Chapitre 2 : Un allié inattendu
Ginny se mit à sourire, et prit la main de son mari.
- Merci Drago. Ce que tu dis me fait du bien.
Parce qu'il sentait qu'il était de trop – et aussi parce qu'il ne voulait pas se faire repérer – Harry sortit discrètement de la maison, la tête pleine de questions sans réponses.
Antony Prescott courrait à en perdre haleine.
Enfin ... le concernant, courir était un bien grand mot. Il donnait plus l'impression de sautiller sur place, ou de boiter. Peut-être était-ce dû à son ventre proéminent, à ses membres courts et potelés, ou que cela avait un lien mystérieux avec son double menton ... Respirant avec difficulté, faisant autant de bruit qu'une locomotive, l'employé du ministère de la magie se maudit pour ne pas s'être rendu dans une salle de sport pendant les vingt dernières années, tout en tentant en vain de reprendre son souffle. Puis, après quelques minutes adossé à un mur, il se remit à courir de sa drôle de démarche.
Cinq minutes plus tard, il débarquait en trombe dans le bureau de Kingsley Shacklebolt, Ministre de la magie.
- Monsieur ! Monsieur l'heure est grave ! cria-t-il d'une voix étranglée et essoufflée par la course.
Shacklebolt, qui jusqu'ici était extrêmement concentré sur un dossier compliqué, sursauta brusquement, ratura son parchemin et poussa un profond soupir d'exaspération. Lui qui aspirait à un peu de calme pour réfléchir ...
- Qu'y a-t-il Prescott ?
Il lui jeta d'abord un regard mortellement ennuyé, mais qui fut rapidement remplacé par un froncement de sourcils. Le petit homme grassouillet, habituellement si propre sur lui, était complètement transformé. Il avait maintenant les cheveux en pétard, les joues cramoisies par la course, et le regard complètement fou. Or, il ne l'avait jamais vu dans un tel état. Donc peut-être, effectivement, que l'heure était grave.
- E-Et bien, Monsieur, je suis désolé si je vous ai dérangé, m-mais j'ai jugé l'évènement assez important pour venir vous prévenir. J-je vous jure que j'ai bien fait mon travail, et que j'ai vérifié plusieurs fois que mes yeux ne me trompaient pas, parce que pour être honnête je ne m'y attendais pas du tout et que ... Oh, par Merlin je n'arrive pas à y croire ! Je ne sais même pas si nous devons nous réjouir ou nous inquiéter, mais cette nouvelle est tellement incroyable que si je n'avais pas vu la chose de mes propres yeux, je ne l'aurais probablement pas cru. Mais encore une fois je vous assure que je n'ai rien inventé, et ...
- STOOOOP ! l'interrompit Shaklebolt.
Prescott émit un léger glapissement qui lui cloua le clapet.
- Venez-en au fait, s'il vous plait, reprit le Ministre de la magie d'un air exaspéré.
L'homme prit une grande inspiration :
- Euh, oui je ... Hum ... C-comme vous le savez probablement, j-j'ai été promus à la direction du département des accidents et catastrophes magiques il y a un mois, e-et je ne viens pas pour me plaindre de mon travail, au contraire je suis très content de mon poste et ...
- Les faits, Prescott ! Les faits !
- A-ah oui, pardon, je ... les faits, donc ... Hum, comme vous le savez notre département surveille l'utilisation de toutes les baguettes magiques qui ont été recensées, pour être certain qu'elles sont utilisées dans les règles, ou que leur propriétaire ne lance pas de sort interdit et ...
- Oui, je suis au courant de tout cela ! l'interrompit le Ministre. Mais pourquoi diable venez-vous me parler de ce que je sais déjà ?!
Shackelbolt se prit la tête entre les mains. Antony Prescott et son débit de paroles constant avaient toujours eu le dont de lui donner mal au crâne, et de le faire sortir de ses gonds.
- C-c'est que je ne sais pas comment vous l'annoncer, Monsieur de Minsitre de la Magie ...
- De préférence en étant clair et précis, Prescott ! Ce que vous ne savez pas faire apparemment ...
L'homme grassouillet sembla se ratatiner à cette remarque, mais prit tout de fois son courage à deux mains, et se lança :
- D-dans l'après-midi, on nous a signalé qu'un sorcier avait lancé un stupéfix et deux expluso ... Deux sortilèges qui, vous le savez, ont été interdit à cause des derniers évènements ...
- Et alors ? Ce n'est pas la première fois que cela arrive ! Enclenchez la procédure habituelle, et retrouvez-moi ce hors-la-loi !
- M-mais Monsieur, ce n'est pas n'importe quelle personne qui a lancé ces deux sortilèges ...
- Ah oui ? Et qui est-ce ?
Prescott laissa planer un silence, sans doute pour donner plus d'importance à ce qu'il allait dire. Mais cela eut pour seul effet d'agacer un peu plus le Ministre. Au bout de quelques secondes, satisfait du suspense qu'il avait laissé planer, il dit en articulant soigneusement chaque mot :
- Monsieur le Ministre, le propriétaire de cette baguette est Monsieur Potter. Monsieur Harry James Potter.
Shacklebolt se figea, et regarda l'employé fixement pendant de longues secondes, les yeux exorbités et la bouche entrouverte. Ce n'était pas possible. Il devait avoir mal entendu. La gorge soudain très sèche, il déglutit difficilement et dit d'une voix mal assurée :
- V-vous pouvez répéter, Prescott ?
Harry ne savait plus quoi penser.
