Chapitre 7 : Pressure

Pressure pushing down on me,

Pressing down on you no man ask for…

(David Bowie – Queen)

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A l'entrée de la villa, les trois gardes observèrent avec intérêt l'homme au panama qui venait de sortir du véhicule et marchait vers eux d'un pas confiant et déterminé. L'un d'entre eux porta son talkie walkie à l'oreille et se contenta d'écouter les instructions. Il fit un signe vers ses collègues et, sans un mot, les hommes s'écartèrent et laissèrent Reddington pénétrer à l'intérieur de la maison. Le criminel était attendu.

A l'intérieur du hall, deux gardes avec des oreillettes étaient en faction, lourdement armés. Nullement impressionné, Reddington soutint leurs regards, alors qu'une femme en costume sombre venait à sa rencontre. Elle le précéda avec politesse et le mena devant une double porte, à laquelle elle frappa. Sans attendre de réponse, elle ouvrit et s'effaça avec un simple :

« Si vous voulez bien vous donner la peine d'entrer, Monsieur… Je vous fais porter une boisson ? »

« Rien, merci. »

Reddington pénétra dans un vaste salon créole et s'avança vers la femme qui était assise au milieu d'un canapé blanc, les genoux repliés sous elle, en train de lire une revue, un verre à la main. Deux armoires à glace veillaient sur elle de chaque côté et la couvaient jalousement des yeux.

Felipa San Castillo ne se leva pas pour accueillir Reddington. Avec curiosité, elle promena son regard sur l'homme qui venait à sa rencontre avec ce petit sourire appréciateur qu'ont les femmes qui savent jauger les hommes au premier coup d'œil.

Red inclina la tête et la dévisagea longuement, avec fascination. Cette femme était d'une beauté à couper le souffle et était parfaitement consciente du pouvoir d'attraction qu'elle exerçait sur la gente masculine… Il est vrai qu'avec sa peau dorée, ses longs cheveux de jais qui brillaient sous la lumière, ses grands cils recourbés sur des yeux noirs qui s'étiraient en amande, elle avait un corps délié comme une liane, souple comme une panthère, façonné pour les ébats nocturnes et sans doute, les assassinats. Dans d'autres circonstances, le criminel n'aurait pas hésité à en faire sa maîtresse d'un soir… Dans d'autres circonstances…

« Monsieur Swift, je présume ?... »

La voix de la femme était rauque, sensuelle, en harmonie avec son corps. Elle fit un geste élégant de la main et invita Red à prendre place dans l'un des fauteuils du salon.

« … Ou devrais-je dire… Raymond Reddington ?… »

Red sentit un sourire étiré lentement ses lèvres. Cette femme avait du cran et ne trahissait aucune peur. Peut-être était-ce un tort, mais cette situation lui plaisait plus qu'il n'était prêt à l'admettre. Elle titillait le joueur en lui, attisait son appétit pour le risque qui l'obligeait à se dépasser…

« Puisque les masques tombent, Mademoiselle San Castillo, je n'irai pas par quatre chemins : pour le compte de qui travaillez-vous ? »

Felipa éclata de rire, parfaitement à l'aise et lui démontra qu'elle aussi avait conscience d'être entrée dans un duel de volontés où les coups directs allaient faire mouche. Elle produisit un éclatant sourire et le regarda avec amusement.

« Le légendaire Raymond Reddington, en chair et en os devant moi. C'est comme un rêve qui se réalise. Laissez-moi un peu profiter de cette occasion unique de vous avoir… tout à moi. »

Red resta impassible alors qu'elle le dévisageait sans vergogne. Il finit par hausser les sourcils au bout d'un moment et inclina la tête.

« Ça y est ? Votre curiosité est satisfaite ? »

« Je m'attendais à quelqu'un de plus racé, de plus séduisant. Vous n'êtes qu'un vieil homme… »

Fatigué et inoffensif… Les mots restèrent en suspension entre eux, aussi audibles que s'ils avaient été prononcés à voix haute. Reddington ne lui aurait pas donné tout à fait tort en cet instant, sauf que sa remarque désobligeante souffla comme un catalyseur sur les braises dormantes de sa combativité.

« C'est toujours comme ça avec les rêves. Tout est plus beau jusqu'au moment où le réveil vous ramène à la réalité… Vous et moi ne vivons pas au pays des Bisounours, Mademoiselle San Castillo, nous affrontons le monde dans ce qu'il a de plus affreux et de plus immoral... » Le sourire de Red s'élargit et sa voix prit des inflexions soyeuses. « … Ne faites pas l'erreur de me sous-estimer… »

« Vous non plus. Vous risqueriez de vous en mordre les doigts. »

Amusé, Red eut un petit rire.

