Chapter 9 : Time has come today

Now the time has come (Time)

There's no place to run (Time)

I might get burned up by the sun (Time)

But I had my fun (Time)

I've been loved and put aside (Time)

I've been crushed by the tumbling tide (Time)

And my soul has been psychedelicized (Time)

(The Chambers Brothers)

oooOOOooo

Reddington prit soudain conscience que tout son corps lui faisait atrocement mal. Encore groggy, il grogna en essayant d'échapper à la douleur et bougea. Bien mal lui en prit…

« Doucement, Raymond… »

Red ne connaissait que trop bien la belle voix grave qu'il venait d'entendre. Il parvint enfin à ouvrir les yeux et à focaliser son attention sur le visage inquiet de Dembé qui était penché sur lui.

Rêvait-il ? Le Soudanais ne pouvait pas être auprès de lui. Il était à cinq mille kilomètres de là, en train de mettre à l'abri sa famille des dangers qu'elle courait.

« Dembé ?… Qu'est-ce que ?… Elizabeth ? »

Le criminel eut la mauvaise idée de vouloir se relever brusquement au souvenir de la jeune femme et grimaça soudain, terrassé par une douleur sans nom qui lui coupa la respiration et l'obligea à se rallonger dans la foulée.

« Doucement… »

« Qu'est-ce qui… m'est arrivé ? »

« L'explosion, tu te souviens ? J'allais te rejoindre et c'est arrivé. Quand le bâtiment a explosé, le souffle t'a projeté vingt mètres plus loin… Je t'ai retrouvé pendu comme un pantin désarticulé dans un arbre couvert de lianes... Ça t'a sauvé la vie… »

Red se contenta de cligner des yeux en s'imaginant la scène. Il ne se rappelait rien de précis. Cependant, tout son corps hurlait contre le traitement qu'on lui avait fait injustement subir. Il avait encore des acouphènes dans les oreilles et son épaule gauche le lançait vertement. Partout où ses yeux se posaient, il voyait des pansements et des compresses. Il en était littéralement recouvert de la tête aux pieds, une vraie momie.

Quand il reposa la tête sur l'oreiller, il aperçut la perfusion à qui il était relié et qui devait délivrer des antibiotiques pour lutter contre d'éventuelles infections dues aux multiples coupures qu'il avait subies. Il savait que, sous les climats tropicaux, une simple écorchure pouvait prendre des proportions inquiétantes, si elle n'était pas traitée rapidement correctement.

« Je savais que Dieu avait un humour douteux... » Il secoua la tête et eut un rire désabusé. « … Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même : je suis devenu une marionnette dont on tire les fils… »

Dembé se contenta de lever les sourcils, alors que le visage crispé de Red était le symbole même de sa colère.

« J'ai agi tellement… stupidement ! »

« Raymond ? Qu'est-ce-que tu racontes ?... Tu es tout, sauf stupide... »

« Dembé, je sais exactement à quel point je suis stupide, parce que c'est comme ça que je piège mes ennemis !… exactement de la même manière. J'exploite leurs faiblesses, leurs péchés et leur luxure, pour obtenir ce que je veux… C'est moi qui ai écrit le livre référence en matière de chantage ! Je sais comment ça fonctionne et je suis quand même tombé dans le panneau… Moi, le Concierge du Crime !… Je me suis fait avoir comme un débutant et Elizabeth risque d'en payer le prix fort ! »

Dembé le regarda, soudain peiné, mais n'ajouta rien. Il était rare de voir Raymond Reddington se fustiger pour des erreurs commises. En toute équité, il était aussi dur et impitoyable envers lui-même, qu'envers ses ennemis.

« J'ai compromis mon business et ma réputation, tout ça pour pouvoir passer égoïstement du temps avec elle... »

Il eut une expression tellement coupable que Dembé lui posa la main sur le bras.

« … J'ai fait passer des sentiments personnels avant toute considération professionnelle. Et la Cabale s'est engouffrée dans la faille que j'ai créée de mes propres mains… Voilà à quel point je suis stupide… »

« Raymond, tu ne peux pas t'en vouloir d'essayer d'être heureux. »

Red se contenta de le fusiller froidement du regard. Dembé sut que ce n'était pas le moment d'en débattre plus avant. La priorité était d'aider la jeune femme à s'en sortir.