Le sorcier ruminait en silence, tout en marchand au hasard.
La nuit était tombée, et désormais de vieux lampadaires éclairaient son chemin. Il n'avait pas le moindre argent sur lui pour s'acheter de quoi manger, et à cette heure-ci la banque de Gringotts était forcément fermée, donc il n'avait pas non plus de quoi se payer une chambre d'hôtel. En fait, s'il était honnête avec lui-même, il n'avait même pas de quoi se payer un vieux lit miteux dans un grenier, ni même un simple carton pour pouvoir s'abriter ... Au bout de quelques minutes, il finit par se rendre à l'évidence : il n'avait pas d'autre choix que de dormir dans la rue, à la belle étoile. Poussant un profond soupir, il se dirigea vers le premier banc qui se présenta à lui, et retira son sac à dos qui allait lui servit d'oreiller de fortune. Puis il s'allongea sur le banc en bois, qui s'avéra au passage être encore plus inconfortable que ce qu'il avait imaginé.
Mais c'était toujours mieux que de dormir directement sur le sol...
Après une petite pensée pour ses amis, et pour ceux qui devaient dormir chaque soir sur un banc tel que le sien, il finit par fermer les yeux. La seule chose dont il avait besoin, c'était de calme et de tranquillité, afin d'avoir un peu de répit. Et si le quartier qu'il avait choisit semblait idéal pour cela, ses propres pensées, elles, ne le laissaient pas en paix malgré tous ses efforts. Il décida alors de faire le point.
Pour être honnête, ce n'était pas ainsi qu'il avait imaginé ses retrouvailles avec ses amis. Il pensait qu'en les retrouvant après tout ce temps, il pourrait enfin revenir dans sa famille d'adoption, qu'il allait de nouveau se sentir aimé, à sa place, parmi les siens. Pour leurs retrouvailles, il les avait imaginé tantôt joyeux, surpris ou en colère. Il s'était vu rentrer au Terrier, goûter à la cuisine de Molly et dégnomer le jardin. Comme si les sept dernières années n'avaient jamais existé, comme si sa vie était comme elle aurait toujours dû être : simple, et heureuse.
Mais au lieu de cela il se retrouvait seul. Rejeté.
Etrangement, cette situation lui rappelait son enfance douloureuse chez son oncle Vernon et sa tante Pétunia, dans une famille qui ne voulait pas de lui et qui ne l'avait jamais aimé. Il se revoyait encore, âgé d'à peine sept ans, venir demander un peu d'affection à sa tante, et ne recevoir en retour qu'un simple "va faire la vaisselle, petit insolent !", tandis que son cousin Dudley pouvait avoir tout ce qu'il voulait.
Bien entendu, aujourd'hui la situation était différente, n'est-ce pas ? Ils ne l'avaient pas reconnu, c'est tout. Après tout, ce n'était peut-être qu'un simple malentendu ? Peut-être y avait-il une explication logique et rationnelle ? Peut-être qu'ils ne voulaient pas le rejeter, en fin de compte ... S'ils n'avaient pas voulu de lui, ils le lui auraient dit droit dans les yeux, au lieu de choisir de l'ignorer ... Pourtant, bien malgré lui, une part d'Harry ne pouvait s'empêcher de se sentir blessée, abandonnée par les siens.
Même si son cerveau essayait de le raisonner, son cœur, lui, se serrait douloureusement à chaque fois qu'il y repensait.
Il ressassait les évènements de la journée, et finit par revenir sur un ... détail ... qui l'avait marqué.
Que devait-il penser du mariage de Ron et Hermione ?
Evidemment, il aurait dû être heureux pour eux. Cela lui avait toujours semblé évident que ses deux meilleurs amis étaient faits l'un pour l'autre. Il pensait qu'il avait finit par l'accepter, au cours de ces sept dernières années. Qu'il avait réussit à oublier, à tourner la page. Mais dans ce cas, comment expliquer sa réaction devant leur photo de mariage ? Comment expliquer ce poids qui écrasait sa poitrine, maintenant qu'il savait qu'Hermione était heureuse, quelque part, et qu'il n'en était pas la raison ? Comment expliquer cette pointe de jalousie envers Ron, si ce n'était pas parce qu'il n'avait jamais réussit à oublier Hermione ?
Stop. Il devait arrêter de penser à tout cela. Il se faisait du mal inutilement.
Il se força alors à vider son esprit, à chasser l'image d'Hermione de sa tête, et à trouver le sommeil, malgré le froid qui commençait peu à peu à l'atteindre.
Même sous ses paupières, il pouvait encore percevoir la lumière du lampadaire juste en face de lui. Peu à peu, sa respiration finit par se calmer, son esprit devint plus lent, et la lumière se fit de plus en plus forte, de plus en plus blanche, de plus en plus intense. Il eut alors une étrange sensation de déjà vu, et se sentit lentement sombrer, comme si le banc se dérobait sous lui ... Il avait l'impression de tomber, encore et encore ... Jusqu'à ce qu'il touche à nouveau le sol.
Harry ouvrit difficilement les yeux, aveuglé par la lumière d'un blanc irréel qui éclairait les alentours.
Un peu perdu, ne comprenant pas ce qu'il se passait, il réalisa alors qu'il était allongé à même le sol, et qu'il se trouvait dans une gare. Il se releva péniblement. Puis soudain, il comprit.
Il était à King's Cross.
Mais comment était-il arrivé là ?
Et pourquoi tout est aussi blanc ? se demanda-t-il. Pourquoi n'y a-t-il pas de voyageurs ?
