Chapitre 4 : Souvenirs, souvenirs ...

- Je suis désolée Ron, dit-elle. Mais entre nous, ça n'a jamais marché.

Hermione savait qu'elle lui brisait le cœur, une fois encore. Elle savait que ces paroles lui avaient fait mal. Mais elle ne pouvait plus mentir. Elle ne voulait plus faire semblant.

Alors elle détourna les yeux, évitant autant que possible ce regard océan braqué sur elle.

Et, sans un mot de plus, elle quitta la pièce.


Tout ce dont Hermione avait besoin après cette dispute, c'était de calme. De quelque chose de reposant, afin de se vider l'esprit. De quelque chose qui lui ferait oublier un moment toutes ces tentions avec Ron. Presque instinctivement, elle se dirigea vers sa bibliothèque, qui était devenu son seul réconfort dans ces moments là. Le regard soudain plus vif, et un léger sourire au lèvres, ses doigts effleurèrent la reliure en cuir de ces ouvrages qui l'avaient accompagnés toute sa vie, qui avaient vieillis avec elle et qui l'avaient aidés à se sortir d'un bon nombre de situations dangereuses. Les titres défilaient devant ses yeux, les uns après les autres, écris par des sorciers des quatre coins du monde. Chacun de ces livres lui permettait de s'évader, de rêver à une autre vie, dans d'autre lieux et avec d'autres personnes. Ou plutôt avec une personne en particulier ... Hermione secoua la tête, comme pour chasser ces pensées de son esprit, et se reconcentra sur ses livres.

Elle aurait put lire n'importe lequel d'entre eux. De toute façon, elle les connaissait presque tous par cœur.

Mais celui dont elle avait envie à ce moment précis, ce n'était pas n'importe lequel. C'était celui qui était le plus cher à son cœur, mais qu'elle n'avait jusqu'ici jamais eut le courage de ressortir.

Avec d'infinies précautions, comme s'il était fait de verre, elle sortit l'Histoire de Poudlard de la bibliothèque. Elle dut d'ailleurs souffler sur la première de couverture, qui avait accumulé une bonne couche de poussière au fil du temps. Puis elle s'installa sur son fauteuil préféré, le cœur serré sans trop savoir pourquoi, la gorge nouée par l'émotion, et elle tourna une page.

C'est alors qu'elle entendit des pas descendre les escaliers. Quelques secondes plus tard, elle vit Ron passer devant elle, et se rendre dans l'entrée pour prendre son manteau.

- Où est-ce que tu vas ? demanda-t-elle.

- Pourquoi, c'est important ? répliqua-t-il d'un ton cinglant.

La sorcière poussa un profond soupir. De son côté, Ron dut se rendre compte qu'il était un peu agressif, et reprit d'une voix plus calme :

- Excuse-moi, je ne voulais pas te parler comme ça. Je vais chez Ginny, ca fait longtemps que je ne l'ai pas vue.

En réalité, ils s'étaient vus il y a trois jours. Mais Ron allait toujours voir sa sœur quand il en avait assez de se disputer avec celle qui était encore sa femme pour le moment, donc elle ne lui en tint pas rigueur. Quelques secondes plus tard, il sortit sans même un au revoir pour Hermione. Il lui jeta tout de même un regard remplit d'un mélange de tristesse, de lassitude et de regrets avant de partir, puis il ferma la porte.

Mais cela, Hermione ne l'avait pas remarqué.

Au contraire, son esprit était captivé par l'Histoire de Poudlard. Depuis combien de temps ne l'avait-elle pas lu ? Deux, trois, quatre ans ?

Non. Cela faisait très précisément sept ans qu'elle n'avait pas ouvert ce livre.

Sept ans ...

En fait, elle ne l'avait pas rouvert depuis qu'Harry était ... depuis qu'il avait disparu. Oui, c'était cela. Il avait seulement disparu, puisque maintenant Hermione avait la preuve qu'il était encore en vie quelque part : sa baguette, qui était actuellement en possession de Marcus. Il fallait à tout prix qu'elle sache comment il l'avait obtenue, dans quelle boutique il l'avait achetée, à qui il avait parlé ... S'il y avait ne serait-ce que la plus infime chance qu'elle retrouve Harry sain et sauf, elle la saisirait sans hésiter. Mais sans la moindre information, sans savoir où chercher, elle n'irait pas bien loin.