« Quelle arrogance, Felipa !... J'ai connu un homme arrogant jusqu'à l'aveuglement. Le sang irlandais de Tim O' Gara le poussait constamment à se distinguer. Ça l'a plutôt bien servi au début de sa carrière. Il est parvenu à devenir le bras droit d'un important trafiquant d'armes en écartant ses principaux rivaux… pas toujours de façon honnête, il est vrai, mais c'est la loi dans notre milieu... A force d'abattre les obstacles, Tim a fini par se penser meilleur que les autres et par se croire indispensable, au dessus de tout… Il croyait aussi que le monde lui devait quelque chose, alors il a décidé de s'emparer de ce quelque chose pour se l'approprier… »

Red secoua la tête de gauche à droite, et s'anima, totalement en phase avec son histoire.

« … Mais Corey Paterson, son patron… Celui qui avait créé son business de toutes pièces, en se donnant à fond, en faisant des sacrifices personnels, qui l'avait fait fructifier patiemment… Celui qui avait donné sa chance à Tim… Son père spirituel en quelque sorte… n'était pas du même avis. Il lui a rapidement fait comprendre qu'on ne devient pas khalife à la place du khalife sans devoir le mériter... Ça a conduit ce pauvre Tim, qui avait les dents bien trop longues, à manger prématurément les pissenlits par la racine... »

San Castillo avait écouté Red en affichant de plus en plus, un ennui certain. Elle soupira.

« Vous avez fini ? »

« L'ambition n'est pas une volonté de puissance, mais de réalisation de soi. Est-ce que vous vous épanouissez dans ce que vous faites sur le plan personnel, Felipa ? »

« Tout dépend de ce que l'on recherche, Reddington... Vous, par exemple, à part faire le donneur de leçons, que recherchez-vous ?

« Moi ? Rien... Ou plutôt, si… Je cherche à savoir pour qui vous travaillez. »

« Vous ne croyez tout de même pas que je vais vous le dire ? »

« J'ai tout mon temps... Ce n'est pas moi qui suis retenu contre mon gré dans cette prison dorée… »

« Je ne vais pas rester dans cette bicoque bien longtemps. »

Reddington nota le ton blasé et dédaigneux de San Castillo.

« Ah, tiens ? Et qu'est-ce qui vous fait penser ça ? »

« Je possède quelque chose auquel vous tenez, Reddington… »

« La mine ne vous appartient pas. »

« Pas encore, mais ça ne saurait tarder. »

« De l'arrogance encore… Vos hommes vont d'abord libérer mes mineurs, et selon la bonne volonté dont vous ferez preuve, vous serez peut-être autorisée à vivre… »

La femme ne se départit pas de son sourire insolent.

« C'est ainsi que vous traitez vos adversaires ? En brandissant un couperet au dessus de leurs têtes ? Je suis déçue… »

« A quoi vous attendiez-vous de ma part après cette vague de violences et cette si plaisante entrée en matière ? »

« A plus de finesse, de rondeur... On m'avait vanté votre côté charmant… Si j'en juge par ce que j'entends, c'est hautement exagéré. »

Felipa le regardait comme une vile séductrice, sûre de son fait. La Beauté du Diable… Reddington mis enfin des mots sur l'impression qu'elle avait produit sur lui et immédiatement, le peu d'attirance qu'il avait ressenti pour elle, disparut instantanément.

Il n'en montra cependant rien. Il lui adressa un sourire engageant et la regarda avec une légère ironie.

« Vous n'avez pas fait dans la dentelle, Felipa. Je ne vois pas pourquoi je prendrais des gants avec vous. »

La jeune femme eut une moue boudeuse.

« Il fallait bien que j'attire votre attention qui était accaparée par une multitude de choses... »

Elle commença à énumérer sur ses doigts.

« … Un groupe mystérieux veut votre tête au bout d'une pique… Vous fréquentez une terroriste russe, qui est un ancien agent au service du gouvernement américain… Vous croisez des tueurs à gages et une de vos ex-maîtresses, cambrioleuse de renom, chez un millionnaire excentrique… Vous avez une vie palpitante, Raymond Reddington, digne d'un film de James Bond... »

Elle haussa les épaules.

