Chapitre 15 : Army of One

Been around the world, wonders to view

Been around the world, looking for someone like you

Pyramids try, Babylon too

But the beautifulest treasures lie in the deepest blue.

So I'll never say die, I'm never untrue

I'm never so high as when I'm with you

And there isn't a fire, that I wouldn't walk through

My army of one is going to fight for you.

(Coldplay)

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Alors que la couturière procédait aux dernières retouches sur la jolie silhouette arrondie de la jeune femme, Carole Clark considéra Elizabeth Keen d'un œil appréciatif.

Elle était superbe, pas où on l'entendait au sens classique du terme, mais la maternité donnait à Liz un teint délicat de poupée, rehaussé par une épaisse chevelure noire brillante. L'ex-agent du FBI avait opté pour une coupe courte très féminine, qui faisait ressortir l'azur intense de ses yeux, sous un maquillage léger de fraîcheur. Carole était prête à parier que Reddington ne verrait qu'elle et qu'il resterait sans voix devant sa beauté très naturelle.

Sauf qu'il y avait un petit détail à régler avant qu'un drame ne se joue, si elle ne prévenait pas Elizabeth…

« Helen, si vous voulez bien nous excuser ?... »

La vieille couturière hocha la tête et sortit en les laissant seules. En se tournant, Elizabeth s'observa dans la psyché, satisfaite du résultat. Simple et élégante, la robe en satin noir était parfaitement ajustée et mettait habilement en valeur ses courbes là où il fallait.

Le silence se prolongea, si bien que la jeune femme finit par regarder Carole dans le reflet, en sentant que quelque chose n'allait pas.

« Qu'est-ce qu'il y a, Carole ? »

« Raymond vient de m'appeler. Son vol a pris du retard. Il nous rejoindra directement chez McCarthy. »

« Très bien. »

Carole prit une profonde inspiration et s'approcha du miroir. Si ses soupçons se confirmaient, il valait mieux que la jeune femme se mette maintenant en colère plutôt qu'elle fasse tout capoter en public plus tard.

« Ce soir, Raymond sera accompagné d'une femme. »

Elizabeth cligna des yeux et se tourna vers la garde du corps, interloquée.

« Pardon ? »

« Elle s'appelle Lorraine Weller. C'est une avocate anglaise que Raymond fréquente depuis quelques temps. »

Elizabeth se mit pâlir. Un frisson glacé remonta le long de sa colonne vertébrale et elle sentit son estomac se nouer. Carole s'avança vers elle et lui prit la main immédiatement.

« Ecoute, je me doutais qu'il s'était passé quelque chose entre vous. Quand Raymond est revenu du Venezuela pour voler à mon secours, il était différent. Heureux, et en même temps, torturé… » Elle fit un geste significatif en direction du ventre de Liz. « … Maintenant, tout est clair… »

« Est-ce qu'ils sont intimes ? » Demanda Liz, le visage crispé.

Carole se contenta de hausser les épaules parce qu'elle n'en savait rien. Ce geste pouvait être interprété de plusieurs façons. Malheureusement, Elizabeth ne vit que le verre à moitié vide et baissa la tête. Les mots de Pratt résonnèrent douloureusement dans son esprit. Reddington n'est pas l'homme d'une seule femme…

« Mon Dieu, comment ai-je pu être aussi naïve ? Madeline m'avait pourtant prévenue ! Et j'ai eu la prétention de croire que j'étais celle qui comptait pour lui… »

« Liz, tu ne devrais pas sauter directement aux conclusions… »

« Ah oui ? Et qu'est-ce que je devrais en penser ? »

« Je crois qu'il fait ça pour te protéger. Lorraine n'est qu'une couverture pour faire croire que le Concierge du Crime a oublié Elizabeth Keen et qu'elle n'a aucune importance dans sa vie. »

Elizabeth la regarda, stupéfaite.

« Me protéger ? Il sort avec une autre femme pour me protéger ? Un homme comme lui ! Tu me prends pour une idiote ? »

« Non, bien sûr que non !... »

Carole soupira. Ce qu'elle craignait était en train d'arriver. Elizabeth commençait à s'agiter, blessée. Furieuse contre elle-même, la jeune femme se mit à arpenter la chambre en marmonnant des imprécations.