C'est alors qu'il entendit un léger gémissement, comme une plainte, qui provenait ... d'en dessous de lui. Pourtant il avait beau regarder partout autour de lui, il n'y avait rien. Il n'y avait que du blanc, et la gare était déserte. Une nouvelle plainte le fit comprendre que ce qu'il cherchait ne se trouvait pas autour de lui, mais en réalité ... sous le banc à côté de lui. Harry se baissa, un peu méfiant, et ce qu'il découvrit la dessous lui donna la nausée.
On aurait dit un petit enfant complètement nu, au dos courbé et à la peau rugueuse. Il semblait extrêmement faible, et avait la peau sur les os, à tel point que l'ont pouvait compter chacune de ses côtes. Ses yeux noirs semblaient vous transpercer de part en part, ce qui mit Harry très mal à l'aise. Mais le plus dérangeant, ce n'étaient ni ses yeux, ni sa peau, mais son visage, qui ressemblait trait pour trait à celui de Voldemort.
Brusquement, Harry eut une étrange sensation de déjà vu. Il était persuadé, au plus profond de lui même, d'avoir déjà vécu cette scène. Chaque détail, chaque instant lui était familier, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus ...
- Tu ne peux pas l'aider, Harry.
Le sorcier se retourna brusquement. Devant lui, alors qu'il y a une fraction de seconde il était parfaitement seul, se tenait à présent Albus Dumbledore. Il était exactement comme dans son souvenir, avec sa longue barbe blanche et ses lunettes en demi-lune. Son regard se tourna à nouveau vers la créature.
- Professeur, quelle est cette ... chose ?
- Cette chose, comme tu le dis, est une part de Voldemort envoyée ici pour mourir.
Harry avait une centaine de questions qui lui brûlaient les lèvres, et il ne savait pas par laquelle commencer.
- Et où sommes-nous exactement ? finit-il par demander
- Ca, mon garçon, c'est à toi de me le dire ...
- Et bien ... on dirait la gare de King's Cross, mais en plus propre. Et sans tous les trains ni les passagers.
- Oh, King's Cross, vraiment ? C'est ce que tu vois ? Après tout pourquoi pas, c'est à toi de décider ...
Ils se mirent alors à marcher le long des quais, dans le silence le plus total. Cette situation lui semblait complètement irréelle, comme s'il se trouvait dans un monde à part. C'est alors qu'une idée lui traversa l'esprit.
- Professeur, est-ce que ... est-ce que je suis ... mort ? Je veux dire, est-ce que nous sommes dans l'au-delà ?
Dumbledore s'arrêta brusquement, faisant piler le jeune sorcier qui faillit le percuter. Puis le professeur le regarda avec un air à la fois mystérieux et complice.
- Ce qui est sûr, c'est que tu es bel et bien mort, Harry. Mais tu n'es pas dans l'au-delà. Ou du moins, pas encore.
- Comment ça, "pas encore" ?
Cette fois-ci, Harry était complètement perdu. Mais étrangement, Dumbledore devait trouver la situation amusante, puisqu'un léger sourire étirait ses lèvres.
- Comme tu l'as sûrement comprit, dit le vieux sorcier, la part de Voldemort qui vivait en toi viens d'être détruite il y a quelques secondes, par nulle autre que Voldemort lui-même.
- Alors c'est vrai ? J'étais l'horcruxe que Voldemort n'avait pas l'intention de créer ?
- Exactement, Harry. Exactement.
Un silence plana entre eux.
- Et maintenant ? Qu'est-ce que je dois faire ? Est-ce que je dois y retourner ? Il reste encore le serpent à tuer, et ...
- C'est à toi de décider, mon garçon, l'interrompit l'ancien directeur.
- Vous voulez dire ... que j'ai le choix ? s'étonna Harry avec sarcasme. C'est assez inhabituel. D'habitude je me contente plutôt de subir les évènements ...
- Et pourtant c'est bien le cas, dit Dumbledore sans relever la pique. Comme je te l'ai dit, tu es mort mais tu n'es pas encore dans l'au-delà. Par conséquent rien ne t'empêche de retourner parmi les vivants.
- Mais pourquoi ? Comment est-ce possible ? J'ai reçu un Avada Kedavra volontairement et personne ne peut y survivre ...
- Certes, certes. Mais même la plus puissante des baguettes ne pourrait pas s'attaquer à son propre maître ... Tu vois où je veux en venir ?
Harry sentit son esprit bouillonner, à la recherche d'une réponse. Soudain, l'évidence le percuta de plein fouet.
- Voldemort a tué Sirius, parce qu'il pensait qu'il était le propriétaire de la baguette de sureau, dit-il. Mais en fait, ce n'était pas lui le propriétaire. C'était Drago. C'est lui qui vous a désarmé dans la tour d'astronomie l'année dernière.
- Parfaitement. Continues.
- Mais ensuite, j'ai moi-même désarmé Drago au manoir des Malefoy ... Donc cela signifie ... Cela signifie que j'en suis le propriétaire !
Le vieux professeur le regardait avec un air plein de tendresse, presque de fierté tandis qu'Harry poursuivait son raisonnement.
- Mais étant donné que je suis, ou plutôt que j'étais un horcruxe, mon corps était habité non seulement par mon âme, mais aussi par un fragment de celle de Voldemort. Donc la baguette de sureau a eut une sorte de dilemme : d'un côté, elle ne pouvait pas me tuer, et de l'autre, elle devait tuer la part de Voldemort qui vivait en moi.
