comique de répétition.
Pas touche à la réplique de Victor Blade !
« A mon âge… cerner mon interlocuteur et savoir m'adresser à lui est une compétence élémentaire. »
Mais il a quel âge, ce mec ?! A l'entendre, on dirait qu'il a vécu mille et une années… mon regard glisse involontairement sur Punky, qui est bizarrement proche de lui. Bien sûr, si c'est son amant…
« Ah, petit Jude. T'es pas si vieux que ça, même si t'es le Grand Ministre. Chuis bien placé pour le savoir, hein ? »
Les lunettes ne clignent pas même. Sieur Impassible, va.
« Est-ce bien lui ? »
« Oui. »
Un masque de sérieux s'est recomposé, sur le visage de Stonewall l'homme de main.
« L'Unli(mited) Perfect(ion). »
Bailong : ...
Ananda : ...oui ?
Bailong : Il y a une chose que j'aimerais savoir.
Ananda : Quoi donc ? (Ma durée de vie après avoir écrit ce chapitre ?)
Bailong : Mais qui est donc ce... ce garçon ?
Ananda : ...tu... tu ne t'en souviens pas ?
Bailong : Si je suis le Bailong que tu écris, non.
Ananda : Eh bien, c'est ton autre moiti-...
Goldie, surgissant : Bravo, mon Baba à la crème ! /Le serre dans ses bras/ Je le savais, que vous étiez faits l'un pour l'autre ! Puis-je organiser pour ton mariage ? J'ai toujours rêvé de le faire !
Victor, apportant un immense gâteau : Voici la livraison pour le buffet de la cérémonie. Oh, et n'oublie pas d'envoyer un carton d'invitation à Arion, il a toujours rêvé de voir un mariage en vrai...
Bailong, veine rouge : ...
Ananda, redoutant l'explosion : Euh...
Goldie, battant des mains : Et, comme Baba sait danser et chanter, il pourra ouvrir le bal ! On n'a qu'à demander à Victor et à Arion, pour la musique... si vous êtes d'accord, bien sûr.
Victor, déposant les décorations : Moyennant un cachet, et surtout, le lancer du bouquet final pour Arion, j'accepte.
Bailong, veine rouge : Vous êtes... une paire de SUPERBES enfoirés, tous les deux. Qui a dit que j'allais me marier ?! Et je ne me souviens PAS de t'avoir invité, Victor Blade.
Victor, disposant les tables : De la part de celui qui projetait de squatter mon mariage, ce n'est pas une réponse très appropriée. De toute façon, j'ai promis à Arion de l'inviter. Rassure-toi, il viendra jouer avec moi et c'est un excellent flûtiste.
Goldie : Parfait, parfait ! On prépare le tout ! Baba, je peux te choisir tes vêtements de mariage ?
Bailong, veine encore plus rouge : ...
(?) : Excusez-moi, mais, je pense que c'est encore un peu tôt. Il n'est pas prêt pour cela...
Ananda : Oh, Tezcat-sama ! Ravie de te voir. Mais, tu sais que tu peux te montrer ? On sait qui tu es, à présent.
(?) : Etant donné que ma présence est enveloppée de mystère, je dois maintenir encore un peu de distance...
Victor : Alors, c'est toi, le fameux élu qui a réussi l'exploit d'un millénaire (qui est de faire taire l'égo de mon collègue) ? Puis-je avoir ton adresse, afin de te faire parvenir ces chocolats et cette lettre de félicitations ?
Goldie : Et je veux te faire un câlin ! Te dire comment prendre bien soin de Baba, et tout et tout !
Ananda : Euh...
Bailong, pétant un plomb : VIREZ TOUS DE LA !