Seulement voilà, Marcus s'était envolé dans la nature.

Ne parvenant pas à se concentrer, Hermione referma le livre avec un soupir, et ferma les yeux. Une part d'elle savait pourquoi elle ne l'avait jamais relu. C'était parce que ce livre était lié à sa vie à Poudlard, à son enfance, à sa vie avec Harry et Ron, à une période où les choses n'étaient pas encore trop difficiles. Des centaines de souvenirs lui revenaient à l'esprit, concernant tous les années passées à Poudlard avec Harry. Quand ils s'étaient rencontrés dans le train, quand le troll l'avait attaquée, quand ils avaient récupéré la pierre philosophale. Puis ses recherches sur la chambre des secrets, leurs visites chez Hagrid, la libération de Sirius, le tournois des trois sorciers, le bal de noël, ses matchs de Quiddtch, l'ordre du phénix, et enfin la chasse aux horcruxes. Parmi ces souvenirs, elle se remémorait leurs discussions, leurs disputes et leurs éclats de rires. Il y avait aussi toutes ces fois où elle l'avait prit dans ses bras, ces moments où elle passait sa main dans ses cheveux ou quand elle posait sa tête contre son épaule.

Il lui avait fallu du temps pour comprendre la nature de sa relation avec lui. Après tout, lorsqu'on a onze, douze puis quinze ans, on n'a pas le recul nécessaire pour mettre des mots sur ce qu'on a sous les yeux. Elle avait finit par comprendre, par s'avouer qu'il n'était ni son frère ni son ami, mais elle l'avait fait trop tard. Elle n'avait jamais put le lui dire. Il avait disparu avant.

Hermione sentait des larmes perler à ses yeux, et un étau lui serrer la gorge.

En ce moment même, elle aurait donné n'importe quoi, je dis bien n'importe quoi pour serrer Harry contre elle. Pour être réellement heureuse, pour pouvoir sourire de nouveau au moins une seule fois dans sa vie. Evidemment, elle n'avait pas passé les sept dernières années sans décrocher le moindre sourire, mais si elle voulait être honnête avec elle-même, elle faisait bonne figure uniquement dans le but de rassurer ses proches. De leur montrer qu'elle était plus forte que ça, qu'elle était capable d'aller de l'avant. Seulement si on regardait plus attentivement, on se rendait bien compte que lorsqu'elle souriait ou se mettait à rire, il y avait toujours une lueur de profonde tristesse au fond de son regard. Comme si, malgré tout, une part d'elle était toujours absente. Ou comme si, à chaque éclat de rire, elle réalisait que plus rien ne sera comme avant, que plus jamais elle ne pourra rire et sourire avec Harry. Même après tout ce temps, à chaque moment de bonheur elle ne pouvait s'empêcher de regarder autour d'elle, à la recherche de ces yeux verts caractéristiques, et de ces cheveux en bataille. Même après tout ce temps, elle agissait comme s'il était encore là. Elle voulait encore parler et rire avec lui.

Mais Harry n'était pas là.

Hermione serra ses jambes contre elle, cherchant un peu de réconfort dans ce petit geste. Tout ce qu'elle voulait, c'était effacer ce vide immense au creux de sa poitrine. C'était oublier les larmes qui coulaient le long de ses joues, et qu'elle de prenait même pas la peine d'essuyer. Mais ça, même Ron n'en avait jamais été capable.

Pourquoi, après toutes ces années, cela faisait toujours aussi mal ?

Et pourquoi fallait-il que tous ces souvenirs reviennent maintenant ?

Elle tourna la question plusieurs fois dans sa tête, encore et encore jusqu'à ce que l'évidence lui saute aux yeux.

C'est Marcus, s'étonna la sorcière. C'est lui qui fait remonter tous ces souvenirs en moi ...

