Chapitre 18 : BANG BANG
… Bang Bang
I used to shoot you down.
Music played and people sang
just for me the churchbells rang.
Now he's gone
I dont know why.
And till this day
sometimes I cry.
He didn't even say goodbye
he didnt take the time to lie.
Bang Bang
He shot me down
Bang Bang
I hit the ground
Bang Bang
That awfull sound
Bang Bang
My baby shot me down...
Le volume du radio réveil réveilla brutalement Elizabeth qui écouta la fin de la chanson de Nancy Sinatra avant de l'éteindre. Le lit était froid à ses côtés et le soleil qui filtrait à travers les rideaux, déjà haut dans le ciel. Red était sans doute levé depuis un bon moment. Affamée, elle se leva, passa l'une des chemises du criminel et partit à sa recherche.
Elle le trouva dans la cuisine américaine, pendu au téléphone devant la baie vitrée. Le col largement ouvert, Reddington donnait des instructions dans une langue qu'Elizabeth reconnut à ses sonorités slaves. Son correspondant était russe. Elle écouta sans comprendre, mais se rendit compte que son oreille était habituée aux intonations gutturales.
Il l'aperçut, embrassa sa silhouette d'un regard appréciatif et lui fit un sourire chaleureux. Elizabeth se servit un café avec du lait, un verre de jus de fruits fraîchement pressé et se prépara des toasts croustillants et gourmands avec tout ce qu'elle trouva sur la table. Elle mourrait de faim.
Des pas se firent entendre dans le couloir. Elle se retourna au moment où Dembé pénétrait dans la pièce. Immédiatement, l'Africain l'aperçut et lui fit un sourire rayonnant.
« Dembé ! »
Elle se précipita vers lui et il la réceptionna dans ses bras en riant.
« Elizabeth ! C'est bon de vous revoir… Comment ça va avec le bébé ? »
« Un peu fatiguée, mais rien de méchant. Et vous ? Et la famille ? »
« Isabelle va bien. Ma petite fille, Elie, a fêté son premier anniversaire la semaine dernière. Elle va bientôt marcher. »
« Et nous voici avec un grand-père fier comme un paon ! » s'écria Red qui accueillit son homme de main avec une accolade.
« Dit celui qui n'arrêtera pas de répéter que son enfant est le plus beau bébé du monde dans quelques temps… »
« Jamais je ne ferai ça ! »
« Quelle mauvaise foi, Raymond… » Se moqua Dembé.
Red haussa les épaules en ignorant le commentaire. Il préféra doucement embrasser Elizabeth, qui souriait devant leur joute verbale.
« Tu as amené ce que je t'ai demandé ? » Demanda Red.
« Oui, tout est là… Elizabeth, j'ai déposé dans le couloir un sac de vêtements pour vous. Vous devriez trouver votre bonheur. »
« C'est gentil, Dembé, merci. »
« Des nouvelles concernant Solomon ? »
« J'ai passé l'appartement au Luminol. Pas une seule trace de sang, ni de poussière. L'endroit a été soigneusement nettoyé. C'est bien trop propre pour ne pas être suspect. »
« Je sais ce que j'ai vu, Dembé. Denton a abattu Solomon. »
« Je vous crois, Elizabeth. »
« Et sur le toit ? »
« J'ai trouvé du sang en retournant les graviers. Ils n'ont sans doute pas eu le temps de tout enlever. »
« Viens, Dembé… » Dit Red en passant un bras autour des épaules de l'africain. « … Nous allons laisser Elizabeth reprendre des forces tranquillement. Il y a encore du pain sur la planche qui nous attend, mon ami… »
Les deux hommes s'éloignèrent sur la terrasse pour discuter. Elizabeth n'en prit pas ombrage. Ils avaient sans doute de nombreux détails à régler ensemble. Elle revint vers son petit-déjeuner et le termina, puis remonta prendre une douche après avoir pris le bagage que lui avait amené Dembé.
Quand elle sortit en peignoir de la salle de bain, elle entendit la voix animée de Reddington et s'approcha de la fenêtre. En les voyant tous les deux, elle fut frappée par l'antagonisme de Dembé qui semblait furieux. L'homme de main serrait les poings et la mâchoire, et elle s'inquiéta. Jamais elle ne les avait vus en désaccord. Qu'est-ce que cela pouvait signifier ?