- Tout à fait. Et c'est pour cela que tu es mort, dû au fait que tu sois un horcruxe, mais sans l'être encore réellement.
- Et c'est aussi pour cela que je peux faire demi-tour ? Je vais retrouver mes amis ?
- Si c'est ce que tu souhaites ... Parce que c'est ce que tu souhaites, n'est-ce pas ? l'interrogea Dumbledore.
- Euh ... et bien ...
Harry était perplexe. Bien sûr qu'il voulait retrouver ses amis. Et il savait que la bataille n'était pas encore terminée ... Mais malgré cela, pendant un fraction de seconde il eut presque envie de rester là, et de mourir pour de bon. Il en avait assez de se battre, assez de devoir suivre la ligne qu'on lui avait tracée à sa naissance. Assez de devoir causer du tors à ses proches, de les voir mourir et souffrir par sa faute. Il en avait assez d'avoir tout ce poids et tous ces morts sur sa conscience. Alors peut-être qu'on fond, c'était ça la solution. Mourir. Et voir ce qu'il y avait après. Parce qu'il y avait forcément un après, n'est-ce pas ? N'avait-il pas vu ses parents, Sirius et Remus à l'aide de la pierre de résurrection ? S'il avait put les voir, cela signifiait forcément qu'il étaient encore là, quelque part à l'attendre. Qu'ils n'était jamais vraiment partis. S'il mourrait, il pourrait enfin revoir ses parents, passer du temps avec eux et les serrer dans ses bras. Rire au blagues de Sirius, parler pendant des heures avec Remus et Tonks ...
- Je ... Professeur, je ne sais pas quoi faire ... avoua-t-il
Il eut un sourire mystérieux pour seule réponse. Cette fois-ci, Dumbledore ne l'aiderait pas. Il ne lui disait pas quoi faire.
- Harry ! Harry ! cria une voix
En entendant ce cri, le jeune sorcier sentit son cœur exploser de bonheur. Une vague de joie le traversa de part en part. Cette voix, il l'aurait reconnue entre mille.
- Hermione ?! Hermione, ou es-tu ?!
Mais il ne la voyait nulle part. Il n'y avait que lui, Dumbledore et cette lumière blanche. Et, à nouveau, Harry eut une puissance sensation de déjà vu. Il ne savait pas pourquoi, il ne savait pas comment, mais il avait déjà vécu cette scène.
- Professeur ! Dites-moi où elle est ! Ou est Hermione ? Pourquoi est-ce que je ne peux pas la voir ?
- Si tu ne la voit pas, c'est parce que, contrairement à toi, elle est encore en vie.
Hermione était en vie, et elle le cherchait. Elle l'appelait depuis l'autre côté, et sa voix où l'on entendait le désespoir touchait Harry en plein cœur. Il sut alors immédiatement quel était son choix. Il sut que, malgré sa fatigue, malgré son découragement, il fallait qu'il rentre. Il fallait qu'il voit Hermione, qu'il la serre dans ses bras jusqu'à en avoir mal, il fallait qu'il lui parle ... Il fallait qu'elle sache ce qu'il n'avait comprit que bien trop tard. Il fallait qu'elle sache qu'il l'aimait comme un fou, même s'il n'était pas sûr qu'elle ressente la même chose que lui il fallait au moins qu'il le lui dise.
Parce que même s'il avait envie de tout arrêter, et de rejoindre ses parents dans l'autre monde, cela n'avait aucun sens si Hermione n'était pas là.
- Harry ! Harry ou es-tu ? Je sais que tu es là ! criait la voix d'Hermione
- Professeur, comment puis-je y retourner ? Dites-moi comment faire, je vous en prie ! s'exclama le survivant
Contrairement à lui, Dumbledore était parfaitement calme. Il lui répondit d'une voix douce, en articulant chaque mot :
- Et bien, nous sommes à King's Cross disais-tu. Je pense que si tu le souhaitais, tu pourrais ... monter dans un train ?
Harry observa bien son professeur, ainsi que le ton qu'il avait employé.
- J'ai l'impression que mon choix ne vous plait pas, professeur ... avoua-t-il
Il l'avait sentit tout de suite. Il y avait quelque chose dans sa voix, une petite nuance qui lui disait qu'il y avait un détail que le vieux sorcier lui cachait. Quelque chose le tracassait. Et effectivement, Dumbledore poussa un profond soupir, et afficha un air contrarié.
- Je voudrais simplement te mettre en garde, Harry. Il n'est pas bon de modifier l'ordre naturel des choses.
- Que voulez-vous dire ?
- Comme tu le sais, c'est toujours le printemps qui suit l'hiver, et pas l'inverse. Tout comme ce sont toujours les prédateurs qui chassent les proies. Comprends-tu ce que je veux dire ?
- Pas vraiment, pour être honnête, avoua Harry avec un froncement de sourcils.
- La vie est une chose précieuse, mon garçon, dit Dumbledore après un silence. Et quoi que l'on fasse, c'est toujours la mort qui lui succède, et non l'inverse. Tu dois prendre garde à la direction que tu choisis, et être prêt à en accepter les conséquences …
- Quelles conséquences ? De quoi parlez-vous ?
- Je ne le sais pas moi-même, avoua le professeur dans un rire. Ce n'est ... qu'une impression.
Mais malgré cela, le survivant n'avait pas changé d'avis. Il fallait qu'il revoit Hermione. Il fallait qu'elle sache ce qu'il ressentait, et n'avait jamais put lui avouer jusqu'ici. On lui offrait une seconde chance, et il avait l'intention de la saisir. Mais il y avait toujours un point qui lui posait problème ...