Mais pourquoi lui en particulier, cela elle l'ignorait. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'il était l'élément déclencheur qui l'avait de nouveau mise en face du passé. Il avait réussit à faire remonter toutes ces émotions, qu'elle avait jusqu'ici soigneusement enfouies dans l'espoir de les oublier. En fait, il y avait quelque chose chez lui, peut-être dans son attitude ou dans sa façon de parler, qui la ramenait à l'époque de Poudlard. Et cela ne faisait que l'intriguer encore plus.

Essuyant les larmes qui perlaient à ses yeux, Hermione rangea son livre et prit son manteau. C'était devenu trop pour elle. Il fallait qu'elle sorte d'ici, ou sinon elle allait étouffer. Il fallait qu'elle respire, qu'elle oublie, qu'elle chasse ces souvenirs qui lui faisaient si mal.

Même après tout ce temps, certaines blessures ne cicatrisent jamais, et la sienne était restée grande ouverte.


Dix minutes plus tôt.

Harry atterrit sur le sol dans un bruit sourd. Sa respiration se coupa lors de l'impact (certes, il ne sautait "que" du premier étage, mais cela ne rendait pas la chose plus agréable), puis il se releva péniblement.

Il chancela, tangua un peu et se rattrapa au premier poteau venu.

Il n'allait pas bien. Il sentait que cela allait recommencer.

Après ce qu'il venait d'entendre, caché dans cette petite armoire, il aurait put réagir d'un millier de façons différentes. Il aurait put en sortir, et aller défendre Hermione face à la colère de Ron. Il aurait put s'étonner de les voir aussi tendus, de voir que leur relation était aussi chaotique. Il aurait put être à la fois heureux qu'Hermione ne soit pas amoureuse de Ron, et en même temps déchiré parce que son meilleur ami était en train de vivre. Ou alors il aurait put rester dans l'armoire, et prendre le risque de se faire découvrir par Ron, pour ensuite devoir subir sa colère.

Mais non.

En fait, il n'arrivait pas à réagir. Il sentait sa respiration devenir plus difficile, la lumière du soleil lui brûler atrocement les yeux, et un bruit suraigus lui déchirer les tympans. Tremblant de tous ses membres, il s'accrochait tant bien que mal à ce poteau dans l'espoir de ne pas s'effondrer au sol. C'était comme si le monde autour de lui tournait à une vitesse folle, tout tanguait tantôt à droite, tantôt à gauche, et chaque bruit était décuplé de sorte à résonner atrocement dans tout son être.

Non, non, non ... pas ça, pas encore ... se répétait-il inlassablement.

Tout avait commencé lorsqu'il s'était retrouvé enfermé dans l'armoire. Dès ce moment, prisonnier dans le noir, il s'était sentit incroyablement vulnérable. Toute son enfance passée dans le placard à balais du 4, Privet Drive, était remontée en un éclair. Il avait été obligé d'en sortir, malgré les recommandations d'Hermione.

Il se souvenait de la peur qu'il avait ressentit, alors qu'il n'avait que 5 ans, enfermé tout seul sous l'escalier en pleine nuit. Il se souvenait de sa solitude, de son manque d'amour et d'affection, de sa volonté d'être reconnu par sa tante et son oncle. Il se souvenait de cette sensation d'y être prisonnier, d'être considéré comme une nuisance lorsqu'il y retournait chaque été. Il se souvenait de sa colère face au rejet de sa famille, de sa solitude quand Ron et Hermione ne lui donnaient pas de nouvelles. Toutes ces émotions le submergeaient violemment, tous ces souvenirs le torturaient à chaque seconde. Des phrases cinglantes, gravées à jamais dans son esprit, tournaient en boucle dans sa tête...

Tu ne vaux rien. Tu n'es personne, disait la voix sournoise de son esprit. Personne ne tiens à toi, tu n'as pas de famille. Tu es inutile, une perte de place, une perte de temps, contrairement à ton cousin. Tu ne mérite pas d'avoir des amis, tu ne fais que les tuer. C'est à cause de toi qu'ils sont morts, à cause de toi qu'ils sont malheureux, tout est à cause de toi. Cela a toujours été de ta faute, uniquement de ta faute ...