Reddington reprit la parole plus calmement et elle n'entendit pas ce qu'il disait. Il parla longuement. Mais l'attitude fermée de Dembé était claire : il n'était pas d'accord avec son aîné. Pourtant, il hocha finalement la tête, avant de prononcer des mots qu'il pesait à son tour. Le visage peiné de Reddington en disait long sur l'issue de leur conversation.
Elizabeth fut tentée d'ouvrir la fenêtre pour écouter mais Dembé tourna les talons et laissa Red seul. Le criminel le suivit des yeux et soupira, un air de profonde tristesse inscrit sur ses traits. Puis il rentra dans la maison et elle entendit ses pas dans l'escalier quelques secondes plus tard.
Très vite, elle fit comme si elle n'avait rien vu et se mit à chercher une tenue dans le sac. Il la trouva ainsi, en train de sortir des vêtements de grossesse et de les étaler sur le lit. Il y avait des pantalons et des robes de marque, dans les tons qu'elle aimait, et dans deux tailles différentes.
« Tu as fait ton choix ? »
« Pas encore… Dembé est parti ? »
« Oui, il se rend auprès de Carole à l'hôpital. Il restera avec elle jusqu'à ce qu'elle se réveille. »
Le tout dit en ne trahissant aucune émotion susceptible de révéler que la conversation qu'elle avait surprise, avait été tendue. Elizabeth décida de ne pas poser de questions pour le moment.
« Et nous ? Qu'est-ce que nous faisons ? »
« Nous ?... » Il s'approcha d'elle d'un air débonnaire et tira sur la ceinture du peignoir de la jeune femme. « … J'ai bien une idée que j'aimerai partager avec toi… »
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Dès le début de l'après-midi, la villa fut en effervescence. L'équipe de surveillance de M. Kaplan, sous les ordres de Baz, arriva et s'installa pour assurer la sécurité de leurs hôtes. Les six hommes triés sur le volet logeraient dans une petite dépendance et le grand garage, qui pouvait contenir en temps ordinaire jusqu'à trois véhicules.
Reddington passa le reste de la journée au téléphone avec différents acteurs et associés. Il avait établi son quartier général dans la villa pour donner les dernières instructions et délivrer le plan de bataille final. Pendant qu'il était occupé, Elizabeth en profita pour se familiariser avec la maison, qui, elle l'apprit, était en voie de devenir la sienne.
Quand Red avait deviné que l'endroit lui plaisait beaucoup, avec son jardin paysagé, très ombragé et sa piscine, il avait passé un coup de fil à Monsieur Kaplan et le transfert de propriété avait été mis en branle. Il ne deviendrait effectif et public que dans quelques semaines. Elizabeth avait protesté. Que ferait-elle d'une maison, certes charmante, mais située à des centaines de kilomètres de Washington ? Et cela avait ouvert le débat entre eux sur ce qu'elle voulait réellement.
Depuis sa fuite, la jeune femme avait changé radicalement de vie. Avec l'arrivée de bébé, ses perspectives d'avenir aussi avaient changé. Tout c'en quoi elle aspirait désormais, était différent de ce qu'elle avait souhaité avant. Elle était prête à embrasser ce changement, mais pas à n'importe quel prix.
D'abord, elle désirait plus que tout au monde, retrouver son honneur perdu. Cette réhabilitation n'était pas seulement symbolique, c'était une nécessité pour panser la blessure que la Cabale avait faite dans sa chair, dans son orgueil, dans ses efforts pour le travail qu'elle avait effectué depuis cinq années et qui l'avait longtemps définie. Elle souhaitait clore sa période avec le FBI de façon propre, pour pouvoir tourner la page définitivement, car elle savait qu'elle ne reprendrait jamais ses fonctions.
D'abord, parce que le fait d'avoir tiré sur Tom Connolly de façon volontaire, sans être en état de légitime défense, devant un témoin, Harold Cooper, son ancien supérieur, remettait totalement en cause son intégrité et son éthique. Jamais plus elle ne pourrait être un agent assermenté pour servir. Jamais plus on ne lui ferait confiance, après avoir passé plus de huit mois en cavale avec l'un des hommes les plus recherchés au monde. Elle n'était plus considérée comme l'une des leurs depuis qu'elle était passée de l'autre côté de la barrière.