« Liz, réfléchis au lieu de partir en vrille ! Tu aurais préféré que je ne te dise rien et que tu te retrouves devant le fait accompli ce soir ? S'il me l'a dit, c'est qu'il savait que j'allais t'en parler ! »

« Ou il est bien trop lâche pour le faire lui-même… »

« Tu sais bien que ce n'est pas son genre. Il tient énormément à toi. Tu le connais. Le fait qu'il reste à l'écart en est une preuve. »

« Il se tient à l'écart, parce qu'il n'en a rien de faire de moi ou de son bébé ! »

Sous le regard désolé de Carole Clark, la jeune femme se laissa submerger par la colère qui était préférable au chagrin qui l'envahirait, une fois qu'elle se retrouverait seule. C'était un mécanisme de défense automatique chez elle, qu'elle avait maintes fois expérimenté pour ne pas s'effondrer.

« Monsieur Reddington a une vie bien organisée dans laquelle je n'ai pas de place ! » S'écria Liz soudain. « Monsieur Reddington doit gérer son business de criminel international le plus recherché au monde et échapper à la police ! Raymond Reddington n'a que faire d'une pauvre fille, enceinte qui plus est, alors qu'il peut avoir toutes les plus belles femmes dans son lit sur un simple claquement de doigts ! »

« Liz, s'il-te-plaît… »

« Quoi ? Après tous ses efforts, il a enfin réussi à coucher avec moi ! Le reste, ma foi, ce ne sont que de belles paroles que j'ai eu la naïveté de croire ! Quelle idiote je fais ! »

« Bon sang, Liz, vas-tu m'écouter à la fin ? Ce qu'il montre en public ne signifie rien ! Il va agir comme s'il s'agissait d'une représentation théâtrale où il va jouer le rôle qu'on attend de lui. »

« Je me fiche qu'il s'affiche avec la sœur du Pape et qu'il l'embrasse pour tromper son monde ! C'est ce qu'il fait en privé avec cette autre personne qui importe ! »

« Mais justement, tu ne sais pas ce qu'ils font ensemble ! »

« Oui, et bien, ce n'est certainement pas du macramé ! »

Carole Clark croisa les bras et soupira.

« Elizabeth Keen, tu es la première de ses préoccupations. Il t'est dévoué comme jamais homme ne l'a été à une femme. Ça n'a pas changé. Tu devrais peut-être lui laisser le bénéfice du doute avant de l'accuser de te tromper avec cette Lorraine. »

La jeune femme secoua la tête, refusant de croire ce que lui disait Carole.

« Liz, ce que tu vas le voir faire ce soir, n'est sans doute pas la réalité... Votre réalité. »

« Comment savoir avec lui ? C'est un tel manipulateur ! »

« Justement ! Tu lui fais confiance ? »

Elizabeth s'arrêta nette dans son agitation et se passa la main sur le front, incertaine.

« Je ne sais plus. »

La garde du corps soupira.

« Liz, parfois dans un couple, on a besoin de tester les résolutions de chacun. Pas parce que tu n'as pas confiance en ton partenaire, mais simplement pour voir ce qu'il est prêt à sacrifier pour toi… Tu dois aussi parfois le laisser partir, pas parce que tu ne l'aimes plus, mais pour voir s'il t'aime assez pour revenir… Raymond est revenu pour toi, Liz. »

« Tu crois ? Comment peux-tu en être aussi sûre ? »

« Je suis mariée, Liz… Et parce que je me suis déjà tenue au bras de Raymond de la même façon que Lorraine le fera ce soir. C'était uniquement pour empêcher ses ennemis de se concentrer sur celle qui l'intéressait réellement. J'étais un leurre. »

Elizabeth la regarda avec perplexité.

« Je me suis toujours demandé quel était votre lien tous les deux. »

« Raymond et moi sommes avant tout des compagnons d'arme avec un passé… »

A défaut de trouver un autre qualificatif adéquat, Carole fit une grimace éloquente. Elle vit qu'Elizabeth mourrait d'envie de lui poser la question.

« Oh non ! Tu lui demanderas des explications ! » Carole soupira. « Ce soir, Raymond va avoir des gestes et une attitude très convaincante. Ça pourrait te faire dégoupiller… Tu penses pouvoir tenir le coup ? »

« Je n'en sais rien. Je ne sais pas comment je vais réagir. »

Elizabeth sentit les larmes lui monter aux yeux et se mit à rire en même temps.