Mais Harry ne voulait pas de cette voix. Il ne voulait pas l'écouter, ce qu'elle disait ne pouvait pas être vrai.

Une constante ... Il me faut une constante, je dois trouver une constante ... se répétait-il.

Mais malgré tous ses efforts, malgré toute l'énergie qu'il déployait pour parvenir à se contrôler de nouveau, il n'y parvenait pas. Il sentait peu à peu une rage destructrice monter en lui, se nourrissant de ce sentiment d'abandon qui l'envahissait. Il tremblait de plus en plus, et c'était comme si ses poumons était compressés, comme si un poids énorme lui écrasait le torse et que son cœur allait exploser. Et ça faisait mal. Tellement, tellement mal ...

Il faut que je me contrôle, il faut ... que je me ... contrôle ...

Rien à faire. La colère montait, et une envie destructrice de déchainer sa rage commençait à prendre le dessus sur sa raison, et le goût métallique du sang remplissait sa bouche. Mais pourquoi ne pouvait-il plus se contrôler ? Pourtant, il avait passé les sept dernières années à apprendre, à essayer encore et encore de rester maître de lui-même. Alors pourquoi, une fois rentré chez lui, il n'y parvenait plus ? Mais le plus grave dans tout cela, c'était qu'il s'agissait de sa deuxième crise en deux jours. Et il ne comprenait pas pourquoi. Ce n'était pas normal.

Malheureusement, exactement comme cette fois où il était sortit du building de Ginny et Malefoy, absolument rien autour de lui ne lui permettait de trouver cette constante qu'il cherchait tant. Il y avait trop de bruit, entre les voitures et les animaux et les passants. C'était l'anarchie, aussi bien autour de lui qu'à l'intérieur de son esprit.

Je ne vais pas y arriver, je ne vais pas y arriver, je ne vais pas ...

Soudain, Harry sentit une main se poser sur son épaule, et une voix qui lui semblait à la fois sproche et incroyablement lointaine se mit à lui parler :

- Monsieur, est-ce que tout va bien ?

Il n'avait pas la force de répondre, mais cette pression sur son épaule, à la fois ferme et amicale, lui permettait de garder les pieds sur terre. Peu à peu, la voix de cet inconnu l'aida à se calmer, et il s'aida de ce sentiment pour revenir à son état normal. Il sentit à peine qu'on le déplaçait vers un banc, mais déjà il commençait à se sentir mieux.

Ce n'était peut-être pas grand-chose, mais ce simple geste, cette simple sensation d'une main pour le soutenir lui avait servit de constante, et avait lentement calmé sa douleur.

Au bout de quelques instants, le monde qui lui semblait si trouble et si flou revint à la normale, et Harry put enfin identifier son sauveur.

Et, à sa plus grande surprise, c'était Ron lui-même qui était venu l'aider.

- Comment vous vous sentez ? Il faut que j'appelle un médicomage ? lui demanda le rouquin.

- N-non, ça ira, merci.

Il chercha dans le regard de son ami le moindre indice lui indiquant qu'il le reconnaissait, mais le simple fait que son ami l'ait vouvoyé était déjà mauvais signe. Ron le regarda quelques instants, comme pour s'assurer qu'Harry allait vraiment bien.

- Qu'est-ce qu'il vous est arrivé ? Vous avez rencontré un détraqueur ?

Un détraqueur ? Non, ce n'était pas vraiment le cas. Mais le survivant ne se sentait pas la force de lui expliquer en détail cette sorte de crise de panique qu'il avait eue. Alors il se contenta d'hocher la tête de haut en bas. En voyant ce geste, Ron eut un regard compatissant, et sortit une chocogrenouille de sa poche.

- Si vous voulez mon avis, les détraqueurs sont les pires d'entre tous, lui dit-il. Surtout après tous les problèmes qu'ils nous ont causés. Normalement, le sortilège du patronus permet de les repousser, mais si vous avez du mal à en produire un, il existe des groupes spéciaux mis en place par le ministère qui pourraient vous aider.