Ensuite, il lui serait impossible de continuer à travailler contre Red. Le criminel ne se faisait aucune illusion, quant à son immunité : il pouvait livrer des noms au FBI pendant un siècle, jamais il ne l'obtiendrait. Quant à être sur le terrain et aider Red d'une quelconque façon, il n'en était pas question, alors qu'elle allait bientôt mettre au monde son bébé. Il avait été clair. Il ne prendrait aucun risque avec elle, avant, et même après la naissance.
Un travail de bureau ne lui convenait pas, car elle ne se voyait franchement pas assise derrière un bureau huit heures de la journée, à traiter de la paperasserie. Elle allait devoir repenser entièrement son avenir. Elle avait caressé brièvement l'idée d'ouvrir un cabinet pour exercer ses talents de psychologue, mais très vite, avait renoncé. Elle savait que sa popularité récente ne lui apporterait que des ennuis.
Quoi faire alors ? Se tourner vers l'enseignement ? Malgré la réhabilitation, son dossier administratif ne serait pas favorable. A moins de repartir au Venezuela où le Père Joachim l'accueillerait certainement à bras ouverts.
Elizabeth voulait s'assumer complètement, sans dépendre de Red, d'autant qu'elle risquait d'élever cet enfant, seule. Bien sûr, il ne la laisserait pas démunie financièrement, mais elle n'était pas naïve. Elle savait qu'il serait difficile à Red d'être présent. Même si le rêve le plus cher du criminel était de fonder à nouveau une famille, elle était parfaitement consciente que pour lui, ce n'était que ça : un beau rêve. Raymond Reddington demeurait un fugitif recherché par toutes les polices, un homme aux prises avec de nombreux ennemis implacables qui voulaient sa peau, et à la tête d'un des plus grands business criminel que la planète comptait. Comme le Père Joachim l'avait dit, Red était un homme destiné à réaliser de grandes choses, pas à être heureux…
C'était ce qu'elle redoutait au fond, même si elle le comprenait parfaitement. Ils ne vivraient jamais comme un couple ou une famille unie. Conscient lui aussi des enjeux, Red n'avait pas esquivé le débat mais avait dit qu'il trouverait une solution sans lui faire de promesses impossibles à tenir.
Dans les jours qui suivirent, malgré leurs moments d'intimité forts et la complicité, malgré la force de leur amour, l'ombre de cette discussion plana sur eux lourdement et ils évitèrent soigneusement d'aborder à nouveau le sujet.
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« Et celle-là ? Tu la connais, Lizzie ? Demandez à un Navy Seal de vous faire un feu, et il vous répondra… »
« … Y a pas écrit Marines ici… » Termina Grizman en montrant son front.
Reddington éclata de rire. Carole Clark avait quitté l'hôpital et se reposait à présent dans la villa sécurisée, sous la supervision d'une infirmière.
« Seigneur, Raymond, ne me dis pas que cette vieille blague pourrie te fait toujours autant rire... »
« Tu sais bien qu'elle me fait penser à cette expédition, en Ukraine, quand on a fait exploser le convoi de blé du Général Manekovski. On a mangé du pop-corn pendant une semaine… »
« Epargne-moi le récit de tes exploits, tu l'as déjà racontée mille fois celle-là. »
« Ce ne sont pas les miens, mais les tiens ! Et Elizabeth ne la connait pas… »
« Raymond, je te préviens… »
« Allez, Carole, j'ai envie de savoir ! » S'écria Lizzie.
« Non, j'en ai assez de vous laisser vous amuser à mes dépens. »
« Tu as perdu ton sens de l'humour, Grizman. »
« Je l'ai perdu le jour où un certain Raymond Reddington a décidé de faire des choses insensées, sans se préoccuper de savoir s'il survivrait à ses folies !... Qui était là pour recoller les pots cassés ? Bibi ! Je te remets maintenant entre les mains capables d'Elizabeth, qui me dégage de toute responsabilité. Liz ? »
« Oui ? »
« Il est à toi. Fais-en ce que tu veux. Ou ce que tu peux… J'espère que la paternité lui mettra du plomb dans la cervelle. »
« Non, surtout pas de plomb ! » S'écria Red. « J'ai bien l'intention de vivre centenaire et de combler tous les jours la femme de ma vie ! »
« Sans vouloir te faire offense, Red, on en reparle dans vingt ans… »
Il prit un air innocent.
