Avant de commencer ce chapitre, je tenais juste à vous remercier pour tout le soutient et toute l'attention que vous portez à ma fiction ^^ Honnêtement en postant le prologue je m'attendais à avoir cinq vues au maximum, mais c'est tout le contraire et c'est grâce à vous ! Vous être de plus en plus nombreux à m'envoyer des MP et des reviews pour m'encourager, et cela me va droit au cœur ! ^^
Merci encore, vous êtes des personnes en or.
Rien que pour ça, je vous jure solennellement d'aller au bout de cette histoire, et de faire tout mon possible pour la rendre aussi intrigante que possible ^^
Bonne lecture !
Chapitre 6 : Est-ce que tu me vois ?
Harry marchait au hasard, perdu dans ses pensées. Les maisons de ce quartier residentiel étaient toutes identiques, et decorées de ce fameux rouge brique qui les rendaient célèbres a travers le monde. Quelques arbres solitaires étaient placés le long du chemin, sous lesquels se trouvait la plupart du temps de vieux banc en fer, dont ni la rouille ni l' inconfort ne semblait déranger quelques couples d' amoureux. En fait, c était une de ces journées où de l' extérieur tout semblait parfait. Mais plus le temps passait, et plus les pas éloignant Harry de ses amis étaient difficiles à faire. Il sentait peu à peu sa détermination flancher.
Il ne voulait pas, il ne pouvait pas repartir. C'était trop dur, trop douloureux. Malgré sa volonté de les préserver du danger, il avait les larmes aux yeux.
Soudain, il s'arrêta brusquement. C'était au dessus de ses forces. Il pouvait encore changer d'avis, revenir en arrière. Et après tout, il n'avait que quelques pas à faire pour aller voir Ron et Hermione. Juste quelques petits pas ... pour revenir à la normale ...
Puis il se raisonna. C'était trop dangereux. Il ne pouvait pas rentrer.
Mais une autre voix lui murmurait qu'il ne pouvait pas non plus se séparer d'eux, il ne pouvait pas se séparer de sa famille ...
Et voilà qu'il se retrouvait là, planté en plein milieu de la rue comme un imbécile. Partagé entre son cœur qui lui disait de rester, et sa raison qui lui disait d'avancer, de partir loin de ses amis.
Et pendant qu'il se perdait toujours plus dans ses pensées, l'ombre qui le suivait encore et toujours fronça les sourcils. En observant Harry, l'homme comprit rapidement qu'il était temps pour lui de se révéler au grand jour. Prenant une grand inspiration, il s'approcha à pas de loups du sorcier, arrivant dans son dos de façon à ne pas se faire remarquer. Le jeune homme ne se rendit même pas compte de sa présence, tellement l'ombre savait se faire discrète.
L'homme était maintenant à quelques centimètre d'Harry, juste derrière lui. Pour provoquer une réaction de sa part, il leva la main vers lui ... et la posa sur son épaule.
Harry sursauta violemment, et se retourna à la vitesse de l'éclair.
Quand il reconnu l'homme en face de lui, il fut partagé entre la joie des retrouvailles et la stupeur de le voir ici, en plein milieux de Londres. Grande taille, cheveux châtain mi- longs, barbe soignée, yeux gris et sourire en coin ... il n'y avait aucun doute sur la personne.
- Alors comme ça tu utilises mon nom pour changer d'identité ? demanda l'homme d'une voix grave tout en haussant un sourcil amusé.
Harry ne put empêcher un sourire de naître sur ses lèvres.
- Moi aussi je suis ravis de te voir Marcus, répliqua le sorcier à lunettes.
Et les deux hommes se firent une accolade amicale.
Vous l'avez comprit, devant lui, en chair et en os, se trouvait le véritable Marcus Davis.
Hermione fut réveillée par des éclats de voix provenant du salon, juste en dessous de sa chambre. Un peu perdue, ne comprenant pas ce qu'il se passait, elle essaya de se relever mais s'arrêta bien vite. Autour d'elle, le monde tournait à une vitesse folle et des lumières blanches dansaient devant ses yeux.
- Mais puisque je vous dit qu'elle est souffrante ! protesta une voix qu'elle reconnu comme étant celle de Ron. Vous ne pouvez pas la voir maintenant, elle se repose.
- Désolé Monsieur Weasley, mais j'ai énormément de mal à vous croire ... je suis sûr que quelqu'un se cache dans cette maison.
Bien qu'elle soit encore un peu dans les vapes, Hermione n'avait pas perdu sa lucidité. La jeune femme porta une main à sa bouche, sous le choc. Cette deuxième voix, celle qui était en train de parler avec Ron, n'était autre que celle du ministre de la magie. Instantanément, un millier de questions fusèrent dans son esprit, lui donnant dans la seconde d'après un violent mal de crâne.
Pourquoi était-ils là ? Que voulaient-t-il ? Est-ce qu'ils avaient fait quelque chose de mal ?