Harry hocha la tête, et mordit dans la chocogrenouille. Le gout chaud et sucré du chocolat sur sa langue lui faisait un bien fou, d'autant plus qu'il n'avait rien mangé depuis la veille. Ron resta encore avec lui quelques instants, lui redemanda s'il n'avait pas besoin d'un médicomage, puis il finit par prendre congé. En regardant son meilleur ami lui tourner le dos, le survivant sentit son cœur se serrer. Mais en même temps, il se sentait relativement bien.

Sa crise était passée, et l'aide que lui avait apportée son ami d'enfance lui faisait chaud au cœur. Même s'il n'était personne aux yeux de Ron, le rouquin s'était tout de même arrêté parce qu'il s'inquiétait pour lui.

Toujours assit sur ce banc, ne sachant que faire, toutes les pensées d'Harry se tournèrent vers son meilleur ami. Il resta ainsi un long moment, immobile, lorsque le bruit d'une porte que l'on ouvrait le sortit de sa torpeur. Et lorsqu'il se retourna, un léger sourire se dessina sur ses lèvres.

C'était Hermione qui sortait de chez elle.

Harry se releva, encore un peu affaiblit, puis commença à se diriger vers elle. Puis il s'arrêta brusquement, interloqué. Hermione ne semblait pas bien, ses yeux était rougis et gonflés, comme si elle avait pleuré. Il détestait la voir ainsi, et si le survivant s'écoutait, il se serait immédiatement dirigé vers elle pour la consoler et essayer de faire naître un sourire sur son visage. Seulement voilà. Il n'était personne. Au plutôt, à ses yeux, il n'était pas Harry. Il était seulement Marcus. Et la jeune femme aurait sûrement trouvé déplacé qu'un inconnu se dirige vers elle, la prenne dans ses bras et se mette à lui parler comme s'ils s'étaient toujours connus.

Cependant d'un autre côté, Harry refusait de la laisser seule dans cet état. Elle avait l'air tellement triste qu'il ne se le pardonnerait jamais.

Son choix était fait. Il allait la suivre, ou du moins la surveiller pour s'assurer qu'il ne lui arriverait rien. Alors il ouvrit son sac à dos qu'il avait toujours avec lui, et en sortit la cape d'invisibilité de son père, qu'il avait soigneusement gardée avec lui au fil des ans. Il s'accorda cinq secondes supplémentaire pour s'assurer que sa crise était réellement passée, puis il se mit à suivre son amie tout en veillant à ne pas faire de bruit, bien évidemment.


Hermione marchait au hasard, inconsciente du fait qu'il n'y avait non pas une, mais deux personnes qui la suivaient en ce moment même.

Et si son esprit n'était pas aussi occupé, elle aurait peut-être aperçu l'une d'entre elles, à savoir la seule qui ne se cachait pas sous une cape d'invisibilité.

Mais au lieu de cela, elle laissait ses pas la guider. Ses pensées étaient une fois de plus tournée vers Harry. Il était vivant, elle en était à présent certaine. Mais des milliers de questions restaient sans réponses. Pourquoi Marcus avait-il retrouvé sa baguette en France ? Est-ce qu'Harry se trouvait là-bas ? Et si c'était le cas, pourquoi ne donnait-il aucun signe de vie ? Pourquoi aller en France, plus qu'ailleurs ? Et d'ailleurs, pourquoi partir sans donner la moindre nouvelle ? Parce qu'Hermione était sûre d'une chose : si Harry avait dû partir, ce n'était sûrement pas de son plein gré. Après la guerre, la seule chose dont il avait eut envie c'était une vie tranquille, normale, sans problèmes. Il aurait voulu vivre avec ses amis et sa famille adoptive, mais jamais, au grand jamais il ne serait partit volontairement alors qu'ils étaient en train de gagner. Et même s'il l'avait fait, il leur aurait au moins laissé une lettre, une explication.