« Ta fille et ta petite fille sont à l'abri ? » Demanda finalement le criminel.

« Oui, elles sont en sécurité… Maintenant, je suis là pour toi… Et pour Elizabeth. »

« Bien. »

Red fit une nouvelle tentative pour s'assoir.

« Aide-moi… »

« Ton épaule est sévèrement luxée et a dû être immobilisée après que j'ai eu remis l'articulation en place. Ton corps entier est couvert de contusions plus ou moins sérieuses... En principe, tu ne dois pas bouger. Ordres du médecin. »

Tout en parlant, Dembé l'aida néanmoins à se mettre en position assise. Il connaissait trop bien son aîné pour savoir que ce dernier n'en ferait qu'à sa tête de toute façon. Il lui tendit même deux comprimés d'analgésique. Red les prit et les avala avec un verre d'eau.

« Je dois la retrouver. Marshall va la livrer au Directeur. »

« Julian a compris tout de suite ce qu'il s'est passé. Je lui ai demandé de tracer l'origine de l'émission des images d'Elizabeth. Elle est retenue dans un monastère à l'abandon, à l'extérieur de la ville… Je ne suis pas venu seul, Raymond. Kate a ordonné à Kenny et à son équipe de m'accompagner. En ce moment, ils surveillent discrètement les lieux. On va la récupérer. »

« Bénie soit M. Kaplan et sa légendaire efficacité... Et San Castillo ? »

« Envolée. »

Red serra la mâchoire. C'était pire que ce qu'il imaginait mais il en avait vu d'autres. Chaque chose en son temps. Une fois Elizabeth mise à l'abri, il pourrait s'occuper de Felipa et de Marshall. Il enverrait un signal tellement fort à la Cabale que le Directeur allait entendre parler du Conseil sans lequel il ne pouvait pas prendre de décisions. Sa marge de manœuvre serait alors excessivement inconfortable. On ne lui pardonnerait pas un nouvel échec.

« Et les hommes de Javier ? »

« Tous les cinq tués dans l'explosion. Il ne reste rien du « Milagro. »

Red respira lourdement et baissa la tête. Puis il se mordit la lèvre en réfléchissant.

« J'ai été filmé, ce qui veut dire que la Cabale doit probablement penser maintenant que je n'en ai pas réchappé. Il faut qu'on profite de cet avantage... Dembé, enlève-moi cette perfusion et donne-moi ma chemise s'il-te-plaît. Il faut qu'on aille à ce monastère. »

Dembé s'exécuta et considéra avec inquiétude son ami. La seule fois où il l'avait vu agir ainsi et poursuivre implacablement ses ennemis, c'était quand Berlin avait capturé Naomi Highland. Rien n'avait semblé pouvoir stopper Red jusqu'à ce qu'il obtienne ce qu'il voulait. Tous ceux qui s'étaient mis en travers de son chemin étaient morts dans un bain de sang.

A cet instant et plus que jamais, rien n'arrêterait Raymond Reddington jusqu'à ce que ce qu'il récupère vivante la femme qu'il aimait.

oooOOOooo

Marshall était revenu vers elle un peu plus tard et lui avait donné des vêtements. A l'entendre parler, le traître avait compris qui elle était réellement et ce qu'elle représentait pour la Cabale. Satisfait de lui, il se frottait déjà les mains de sa bonne fortune. D'abord, Reddington, ensuite, Elizabeth Keen, ennemie publique numéro un… Il prendrait rapidement du galon dans l'organisation.

Sous la surveillance d'Ojito, l'homme qui l'avait frappée, Elizabeth dut s'habiller rapidement. La brute la conduisit ensuite à l'extérieur. C'est alors qu'elle aperçut les ruines de l'ancien monastère.

Ojito la confia momentanément à un autre homme. Liz se dit que c'était maintenant ou jamais pour échapper à la surveillance de son gardien. Elle le frappa et réussit à courir vers la lisière de la forêt. Les cris derrière elle lui indiquait que les hommes de Marshall s'organisaient pour la prendre vivante.