Portant un regard sur sa gauche, Hermione constata qu'un verre se trouvait sur la table de nuit. On devait lui avoir fait boire quelque chose, mais quoi ? Elle prit le verre d'une main légèrement tremblante, et essaya de sentir son contenu. Elle ne parvint pas à identifier ce qu'il contenait, mais elle se doutait plus ou moins qu'il s'agissait de médicaments.
Malgré son esprit encore brumeux, de vagues images lui revenaient peu à peu : sa dispute avec Ron, le cimetière, l'attaque des aurors ... puis plus rien. Ensuite elle se souvenait vaguement de Marcus la ramenant chez elle, et s'occupant d'elle.
Et s'ils étaient là pour lui ? se demanda-t-elle avec effrois. Et si, d'une façon ou d'une autre, ils avaient réussit à nous identifier au cimetière ? Et s'ils avaient compris où Marcus se cachait ?
Mais alors qu'elle entendait des pas monter les escaliers, elle se souvint vaguement de la douceur d'une main dans la sienne, alors qu'elle était allongée sur ce même lit, à moitié consciente. Elle se souvenait de la voix de Marcus, lui glissant à l'oreille qu'il était désolé, qu'il devait repartir, que c'était plus prudent. Elle ne se souvenait pas de ses paroles mot pour mot, son cerveau avait encore du mal à fonctionner correctement.
Son cœur se mit à cogner plus fort. Une petite voix intérieure lui criait qu'il ne devait pas repartir, qu'il fallait qu'elle l'en empêche.
Hermione savait qu'elle avait comprit quelque chose d'important la veille, juste avant de recevoir ce coup sur la tête. Elle avait comprit que Marcus n'était pas vraiment Marcus, qu'il était quelqu'un qu'elle connaissait, et à qui elle tenait. Et pendant un court instant, elle s'était souvenu de son vrai nom. Mais un peu comme lorsqu'elle n'arrivait pas à se souvenir de la couleur de ses yeux, ce nom si important pour elle lui échappait. Elle savait que c'était important, qu'il fallait qu'elle arrive à s'en souvenir à nouveau. Elle devait y arriver.
Pourquoi ne pouvait-elle pas s'en souvenir ? Pourquoi autant de mystère autour de lui ? Pourquoi, dès l'instant où il s'éloignait d'elle, elle finissait par oublier les détails important le concernant ?
Quelque chose clochait, elle en était à présent certaine. Mais quoi ? Peut-être bien que celui qui se faisait appeler Marcus n'était même pas au courant de ce phénomène, ou alors il n'en connaissait pas la cause ? Ou peut-être était-ce volontaire après tout ? Peut-être qu'il voulait réellement se faire oublier ?
Mais dans ce cas, pourquoi lui avoir demandé si elle le reconnaissait dès l'instant où ils s'étaient vus ?
"Est-ce que tu me vois ?"
C'était, mot pour mot, ce qu'il lui avait demandé.
"Est-ce que tu me vois ?"
Il avait dit cette simple question, qui semblait pourtant parfaitement anodine, avec tellement d'espoir et un regard si brillant qu'elle ne pouvait s'empêcher d'y repenser. Cette phrase tournait sans cesse dans son esprit, mais ne prenait pas de sens.
Mais qu'est-ce qui pourrait l'empêcher de le voir ?
Peu à peu, un idée se mit à germer tout doucement dans son esprit. Elle pensait avoir une théorie, une explication. Et si c'était ça, la solution ? Et si c'était la cause de tous ces phénomènes étranges ?
- Un sortilège... murmura-t-elle.
Soudain, la porte de la chambre s'ouvrit brusquement, l arrachant à ses réflections. Devant elle se trouvaient maintenant Shacklebolt, talonné par Prescott et suivit de près par Ron, dont les oreilles étaient devenues rouges. Les trois hommes prirent un air étonné en la voyant.
- Vous êtes vraiment malade ? dit Prescott
- Vous êtes seule ? demanda Shacklebolt
- Tu es réveillée ? s'étonna Ron
Hermione laissa échapper un petit rire, et avec un brin d'humour et d'ironie elle répliqua :
- Bonjours Messieurs, je vais bien, merci.
Ron s'approcha d'elle, s'assit sur le coin du lit et posa une main sur son front.
- Ne dit pas que tu vas bien, Hermione. Tu es encore brûlante.
Prescott et Shacklebolt se jetèrent un regard en coin. Visiblement, ils ne s'étaient pas attendus à cette situation.
- Madame, dit le ministre, j'aimerai savoir si vous êtes seule dans cette maison.
- Non, elle n'est pas seule, répliqua Ron instantanément. Je suis là, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué.
- Ron !
Hermione leva les yeux au ciel, un peu exaspérée par son attitude.
- Et pouvons-nous savoir ce qui vous a mit dans cet état ? Vous seriez-vous faite attaquée ?
Au ton que le minitre avait employé, ainsi qu'en voyant sa façon d' appuyer sur le mot "attaquée", Hermione comprit qu' il avait des soupçons.