Peut-être qu'il a des problèmes, se dit-elle. Peut-être que cela fait sept ans qu'il est seul, qu'il a besoin de notre aide, et qu'au lieu de cela nous ne faisons que pleurer sur sa mort ?

Elle aurait bien aimé parler de tout cela avec Ginny, Ron, Neville, Luna voire même avec Drago. Mais elle savait pertinemment que ses amis ne la prendraient pas au sérieux. Contrairement à eux, elle n'avait jamais réellement accepté l'idée qu'Harry soit mort, et elle savait parfaitement qu'ils la prenaient pour une folle à cause de ça. D'ailleurs, Ginny et Drago étaient persuadés que c'était pour ça que sa relation avec Ron battait de l'aile, parce que le fantôme d'Harry planait encore et toujours au-dessus d'eux. Et c'était une théorie qui, en soit, avait une part de vérité malgré tout.

C'est alors qu'Hermione réalisa quelque chose. Certes jusqu'ici ses amis pensaient qu'elle était folle, mais maintenant elle pouvait leur prouver ce qu'elle avançait, puisque Marcus avait la baguette d'Harry ! Si elle pouvait la leur montrer, peut-être qu'alors ils finiraient par la prendre au sérieux.

Seulement, pour cela, il faudrait d'abord que je le retrouve ...

Soudain, Hermione s'arrêta net. Elle avait marché pendant un long moment, sans faire attention où elle mettait les pieds. Mais visiblement, elle n'avait pas totalement marché au hasard malgré tout. Parce que ses pas l'avaient naturellement menés ... jusqu'au cimetière.

Elle resta sur place un moment, ne sachant que faire, puis finit par se décider à entrer.

Et, comme toujours, deux ombres la suivaient.

Les gravillons crissaient sous ses pieds, brisant le silence pesant qui régnait ici. Plusieurs tombes se succédaient, d'un gris morne et sans vie. Certaines d'entre elles étaient peu entretenues, voire en ruines, tandis que d'autres croulaient sous les fleurs. Etrangement, en entrant dans ce lieu, Hermione eut comme l'impression que l'air autour d'elle devenait plus froid, alors même qu'un frisson glacé lui parcourait le dos. Serrant ses bras tout contre elle comme pour se tenir chaud, elle continua d'avancer, pour finir par arriver devant deux tombes identiques, disposées l'une à côté de l'autre.

Sur la première, on pouvait lire écrit en lettres argentées : "A la mémoire de Fred Weasley, un fils, un frère et un ami. 01/04/1978 - 02/05/1998". Hermione s'accroupit devant, et en un tour de baguette fit apparaître un petit bouquet d'asphodèles, symbolisant les regrets du passé. Sur la seconde, toujours en lettres d'argent, se lisait "A la mémoire de Georges Weasley, un ami, un frère et un fils. 01/04/1978 - 15/03/2003". Cette fois-ci, des perce-neige vinrent décorer la tombe, représentant l'espoir de jours meilleurs. La sorcière resta silencieuse un moment, se remémorant avec nostalgie les farces de ces inséparables jumeaux, puis alla sur les tombes suivantes. Cette fois-ci, il n'y avait qu'une seule tombe, qui était cependant dédiée à la mémoire de deux personnes : "Arthur Weasley, 06/02/1950 - 15/03/2003, et Molly Weasley, 30/10/1950 - 15/03/2003, des parents aimants et un couple heureux". Hermione hésita un moment, puis fit apparaître des pervenches. Ces fleurs évoquaient un doux souvenir. C'était parfait.

Elle se releva, un sourire triste aux lèvres. La Grande Purge avait fait beaucoup de victimes, dont Georges, Arthur et Molly. Ron et Ginny avaient été complètement dévastés. Mais à présent, tout ce qu'ils pouvaient souhaiter c'était qu'ils se trouvent dans un monde meilleur, loin de tous les problèmes que la vie pouvait apporter.

Enfin, Hermione se dirigea vers une dernière tombe, se situant légèrement à l'écart. Elle était assez simple, et entourée de verdure. Quelques fleurs s'y trouvaient déjà, et on pouvait y lire l'inscription suivante : "Harry James Potter, 31/07/1980 - 02/05/1998, un ami, un camarade et un héro."