« Il y a mille manières de satisfaire l'objet de ses désirs, Lizzie. Des fleurs, un somptueux dîner aux chandelles, des mains qui se frôlent et se caressent, toutes ces attentions charmantes qui mènent les amants au seuil de la félicité… Qu'est-ce que tu es allée imaginer ? »
« Tu as une très mauvaise influence sur moi. »
« Une très mauvaise influence, moi ? Ce n'est pas ce que tu as dit quand je t'ai… »
« Oh, pitié, allez terminer cette conversation dans votre chambre tous les deux ! »
Ils se mirent tous à rire. Quand ils se calmèrent, Grizman les regarda tour à tour, puis dévisagea Red avec un léger sourire.
« Tu sais tout le mal que je te souhaite… »
« Je sais. »
« Je suis heureuse pour vous deux, sincèrement... Surtout, surtout… »
« Oui ? »
« … Vous m'appelez si vous avez besoin d'une baby-sitter, hein ? »
Red la regarda avec tendresse.
« Je sais pourquoi je t'ai épousé… »
« Mon dieu ! Si j'avais su dans quoi je m'embarquais, jamais je n'aurai accepté. »
« Je te rappelle que c'est toi qui m'as traîné devant le pasteur ! »
« Moi ? Certainement pas ! C'est toi qui as dit… »
Et c'est reparti pour un tour, pensa Elizabeth avec un sourire indulgent en les regardant se chamailler. Jamais elle n'avait vu Red autant rire devant les remarques faussement acerbes de Grizman, qui ne ménageait pas le criminel, pourtant son aîné d'une dizaine d'années. Elle devinait que Carole avait dû endosser le rôle de la grande sœur à maintes reprises, une grande sœur que Reddington, en sale gosse insolent, se plaisait à pousser à bout…
« Vous êtes sûrs que vous voulez divorcer ? » Demanda Elizabeth.
Grizman se tenait les côtes avec une grimace et reprit son sérieux.
« Oh oui. Définitivement oui. »
Red lança un regard pétillant vers Lizzie.
« Ce divorce-là sera certainement plus festif que le premier. Connaissant Carole, ça devrait ressembler davantage à un enterrement de vie de garçon qu'à un passage pénible et ennuyeux devant le juge… »
« Que dirais-tu qu'on fasse venir des strip-teaseuses ?... » Avança la pilote.
« Autour d'un bon gueuleton… » Ajouta Red, les yeux brillants.
« … Et de l'alcool pour célébrer ça. » Termina Grizman.
Elizabeth ne put s'empêcher de rouler des yeux.
« Dommage que je ne puisse pas me joindre à vous… » Finit-elle par dire sarcastiquement.
« Et pourquoi pas ? On peut attendre que le bébé soit né… » Proposa Grizman.
« Oh, Seigneur… » La jeune femme secoua la tête, avant de se mettre à rire. « … Vous êtes dingues tous les deux. »
« Liz, tu veux un conseil avec cet énergumène à tes côtés ?… » Carole indiqua Reddington du menton. « … Il va t'en faire voir de toutes les couleurs, alors apprends à lâcher du lest de temps en temps. »
Red regarda Elizabeth avec un sourire indulgent.
« Je suis désolé par avance, Lizzie, mais je crains qu'elle ait raison. Je ne suis pas quelqu'un de facile à vivre. »
« Je sais, mais je t'aime aussi pour ça. »
Red prit la main d'Elizabeth dans la sienne et la porta à ses lèvres pour y déposer un léger baiser. Carole soupira.
« Maintenant, si vous aviez l'obligeance de me laisser me reposer ? » Elle fit un signe vers la porte. « … Je ne vous raccompagne pas… »
Le couple sortit en souriant. Red prit le bras de sa compagne.
« J'ai l'impression d'avoir assisté à une passation de pouvoirs. Je trouve que tu as accepté de bonne grâce le rôle de mère poule, non ? »
« Et toi, Monsieur "Ni Dieu, Ni Maître" ? Tu acceptes d'être chaperonné ? »
Ils se mirent à rire, pas dupes un instant des rôles de chacun, mais prêts à faire des concessions. Red marcha en silence quelques secondes, sérieux à nouveau.