Alors qu'elle pensait pouvoir se glisser sous le couvert des arbres, elle avait violemment trébuché lorsque quelque chose s'était enroulé autour de ses jambes et l'avait immobilisée. C'étaient des bolas. Le temps d'essayer de s'en débarrasser, les hommes l'avaient capturée et traînée sans ménagement vers les véhicules qui attendaient.

« Bien tenté, Agent Keen… » S'était moqué Marshall en la voyant arriver. « … Mais totalement voué à l'échec… Allez, les gars, on part ! »

Ojito, son bourreau, lui attacha les mains, la fit monter dans l'une des voitures et s'installa à ses côtés, pendant que Marshall montait à l'avant. Le convoi démarra immédiatement. Ils roulèrent ainsi pendant de longues minutes, sur un chemin cahoteux, bordé d'arbres.

C'est alors que l'attaque eut lieu. Des 4x4 sortirent de nulle part et les encerclèrent. La voiture dans laquelle se trouvait Elizabeth essaya de se faufiler, mais heurta brutalement des arbres couchés sur le bas-côté. La seconde fut neutralisée quand des tirs crevèrent ses pneus.

Dès que l'échange de coups de feu commença, ce fut le chaos. Les hommes de Red armés jusqu'aux dents sortirent des véhicules, balayèrent les dernières résistances, enjoignant ceux qui restaient à se rendre.

Dembé sortit Marshall manu militari du premier véhicule. L'ancien associé de Reddington semblait sonné et n'opposa aucune résistance au garde du corps qui le désarma.

Dans le véhicule à l'arrière, Red avisa l'individu penché sur Elizabeth et le reconnut quand il tourna la tête vers lui. Il était celui qui avait frappé la jeune femme avec la cravache, et à présent, il avait un couteau à la main. Froidement, Red appuya sur la détente avant que l'homme ait le temps de s'en servir. Le malfrat fit un bond en arrière, le crâne défoncé par le tir presque à bout portant.

Il y eut des clameurs et des cris soudain, mais Red n'en eut cure. Ses hommes s'en occupaient et faisaient le ménage pour ne laisser aucune trace. Dans le chaos ambiant, sa seule préoccupation était Elizabeth. La jeune femme était allongée sur le dos, les mains liées devant elle, sous le choc de voir Red.

« Lizzie, je suis là. »

Avec difficulté, Elizabeth releva un visage constellé des gouttes de sang de son bourreau. Les cheveux collés par la transpiration, elle portait un bâillon qu'il s'empressa de lui enlever, avant de s'attaquer aux liens qui retenaient ses poignets. La jeune femme eut un sanglot de soulagement. Il l'aida à s'asseoir et la prit dans ses bras quand elle voulut s'y réfugier.

« Red… »

« C'est fini, c'est fini… Tout va bien passer désormais… »

« Red ! Tu es vivant !… J'ai cru… »

« Chut ! C'est fini. N'y pense plus… Je suis là... Je suis là… »

Il continua à lui parler doucement en la tenant quelques instants encore contre lui et en gardant un œil vigilant sur ce qu'il se passait à l'extérieur.

« Il faut qu'on y aille, Lizzie. Le temps presse. »

Quand elle croisa son regard, elle vit à l'éclat dangereux de ses yeux et à la ligne fine de sa bouche, que l'indignation et la colère bouillaient sourdement en lui. Jamais elle ne l'avait vu comme ça et c'était quelque chose d'effrayant.

En réalité, Raymond Reddington était plus en colère contre lui-même que contre Felipa San Castillo ou Josh Marshall. S'il était arrivé quelque chose à Lizzie, il ne se le serait jamais pardonné.

« Est-ce qu'il t'a… ? »

« Non, il ne m'a pas touché… pas comme tu penses… »

« Je suis désolé, Lizzie, si j'avais pu arriver plus tôt, si j'avais pu… »

« Je sais, Red... Maintenant que tu es là, ça va… » Elle lui toucha la joue. « … Et toi ? Ça n'a pas l'air d'être la grande forme… »

En guise de réponse, il secoua la tête pour signifier que ça n'avait aucune importance et lui essuya le visage, tout en cherchant sur elle des traces d'éventuelles blessures.