« Comme ça, par exemple. Les hormones me font faire des trucs… bizarres. »

« Ok, alors je te propose quelque chose… Que dirais-tu si nous jouons nous aussi à un petit jeu de rôle ? Si nous étions, par exemple, un couple lesbien, fou de joie à l'idée d'avoir son premier enfant ? »

« Hein ? Tu peux répéter ? »

« Pas la peine d'afficher notre affection de façon ostentatoire. Nous nous tenons juste par la main et nous nous regardons en souriant avec complicité… Si tu sens que ça ne va pas, ça me permettra d'être à tes côtés en permanence. De toute façon, Raymond ne veut pas que je te lâche une seule seconde des yeux… »

Elizabeth la regarda, sidérée.

« C'est la couverture la plus insensée que j'ai jamais endossée. »

« Personne ne fera le rapprochement entre Raymond et toi, je te le jure, à moins que vous ne flirtiez ostensiblement ensemble. »

Liz leva un sourcil. Sans le savoir, Carole venait de lui donner envie d'aller à cette soirée et de prendre sa revanche sur le criminel.

« Après la soirée, il est prévu que Raymond te rejoigne ici. Vous aurez le restant de la nuit pour vous expliquer. »

Elizabeth souffla un bon coup pour évacuer la tension soudaine qu'elle ressentait.

« Ok. J'espère que tu as raison, Carole, sinon je te jure que je t'étripe, avant de lui arracher la tête… »

« Je rappelle Helen. Dès que vous avez terminé, on se prépare à partir. »

oooOOOooo

Un brouhaha de conversations et de rires accueillit les deux femmes à l'entrée du salon. Bras dessus-dessous, elles entrèrent dans la vaste pièce et se promenèrent entre les groupes, avant de se poser près du buffet, où un maître d'hôtel leur servit un verre de champagne pour l'une, un jus de fruit pour l'autre.

« Tu connais du monde ? » Demanda à voix basse Elizabeth à sa compagne d'un soir.

« C'est ça qui est formidable dans les soirées de ce genre. Tu dis à tout le monde que tu es invité par le maître de maison et devant lui et sa femme, tu dis que tu es une connaissance de son fils absent. »

« Ce n'est pas un peu risqué ? »

« Non, je connais tout des habitudes du petit Enrique, ce qu'il a fait à l'université, où il est allé passer ses vacances depuis cinq ans, comment il est tombé à ski l'hiver dernier, etc… Je connais les prénoms de tous ses amis, de sa petite amie, de son chien, et même la marque de ses caleçons… »

« Parfois, tu m'effraies, Carole... A part être mon garde du corps et un pilote d'hélicoptère, c'est quoi ta spécialité dans le team de Red ? »

« Je ne suis pas autorisée à en parler. »

Elizabeth lui jeta un regard curieux.

« Sans blague ? »

« Je ne plaisante pas, Liz. »

« Tu sais que ça soulève d'innombrables questions ? »

« Que tu adresseras à mon employeur, je n'en doute pas. » Carole tourna la tête vers la piscine à déversement à l'extérieur. « Viens, on va papoter dehors. J'ai vu un charmant vieux monsieur avec qui j'ai envie d'engager la conversation… »

Carole prit la main de Liz dans la sienne et l'entraîna à l'extérieur.

« Professeur Arrowitz, quel plaisir de vous revoir ! » S'écria Carole d'un ton enjoué.

L'homme la regarda avec confusion et resta un moment pris de court. Il ne connaissait visiblement pas Grizman. Il lui serra tout de même la main avec surprise.

« Vous ne vous rappelez pas de moi ? Sacramento, il y a cinq mois, vous avez fait une conférence à l'Université sur l'épuisement des ressources énergétiques de notre planète. Je suis celle qui vous a interrogé au sujet de l'exploitation des terres rares dans le désert de Kumtag et son impact sur l'environnement et sur les populations locales… »

« Oui, oui, effectivement, je me rappelle. Votre intervention était pertinente… »

Elizabeth considéra Carole avec ébahissement, quand elle l'entendit s'exprimer avec aisance et précision sur le sujet. Passées les premières minutes d'incertitudes, Arrowitz sembla immédiatement conquis et ils se mirent à discourir inlassablement en confrontant leurs points de vue et leurs connaissances pointues.

Elizabeth s'éloigna un peu d'eux et chercha autour d'elle si elle apercevait Red. Au lieu de ça, elle croisa le regard d'un homme d'une trentaine d'années qui n'attendit que ça pour venir la voir.