« Lizzie, je vais devoir m'absenter pour quelques jours, une affaire urgente à régler à Londres. J'ai chargé Monsieur Kaplan de t'escorter à Washington. Tu y retrouveras Marvin qui a négocié ton retour auprès de tes anciens collègues. Tu verras aussi avec lui pour les arrangements matériels. Tu devrais être pas mal occupée en attendant que je revienne. »
« Que vas-tu faire à Londres ? »
« Enclencher un processus qui devrait me conduire à me retirer du circuit à terme. »
« Red, tu veux dire que ?... »
« Oui, Lizzie, mais je te préviens que cela prendra du temps. Avec la chute de la Cabale, avec la poursuite de notre collaboration avec le FBI, il reste maintenant des ennemis puissants qui ont su profiter du chaos. Certains, j'en fais mon affaire. D'autres seront plus difficiles, voire impossibles à manœuvrer… »
« Et ? »
« J'ai repoussé tant que j'ai pu mais il faut parfois former des alliances précieuses avec les ennemis de ses ennemis. Je ne te cache pas que je vais m'engager dans une partie difficile qui te semblera même… abjecte. Garde foi en moi. »
« Tu m'inquiètes, Red. »
« Je ne peux pas t'en dire plus. Je serai prudent, je te le promets. »
« Je ne peux pas t'aider ? »
« Tu as déjà une mission : mener à terme cette grossesse et veiller sur notre bébé. » Il l'embrassa doucement. « Dans le cas où il m'arriverait quelque chose, Dembé, M. Kaplan et Carole t'épauleront. Tu peux te reposer sur eux, ils te seront fidèles autant qu'ils le sont avec moi… »
« Mais je... »
Red la fit taire en l'embrassant à nouveau, cette fois de façon plus impérieuse, plus désespérée aussi. Elle répondit à ses baisers avec la même intensité et finit par le plaquer au mur. Il eut un petit rire ravi. Il aimait quand elle prenait l'initiative dans leurs étreintes et laissait s'exprimer sa passion.
« Viens… »
Lizzie s'était rendue compte qu'ils étaient arrivés devant la porte de leur chambre. Elle l'entraîna à l'intérieur et le déshabilla en pestant contre ses trop nombreux boutons...
Le lendemain matin de bonne heure, il s'envola vers l'Angleterre. Dembé ne l'accompagnait pas. Elizabeth eut un mauvais pressentiment.
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L'arrivée d'Elizabeth Keen au Bureau de Poste ne passa pas inaperçue. Avec une certaine appréhension, elle fut accueillie par Aram et Samar qui ne cachèrent pas leur joie, mais aussi leur surprise devant son ventre rond. Les deux agents échangèrent un regard rapide mais restèrent discrets, en ne lui demandant pas l'identité du père. Elle ne doutait pas que ce serait leur sujet de conversation dès qu'elle aurait tourné le dos.
Ressler fut nettement plus rigide. Sa ténacité à vouloir l'arrêter à tout prix, à vouloir faire les choses dans les règles, l'avait placé en porte-à-faux vis-à-vis d'elle. Même si elle comprenait sa démarche, Elizabeth ne lui avait pas pardonné son acharnement qui tournait à l'obsession. Red avait heureusement modifié la donne en livrant à l'agent zélé des informations et des preuves contre le Directeur, si bien que Ressler avait fini par comprendre malgré son entêtement. C'est du moins ce qu'elle en avait déduit quand ils s'étaient parlé longuement au téléphone… Mais c'était avant qu'il la voit, en chair et en os…
Le haut-le-corps involontaire de Ressler n'avait pas échappé à la jeune femme, qui savait l'attachement de son ancien partenaire à sa personne. A son froncement de sourcils, elle imagina ce qui devait lui passer par la tête à cet instant. Il était certainement loin de soupçonner Red. Comme tout le monde, il ignorait leur lien exact et penchait en faveur d'une pseudo-relation paternelle. Elle ne voulait absolument pas le disconvenir, ce n'était pas ses affaires de toute façon.