« Ça va, Red, je t'assure… »

Reddington se releva alors en grimaçant légèrement et l'aida à se mettre debout. Il se tourna enfin vers Marshall qui se tenait la jambe gauche sous l'œil vigilant de Dembé. Red marcha jusqu'à lui et l'observa.

« Marshall, je croyais en votre potentiel, mais vous avez préféré jouer pour l'autre camp. Quelle qu'en soit la raison, c'était une très mauvaise idée. C'est Felipa qui vous l'a soufflée, n'est-ce pas ? Aurait-elle été même jusqu'à vous suggérer de tuer Hugo pour prouver votre loyauté à la Cabale ? »

« Vous ne pouvez pas comprendre… »

« Quoi ? Qu'on puisse agir aveuglément par amour ? Dites que je suis romantique, mais je parie cent dollars que vous l'aimez à la folie. Après tout, c'est ce qui fait tourner le monde... Emotion, sexe, jalousie, incertitudes… Felipa s'est bien moquée de vous. Elle est très douée à ce petit jeu. »

« Elle ne m'a pas manipulée. »

« Où est-elle ? »

Marshall resta silencieux. Sans hésitation, Reddington leva son arme et appuya sur la détente. Touché au genou droit, le traître se tordit comme un ver au sol en criant pendant de longues secondes, jusqu'à ce qu'il n'ait plus qu'une respiration lourde et émette de faibles gémissements plaintifs. Red s'agenouilla et l'attrapa par les cheveux pour avoir toute son attention.

« Marshall ? Je vous laisse le choix de votre mort… Ou je vous colle immédiatement une balle dans la tête, ou je fais durer le plaisir à la mode des habitants du cru… Qu'est-ce que vous préférez ? »

L'homme se mordit la lèvre inférieure. Devant son mutisme, Reddington se retourna et interpella deux des hommes de Javier restés près des 4x4.

« Sortez les cordes et attachez-le… »

La réaction fut immédiate quand Marshall comprit ce que Red avait l'intention de faire.

« Non ! Reddington ! Non ! »

L'homme tenta de se relever mais la poigne de Dembé le maintint au sol. Elizabeth était restée en retrait et observait avec indifférence Marshall qui se tortillait en essayant de s'échapper. Elle aussi savait ce qui se préparait, mais n'avait aucunement l'intention d'intervenir pour arrêter l'exécution.

En criant plus de peur que de douleur, Marshall fut traîné sans ménagement par les hommes de Red. Le traître tenta bien de se débattre mais il n'avait aucune chance. En un rien de temps, Marshall se retrouva solidement attacher par les quatre membres aux deux voitures.

« Reddington ! Ne faites pas ça ! Je vous en prie ! »

« Où est-elle, Marshall ? Où est Felipa ? »

« Je ne sais pas ! Elle ne m'a rien dit ! Je vous le jure ! »

« Où deviez-vous emmener Elizabeth ? »

Les deux 4x4 reculèrent lentement en tendant les cordes. Marshall se mit aussitôt à hurler de douleur. Ses deux jambes le faisaient déjà souffrir et la tension pourtant légère, le tiraillait. Il se mit à invectiver Reddington en français et en espagnol jusqu'à ce que ses cris de bête blessée se terminent en hurlements et en pleurs… Red ne voulait pas que son prisonnier s'évanouisse. Il leva une main pour signifier aux conducteurs d'arrêter de reculer… Tremblant, transpirant à grosses gouttes, haletant, Marshall se mit à sangloter, impuissant. Red secoua la tête.

« Vous savez que ça ne sert à rien, Marshall… »

« Je ne… sais… rien… »

« Tant pis, c'est vous qui voyez… »

Quelques secondes plus tard, le supplice reprit avec plus d'intensité… jusqu'à ce que Red l'interrompe à nouveau. Perdu dans un océan de souffrances, Marshall n'était déjà plus qu'un ramassis gémissant et tremblant, au bord de l'épuisement. Avec un sourire, Red exhiba son arme à feu devant les yeux du supplicié.