« Bonsoir, je m'appelle James. »

« Je suis Faith. »

« Enchanté, Faith Vous semblez chercher quelqu'un. Votre mari peut-être ? »

« Non, ma femme est en pleine discussion sur l'une de ses marottes personnelles. Quand elle s'emballe, on ne peut plus l'arrêter… »

« Votre femme ? » James remonta ses lunettes sur son nez. « Ah ! C'est la personne qui parle avec le professeur Arrowitz, c'est ça ? »

« Oui, c'est elle... Un puits de science, comme lui. »

« Bonne chance alors pour la faire décrocher… Vous voulez boire un nouveau verre de… ? »Il fronça les sourcils. « … Si ce n'est pas du punch, c'est diablement bien imité… »

Elizabeth se mit à rire doucement.

« Merci, c'est gentil, mais même si c'est sans alcool, je dois y aller doucement… » Elle considéra les traits charmants de son interlocuteur et son sourire séduisant qui lui rappelait quelqu'un. « … Vous faites quoi dans la vie, James ? »

« Je suis comédien… Je fais des films. »

« Des films ? »

« Oui, à Hollywood... » Il passa la main dans ses cheveux blonds en ayant un petit rire nerveux. « … Je sais, c'est cliché… »

« Et… ils sont connus ? »

« Certains, oui, mais si je suis honnête, il y a une large majorité de navets… »

« Dites toujours les noms de ceux qui fonctionnent… »

« Stargate, Wolf, Sexe, Mensonge et Vidéo, Crash… Je touche un peu à tout, surtout ce qui sort de l'ordinaire... Sinon, je m'ennuie. »

« Ça ne me dit rien, mais je vais rarement au cinéma… Et faire l'acteur, ça vous plaît ? »

« Ce n'est qu'un boulot, plutôt cool et bien payé, vous savez. Je préfère m'intéresser davantage aux personnes qui m'entourent, les regarder vivre et interagir avec elles… »

Mais Elizabeth ne l'écoutait déjà plus. Elle manqua un battement de cœur car elle venait d'apercevoir Red qui faisait son entrée, accompagnée d'une grande femme aux cheveux auburn.

Totalement focalisée sur l'objet de ses désirs, elle dévora Reddington littéralement des yeux et le trouva splendide dans son smoking. Le charisme qui émanait de lui était évident pour tout le monde, alors qu'il saluait son hôte avec entrain et présentait sa compagne au petit groupe.

D'une élégance sophistiquée, grande et racée, cette Lorraine Weller était tout ce qu'Elizabeth n'était pas. La jeune femme sentit la jalousie lui mordre le cœur et serra les poings inconsciemment quand elle aperçut les petits gestes du couple qui dénotaient un certain degré d'intimité. Le criminel et la femme se souriaient comme s'ils partageaient des secrets.

« Ce type attire tous les regards, n'est-ce pas ? »

La réflexion de James la sortit de ses sombres pensées.

« Pardon ? »

« L'homme que vous observez, il attire tous les regards. On dirait un aimant. »

« Vous le connaissez ? »

« Non. Jamais vu, mais il a une réelle présence. Il dégage, comme on dit dans le métier… J'aimerai avoir sa classe un jour… »

Elizabeth lui sourit et le détailla. Charmant minois, plutôt bien fait de sa personne, un je ne sais quoi de craquant dans le regard et dans le sourire… James ne devait laisser personne indifférent. Dommage qu'il ne soit pas du tout son genre

« Vous avez confiance en vous ? »

« Oui, je suppose. »

« Ne supposez plus. Soyez sûr, et vous verrez, James, vous aussi, vous dégagerez… »

« Merci du conseil éclairé. Vous faites quoi dans la vie, Faith ? »

« Je suis psychologue… »

« Psy, j'aurai dû m'en douter... J'ai toujours aimé les femmes de tête, avec des caractères forts. »

« Si elles vous attirent tant, c'est que vous aimez les ennuis alors. »

Il se mit à rire de bon cœur. Elle eut un sourire et trouva dans sa persévérance polie, une parfaite distraction à son inquiétude.