« … Alors, que moi, qu'ai-je donc à vous proposer ? Que vouliez-vous que je fasse pour que vous vous intéressiez à ma personne ? Je m'ennuie dans ce coin perdu, loin de tout… »

« Vous auriez pu me consacrer un fan-club. Ça aurait été tout aussi malsain, mais au moins, inoffensif pour des innocents… »

Elle jeta un regard culotté sur lui.

« J'ai besoin de distractions d'un autre genre, quelque chose de plus épicé, de plus… kinky qui me donne le grand frisson. J'ai besoin d'un homme… d'expérience. »

Red prit un instant de silence pour ménager son effet et eut un sourire doux trompeur.

« Même si vous êtes très douée pour ce petit jeu, Felipa, je ne suis pas preneur... Je ne couche qu'avec les femmes que je choisis. »

« Je ne vous plais pas ? »

« Mais si, vous m'intéressez… en tant que source d'informations. »

Felipa San Castillo n'était pas le type de femmes habituées à être repoussée de la sorte. Elle encaissa sans rien trahir, mais Red aperçut la lueur ombrageuse dans son regard qui disparut aussi rapidement qu'elle était venue.

« Vous allez l'air de bien connaître mes faits et gestes, Felipa… Trop même, ce qui me force à m'interroger sur la personne qui vous a fournie tous ces renseignements... La délicieuse Andrea Wilson était votre amie, n'est-ce-pas ? »

Felipa releva le menton, décidée à ne rien dire, mais sa soudaine immobilité en révéla bien plus à Red que si elle avait répondu à sa question oralement. Le criminel inclina la tête avec un sourire et décida de bluffer.

« Andrea s'est montré très coopérative vers la fin… »

Felipa continuait à le regarder fixement, comme si elle voulait faire un trou dans sa cervelle.

« Vous ne savez rien. »

« Quel était votre lien exact avec elle ?... Vous étiez son élève ? Sa maîtresse ?... Oui, je pencherai plutôt pour cette seconde hypothèse… »

Il hocha la tête, un brin moqueur. Felipa réagit enfin et eut un rictus de colère.

« Que lui avez-vous fait ? »

« Elle a voulu jouer avec moi et elle a perdu. »

« Espèce d'enfoiré… »

Red eut une grimace explicite et sa voix tomba d'un ton.

« Oh, votre langage… J'ai touché une corde sensible, on dirait… Dois-je aller chercher du savon pour vous laver la bouche ? »

« Allez-vous faire foutre, Reddington ! »

« Attention, vous savez que je ne lance jamais de menaces à la légère ? »

Felipa se pencha en avant et siffla entre ses dents serrées :

« Alors, c'est quelque chose que nous avons en commun. »

Red perçut l'acier dans le ton de sa voix et ne s'y trompa pas. Il n'avait pas affaire à une criminelle de bas étage, ambitieuse, avide de se faire connaître. Felipa San Castillo était établie, réfléchie, sûre d'elle, avec tout le poids d'une organisation puissante derrière elle. Et elle n'avait rien d'une psychopathe. Tous ses mouvements étaient méticuleusement calculés.

« La Cabale se donne beaucoup de mal pour s'attaquer à mes avoirs. »

« Elle vous a attiré exactement où elle voulait que vous soyez. Pendant que vous êtes ici, vous n'êtes pas ailleurs. Ça s'appelle une diversion. »

Reddington inclina la tête. Il se doutait que la réplique de l'organisation qui voulait sa perte, serait violente. Le Directeur allait s'en prendre à son business, le détruire pour discréditer le Concierge du Crime et précipiter sa chute. Ce n'était rien qu'il ne sache déjà et il avait pris de nombreuses précautions heureusement, en brouillant les pistes et en verrouillant inlassablement les choses avec M. Kaplan.

« Que prépare la Cabale ? »

« Je regrette. Je ne suis pas suffisamment au fait de leurs actions pour pouvoir vous répondre. »

« Pourquoi est-ce que je ne vous crois pas ? Le Venezuela est le royaume des criminels qui viennent tous s'y réfugier en imaginant échapper à la justice… La Cabale, plus que toute organisation, a besoin de garder un œil sur ces personnes pour les employer ou pour les faire disparaître. Je pense qu'elle y a placé quelqu'un en qui elle a confiance… Felipa, votre attitude démontre que vous y occupez une place importante. Vous avez de la valeur pour le Directeur, n'est-ce-pas ? »

San Castillo le considéra en silence, puis reposa calmement son verre vide sur la petite table entre eux.