- Mais pas du tout ! protesta Ron. Elle a attrapé la ... la ... la variole du dragon !
Si elle avait put, Hermione lui aurait lancé un bloclang sur le champ. La variole du dragon ? Vraiment ?! Ron ne pouvait rien trouver d'encore moins crédible ? Elle pouvait bien comprendre qu'il aie paniqué, mais tout de même !
- Mais avec cette maladie, vous ne devriez pas avoir le teint vert et des pustules ? fit mine de s'étonner Prescott.
Et voilà, maintenant on les soupçonnait de mentir ...
- En effet, mais comme je n'ai ni l'un ni l'autre, cela prouve que ce n'était qu'une fausse alerte, répondit la sorcière avec le plus d'assurance possible. Ce n'est que de la fièvre, j'ai sûrement dû attraper un virus moldu on ne peut plus banal.
Si le ministre parut satisfait de cette réponse, et s'apprêtait à prendre congé tout en lui souhaitant un bon rétablissement, ce n'était pas le cas de son employé grassouillet.
- Mrs Weasley, vous êtes-vous rendue au cimetière hier dans l'après midi ?
- Non. A ce moment là j'étais déjà clouée au lit.
- Et quelqu'un peut-il le prouver ? Mr Weasley peut-être ?
- Personnellement j'ai passé tout l'après midi chez ma sœur, Ginevra Malefoy, répondit l'intéressé.
- Donc rien ne prouve que vous étiez bel et bien chez vous !
- Certes, mais cela ne prouve pas non plus que je suis coupable, protesta la sorcière.
Elle prit son air le plus innocent possible, mais Prescott n'était toujours pas convaincu. Il tourna son regard vers Shaclebolt qui restait de marbre, puis se tourna de nouveau vers Hermione.
- Dans ce cas, expliquez-moi pourquoi on a aperçu une jeune femme aux cheveux bouclés au cimetière, se trouvant comme par hasard devant la tombe de monsieur Potter ? demanda-t-il. Il y a de grandes chances que ce soit vous, vous ne trouvez pas ? Et il semblerait que cette femme aie ensuite communiqué avec un fugitif, vous ne trouvez pas cela étrange ?
Si Prescott semblait avoir prit de l'assurance en énonçant cette théorie, dont il était personnellement l'auteur et qu'il jugeait brillante, Hermione de son côté était stupéfaite. C'était donc pour ça qu'ils étaient venus la voir ? Sérieusement ? Parce qu'ils avaient vaguement aperçu des cheveux bouclés dans un cimetière ? Même si elle savait parfaitement que c'était bel et bien elle derrière tout ça, elle s'étonnait tout de même de leur manque de preuves pour l'accuser.
- Monsieur Prescott, dit-elle d'un ton calme. Votre raisonnement ne tient pas la route. Pour commencer, je vous signale qu'il y a entre sept et huit millions d'habitants à Londres, dont la moitié sont des femmes. Parmi elles, j'imagine qu'un certain nombre ont les cheveux bouclés, puisque c'est une caractéristique assez commune. Donc je ne vois pas pourquoi vous penseriez précisément à moi avec cette simple description. D'ailleurs, est-ce que vous avez prit en compte la taille, la couleur des yeux, ou même l'âge de cette femme avant de venir me voir ? Vous ne pouvez pas vous baser sur un seul caractère pour identifier quelqu'un ! Et ensuite, je suppose que de nombreuses personnes passent dans ce cimetière tous les jours, dont un certain nombre se rend sur la tombe d'Harry, puisqu'il a toujours été un symbole d'espoir et que ces temps-ci nous en avons plus que besoin. Et à moins que le simple fait de se rendre dans un cimetière soit également devenu interdit, ce qui au passage augmenterait considérablement le nombre de fugitifs, pourquoi voudriez-vous arrêter quelqu'un qui dépose des fleurs sur la tombe de mon ami ?
L'homme grassouillet se mit à rougir de gêne, et ne trouva rien à redire. Mais ne voulant pas perdre la face, il insista tout de même :
- Mais parce que cette personne qui venait déposer des fleurs, vous en l'occurrence, a rencontré un fugitif ! Voilà pourquoi nous sommes venus vous voir !
- Sauf que comme vous pouvez le voir, cela ne pouvait pas être moi, j'étais malade. Vous en avez la preuve juste sous les yeux. Et puis-je savoir qui est ce fugitif dont vous parlez ?
Mais Prescott ayant juré sous serment inviolable de ne rien révéler, il ne put rien ajouter de plus. Sa bouche s'ouvrait et se fermait comme celle d'un poisson, lui donnant un air un peu ridicule. Personne d'autre ne se trouvait chez les Weasley, et la jeune femme n'avait pas la moindre trace de blessure. Donc, comme elle le lui avait si bien fait remarquer, il n'avait aucune preuve. D'autant plus que, il devait l'admettre, dit comme ça son raisonnement semblait un peu bancal. Shacklebolt, qui avait finit par reconnaître qu'ils s'étaient un peu emballés, et que leur théorie ne se baisait sur rien de concret, finit par s'en aller après avoir présenté ses excuses au couple. Prescott le suivit, non sans jeter un regard confus et légèrement soupçonneux à Hermione. Ron descendit avec eux, pour les raccompagner jusqu'à l'entrée.