« Peut-être… Vous, par exemple, si je m'intéresse à vous, ça vous dérange ? »

« Non, pas du tout... Je ne connais personne ici et ma compagne m'a délaissé pour débattre avec ce vieux conférencier rasoir... »

« Mais vous m'avez, moi ! Allez, je vous fais visiter les lieux… »

Elizabeth se crispa. Red lui avait dit la même chose il y a longtemps. Elle termina son jus et hocha la tête. Après avoir déposé leurs verres, ils commencèrent à arpenter les allées du jardin.

« Vous êtes célibataire, James ? »

« Je suis marié à la plus délicieuse des femmes, Victoria, qui se trouve être enceinte de notre second enfant. »

« Félicitations ! Elle est ici ? »

« Oui, elle papote décoration avec une de ses amies qu'elle n'a pas vu depuis des mois. Comme vous, je me suis senti de trop. »

« Et parmi toutes les charmantes jeunes femmes que vous avez croisées ce soir, vous avez décidé de venir me voir. Pourquoi ?

« La grossesse vous va à ravir, Faith, vous rayonnez littéralement, à tel point que c'est difficile à ignorer. »

Elizabeth sentit son cœur se serrer. Si seulement l'homme de ses pensées lui accordait son attention de cette façon… Elle eut un petit sourire pour masquer ses sentiments.

« C'est sans doute le bonheur d'être une future mère. »

« Maintenant que vous le dites, c'est vrai qu'en ce moment, je suis irrésistiblement attiré par les femmes enceintes… Ça vous semble bizarre ? »

« Non, sauf si vous êtes fétichiste… Je veux dire, les femmes enceintes vous attirent en temps normal ? »

« Non, mais je trouve leurs corps fascinants et beaux. »

« Alors vous êtes juste un esthète qui apprécie les belles choses… »

« Vous êtes une perle rare, Faith. J'envie votre femme, elle a beaucoup de chance. »

« Oui, j'ai beaucoup de chance... » Répondit Carole Clark avec un sourire engageant, démenti par des yeux perçants qu'elle darda sur Elizabeth.

James sursauta brusquement. Il ne l'avait pas entendu venir, et Elizabeth non plus.

« … Je suis Carole, la moitié d'Elizabeth. » Dit-elle en lui tendant la main.

« James. Enchanté de vous rencontrer. »

« En quoi ai-je beaucoup de chance ? »

Elizabeth les laissa parler ensemble et en profita pour jeter un œil vers l'endroit où elle avait aperçu Reddington pour la dernière fois, mais il avait disparu. Elle le chercha des yeux sans le voir, puis finalement, s'intéressa à nouveau à la discussion. James et Carole riaient d'une plaisanterie légère qu'il avait faite.

Ils continuèrent à discuter quelques temps dans ce coin tranquille du jardin où la musique leur parvenait assourdie, jusqu'à ce que James se retire et les laisse tranquilles.

« Qu'est-ce qu'il te prend de draguer ce type ? » Demanda Carole, quand il eut disparu.

« Carole, c'était innocent… »

« Il n'y a rien d'innocent dans ce que vous faisiez. Vous flirtiez. Si Raymond t'a vu… »

« Quoi ? Il va tuer James parce que nous avons simplement parlé ensemble dix minutes ? »

Carole la considéra en silence quelques secondes.

« Tu l'as fait exprès pour le rendre jaloux. »

« Il n'a sans doute rien vu. A peine arrivé, il a disparu avec sa Lorraine. »

« Je n'en serai pas aussi sûre à ta place… »

Carole regardait par-dessus l'épaule de Liz, qui de ce fait, se retourna et se retrouva face à Raymond Reddington, qui se tenait à dix mètres d'elle, à l'abri d'un bosquet. Dans son dos, Carole s'éclipsa immédiatement.

Elizabeth eut un long frisson devant l'intensité du regard du criminel et ouvrit la bouche sous la surprise. Elle était tentée de courir vers lui et de se jeter dans ses bras mais ils n'étaient pas seuls. N'importe qui pouvait les apercevoir de la terrasse.

Muet, il la dévora des yeux pendant plusieurs secondes qu'elle trouva longues. Finalement, n'y tenant plus, elle l'apostropha.

« Tu ne dis rien ? »

« Lizzie… tu es splendide… »

L'émotion sourde contenue dans sa voix la fit chavirer et elle avança vers lui sans en avoir réellement conscience. Il fit un geste rapide de la main pour l'arrêter.