« Dans un quart d'heure tout au plus, votre téléphone va sonner… Quelqu'un vous annoncera, qu'en représailles de mon enlèvement, certains de mes associés se sont occupés de la charmante personne qui vous accompagne… »

Lizzie ! Un effroi glacé remonta le long de la colonne vertébrale de Red et il se retrouva incapable de respirer, comme s'il avait reçu un coup de poing en plein plexus solaire. Il avait découragé Elizabeth de venir avec lui, en lui disant qu'il avait toutes les cartes en main pour exercer des pressions et faire parler sa prisonnière. Il avait fait une erreur stratégique en pensant que la jeune femme serait à l'abri avec Marshall à l'orphelinat.

D'une manière générale, il s'était fourvoyé en pensant que Lizzie pouvait être en sécurité avec lui. Il avait cédé à son égoïsme, ravi d'avoir la femme qu'il aimait à ses côtés, avide de lui montrer qui il était réellement… Quel péché d'orgueil ! Il s'était montré vulnérable, et maintenant, il en payait le prix…

En voie d'être submergé par la douleur et la culpabilité, Red repoussa de toutes ses forces la vision du corps sans vie d'Elizabeth qui avait surgie spontanément dans son esprit. Il se contraignit à ne plus ressentir. Il se coupa de toutes émotions et parvint même à se convaincre que Lizzie disposait de suffisamment d'ingéniosité pour pouvoir s'en tirer toute seule.

Il n'avait rien trahi devant San Castillo qui continuait à lui parler.

A nouveau maître de lui, Red reprit le fil de la conversation, qui lui avait échappé quelques secondes…

« ... Vous devez la payer une fortune pour qu'elle accepte de coucher avec vous, Reddington, non ?… »

Il comprit immédiatement que Felipa San Castillo ignorait que Sirena Jones n'était autre qu'Elizabeth Keen… Si elle l'avait su, Lizzie serait déjà morte ou en route vers les Etats-Unis pour être livrée au Directeur…

« … Est-ce qu'elle doit aussi vous appeler papa ? »

Cette femme était répugnante. Pour qui le prenait-elle ?... Ne te laisse pas envahir par la colère. Laisse glisser les insultes. Fais abstraction… Il resta silencieux, se contenta de lever un sourcil sardonique et eut même un léger sourire narquois.

« Désolée, Reddington, mais désormais, vous allez devoir conserver votre concombre galant au frigidaire… »

Si elle voulait jouer à ce jeu avec lui, elle allait trouver à qui parler… Red jeta un œil vers son entrejambe de façon suggestive. Quand il releva les yeux, il dévisagea Felipa avec ironie.

« Oh, Mister Peabody n'aime pas la banquise… Il préfère les vallées étroites, humides et chaudes. »

Sous l'effet de sa voix suave, Red vit aussitôt les pupilles de la jeune femme se dilater. Visiblement, cette San Castillo n'était pas autant imperméable à son charme qu'elle le prétendait. S'il devait jouer sur cette corde sensible, s'il devait la culbuter sur un coin de table pour obtenir la libération de Lizzie, alors il était prêt à le faire... Sauf qu'en cet instant, le criminel avait juste envie de mettre ses mains autour du cou de la sud-américaine et de la regarder mourir, ses yeux plantés dans les siens.

Le téléphone interrompit heureusement ses réflexions, mais aviva soudain ses craintes. Il se leva et s'approcha de la baie vitrée avant de décrocher.

« Mark ?... Mark ? »

Il reconnut immédiatement la voix de Lizzie et se retint de justesse de prononcer son prénom à voix haute. Il ferma les yeux et laissa le soulagement l'envahir quelques secondes avant de répondre.

« Mark ?... Tu es là ?... »

« Sirena ?… Est-ce que tout va bien ? »

« Oui… Je… Je vais bien… J'ai été enlevée par des personnes qui en ont après toi et qui… Mark ! Je suis désolée… C'est ma… »

Il entendit un bruit étouffé et une plainte sonore. Puis un silence.

« Sirena ?... Sirena ?... »

« Elle va encore bien pour l'instant, Monsieur Reddington. » Répondit une voix masculine inconnue en espagnol. « … Votre copine vous sera rendue quand notre boss sera de retour. D'ici là, elle va rester bien au chaud avec nous. »

« Si vous touchez encore à un seul de ses cheveux… » Gronda Reddington d'une voix assourdie.

