Chapitre 47 : L'héritage de Heda
Bien des années plus tard au sommet de la tour de Polis.
« Je suis fatigué fils…Le temps m'a rattrapé. »
« Père, il serait peut-être plus sage de reporter votre leçon à demain. »
L'homme aux cheveux blancs et à la peau marquée par le poids des années lui sourit.
« Bientôt ce trône dans lequel je suis assis va changer de propriétaire… » Dit-il en caressant le bois de ses accoudoirs.
« Ne pensez pas à cela. » Répondit l'homme d'une quarantaine d'années qui se tenait face à lui au pied de l'estrade.
« Oh…Si j'y pense…J'y ai pensé toute ma vie. »
« Vous l'avez bien formé Heda, il est prêt. S'il était ici et qu'il vous entendait parler ainsi il vous dirait la même chose.»
« Je sais… » Murmura le vieillard.
« Je vous sens troublé Heda. »
« Non mon fils, j'ai eu la vie la plus extraordinaire qu'un homme puisse rêver d'avoir. J'ai guidé mon peuple sur le chemin de la paix et de l'harmonie. Les treize clans ne font plus qu'un et ensemble nous avons bâti un nouveau monde. Mon successeur est prêt et administre déjà les terres d'Arkadia avec sagesse en attendant de prendre ma place. Quant à toi je t'ai vu grandir et devenir un homme honorable, tu es un Fleimkepa exemplaire et je ne pourrais être plus fier de toi. Aujourd'hui je suis un vieillard dont la tâche est achevée.»
« Vous parlez comme si c'était votre dernier jour sur terre. »
« Nul ne sais quand la mort va venir nous prendre…Mais c'est vrai je l'appel de mes vœux. »
« Je n'aime pas vous entendre parler comme ça. » Répondit le fils en grimaçant.
Le vieil homme se mît à rire.
« Pourquoi ? C'est ainsi…Et j'en suis heureux…La mort n'est pas la fin mon fils. » Répondit-il, un sourire énigmatique sur les lèvres.
« Votre esprit vivra à jamais… » Enonça son fils, comme si cette phrase n'avait cessée de lui être répétée depuis sa plus tendre enfance.
Le vieil Heda se redressa sur son trône.
« Maintenant veux-tu bien faire entrer tes protégés ? »
« Certainement Heda. »
L'homme ouvrit les portes laissant entrer en file indienne une dizaine d'enfant de tout âge qui s'inclinèrent un par un devant Heda avant de s'asseoir en tailleur au pied du trône. Le Fleimkepa s'installa sur un siège au fond de la salle pour assister à la leçon.
Lorsque le silence fût total et que Heda eût toute l'attention de ces futurs dirigeants, il prit la parole.
« Comme vous le savez, chacun d'entre vous peut un jour prendre ma place sur ce trône s'il est à son tour choisis par celui que j'ai déjà désigné pour me succéder. Pour les autres une vie de chef dans les territoires vous attend mais comme vous le savez tout ça ne s'est pas toujours déroulé de la sorte. Il n'y a pas encore si longtemps que cela vous vous seriez battu lors du conclave et seul le survivant aurait été désigné Heda. La mort pour la place…»
« Toutes les personnes qui ont connu cet âge sont aujourd'hui passées à travers le voile et vous connaissez leur histoire. Ils vivent encore dans la mémoire collective. Ils sont nos guerriers légendaires que nous gardons dans nos cœurs. Tous ces noms qui appartiennent au passé mais qui ont construit votre avenir. Des noms comme Indra kom Trikru, Octavia kom Skaikru, Roan d'Azgeda, Marcus Kane, le Docteur Kane, Raven Reyes, Bellamy Blake, Jasper, Monty, Becca Prim Heda, Lincoln kom Trikru… »
Une jeune fille d'une dizaine d'année leva la main pour interrompre le vieil homme.
« Lexa kom Trikru et Clarke kom Skaikru ! »
« Oui Heda et Wanheda… celles sans qui rien de ce que nous vivons aujourd'hui n'aurait été possible. Vous connaissez en effet leurs faits d'armes et de qu'elles façon elles ont sauvé le monde de la destruction. Des visionnaires qui ont réussi à ramener la paix et à instaurer un nouvel ordre. Les mères de notre civilisation. »
« On dit que Lexa est revenue d'entre les morts ? Est-ce vrai Heda ? » Demanda un jeune garçon.
« Pour l'avoir vu dans mon enfance je peux affirmer que cela est vrai. »
Cette révélation lança une série de murmures admiratifs dans le groupe d'enfants. Tous buvaient les paroles de leur Heda. Avides de savoir si tout ce qu'ils avaient entendu était bien vrai.
« On dit que Lexa a transpercé la reine Nia d'un jet de lance ? »
« Elle s'est dressée entre deux armée et a mis fin à une guerre par sa seule volonté ! »
« Wanheda a battu le clan de la montagne. »
Pendant plusieurs minutes les enfants échangèrent entre eux sur ce qu'ils avaient entendu au sujet des jeunes femmes. Certaines choses étaient réelles d'autres pas. Heda leva la main pour ramener le silence.
« Il y a une histoire cachée…Une histoire que peu de gens connaissent. Une histoire d'amour… » Révéla Heda.
Tous les enfants levèrent les yeux vers le vieil homme.
« Si elles ont réussi à réaliser tous ces exploits c'est qu'elles étaient guidées par ce sentiment supérieur…l'amour. »
Pendant plusieurs heures le vieil homme entreprit de donner sa dernière leçon aux Natblidas. Il leur avait enseigné bien des choses mais jamais il n'avait parlé d'amour. Il leur raconta la plus merveilleuse histoire d'amour qu'il lui avait été permis de voir. Après des décennies de règne, il se devait de délivrer un message, une ultime leçon : « L'amour n'est pas une faiblesse mais une force. »
L'histoire de Lexa et de Clarke fût racontée à ses enfants de manière inédite, il leur raconta quelque chose que les récits divulgués aux quatre coins des territoires avaient laissés cachés derrière les faits d'armes et la gloire. Il leur parla de Lexa kom Trikru de son éducation, de sa solitude face à la tâche de Heda, il leur parla de la rencontre du commandant et de la fille du ciel. Il exposa la naissance de leur amour et de l'incommensurable chagrin de Clarke lors de la perte de son âme sœur. Le vieil homme raconta avec émotion comment l'amour pouvait changer une personne et l'amener à se dépasser. Il conclut son récit de la façon suivante :
« Je vous parle d'un amour éternel, un amour si fort et si puissant que même la mort n'a pu y mettre fin. Cet amour a donné à Clarke l'immortalité. Leksa kom Trikru et Clarke kom Skaikru vivront grâce à cet amour jusqu'à la fin des temps. »
Le vieil homme posa ses yeux gris sur ces visages d'enfants qui le gratifièrent de sourires émus. Il en était sûr il venait de les toucher au plus profond de leur cœur. Jamais ils n'oublieraient les mots du vieil Heda qui portait le nom de Lincoln.
Avant dernier chapitre de "la mort n'est pas la fin"
L'histoire touche bientôt à sa fin...