- Monsieur, depuis tout à l'heure, j'ai comme l'impression ... en fait, c'est comme si ... comme si j'avais déjà vécu tout ça.
- Mais parce que ce n'est pas qu'une simple impression, Harry. Depuis tout à l'heure, tu penses te trouver à King's Cross, alors qu'en réalité tu n'as jamais quitté ce banc en bois sur lequel tu t'es endormi ...
Le sorcier à lunettes eut comme un choc. Une révélation.
- Je suis en train de rêver, c'est cela ?
Puis il ajouta, sur un ton de surprise, comme s'il réalisait les choses en même temps qu'il parlait.
- Professeur, je suis en train de rêver, et je fais le même rêve depuis sept ans ... Donc cela veut dire que depuis le départ, tout cela n'est pas réel, que cela se passe dans ma tête, n'est-ce pas ?
- Bien sûr que cela se passe dans ta tête Harry, mais pourquoi diable est-ce que ce ne serait pas réel ?
Soudain, Harry se sentit comme tiré en arrière, aspiré dans un tunnel de plus en plus sombre, et de plus en plus profond. Des sifflements de train résonnèrent dans ses oreilles, lui donnant le tournis et martelant son crâne. Puis peu à peu, l'obscurité fut remplacée par une douce lumière, et le tunnel sans fond redevint solide. Il commença à sentir une douce chaleur sur sa peau, et lorsqu'il ouvrit les yeux, le sorcier comprit que c'était le soleil qui lui donnait cette sensation. Il tenta tant bien que mal de s'habituer à cette nouvelle lumière, tandis que les bribes de son rêve étrange lui revenaient pas vague.
Se redressant sur son banc en bois, il se prit la tête entre les mains. Une fois encore, ses souvenirs avaient refait surface dans un de ses rêves. C'était presque lassant, à force, de vivre sans arrêt la même chose.
Harry se releva, s'étira, et chassa ces pensées de son esprit. Il n'avait pas le temps de se préoccuper du passé. Ce qui comptait, c'était ce qu'il allait faire maintenant. Et il savait pertinemment qu'il n'avait qu'une seule solution : aller sur le chemin de traverse, et se rendre à Gringotts.
Le ministre de la magie avait très peu dormi cette nuit.
Il n'avait cessé d'étudier la situation dans tous les sens, sans pour autant savoir quoi faire. L'activation de la baguette d'Harry sur le sol Anglais était plus qu'une simple nouvelle, c'était une bombe à retardement. C'était peut-être une erreur, tout simplement, mais dans tous les cas cette information ne devait pas être prise à la légère. Même si après tout, rien ne prouvait que ce n'était pas un autre sorcier qui avait finit par trouver la baguette de Potter, et qui l'utilisait à sa place sans en être le propriétaire ... Mais s'il n'en était pas le propriétaire, cela signifiait encore et toujours que Potter était vivant, quelque part, ce qui était ... impossible, tout simplement. Même si, il devait bien se l'avouer, le jeune Potter avait toujours eu le don de l'étonner, et de son vivant il avait la réputation de se mettre dans des situations toujours plus improbables ...
Harry avait toujours représenté l'espoir de la communauté sorcière, et Merlin savait à quel point ils en avaient besoin, surtout en ce moment.
Il ne pouvait donc pas se permette d'annoncer son retour sans être absolument certain de son information.
D'ailleurs, il avait fait jurer à Prescott de n'en parler à personne sans son autorisation, à l'aide d'un serment inviolable. Shaklebolt n'aimait pas ce genre de méthode, mais ce cas précis c'était plus que nécessaire.
Il était encore plongé dans ses pensées, quand sa secrétaire fit irruption dans son bureau.
- Monsieur le Ministre, Mrs Weasley est arrivée.
- Agatha, pour sa centième fois appelez-moi Granger, pas Weasley.
- Oh, excusez-moi Mrs Granger, répondit la secrétaire.
Shacklebolt se releva, et accueillit son invitée.
- Hermione ! C'est toujours un plaisir de te voir.
- Pour moi aussi, Monsieur, répondit la sorcière de son plus beau sourire.
Il lui indiqua un vieux siège en cuir dans un coin de la pièce, et leur servit une tasse de thé chacun. Il attendit ensuite qu'elle porte la tasse à ses lèvres, et une fois qu'elle en eut but une gorgée, il se mit à parler.
- Alors, dis-moi tout. Que penses-tu de ton travail au ministère ? Tout se passe bien ?
La jeune femme eut une expression de surprise face à ces questions, mais répondit néanmoins :
- Et bien le département de la justice magique est assez exigeant, et ce poste me demande beaucoup de travail, mais ca ne m'a jamais fait peur. Je fais de mon mieux, et ça me plait beaucoup. C'est très stimulant.
- Tant mieux dans ce cas. On m'a rapporté beaucoup de choses à ton sujet. Que des compliments bien entendu, à propos de ton sérieux et de ton implication. Je suis persuadé que si tu le souhaitais, tu pourrais même me prendre ma place ... ajouta-t-il avec un clin d'œil.
Hermione se mit à rire doucement, mais ne nia pas non plus sa dernière remarque. Ce qui confirma à Shaklebolt que cette femme était décidément très ambitieuse, et que vu son intelligence elle avait mille fois raison.