« Soyez réglo, et tout se passera bien, sinon vous ne la reverrez pas… Vous avez vingt quatre heures. »

L'homme raccrocha. Reddington serra le téléphone à le briser. Lizzie avait essayé de lui dire quelque chose et on l'en avait empêché en portant la main sur elle. Il prit une profonde inspiration, se retourna et revint calmement s'assoir à sa place, sous le regard faussement compatissant de Felipa San Castillo.

« Oh ! Papa doit tenir à son bébé plus qu'il n'est prêt à l'admettre… »

Red imagina des scénarios dans laquelle il la faisait mourir de mille façons, toutes plus horribles les unes que les autres… Son sourire s'élargit à cette pensée. La femme en face de lui se méprit sur ses réactions.

« Depuis que je suis tout petit, je déteste qu'on abîme ou qu'on me prenne mes jouets… Ça déclenche une véritable réaction épidermique de ma part. Je suis alors pris d'une irrésistible frénésie meurtrière, jusqu'à ce que ledit objet me soit rendu... Et il vaut mieux qu'il le soit en bon état… »

Malgré le ton léger de Reddington qui masquait à peine des menaces, Felipa San Castillo ne s'en émut pas.

« Une prostituée à la peau blanche a beaucoup de valeur ici. Elle sera très demandée et choyée. D'ailleurs, mes hommes voudront probablement profiter de son agréable compagnie avant de vous la rendre. »

Reddington serra les poings et se força au calme. Felipa cherchait à le provoquer. Il aurait l'occasion de venger Lizzie, mais d'abord, il devait gagner du temps pour pouvoir la retrouver.

« Redonnez-moi ce qui m'appartient et je vous libère… »

« Non, vous me libérez d'abord et vous me cédez la mine... Ensuite, je vous la rends. »

Red savait qu'il ne reverrait jamais Lizzie vivante s'il agissait ainsi, pourtant il devait jour le jeu. Une autre question le taraudait.

« Pourquoi vous intéressez-vous autant à cette mine ? Ce n'est pas un grand filon, elle est peu rentable… »

« Disons qu'elle a une valeur symbolique… Celui de votre chute, Reddington. »

Incapable de rester plus longtemps en la présence de San Castillo, il se leva et posa le panama sur sa tête. Il avait une contre-attaque à organiser et peu de temps pour la mettre en place.

« Je fais préparer les papiers. »

« Reddington ? »

Il se retourna vers elle et la vit relever des yeux concupiscents qu'elle avait posés sur un endroit bien particulier de son anatomie.

« … Ma suprême arrogance se satisfait d'être en affaires avec vous… »

San Castillo éclata de rire, ravie du bon tour qu'elle lui avait joué. Red tourna les talons sans un mot et se promit de la faire souffrir longuement, avant de la tuer de ses propres mains.

Il laissa des instructions strictes en partant. Felipa San Castillo ne devait – sous aucun prétexte - lui échapper.

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Elizabeth faisait les cent pas dans la pièce où ses ravisseurs l'avaient enfermée. Elle essayait de calmer sa colère. En vain. Quelle idiote ! Pourquoi n'avait-elle pas écouté Red ?

Vexée de ne pas pouvoir l'accompagner, elle avait voulu suivre Reddington avec la puce implantée sous sa peau et était sortie de l'orphelinat après son départ. Dans cette cité étrangère, elle n'avait pas fait cent mètres dans la rue que des hommes l'avaient entourée, puis jetée dans un van, un sac sur la tête. A les entendre parler, ça avait été trop facile. Elle s'était jetée dans leurs filets.

Ce qui signifiait que son enlèvement avait été planifié et que quelqu'un allait faire pression sur Red pour qu'il l'échange contre Felipa San Castillo.

Réfléchis ! Maintenant, tu réfléchis !

Comme on lui avait enseigné, elle tâcha de se remémorer tout ce qu'elle avait entendu pendant le trajet. Elle isola les bruits, essaya de leur donner un sens. Le van avait roulé pendant une quinzaine de minutes. Le plan qu'elle avait consulté, lui avait indiqué que la ville n'était pas très étendue et était entourée de forêt vierge. Sans doute qu'on l'avait emmenée à l'écart, dans un entrepôt quelconque et qu'on la maintiendrait en vie tant qu'elle avait de la valeur. Après…

Red allait tout faire pour la retrouver et il y parviendrait. La puce de géo-localisation qu'il avait implantée sous la peau de la jeune femme allait lui permettre de la retrouver. Le temps de monter une expédition avec des hommes qui travaillaient pour lui, le temps d'intervenir et elle serait sauvée.