Dès qu'elle fut seule, Hermione se jeta hors du lit ... ce qu'elle regretta immédiatement puisqu'un mal de crâne horrible lui prit la tête, parce qu'elle s'était levée trop rapidement. Malgré cela, elle se dirigea tout de même vers sa commode. Au dessus du meuble, plusieurs livres étaient posés, mais c'était l'un d'entre eux en particulier qu'elle recherchait.
Si son raisonnement était correct, le faux Marcus devait avoir reçut un sortilège permettant de modifier son apparence, ou au moins de la rendre invisible et indétectable aux yeux des autres. Après plusieurs minutes elle finit par trouver le livre qu'elle cherchait : Le livre des sorts et enchantements, niveau supérieur. Si à Poudlard ils s'étaient arrêtés au niveau sept, étant donné qu' elle travaillait à présent dans la régulaton des crétures magiques au ministrère, elle avait dû suivre le cursus long et difficile lui permettant d y accéder. Ce quil lui avait vallu d' acheter ce livre, écrit par Miranda Fauconnette tout comme les précédents. Et si sa mémoire était bonne, dans ce livre traitant de sorts plus compliqués les uns que les autres, se trouvait un chapitre concertant les disparitions, le camouflage et le changement d'identité.
Après avoir tourné quelques pages, elle finit par tomber sur un sortilège intéressant :
« Tegere Identitem, venant du latin et signifiant littéralement "effacer l'identité". Ce sortilège permet à sa cible de ne devenir qu'un simple inconnu, un visage que l'on oublie dans l'instant. Il devient impossible pour son entourage de l'identifier, ou de l'associer à un nom, un passé ou une famille, même inventés de toutes pièces. L'effet reste cependant temporaire, soit quelques heures tout au plus, mais on raconte que Merlin avait la capacité de l'exécuter pendant une journée entière. Mais attention, ce sortilège peut être identifié par les sorciers expérimentés, et ensuite contré par un simple reperire identiem. »
Pendant un moment, Hermione se demanda si ce n'était pas ça la solution. Puis elle se ravisa. Ce sort semblait assez contraignant, puisqu'il ne durait à priori que quelques heures, et elle avait observé cet effet chez le faux Marcus pendant plusieurs jours. De plus, si le tegere identitem empêche d'associer un visage à un nom, alors elle n'aurait jamais put retenir le prenom de Marcus. Il lui fallait donc chercher ailleurs ...
Elle tourna encore quelques pages, ne parvenant pas à trouver de sort qui lui semble réaliste. Soit leurs effets étaient trop courts, soit ils ne correspondaient pas à ce qu'elle avait observé chez Marcus ... Si elle pouvait encore l'appeler Marcus ...
C'est alors qu'elle tomba sur un sort nettement plus intéressant ...
- Hermione, tout va bien ?
Elle sursauta brusquement. Ron venait de rentrer dans la pièce.
- Oui oui, ca va ... répondit-elle vaguement.
- Qu'est-ce que tu lis ?
Il s'approcha d'elle, et se plaça volontairement tout près de son visage, comme pour créer une sorte d'intimité entre eux. Hermione se recula discrètement, et leva instinctivement ses mains entre eux pour lui dire de reculer. Ce qu il fit, bien que cela les mette tous les deux mal à l' aise. Hermione se racla légèrement la gorge et expliqua :
- Je me renseigne sur les sorts permettant de modifier son identité aux yeux des autres.
- Pour quoi faire ? s'amusa-t-il. Cambrioler Gringotts sans te faire prendre ? Surtout ne comptes pas sur moi pout t accompagner, je ne plus me voir un seul dragon depuis que Charlie le bassine avec eux ! D' ailleurs pour le peu d'argent qu'il doit y rester, je ne suis pas sûr que ça en vaille le coup.
Il éclata de rire, trouvant l'idée qu'Hermione fasse un cambriolage apparemment très drôle.
- Ron ! Ecoute au lieu de faire le pitre ! J'étais arrivée sur ce sortilège, qui est très intéressant.
Elle se racla légèrement la gorge, et fit mine de commencer à lire avec ce ton très articulé qu'elle prenait toujours face à un passage important. Mais Ron l'interrompit, nullement intéressé par une autre de ses lectures.
- Je crois que je vais plutôt aller chercher tes médicaments, je reviens tout de suite.