Un léger silence plana. Le ministre ne savait pas comment aborder le sujet qui lui tenait à cœur sans paraître louche, ou indiscret.
- Et hum, comment va Monsieur Weasley ? Tout se passe bien ? demanda-t-il pour combler le vide.
La sorcière sembla soudain se braquer, et fronça les sourcils.
- Il va bien, merci, dit-elle d'un ton sec. Mais je pense que ma vie privée ne vous concerne pas, d'autant plus qu'elle ne vous a jamais intéressée jusqu'ici. Et si vous alliez droit au but plutôt ? Pourquoi m'avez-vous convoquée ?
Le ministre prit une grande inspiration. Elle avait été très franche, et d'une certaine façon cela lui facilitait les choses.
- Je voulais te poser des questions ce qu'il s'était passé il y a sept ans, quand tu a cherché le corps d'Harry Potter.
A ce simple nom, le visage d'Hermione se ferma un peu plus. Pendant un court instant, il put voir l'immense tristesse qui l'habitait toujours, et s'en voulu d'aborder ce sujet qui était devenu presque tabou pour elle. Mais Shaklebolt n'avait pas le choix, il fallait qu'il sache. Hermione but une nouvelle gorgée de thé pour se donner du courage, et dit d'une voix nouée :
- Je vous ai déjà tout raconté, alors pourquoi me demander cela après tout ce temps ?
- J'ai décidé de rouvrir certains dossiers concernant cette époque, et j'aimerais simplement savoir si tu voulais modifier ta déclaration, ou y ajouter des détails dont tu n'avais pas osé parler à l'époque, mentit le ministre.
Hermione ferma lentement les yeux. Il pouvait deviner les souvenirs qui devaient s'imprimer sur ses paupières en ce moment même, qu'ils soient bons au mauvais.
- Je ne modifie pas ce que j'ai dit. Lorsque Vodemort a annoncé qu'il avait laissé son ... son corps dans la forêt, j'ai préféré aller vérifier les choses par moi-même dès que j'en ai eut l'occasion. Je voulais le voir de mes propres yeux, c'était important pour moi vous comprenez ...
Il hocha lentement la tête, attendant qu'elle continue.
- Au fond de moi, j'étais persuadée que j'allais simplement le retrouver, et qu'il était encore en vie à m'attendre. Je sais parfaitement que c'était stupide, après tout personne ne survit à un Avada kedavra ... Mais peu importe. Quand je suis arrivée dans la forêt, je l'ai cherché pendant ... en fait, je ne sais même pas combien de temps je l'ai cherché, mais en tout cas je n'ai jamais retrouvé son corps. Tout ce que j'ai put récupérer, c'est le vif d'or qu'il avait attrapé en première année, pendant son premier match de Quidditch.
- Tu as récupéré le vif d'or ? Mais pourquoi tu ne l'as jamais dit ?
- Je ne sais pas ... c'est un détail assez personnel, et si je tenais simplement à le garder pour moi, avoua la jeune femme. Pourquoi ? C'est important ?
Shaklebolt plissa légèrement les yeux, perdu dans ses pensées, et ne répondit pas à sa question.
- Et à propos de la baguette de monsieur Potter ? Qu'est-ce qu'elle est devenue ?
Hermione le regarda avec surprise, puis se mit à réfléchir à toute vitesse.
- Je ... je crois qu'il l'avait avec lui en allant se livrer à Voldemort. Bien sûr, elle était cassée, mais il y tenait tellement qu'il la gardait toujours avec lui, même pour dormir.
- Elle était cassée ? Vous en êtes sûre ?
- Absolument sûre. Mais pourquoi voulez-vous le savoir ?
- Oh pour rien, ce n'est pas grave, c'est simplement une question comme une autre.
Ils parlèrent encore un peu, abordant cette fois-ci les affaires en cours au ministère, ce qui lui permis de faire un peu diversion. Puis il congédia Hermione, qui lui lança tout de même un regard intrigué, et se il retrouva seul dans son bureau. Il ne fallu que quelques instants pour que Prescott n'entre dans la pièce par une porte latérale. Evidemment, il avait écouté toute la conversation.
- Nous n'avons pas apprit grand-chose, dit l'homme grassouillet avec dépit. Mais pourquoi l'avoir conviée elle, plutôt qu'un autre ?
- Parce que Mrs Granger-Weasley est la seule qui ne se trouvait pas sur le champ de bataille, et qui se soit rendue dans la forêt interdite où le corps d'Harry a été perdu, elle pouvait donc nous donner des informations que personne d'autre ne connaissait. Mais détrompez-vous Prescott, nous avons apprit quelque chose : la baguette de Mr Potter était sensée être cassée, et à moins d'avoir une énorme puissance magique, il est quasiment impossible de la réparer.
- Peut-être a-t-elle mentit, tout simplement.
- Impossible. J'ai mit du veritaserum dans le thé.
Prescott ne s'en étonna même pas.
- Dans ce cas ... si sa baguette est cassé, c'est que cette alerte est forcément une erreur, n'est-ce pas Monsieur le ministre ?
- Je n'en sais rien. C'est peut-être un imposteur qui a trouvé un moyen de détourner notre système de surveillance, ou bien il s'agit réellement de Mr Potter revenu d'entre les morts ... Ce qui m'étonnerait, pour être honnête. Mais dans tous les cas, nous devons à tout prix retrouver le propriétaire de cette baguette. Je veux que vos meilleurs hommes soient sur le coup, Prescott.
- Bien, Monsieur le ministre.