La clé tourna dans la serrure et interrompit ses réflexions. Un homme entra avec un plateau de nourriture qu'il déposa sur la table. Prudent, il n'avait pas quitté des yeux la jeune femme. Il se recula et l'observa en silence, en se passant la langue sur les lèvres. Elizabeth eut un frisson de peur en voyant son regard clairement lubrique sur sa personne.

Mais ce ne fut rien en comparaison du choc qu'elle éprouva en voyant Marshall, le bras droit de Red, entrer dans la pièce, un téléphone à la main.

« Vous ! »

« Bienvenue dans ce petit coin de paradis, Sirena ! Je tiens à vous faire faire toutes mes excuses pour la façon dont vous avez été traitée lors de votre enlèvement, et encore maintenant. »

Elizabeth réalisa que Marshall ne savait pas qui elle était. Il croyait qu'elle était Sirena Jones, la maîtresse de Reddington… Ne pas savoir à qui ils avaient affaire, allaient leur coûter cher. Elle serra les dents et décida de jouer le rôle qu'on attendait d'elle.

« Pourquoi suis-je ici ? »

« Ce n'est pas après vous que j'en ai, mais après votre très cher ami, Raymond Reddington… »

« Raymond… Reddington ? Je ne connais personne de ce nom… »

« Allons, allons, ne jouez pas à ce petit jeu avec moi. Comme si vous ignoriez qui est l'homme qui vous paie pour coucher avec lui ! »

« Mark Swift n'est pas son vrai nom ? »

« Vous êtes une excellente comédienne, Mademoiselle, mais ça ne prend pas. »

Elizabeth secoua la tête.

« Croyez ce que vous voulez, je m'en fiche ! Qu'est-ce que vous lui voulez, d'abord ? »

L'homme ne lui répondit pas.

« Je vais l'appeler et vous allez lui dire que vous allez bien. Si jamais vous vous avisez de dire autre chose, vous vous en mordrez les doigts, c'est compris ? »

Elle hocha la tête et Marshall mit le mobile sur haut-parleurs. Quand Red décrocha, elle décida de ne rien trahir.

« Mark ?... Mark ?... Mark ?... Tu es là ?... »

« Sirena ?… Est-ce que tout va bien ? »

Elizabeth perçut immédiatement le soulagement dans la voix de Red et elle fut contente de pouvoir le rassurer.

« Oui… Je… Je vais bien… J'ai été enlevée par des personnes qui en ont après toi et qui… Mark ! Je suis désolée… C'est Ma… »

Josh Marshall lui envoya son poing dans l'estomac et lui arracha le téléphone des mains. Sous la douleur, Elizabeth tomba à genoux, la respiration coupée pendant de longues secondes. Dans un état secondaire, elle entendit à peine ce que Marshall disait à Red dans un espagnol parfait.

Quand Marshall eut fini et raccroché, il se pencha sur elle et lui murmura d'un ton doucereux :

« Vous êtes une jolie… petite… chose, n'est-ce-pas ?... Ce serait une honte de vous rendre abîmée... »

Il eut un rire froid.

« Sirena, si vous essayez à nouveau de vous rebeller, si vous essayez de vous enfuir, je vous garantis que je m'occuperai de vous moi-même... Ce sera délectable pour l'un de nous deux… et douloureux pour l'autre… Maintenant, mangez, nous ne voulons pas être accusés de vous avoir maltraitée. »

Elizabeth aurait apprécié l'ironie de Marshall dans d'autres circonstances. Le traître s'en alla. L'autre homme le suivit, non sans avoir jeté à Elizabeth un sourire cruel, comme une promesse de souffrances à venir.

Liz se releva péniblement en se tenant le bas des côtes. Il lui fallait un plan. Alors que les scénarios défilaient dans sa tête, elle s'attabla devant le repas qu'on lui avait apporté.

… Sans se douter que sa boisson était droguée…

A suivre…

Nos deux héros sont en fâcheuse posture et la tension est à son comble. Je n'y suis pas allée avec le dos de la cuillère avec Felipa San Castillo, mais il est temps de faire face à des réalités. Le monde criminel est impitoyable et tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins. Le sexe, au même titre que la violence, est une arme. Pour l'instant, je préfère suggérer plutôt que montrer et laisser votre imagination faire le reste. Personnellement, je me suis encore amusée avec Red. Comme vous vous en doutez, la réplique ne devrait pas tarder et être… sanglante. Âmes sensibles, s'abstenir. Le rating va probablement changer.