Hermione leva les yeux au ciel face à son manque d'intérêt, mais ne l'empêcha pas de partir pour autant. Elle préférait de loin être seule, plutôt que de le voir bailler à chacune de ses phrases ou jouer avec une plume d'oie dès qu'il en avait l'occasion. Elle lut à voie haute, afin de mieux intégrer le paragraphe :
- « Edomo Identitem, venant du latin et signifiant "dompter, dominer l'identité". Ce sortilège est l'un des plus complexes et des plus difficiles à maîtriser, et seuls quelques uns des plus illustres sorciers de notre histoire sont parvenus à l'exécuter. Contrairement aux sorts permettant de simplement effacer l'identité, celui-ci ne s'applique jamais directement sur le lanceur de sort, mais plutôt sur la cible qu'il aura choisie. L'identité de la cible se retrouve entre les mains du lanceur de sort, lui permettant ainsi de la rendre invisible à certains, mais visible pour d'autres. Cependant, si la cible décide de s'attribuer un autre passé, ou un autre nom, le sort n'aura aucun effet sur sa nouvelle identité. Il n'agit que sur l'identité dite "courante", sur l'essence même de la personne. »
Elle s'arrêta un instant, impressionnée. Elle se doutait bien que des sortilèges d'une telle ampleur devaient exister, mais avoir la preuve écrite que c'était le cas lui faisait tout de même un drôle d'effet.
- « Le contre sort, reperire idetitem, ne peut être lancé que par le lanceur de sort en personne. Et ce à n'importe quel instant, sans que la cible ne se rende compte de rien. Il existe cependant un autre moyen de défaire le sortilège, limitant ainsi la dépendance de la cible envers le sorcier. En effet, même si l'identité obéit dorénavant à son nouveau maître, elle n'en oublie pas moins ses liens affectifs ou son histoire. Ainsi, ce sortilège se retrouvera légèrement fragilisé en présence de personnes proches de la cible, surtout si le lien émotionnel et affectif entre elles est très puissant. Par conséquent, une preuve de l'identité réelle de la cible, basée sur autre chose qu'un détail physique ou comportemental, peu servir de contre sort ... »
- Tiens, prend tes médicaments, dit Ron en entrant de nouveau dans la pièce, un verre à la main.
Mais Hermione ne réagit pas, elle semblait avoir perdu l'usage de la parole. Quand elle s'était réveillée, son cerveau était trop embrumé pour qu'elle se souvienne parfaitement des paroles de Marcus à son chevet. Mais là, certaines d'entre elles lui étaient revenues, et elle entendait encore sa voix lui murmurer à l'oreille : " Si je n'avais pas eut cette idée stupide de vouloir revenir vous voir après tout ce temps ... "
"Après tout ce temps ..."
"Après tout ce temps ..."
"Après tout ce temps ..."
Ces mots tournaient en boucle dans son esprit. Elle sentait son cerveau fonctionner à toute allure, tandis que tous les rouages se mettaient en place. Absolument tout collait avec ce sortilège, l'edomo identitem. Cette sensation de l'avoir déjà rencontré, sans pour autant comprendre pourquoi. L'impression d'avoir déjà croisé son regard, parlé avec lui, rit avec lui, sans pouvoir se souvenir de leur rencontre. Si le faux Marcus était sous l'effet de se sort, alors tout s'expliquait. Cela signifiait qu'ils avaient eut un lien émotionnel fort, suffisamment fort pour qu'elle puisse avoir des soupçons.
"Après tout ce temps ..."
Marcus avait sûrement décidé de revenir la voir après plusieurs années.
Cet homme avait donc été un ami proche, très proche même, qui s'était absenté pendant un long moment ... Rien qu'avec ces deux informations, elle avait des soupçons quand à son véritable nom. Mais ce qui acheva de la persuader quand à sa véritable identité potentielle, ce fut un minuscule détail ...
Son regard.
Pendant un moment, sous l'effet du sortilège, elle avait oublié la couleur de ses yeux. Mais à présent elle s'en souvenait parfaitement.
Verts.
En y repensant, elle eut comme un électrochoc.
Ils ... Etaient ... Verts ...
- Oh mon dieu ! s'exclama-t-elle en se relevant brusquement, faisant sursauter Ron qui manqua de renverser le verre sur son pull. Par la barbe de Merlin, pourquoi je n'y ait pas pensé plus tôt ?! C'était sous mes yeux depuis le départ !
- Mais de quoi est-ce que tu parles, Hermione ? demanda le rouquin en la regardant avec des yeux ronds.
- De Marcus ! Enfin non, ce n'est pas Marcus, c'est Harry ! Tu réalises un peu, Ron ?! Marcus est Harry ! C'est jute ... oh mon dieu je n'arrive pas à y croire !
- Euh ... sauf erreur de ma part, Marcus a toujours été Marcus, tout comme Merlin était lui-même et que moi je suis moi ...