Le cœur d'Hermione se serra un peu plus. Si cela ne tenait qu'à elle, elle aurait simplement écrit "Juste Harry" comme épitaphe sur cette tombe. Parce qu'il n'était pas seulement un héro, il n'était pas seulement le survivant. Il était aussi un garçon comme les autres, qui n'avait jamais put avoir de vie comme les autres. Il était Harry, tout simplement. Elle se souvenait parfaitement de son enterrement, le même jour que celui de Fred. Tout ce qu'ils avaient à l'époque, c'était un cercueil vide ... Lentement, elle s'accroupit, et d'un geste délicat fit apparaître une couronne de fleur. Mais pas n'importe quelles fleurs. Des ipomées, signifiant une amitié dévouée et pouvant être vues comme une déclaration d'amour.

Hermione essuya une larme. Cela faisait longtemps qu'elle n'était pas venue ici.

Cri-cri-cric

La brune sursauta, et regarda qui était l'inconnu qui venait de pénétrer dans le cimetière.

C'était Marcus. Les graviers venaient de crisser sous ses pieds.

Hermione ne put que sourire à cette coïncidence, bien qu'elle ne sache pas que ce n'en était pas vraiment une, et qu'Harry s'était finalement décidé à retirer sa cape lorsqu'il avait comprit qu'elle se trouvait devant sa propre tombe. Il s'approcha en silence, et une fois placé à côté d'elle il observa attentivement les tombes qu'elle venait de fleurir. Sans trop savoir pourquoi, Hermione crut déceler une intense émotion dans son regard. Bien que Marcus n'ai jamais rencontré ces personnes, voir ces tombes semblait l'affecter autant que s'il s'agissait de sa propre famille.

Et tandis qu'il restait là, à les contempler, Hermione en profita pour détailler un peu plus son visage.

Ses yeux étaient verts.

Ce n'était pas une couleur très commune, et pourtant elle avait réussit à l'oublier dès l'instant où il était partit le matin même. Etrange ...

Ses cheveux étaient noirs, en bataille.

Et il avait des lunettes ...

Hermione eut soudain l'horrible sensation qu'elle touchait du doigt quelque chose de très important. De vital même. Elle avait l'intime conviction de l'avoir déjà vu, elle était persuadé qu'à un moment où à un autre, Marcus avait fait partie de sa vie. Mais quand ? Et pourquoi ne s'en souvenait-elle pas ? Plus elle essayait de s'en souvenir, et plus elle avait le sentiment qu'elle s'éloignait de la réponse, comme si elle lui glissait entre les doigts. C'était horriblement frustrant.

"Est-ce que tu me vois ?", lui avait-il demandé.

Mais que devait-elle voir ? Elle scrutait à présent chaque détail de son visage, de la courbe de ses sourcils à la forme de sa mâchoire. Et au fond d'elle, la sorcière sentait au plus profond d'elle-même qu'elle avait déjà détaillé ce visage. Mais alors qu'est-ce qui l'empêchait de le reconnaître ?

Et tandis que Marcus faisait apparaître des gardénias au milieu des ipomées, elle finit par lui demander :

- Mais qui es-tu exactement ?

Marcus la regarda étrangement, sans qu'elle ne comprenne pourquoi.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? lui demanda-t-il.

- Je ne sais pas. Plus je te regarde et plus j'ai l'impression que tu n'es pas Marcus. Ou plutôt que tu es quelqu'un d'autre, et que je suis sensée voir ce quelqu'un d'autre ...

Mais Marcus ne répondit pas, son regard était fixé sur la tombe d'Harry.

Hermione quand à elle réfléchissait intensément. Il a des yeux verts et des cheveux noirs, se disait-elle. Des yeux verts ... des lunettes ... et des cheveux noirs ...