« Liz, ça fait du bien de te voir… » Commença Ressler avec gêne. « Mais c'est plutôt inattendu… »
« Un souvenir du Venezuela… »
« Oh ! Il faudra que tu nous racontes tes aventures là-bas un jour… Tu es heureuse ? »
« Très… »
« Alors, c'est bien, je suis content pour toi. »
« Fille ou garçon ? » Demanda Samar.
« Je ne veux pas savoir. »
« Et Monsieur Reddington, qu'est-ce qu'il en pense ? » Hasarda Aram, qui avait le don de mettre les pieds dans le plat sans s'en rendre compte.
« Ce qu'il en pense n'a aucune espèce d'importance, Aram. »
Cela mit fin au sujet, d'autant que Cooper venait les rejoindre. Malgré son sourire, il accueillit Liz avec une certaine raideur.
« Elizabeth, si vous voulez bien me suivre ? Nous avons quelques modalités à voir ensemble avant de commencer… »
Elle le suivit jusqu'à son bureau. Après avoir fermé la porte, il la pria de s'asseoir.
« Reddington a imposé des conditions bien précises, et je crains qu'au vu de votre état, il ait raison… »
« Je sais, Monsieur. En fait, je suis venue vous remettre ceci… » Elle tendit son badge. « … et mon arme de service. »
Cooper hocha la tête en les acceptant.
« Vous êtes désormais une simple consultante avec un accès permanent à ce site. Vous reprendrez votre bureau et vous nous aiderez sur le travail d'enquêtes préliminaire en faisant des recherches et en contactant les personnes concernées. Mais vous n'irez plus sur le terrain. »
« Monsieur… je suis aussi venue vous dire que je ne travaillerai plus pour le FBI, que tout ça, c'est terminé. Définitivement. »
Cooper l'observa un moment, perplexe.
« Je vois... Et Reddington ? Qu'est-ce qu'il en pense ? »
« Il devra se choisir un autre intermédiaire à qui parler. Samar pourrait parfaitement faire l'affaire. »
« Il n'est pas encore au courant de votre décision ? »
« Non. »
« Est-ce que cela remettra en cause son implication avec ce groupe ? »
« Je ne crois pas. Il tient à poursuivre sa collaboration, comme il l'a fait quand j'étais au Venezuela. »
Cooper la considéra en silence.
« Qu'allez-vous faire, Elizabeth ? »
« Je n'en sais encore rien. Me consacrer à ce bébé sera déjà une première étape. Ensuite, me trouver un travail… plus au calme. »
« Vous savez qu'il ne vous laissera pas tranquille ? »
« Je dois d'abord penser à moi et à mon enfant. »
« J'imagine que c'est une décision difficile. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, nous sommes là pour vous, d'accord ? »
« C'est gentil, merci. »
« Vous préférez que je leur annonce ou bien… ? »
« Non, je vais aller leur dire. C'est la moindre des choses. »
Elizabeth quitta le bureau de Cooper après lui avoir serré la main et descendit. Elle réunit Aram, Samar et Ressler. En silence, ils écoutèrent ses explications avec une certaine inquiétude. Finalement, avant de partir, Elizabeth prit Aram à part et lui demanda de faire quelque chose pour elle.
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La nouvelle tomba trois jours plus tard. Ce fut Dembé qui vint réveiller Elizabeth dès qu'il l'apprit. Raymond Reddington avait disparu. On avait retrouvé son Aston Martin accidentée sur une petite route déserte dans les Highlands, non loin d'Inverness. Des impacts de balles, ainsi que des traces de sang sur les coussins intérieurs – le sien – attestaient de la violence de l'attaque. Son corps avait ensuite été traîné, puis emporté par ses mystérieux agresseurs.
Immédiatement, Elizabeth voulut se rendre en Ecosse où Reddington avait tenu une réunion secrète de Shell Island, dans l'enceinte du Château de Cawdor. Arrivée sur place, elle ne put que constater ce qu'on lui avait rapporté.
Elizabeth refusait d'envisager le pire. Elle soupçonnait que Red avait été capturé vivant, puis emmené quelque part. L'aéroport d'Inverness était proche. N'importe qui aurait pu transférer le criminel dans une ville du Royaume Uni ou ailleurs en Europe.