Sur ce, l'employé disparu par la même porte où il était entré, et Shaklebolt se retrouva seul dans son bureau, sentant bien malgré lui qu'il se lançait dans quelque chose qui le dépassait complètement.
Harry marchait dans les rues de Londres en direction du chemin de traverse.
Rien qu'à l'idée d'y retourner, une énergie nouvelle semblait s'être emparé de lui. C'était exactement comme lors de ses onze ans, lorsqu'il venait tout juste de découvrir la magie. C'était une sorte de frénésie, l'émerveillement du premier jour. Son cœur battait fort, il avait un sourire immense, et des étoiles dans les yeux. Tout, absolument tout lui semblait merveilleux, et rien n'aurait put lui enlever sa bonne humeur.
Comme il l'avait fait le tout premier jour avec Hagrid, il prit la direction du Chaudron Baveur. Si ses souvenirs étaient corrects, il se trouvait entre une boutique de disques et une librairie, sur Charing Cross Road. Il lui fallu plusieurs longues minutes pour y parvenir, et il tourna en rond pendant un bon moment, mais il finit cependant par trouver son chemin.
Lorsqu'il passa enfin la porte du vieux pub, une vague de souvenirs l'assaillit brusquement. Absolument rien n'avait changé, que ce soit la position des tables, du bar, ou l'air méfiant et renfermé des clients plus louches les uns que les autres. Se faisant aussi discret que possible, il traversa la salle et se rendit à l'arrière du pub, dans la petite court. Une fois dehors il n'aurait plus qu'à taper sur les bonnes briques et ...
- Oh ! s'exclama-t-il
Harry se figea instantanément.
Il était sous le choc.
Il devait halluciner.
Oui, c'était ça. Il hallucinait.
C'était tout simplement impossible.
Devant lui, là où il y a sept ans se tenait le mur du chemin de traverse ... il n'y avait plus rien. Le mur était à moitié détruit, et seulement quelques briques noircies jonchaient le sol. On pouvait presque sentir encore toute la violence qui avait été déchaînée contre ce mur pour ouvrir le passage. Quelqu'un avait dû le briser. Il ne savait pas pourquoi, il ne savait pas comment, mais les faits étaient là. Il en avait presque le ventre noué.
Le sorcier se munit de sa baguette, et avança parmi les gravas, tous ses sens en éveil.
Quand il entra finalement dans le chemin de traverse, il eut un choc pour la seconde fois.
La rue était complètement transformée.
Beaucoup de boutiques étaient abandonnées, avaient des carreaux cassés et crasseux, ou des portes défoncées. En avançant dans la rue, Harry put voir que certaines d'entre elles étaient brûlées, comme si un incendie les avaient ravagées. Tout était sale, gris, poussiéreux, dans un pire état que lors du règne de Voldemort. La rue était désertée, et les rares passants qui l'empruntaient évitaient soigneusement son regard, et cachaient leur visage sous un manteau ou un capuchon. Désormais, cet endroit transpirait la peur, comme si une menace invisible planait dans les airs.
Il avança prudemment, se faisant le plus discret possible, la main tellement crispée sur sa baguette qu'il en avait mal. Soudain, son regard s'arrêta sur un détail. Un détail qui le perturba énormément ...
Sur le mur d'une des boutiques, bien visible pour l'ensemble de la rue, il y avait un tag.
La première chose qui l'étonna, c'était que les sorciers ne taguaient pas. Il ne les avait jamais vu faire, et se demandait même s'ils savaient ce que c'était ! Mais la deuxième chose, c'était ce que disait le tag en lui-même ... écrit en lettre rouges, comme des lettres de sang, le message disait "Mort aux Sorciers !". Plusieurs autres, un peu plus loin, disaient "Tous au bûcher", ou encore "L'ennemi, c'est la sorcellerie".
Par Merlin, mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? Qui a écrit ça ? Qui a ouvert le passage ? Et pourquoi ? Qui voudrait ... nous tuer ?!
Harry ne savait plus quoi penser. Il lui fallait des réponses, mais la rue était désespérément vide. C'est alors qu'il aperçu un visage dans l'une des boutiques. Ce fut très bref, puisque la personne en question s'était cachée dès qu'elle avait croisé son regard. Il resta planté là quelques secondes, puis finit par se décider. S'approchant de la boutique, il tenta d'ouvrir la porte. Voyant qu'elle était fermée, il jeta un discret Alohomora, ce qui la déverrouilla dans un claquement sec. Puis, la main crispée sur sa baguette, il pénétra dans la boutique.
- Ohé ! Il y a quelqu'un ? cria-t-il
Mais seul le silence lui répondit. Pourtant il était persuadé d'avoir aperçu ...
- V-vous êtes un sorcier ? demanda une voix d'homme.
Harry s'étonna de cette question, mais répondit tout de même.
- Oui, évidemment que je suis un sorcier. Pas vous ?
- Prouvez-le.
- Quoi ?
- Prouvez-moi que vous êtes bien ce que vous prétendez être, ordonna l'homme dont il ne voyait toujours pas le visage.
Alors Harry s'exécuta, et murmura un lumos maxima, ce qui lui permis de constater pendant quelques secondes que la boutique était dans un état plus que pitoyable. Un peu partout, on pouvait voir de vieux livres poussiéreux, des toiles d'araignées et des meubles renversés et cassés. Ici aussi, il avait le sentiment que l'on s'était battu. C'est alors que l'homme sortit doucement de l'ombre. C'était un vieillard courbé, qui semblait assez inoffensif.