Ron la regardait comme si elle avait perdu l'esprit, ou comme si elle était folle. Pour lui, c'était évident la fièvre la faisait délirer. Marcus ne ressemblait pas à Harry, en fait ils n'avaient rien en commun ! Et voilà qu'elle se mettait à tourner en rond, à se tordre les mains en parlant à voix haute. Elle parlait de le retrouver, de le chercher puis changeait d'avis dans la seconde d'après. Il comprenait de temps en temps les mots "partit", "sortilège", "pourquoi" et "recherches". Mais le nom qui ressortait le plus souvent était celui d'Harry, évidemment ... Aucun doute, c'était la fièvre, et elle avait besoin de repos. De beaucoup de repos. Mais peut-être que s'il avait écouté sa lecture il aurait pensé autrement ...
- Hum ... Hermione ... loin de moi l'idée de te contredire mais Harry est mort depuis sept ans ...
A cette phrase, la jeune femme se figea instantanément. Elle se tourna lentement vers lui, et parla d'une voix très calme et posée qui étrangement lui donnait un air assez effrayant.
- Ron, tu ne comprends pas. Harry est revenu à Londres après sept ans d'absence. Je ne sais ni pourquoi ni comment, mais les faits sont là. Le seul problème c'est que nous ne pouvons pas le reconnaître.
- Comme c'est pratique !
- Mais enfin écoute un peu ! C'était un sortilège ! Un sortilège, tu comprends ?! Nous ne pouvions pas le reconnaître ! C etait tout simplement impossible.
Ron ouvrit la bouche pour protester, puis la referma aussitôt. Une part de lui semblait avoir envie de la croire, envie que tout ceci soit vrai. Hermione pouvait voir le doute s'insinuer peu à peu dans son esprit. Elle attendait une réaction de sa part,patiemment.
- Très bien, dit-il toujours avec une légère méfiance, admettons que tu aies raison. Après tout ce ne serait pas la première fois ...
Il laissa échapper un rire un peu nerveux, puis continua :
- Si jamais Marcusétait vraiment Harry depuis le début, pourquoi est-ce qu' il n' a pas essayé de nous le dire ? Pourquoi est-ce qu' il aurait prit contact avec nous, sans nous dire qui il était, pour ensuite repartir ? Harry, si c' est bel et bien lui, ne ferait jamais ça.
Cette fois-ci, Hermione ne trouva rien à redire. C' est vrai que ce n' était pas logique, ça ne lui ressemblait pas. Elle ne trouvait pas moindre explication à un comportement pareil, mais malgré tout elle ne changeait pas d' avis.
- Crois ce que tu veux Ron, mais pour ma part je reste persuadée que c' est lui.
- Mais enfin ta théorie ne se base sur rien ! De ce que j' ai vu de lui, Marcus n' a fait aucun sous-entendu, et il n' y a rien dans son comportement où dans son attitude avec nous qui nous donne un indice ! En fait tu n' as aucune preuve.
- Non, c' est vrai. Mais je sais que c' est lui. Je le sens, quelque chose en moi me crie que c' est Harry.
Ron poussa un profond soupir. Hermione était en train de perdre la tête, il en était persuadé. Elle qui était d' habitude si rationnelle commençait à voir Harry partout, même chez un parfait inconnu. Discrètement, il plaça le verre contenant le médicament derrière lui sur un meuble, et utilisa discrètement sa baguette pour y rajouter discrètement le puissant somnifère donné par le médecin. Il l'avait prévenu qu'elle risquait de délirer, et visiblement l'heure était grave.
- Hermione, dit-il afin de détourner son attention, désolé de t'apprendre ça mais Harry a été tué par celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom avec un avada kedavra. Et je suis sûr et certain qu'on ne peut pas survivre à un avada kedavra. C'est impossible.
La sorcière ne trouva rien à répondre. Ou plutôt elle ne s'en donna pas la peine. Evidemment qu'il était possible de survivre à un avada kedavra, après tout Lily Potter avait sauvé la vie d'Harry quand il était bébé, alors même que Voldemort allait lui lancer ce sort ! Mais elle savait que cette conversation était perdue d'avance, et que de toute façon elle n'avait pas une seconde à perdre si elle voulait l'empêcher de partir.
- Pense ce que tu veux Ron, je m'en vais. Je vais retrouver Harry avant qu'il ne fasse la plus grosse erreur de sa vie.
Elle se dirigea vers la porte, mais Ron l'attrapa vivement par le bras pour la retenir. Il lui tendit le verre de médicaments avec un regard suppliant.
- Très bien, dit-il. Mais avale au moins ça, s'il te plait.
Le regard d'Hermione passa du verre, au rouquin, puis de nouveau au verre. Puis elle haussa les épaules, et l'avala d'une traite avec une légère grimace. Elle commença à se préparer, quand soudain le monde autour d'elle se mit à tourner.
- Q-qu'est-ce qu'il se passe ?
Elle avait les paupières lourdes, les jambes en coton et c'était comme si elle marchait avec des boulets aux pieds. Elle se sentait tellement fatiguée, tellement vidée d'énergie et elle avait tellement envie de dormir ...
Hermione savait qu'il ne fallait pas qu'elle dorme, qu'elle devait rejoindre Harry, mais c'était plus fort qu'elle, elle ne pouvait pas lutter ...