« Alors ? Ma proposition tient toujours… »

Grimaçant, Marshall le dévisagea, tout espoir envolé. Red lut dans les yeux de l'homme qu'il avait abandonné le combat et avait accepté l'idée de mourir.

« Où est-elle ? »

« Nous avons un lieu… de rendez-vous… dans la jungle… à une demi-heure d'ici… Un héliport… dans une clairière… aménagée… »

« Quelle direction ? »

« Nord-ouest… Les coordonnées sont… dans le GPS… »

Dembé n'attendit pas le signe de tête de Red pour aller chercher les informations.

« C'est bon, Raymond, je les aies… »

Red se tourna vers les conducteurs et hocha la tête.

« Parfait !... Messieurs, il est à vous… »

« Reddington !... Non !... Ne me laissez pas, par pitié !…

« Ce n'était pas une promesse, Marshall… »

« S'il-vous-plaît… Pas ça ! Dites leur d'arrêter ! »

« Je ne fais que respecter les coutumes locales… »

« Reddington ! Pas ça ! Pitié ! Pitié !... »

L'homme se mit à sangloter désespérément. Le coup de feu retentit dans le dos de Red et mit fin aux jérémiades de Marshall. Quand il se retourna, Elizabeth tenait encore l'arme fumante dans ses mains. Elle fit courageusement face aux regards soudain désœuvrés des hommes de Red. Il y eut des marmonnements et un homme furieux cracha au sol pour exprimer son mécontentement.

« Quelqu'un a quelque chose à y redire ? » Demanda Elizabeth d'une voix tendue, en soutenant les regards hostiles.

Elizabeth ne plaisantait pas. Le silence se prolongea. Red eut un léger sourire. Il admira le cran dont elle faisait preuve, mais décida d'alléger l'atmosphère qui s'était soudainement alourdie. Il s'avança vers le groupe, et ce faisant, détourna naturellement l'attention des hommes de Javier vers lui. Nonchalamment, il leur montra le corps de Marshall.

« Ça fait tache si vous le laissez là… Détachez-le et mettez-le à l'arrière du 4x4, on l'emmène... » Il eut un sourire aimable. « … Faites vite, on est attendu à un rendez-vous... »

Red se retourna vers Elizabeth et hocha la tête avec une expression indéfinissable sur le visage. Elle eut clairement l'impression en cet instant d'avoir été mise à l'épreuve et de s'en être sortie comme il le fallait. Pourtant, Elizabeth n'était pas fière de ce qu'elle venait de faire en tuant un homme. Sa seule et maigre consolation, était qu'elle avait évité à Marshall de souffrir.

En silence, elle prit place à côté de Red à l'arrière du 4x4. Concentré sur la capture prochaine de San Castillo, il ne lui accorda pas son attention. Il discuta de la marche à suivre avec Javier au téléphone satellite, pendant qu'ils roulaient vers l'héliport clandestin.

oooOOOooo

Un autre téléphone sonna dans la poche de Red qui abandonna sa conversation avec Javier. Il se saisit du portable qu'il avait pris sur Marshall et décrocha. Dans un premier temps, il ne dit rien et écouta son interlocuteur.

« Si… Si… Llegamos dentro de diez minutos. »

Elizabeth l'observait, tendue, alors qu'il raccrochait. Ils se regardèrent avec gravité et Red hocha la tête en réponse à sa question muette.

« San Castillo… J'ignore si j'ai donné le change, mais il fallait que je réponde où elle se serait méfiée… »

Il rappela Javier et finalisa avec lui sa tactique. Dembé descendit sa vitre et ils entendirent clairement le bruit d'un hélicoptère qui grandissait.

« Nous approchons, Raymond. »

« Soyons sur nos gardes. Nous ne savons pas ce qui nous attend. »

Les véhicules ralentirent en arrivant en vue de la clairière. Au centre, les pales de l'hélicoptère tournaient, indiquant un départ imminent.

Sur la droite, une petite cabane en bois faisait office de bureau. Une voiture était garée là et quelques hommes armés attendaient. Ils levèrent leurs armes à l'approche des trois 4x4, alors que Felipa San Castillo sortait, elle aussi armée.