C'est alors qu'elle eut une idée. Une idée complètement improbable, complètement irréaliste, mais une idée qui réussit tout de même à lui faire retenir son souffle et à faire battre son cœur. Et tout était sous ses yeux depuis le début ? Et si quelque chose l'avait empêché de faire le lien depuis sa rencontre avec lui ? Et s'il suffisait d'un petit geste, d'un petit détail pour tout mettre à jour ? Peut-être qu'elle se trompait, ou peut-être que le chagrin lui donnait des idées folles. Mais peut-être qu'en fin de compte, cette idée n'était pas si bête que ça ...

Toujours pleine de doutes face à sa nouvelle théorie, la sorcière prit une grande inspiration pour se risquer à parler, mais il la devança en lui coupant la parole :

- Dis moi Hermione, tu m'a bien dis que le Ministère surveillait ma baguette ?

Un léger silence plana. Elle avait sentit un début de peur dans sa voix.

- Euh oui, pourquoi ? demanda-t-elle avec étonnement.

- Et est-ce qu'ils sont capables de me localiser même quand je ne jette pas un sortilège interdit ?

- Bien sûr, mais pourquoi est-ce que tu me deman- ...

Soudain, elle comprit son inquiétude. Quelques secondes plus tôt, il venait de faire apparaître des gardénias ... avec sa propre baguette.

Donc le ministère les savait où ils se trouvaient. Elle le regarda avec une lueur de panique.

- Nous devons partir, et vite ! dit-elle en lui tendant la main pour transplaner.

Mais soudain son regard sembla s'arrêter sur quelque chose se trouvant derrière elle. Il ouvrit des yeux ronds, et brusquement il se jeta sur elle.

- ATTENTION ! hurla-t-il alors qu'ils se trouvaient tous les deux projetés au sol.

Tout ce qu'Hermione entendit, ce fut le bruit d'une explosion qui lui déchira les tympans. Un énorme nuages de poussière les entoura, l'empêchant de respirer convenablement. Elle sentit une douleur aigüe lui transpercer l'épaule, une pierre lui frapper violemment le crâne, puis le monde autour d'elle commença à devenir plus trouble.

- Non, non, non ! criait-il. Je t'en prie, je t'en supplie reste avec moi !

La dernière chose qu'elle vit, ce furent deux yeux verts braqués sur elle tandis qu'il prenait son visage en coupe entre ses deux mains. Puis soudain, ce fut le trou noir et elle perdit connaissance.

Elle ne vit pas Harry la défendre tant bien que mal contre les dizaines d'aurors qui les attaquaient, avant de la serrer dans ses bras comme si sa vie en dépendait, et de transplaner avec elle en tout urgence. Elle ne vit pas les aurors constater avec frustration leur disparition quelques secondes plus tard, puis réparer les dégâts qu'ils avaient causés avant de s'en aller à leur tour. Et elle ne vit pas non plus cette ombre, celle qui les suivait depuis un moment déjà, observer la scène avec un air impassible.

Cette ombre, qui savait parfaitement comment ne pas se faire remarquer, était restée cachée derrière un arbre pendant toute la durée de la scène. Elle resta silencieuse un moment, avant de déclarer d'une voix grave et masculine :

- Fait attention Harry, fait attention. Nous t'avons accordé trois jours pour faire ton choix. Si d'ici demain soir tu ne t'es pas décidé, je jure sur ma vie que te trouverai, et je te ramènerai par la force s'il le faut.

Puis l'ombre disparu aussi discrètement qu'elle était arrivée.


Voilà ^^

Oui, je sais que ce chapitre est beaucoup trop court, mais j'ai vraiment eut du mal à trouver le temps d'écrire ces derniers temps, et comme j'essaye de poster assez régulièrement je m'excuse d'avance si certains d'entre vous le trouvent moins travaillé que les autres. Promis, je me rattraperai sur le prochain !

Et pour la petite anecdote, vous avez dû remarquer que chaque fleur qu'Hermione fait apparaître a une signification. Donc j'ai voulu faire de même pour Harry, et les gardénias qu'il fait apparaître sont un symbole de sincérité et d'amour caché. Donc on peut le voir comme une réponse aux ipomées qu'Hermione dépose sur sa tombe ^^

Sinon comme d'habitude, laissez-moi des reviews !