Elle chancela un peu, et Ron la rattrapa rapidement puis la dirigea vers le lit. Il l'y allongea délicatement, mais si elle avait put Hermione l'en aurait empêché. Elle ne voulait pas dormir, elle ne voulait pas ...
- R-ron ... qu'est-ce que tu as mit dans m-mon verre ?
- Un somnifère. La fièvre te faisait délirer, et je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose. C'est pour ton bien Hermione, croit-moi.
Bien malgré elle, la sorcière se sentit peut à peu sombrer dans le sommeil. Et dans un dernier souffle, elle laissa échapper un prénom. Un seul. Au plus grand désarroi de Ron ...
- Ha-rry ...
Harry n'en croyait toujours pas ses yeux. Marcus était là, juste devant lui, en chair et en os. Comme d'habitude, il portait des couleurs assez sombres, allant du noir au gris et en passant par l'argent. Le châtain de ses cheveux était la seule chose qui ne soit pas terne chez lui. Il gardait toujours cet air solennel, un peu fier et droit qui le caractérisait, et que l on retrouvait dans le ton grâve et légèrement rocailleux de sa voix. Seuls ses yeux s'allumaient de temps à autres d'une leur espiègle et amusée, allant parfois jusqu à gagner son sourire et permettant de voir ses dents parfaitement blanches.
- Alors Marcus, est-ce que tu vas me dire ce que tu fais là ?
Son ami lui lança un regard entendu.
- Tu n'en as vraiment aucune idée ? lui demanda-t-il.
Harry poussa un soupir d'exaspération.
- Tu venus pour me ramener, c'est ça ?
- Pas pour te ramener, mentit Marcus. Je voulais juste savoir si tu avais fait ton choix. Ce soit nous seront arrivés au bout des trois jours qui t'ont été accordés, après tout.
- Je vois ...
Un léger silence plana entre les deux hommes. Ce fut Marcus qui le rompit.
- Alors ? demanda-t-il. Quelle est ta décision finale ?
Harry prit une grande inspiration, s'arma de tout le courage dont il disposait et lâcha dans un souffle :
- C'est décidé. Je part. Je vais rentrer avec toi.
Son ami le regarda fixement quelques instants, comme s'il essayait de juger la sincérité de ses paroles. Même s' il gardait cette attitude solennelle, on voyait bien que ses yeux sembaient avoir de la peine pour ce que vivait Harry.
- Tu n'y crois pas une seule seconde, déclara-t-il. Tu n'as pas envie de partir, Harry, et tu le sais.
- Mais si, je dois partir. C'est mieux comme ça.
- Ce n'est pas parce que tu dois partir que tu en as envie, répliqua le brun. Et je te rappelle que si jamais tu rentres, il est capital que tu le fasses de ton plein gré, sans aucun regret, sinon tout risque de tomber à l'eau.
A cette remarque, Harry leva les yeux au ciel.
- Dans ce cas dit moi enfin ce qui risque de tomber à l'eau ! Je ne suis même pas au courant de ce fameux projet que vous avez pour moi, explique-moi un peu ! Que je sache au moins si ça vaut la peine que je me sépare de mes amis.
Et comme à chaque fois qu'il abordait le sujet, Marcus lui sortit cette même réponse :
- Je ne peux rien te dire pour l'instant, c'est strictement confidentiel. Tu en sauras plus lorsque tu auras définitivement rejoint l'ordre.
- Sauf qu'une fois que je l'aurais rejoint, je ne pourrais plus jamais en repartir !
Harry s'était presque mit à crier. C'était ça le point sensible de toute cette histoire où on ne lui disait que le moitié de ce qu'il devait savoir. S'il rentrait, il allait officiellement devenir un membre de l'Ordre de Merlin, ce qui était un immense privilège d'après Marcus. Mais le prit à payer était très lourd : toute sa vie, il allait devoir rester à la base de l'Ordre, et passer tout son temps à servir sa cause. Et c'était pour ça qu'il avait voulu revoir Hermione et les autres. Pour être sûr de son choix, pour savoir quoi choisir entre son devoir et sa famille.
- Non. Tu ne pourras plus jamais revenir, confirma Marcus. Mais est-ce que quelque chose te retiens encore ici ? Tes amis ont fait leur vie, et même si les temps sont durs ils sont heureux. D'autant plus qu'ils ne te reconnaissent pas, tu n'es qu'un étranger pour eux. Cette vie appartient au passé, Harry. Il est temps que tu passes à autre chose et que tu te tournes vers l'avenir.
- Comment est-ce que tu sais qu'ils ne me reconnaissent pas ? demanda le sorcier à lunettes d'un ton soupçonneux.
- Je t'ai suivis les trois derniers jours. Elle m'a envoyé pour te surveiller, et être sûr que tu rentres bien en vie.
- Etrangement ca ne m'étonne qu'à moitié, dit-il avec ironie.