- Que venez-vous faire ici ? Qu'est-ce que vous me voulez ? lui demanda-t-il
- Je vous ai aperçu dans votre boutique, répondit le sorcier d'un ton calme. Or il se trouve que vous semblez être le seul être vivant dans le coin, et que j'ai besoin de réponses.
- Je vous écoute ... fit l'homme avec méfiance.
- Pour commencer, j'aimerai savoir ce qu'il s'est passé ici. Pourquoi le chemin de traverse est-il dans un tel état ?
L'inconnu fit des yeux ronds, comme si le survivant venait de dire une énorme bêtise.
- Vous ... vous n'êtes pas au courant ?
- Au courant de quoi ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
L'homme regarda autour de lui, comme par peur d'être observé ou entendu. Puis il s'approcha d'Harry, se pencha ver lui et murmura :
- C'est à cause de la Grande Purge ... Les ... les moldus nous on attaqués par surprise. Le bruit court que quelqu'un les a laissé entrer en détruisant le mur ...
- Les moldus ?! Vous en êtes sûr ? s'étonna Harry. Mais comment ...
Il vit alors le visage de l'homme afficher une terreur sans nom.
- Q-qui êtes-vous ? Que me v-voulez-vous ? bredouilla le vieillard.
Harry se retourna, et se retrouva face à face avec une silhouette sombre, entièrement couverte sous un capuchon, et dont on ne distinguait pas le visage. Presque par réflexe, il pointa sa baguette vers l'inconnu.
- Je ne vous veux aucun mal, dit la silhouette.
A sa voix, il en déduisit que c'était une femme. Harry se demandait pourquoi elle ne les attaquait pas avec la baguette qu'elle avait dans la main. D'ailleurs, elle ne la pointait même pas vers eux, comme si ce n'était qu'un vulgaire morceau de bois.
- Dans ce cas pourquoi êtes-vous là ? demanda-t-il
La femme pointa un doigt vers lui.
- Je suis là pour vous. Le ministère vous recherche, et si jamais il vous trouve, je ne donne pas cher de votre peau.
- Le ministère ? Mais pourquoi ? Je n'ai rien fait ...
Harry remarqua alors que le vieillard le regardait d'une autre façon, un peu comme s'il avait à faire à un criminel.
- Et pourquoi devrai-je vous croire ? demanda le survivant à la femme
Pour seule réponse, elle lui indiqua l'extérieur de la boutique. Au fond de la rue, cinq membres du ministère, baguette à la main, inspectaient chaque bâtiment. Et rien qu'à leur air féroce et à leur méthode ... brutale, Harry se dit qu'il n'avait pas du tout envie de les rejoindre ...
De son côté, la femme à la capuche attendait qu'il se décide. Elle commençait d'ailleurs à s'impatienter.
- Alors ? Qu'est-ce que vous choisissez ?
Harry ne savait pas. Cette femme, il ne la connaissait pas, et il n'avait même pas vu son visage. De l'autre côté, il y avait ces membres du ministère qui semblaient vouloir sa peau, et qui se rapprochaient d'eux à chaque seconde. Brusquement, la femme lui tendit la main, et lui dit d'une voix calme :
- Est-ce que vous me faites confiance ?
Harry regarda sa nouvelle "alliée".
- Absolument pas, répondit-il en toute honnêteté.
- Parfait, vous survivrez un peu plus longtemps que les autres dans ce cas.
Alors le femme jeta un sort informulé sur un vieux livre qui traînait pas là, puis agrippa fermement le bras d'Harry et posa la main sur cet objet. En une fraction de seconde, Harry eut l'impression qu'un crochet l'avait brusquement attrapé par le nombril, et le tirait toujours plus en avant. Ses pieds avaient quitté le sol, et il sentait l'épaule de la femme s'écraser contre la sienne. Le monde autour d'eux était devenu un tourbillon de couleurs accompagné d'un sifflement semblable à celui du vent. Puis soudain ...
Ses pieds tombèrent brusquement sur le sol. Le livre tomba non loin de lui avec un bruit sourd, tandis que la femme trébuchait contre lui.
Ils venaient d'utiliser un portoloin.
- Vous êtes au courant que les portoloin non déclarés sont illégaux ? demanda-t-il avec sarcasme tout en reprenant contenance.
- Oui, parfaitement, avoua la femme à capuche non sans une pointe de fierté.
Elle ramassa le livre à ses pieds, livre qui sembla ensuite disparaître sous sa cape.
- Nous ne pouvons pas rester ici, dit-elle avec sérieux. Pour l'instant, tout ce que vous devez faire c'est disparaître de leurs radars pendant un certain temps, et ensuite nous aviserons.
- Attendez ! s'exclama le survivant. Si vous voulez vraiment que je vous suive, montrez-moi au moins votre visage. Je préfère savoir à qui j'ai à faire.
La femme se stoppa net, et sembla le dévisager. C'était comme si son esprit bouillonnait, et qu'elle ne savait pas quelle décision prendre, qu'elle ne savait pas si elle pouvait oui ou non faire confiance au survivant. Puis au bout d'un long moment elle prit une grande inspiration, et lentement, très lentement, releva sa capuche. Lorsqu'il put enfin voir son visage, Harry retint brusquement son souffle, et son cœur loupa un battement. Il se frotta plusieurs fois les yeux pour être sûr de ce qu'il voyait, et qu'il n'était pas en train de rêver.
Des yeux noisette, une grande intelligence dans le regard et des cheveux aux boucles folles.
Pas de doute, c'était Hermione.