Elle leva la main et attendit, pendant que les véhicules stoppaient. Personne n'en descendit. Son portable sonna en affichant le nom de Marshall.

« Allo ? »

« Ma chère Felipa… Je sais, ce n'est pas moi que vous attendiez… »

« Reddington !… »

« En chair et en os. L'annonce de ma mort tragique était prématurée. »

Il y eut un bref silence où la femme essaya de distinguer l'intérieur du 4x4.

« Où est Marshall ? »

« A l'arrière… Avant que je vous le rende, pourrions-nous avoir une petite discussion ? Je vais sortir de la voiture et j'apprécierai grandement que personne n'ouvre le feu. Nous ne voulons pas que tout se termine dans un bain de sang, n'est-ce-pas ? »

Il y eut un nouveau silence.

« Très bien. » Répondit Felipa finalement.

Reddington raccrocha et sortit du véhicule, accompagné par Dembé et Elizabeth. Il s'avança vers San Castillo, qui avait repris son sang-froid. Les hommes de Javier se positionnèrent à leur tour.

« Y a-t-il un endroit où nous pourrions parler sans le bruit infernal de cet hélicoptère ? »

San Castillo fit un signe et l'un des gardes du corps apostropha le pilote dans son talkie. Quelques secondes plus tard, le moteur changeait de régime et le rotor principal stoppait sa rotation. Le bruit diminua considérablement.

« Venez… Seul… »

Red fit un signe de tête envers Dembé et Elizabeth, mais cette dernière ne s'en laissa pas compter. Elle s'avança aux côtés de Red, déterminée à ne pas le laisser isolé avec cette femme, qu'instinctivement elle sentait dangereuse.

« J'ai dit seul… » Dit sèchement Felipa.

« J'accompagne mon associé. » Répliqua Elizabeth d'un ton sans appel.

Reddington haussa les épaules avec un sourire quand San Castillo tourna la tête vers elle.

« J'aurais dû me douter que Keen vous menait par le bout du nez, Reddington… »

« Pour la sauvegarde de ma santé mentale, il y a longtemps que j'ai renoncé à m'opposer à Elizabeth en certaines circonstances. »

San Castillo afficha une expression de mépris et tourna les talons pour entrer dans la cabane. Liz ferma la porte derrière elle pendant que Red tendait une tablette à la criminelle.

« Regardez cette vidéo. Je crois que ça va vous intéresser… » Dit-il tranquillement. « … Elle a été prise il y a environ deux heures…Vous reconnaissez cet homme, je pense ? »

Le visage de Felipa se ferma. Sur l'écran, Emilio Carlos Sanchez, un vieil homme en costume était prié de suivre des individus armés et se faisait tout bonnement enlever en plein jour, malgré la présence de ses gardes du corps.

« Le Premier Ministre vénézuélien est officiellement parti se reposer dans sa résidence après un petit accident vasculaire… C'est ce qui sera annoncé sur toutes les chaînes de télévision, à l'annonce de la disparition de votre oncle. »

« Qu'est-ce que vous voulez ? »

« Les noms de tous vos contacts dans la Cabale, bien évidemment… Et les papiers de la concession que vous devez avoir, ici, avec vous, j'en suis sûr… »

« Et si je ne veux pas vous les donner. »

« La vie de votre oncle ne tient qu'à un fil… Il est toujours délicat de dépendre de l'influence et de la fortune d'un parent proche, membre éminent de la Cabale, surtout quand ce dernier disparaît et que son seul héritier désigné n'est pas… vous. »

« Vous croyez m'intimider de cette façon, Reddington ? »

Il avança d'un pas vers elle, avec un léger sourire.

« S'il vous restait moins d'une minute à vivre, Felipa, que feriez-vous ? »

La question prit clairement la criminelle de court et elle hésita.

« Je… Je ne sais pas… »

« Moi, je ferai en sorte que chaque seconde compte... » Il sortit rapidement son arme de son holster et la pointa sur elle. « … Utilisez-les à bon escient… »

Felipa le dévisagea en pâlissant. Bien sûr qu'elle connaissait la réputation de l'homme en face d'elle. San Castillo se passa la langue sur la lèvre.