« Pas ici... » S'excusa Red avec un léger sourire. « … Laisse-moi encore te regarder et parle-moi de toi… Tu vas bien ? »

« Oui, je vais bien. »

« Le bébé ? »

« Aussi. »

« Je suis heureux pour toi. C'est tout ce dont tu as toujours rêvé. »

Elizabeth hocha la tête. Tout ce qu'elle avait envie de lui dire, tout ce qu'elle voulait lui faire, et elle ne pouvait pas. Derrière son habituelle attitude nonchalante, elle devinait qu'il était nerveux lui aussi. Leur maladresse et la restreinte qu'ils s'imposaient finirent par les faire sourire.

« Tu savais, n'est-ce pas ? »

« Je l'ai appris depuis peu. »

« Je ne voulais pas te le dire pour ne pas que tu te sentes obligé de me protéger. »

« Je sais, Lizzie. Tu n'as pas à te justifier. »

« Tu approuves ? »

Il hocha la tête.

« Je t'ai dit que je respecterai ta décision. Quelle qu'elle soit. »

Il y eut un silence entre eux. Raymond Reddington prit une profonde inspiration.

« Puis-je venir te voir plus tard ? »

« Bien sûr. »

Il hocha la tête et commença par se détourner.

« Red… Pour moi, rien n'a changé. A moins que tu en aies décidé autrement… »

Il eut un doux sourire et la rassura.

« Rien n'a changé pour moi, non plus. »

Après un dernier regard, Reddington disparut dans la nuit comme il était venu et elle soupira. Elizabeth resta un moment, perdue dans ses pensées, un sourire heureux aux lèvres… jusqu'à ce qu'elle sente un bras brutalement enserrer son cou et venir la déséquilibrer en arrière. Elle poussa un cri étouffé par la main de son mystérieux assaillant sur sa bouche.

« Tiens, tiens, quelle surprise !… Elizabeth Keen en chair et en os… »

Elizabeth connaissait la voix de cet homme et elle se figea soudain, alors qu'elle sentait un objet métallique venir se placer au creux de son dos.

« … Ne faites pas un geste. Mon arme est pointée sur vos reins. Vous ne voudriez pas perdre votre bébé en faisant un geste déplacé, non ? »

Red ! Non ! Red !... Elizabeth sentit la panique l'envahir. La voix de l'homme continua avec calme :

« Nous allons nous diriger tranquillement vers le fond du jardin et nous sortirons comme n'importe quel couple fatigué, ravi de rentrer chez lui, après une longue soirée passé chez des amis… »

Ce fut le moment que choisit Carole Clark pour revenir vers Elizabeth, qui essaya de crier pour la prévenir. En vain. La garde du corps ouvrit de grands yeux en comprenant ce qu'il se passait, mais n'eut pas le temps de sortir son arme. Le pistolet muni d'un silencieux jaillit, l'homme tira et Grizman s'effondra, touchée. Même si Elizabeth avait fait bouger le bras du tireur au dernier moment, elle savait que la blessure de Carole était mortelle et sérieuse. L'individu n'attendit pas pour s'assurer que Grizman était bien morte. Il poussa énergiquement Liz vers le fond du jardin. Dans la pénombre, elle ne parvint pas à distinguer les traits de son agresseur, qui pointait encore son arme sur elle, elle n'en doutait une seconde.

« Allez, on bouge ! »

« Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous me voulez ? »

« Plus tard, les questions ! Avancez ! »

Ils sortirent par une petite porte dissimulée sous un lierre et se retrouvèrent dans une ruelle, où étaient garés les véhicules des invités. L'homme la poussa sans ménagement vers l'un d'entre eux. Elizabeth leva les yeux, aperçut une caméra de surveillance et pria pour que quelqu'un donne l'alerte.

Il fallait qu'elle fasse quelque chose. Alors que l'homme cherchait dans ses poches les clés de sa voiture, elle se retourna et vit enfin les traits de son agresseur.

Abasourdie, Elizabeth le reconnut immédiatement. L'homme murmura une excuse et tout devint noir lorsqu'il la frappa sans ménagement à la tête.

A suivre…

Mais qui est donc ce mystérieux assaillant ? J'attends toutes vos hypothèses, même les plus farfelues.

Désolée, mais il semblerait que notre couple préféré ait quelque peu du mal avec la « normalité »… et il en sera ainsi jusqu'à la fin, je crois.

Comme d'habitude, un petit commentaire ne mange pas de pain et fait toujours plaisir…