Les hommes de M. Kaplan s'activaient pour le retrouver, mais bien vite, les seules pistes dont ils disposaient, s'avérèrent sans issues. Aucun des contacts de Reddington n'avait eu de ses nouvelles depuis la réunion, aucune personne n'avait eu vent d'une quelconque attaque. Tous les guetteurs en place firent chou blanc. Les caméras de l'aéroport ne révélèrent rien. Même en élargissant les recherches, au bout d'une semaine, il n'y avait toujours aucune nouvelle, aucune demande, ni aucune publicité. C'était comme si le criminel avait été enlevé par des fantômes. Au pays des châteaux hantés, c'était un comble.
Elizabeth tâchait de ne pas s'effondrer et gardait bonne figure comme tous ceux autour d'elle. M. Kaplan était inquiète, comme Dembé et Carole Clark. Liz s'accrochait à la conversation qu'elle avait eue avec Red la veille de son départ, et gardait foi en lui, comme il le lui avait demandé.
Prévenu immédiatement, le FBI avait fait jouer son réseau mais ne disposait pas davantage d'informations. Les sources dans le Milieu rapportaient toutes que le monde criminel n'était pas agité par la rumeur de la disparition de Reddington. Avec la notoriété du criminel, la plupart se serait enorgueilli d'avoir abattu le Concierge du Crime et aurait exhibé son cadavre en dansant dessus.
Se souvenant de Lennard Denton, Elizabeth craignit que des anciens associés de la Cabale moribonde aient réussi à mettre la main sur Red et l'aient fait disparaître. Il était sans doute détenu quelque part dans un trou, en attendant le moment favorable pour être tué après avoir été torturé. Consciente des enjeux, M. Kaplan surveillait étroitement toutes les entreprises du criminel, mais encore là, rien ne fut agité par des attaques externes.
Reddington s'était tout bonnement volatilisé. C'était incompréhensible.
Le temps passa, toujours sans nouvelles, toujours sans certitudes, avec cette angoisse de plus en plus insupportable. Contrainte au repos, Elizabeth était restée en Grande Bretagne et avait été obligée de s'allonger après de fausses contractions. A huit mois de grossesse, elle dormait peu et avait un appétit d'oiseau. Une sage-femme venait tous les jours la voir pour s'assurer que tout allait bien pour le bébé.
Finalement, à trois semaines de son terme, Elizabeth accoucha d'un petit garçon en bonne santé, qu'elle prénomma James. James Scott Keen, officiellement de père inconnu.
A peine deux semaines plus tard, ce fut d'une voix hésitante qu'Aram lui apprit la macabre découverte que des pêcheurs Danois avaient faite en remontant leurs filets en Mer du Nord.
Ressler et Navabi furent dépêchés sur place pour les constatations d'usage qui furent rapide. Le corps supposé de Reddington n'était pas identifiable, vu son état de décomposition avancée, mais l'ADN avait parlé de façon indiscutable. L'autopsie révéla que le criminel avait succombé à des blessures par balles et qu'il avait séjourné dans l'eau pendant six semaines, dérivant au gré des courants froids de la Mer du Nord.
Le FBI demanda le transfert du corps vers les Etats-Unis pour des recherches plus approfondies mais Reddington n'arriva jamais à destination. L'enquête sur sa disparition conclut que le cadavre avait été substitué par un autre avant son embarquement à l'aéroport d'Edinbourg. Le mystère demeura total. Au Bureau de Poste, les dossiers Reddington furent clos et archivés, et l'Unité spéciale fut ensuite officiellement démantelée. Malgré leurs divergences d'opinion, Harold Cooper convoqua une dernière fois Samar Navabi, Donald Ressler et Aram Mojtabai à lever un verre à la mémoire du criminel qui les avaient aidés durant les quatre dernières années et qui avaient marqué leurs vies de son empreinte.
Ils n'avaient qu'un seul regret : avec la mort de son propriétaire, la liste noire n'avait pas livré tous ses secrets.
A suivre…
Mais qu'est-ce qu'elle nous a fait là ? J'imagine que vous pestez contre moi et que vous vous posez des questions sur la mort de Red, et sur le devenir de Liz et de son fils. Encore un peu de patience et vous aurez les réponses dans le prochain et dernier chapitre de cette loooongue histoire…
N'hésitez pas à laisser un petit mot ou un commentaire, ça fait toujours plaisir. Merci d'avance…