« Déjà dix secondes d'écoulées… » Dit Reddington, sans l'avoir une seule fois quittée des yeux.

« L'ordinateur dans la mallette, sous la table. »

Elizabeth baissa les yeux, la prit et se saisit du portable, qu'elle ouvrit.

« Mot de passe ? » Demanda-t-elle.

« JaguarX4o16. »

« Quels dossiers ? »

« Esperanza… Les documents sont tous cryptés, vous ne verrez rien. »

« Pour certains, ce sera un jeu d'enfants. »

« Et les papiers pour la mine de diamants ? » Demanda Red.

« Dans la pochette. »

Lizzie jeta un œil et en sortit lesdits documents. Reddington baissa légèrement son arme. San Castillo respira un peu mieux.

« Vous allez libérer le Premier Ministre ? »

« Malheureusement, Sanchez a été victime d'un grave accident vasculaire cérébral. A l'heure qu'il est, il n'est plus en mesure de reprendre ses fonctions… Il n'est même plus en mesure de manger tout seul… »

« Vous avez tué Josh, n'est-ce-pas ? »

« C'est le salaire de la trahison... Je l'avais pourtant prévenu, mais c'est la vie ! D'autres questions ? »

San Castillo secoua la tête, en sachant pertinemment ce qui l'attendait.

« En général, mon côté rationnel et pragmatique guide ma conduite, sans être influencé par mes sentiments… » Il secoua la tête. « … Mais je dois admettre que mon aversion pour vous est telle qu'il m'est impossible de ne pas y céder avec plaisir… »

Il releva l'arme et appuya sur la gâchette. La balle atteignit San Castillo à la poitrine. La femme s'écroula, morte avant de toucher le sol. Red ne lui accorda pas un autre regard et fit signe à Lizzie de sortir.

Ils furent rejoints par Dembé, qui se rassura en les voyant sains et saufs tous les deux.

« Dembé, prends l'hélico et emmène Elizabeth à San Fernando. Mets-la en sécurité sur le yacht. Tu restes avec elle jusqu'à ce que je vous rejoigne. »

« Bien, Raymond… »

« Red, enfin, non ! Qu'est-ce que ça veut dire ?… »

« Lizzie, dans quelques heures, cet endroit va grouiller des hommes de la Cabale. Quand ils vont arriver, je ne veux pas qu'ils te trouvent ici. »

« Je ne veux pas partir ! Je veux rester avec toi ! C'est notre deal ! »

Un tic agita l'œil gauche de Red, seul signe de son agitation. Son ton devint tranchant :

« Elizabeth, ne rends pas tous ces efforts vains. Je te mets à l'abri. Tu montes avec Dembé dans cet hélico. »

Elizabeth vit à la crispation de sa mâchoire qu'il ne lâcherait pas. Ils se dévisagèrent jusqu'à ce qu'Elizabeth prenne une profonde inspiration pour relâcher la pression.

« D'accord… Et toi, qu'est-ce que tu vas faire ? »

« Je vais régler les problèmes de la mine et m'assurer qu'il n'y aura pas de représailles sur les Yanomamis ou à l'orphelinat… File et emporte l'ordinateur avec toi. »

Elizabeth serra les dents, clairement mécontente. Elle obtempéra de mauvais cœur et lui adressa un regard froid et indifférent quand elle monta dans l'hélicoptère.

Pour sa part, il lui adressa un sourire rassurant. Cela lui déchirait le cœur de la voir partir sur un malentendu, mais cela valait mieux pour sa sécurité. Comme d'habitude, il allait devoir s'accommoder de l'humeur volatile de la jeune femme…

A suivre…

Petit clin d'œil à Pinocchio et à Ultron, mais tout à fait véridique, puisque la victime allemande d'un crash d'avion il y a quelques années, a survécu ainsi, suspendue à des lianes en forêt amazonienne !

Les vilains sont châtiés, mais Red et Liz se quittent sur une situation tendue... Dans quel état d'esprit Red va-t-il retrouver Liz ? Lui pardonnera-t-elle de l'avoir écartée ? Est-il disposé à rester avec elle, après l'avoir mise de son point de vue, en danger ?