- C'est qu'après toutes ces années tu as finit pas la connaître par cœur, continua Marcus sur le même ton, le regard brillant. Alors ? Tu pars ou tu restes ?
Harry ouvrit la bouche, puis la referma aussitôt. Le sorcier, malgré la détermination qu'il laissait paraître jusqu'ici, doutait de nouveau.
- J'ai encore combien de temps pour me décider ?
Si Marcus était déçu qu'il hésite encore, il n'en laissa cependant rien paraître, et répondit d'un ton neutre :
- J'ai mit en place un porte-au-loin pour rentrer. Au dernier coup de vingt heures je te retrouverai, et tu me donneras ta réponse définitive.
Harry hocha la tête, satisfait. Cela lui laissait encore sept heures pour se décider. Etrangement, il se sentait soulagé. Alors il dit au revoir à Marcus, puis lui tourna le dos et disparu à l'angle d'une rue. Son ami resta immobile quelques instants, regardant fixement l'endroit où il avait disparu. Puis, le visage toujours parfaitement neutre et fermé, il transplana dans un craquement sonore.
Durant les sept heures qui suivirent, le survivant tourna en rond un long moment. Il dû parcourir de nombreux kilomètres à pieds, et pour être honnête il était totalement épuisé. La fatigue lui permettait d'évacuer toute sa colère face à cette situation insoluble. Partir ou reste, telle était la question. Mais de là à trouver la réponse ... Non, en fait le plus dur n'était pas de trouver la réponse, mais plutôt de l'accepter, et surtout d'accepter les conséquences qui allaient avec ...
Après plusieurs heures de marche, les pas d'Harry finirent par le mener devant la maison de son parrain. Ou plutôt la maison de Ginny et Malefoy. Il ne prit même pas la peine de sonner à leur porte, puisqu'ils allaient encore le prendre pour un fou ou pour un criminel. Au contraire, il se contenta de rester sur un banc, non loin de l'entrée. Depuis cette place, il pouvait voir le couple vaquer à ses occupations quotidiennes à travers l'une des fenêtres. Drago semblait prendre un malin plaisir à taquiner Ginny à chaque fois qu'elle passait près de lui, et celle-ci ne se laissait pas faire et répliquait à la moindre occasion avec sa répartie légendaire. Ils s'échangeaient sans cesse des regards amusés, des sourires charmeurs et de petits clins d'œil. Le sorcier ne savait pas depuis combien de temps ils étaient mariés, mais en tout cas ils avaient l'air extrêmement amoureux l'un de l'autre. Leur petit moment de taquineries se termina en éclats de rires, et Ginny finit par attirer Drago à elle pour l'embrasser, tandis que ce dernier la prenait dans ses bras et la soulevait du sol avec un sourire béat.
Harry détourna les yeux par pudeur, alors qu'un sourire attendrit naissait sur ses lèvres. Apparemment ces deux là s'étaient bien trouvés, et il était content de les voir aussi heureux et épanouis l'un avec l'autre. Pour eux, la vie avait continué, et ce malgré le passé difficile de Drago et toutes les pertes qu'avait subit Ginny. Quand il les avait vu travailler dans leur building, il avait bien sentit qu'ils étaient mariés, mais sans pour autant deviner qu'ils étaient aussi complices. Apparemment, l'homme et la femme d'affaires devenaient des personnes complètement différentes en privés.
Pour être honnête, il était encore un peu perturbé par le fait que Malefoy fasse partie de la famille des Weasley, mais après tout le temps (ainsi que la guerre) avaient dû le faire changer. Et il n'avait pas oublié ce moment dans leur manoir, où Hermione, Ron et lui s'étaient fait attrapés, et ou Drago avait fait semblant de ne pas le reconnaître pour qu'il ne soit pas livré à Voldemort. Dans le fond, le serpentard n'avait jamais eut le choix, un peu comme lui.
Il resta encore quelques minutes sur le banc à réfléchir, puis repartit faire un tour.
Il était dix-huit heures trente. Il lui restait une demi-heure avant de faire son choix.
Alors, sans trop savoir si c'était une bonne idée ou non, Harry décida de passer une toute dernière fois devant la maison de Ron et Hermione.
Le cœur battant, il s'y rendit avec un nœud dans le ventre, et une certaine appréhension. Une fois arrivé sur le palier, il leva la main vers la sonnette ... puis renonça. Puis il s'en approcha de nouveau, et recula encore. Il n'arrivait pas à se décider. Il était encore là à hésiter quand la porte s'ouvrit brusquement sous son nez.
- Oh, c'est toi Marcus, c'est bien ce qu'il me semblait. Mais qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'es pas partit finalement ?
Ron se tenait devant lui, visiblement l'air surprit. Ne voulant pas répondre à sa question, Harry en posa une autre :
- Comment as-tu fait pour m'entendre ? Je n'ai même pas sonné.
- Je t'ai vu passer dans la rue depuis la fenêtre.
- Oh, je vois ...
Il léger silence plana.
- Alors ... commença Ron. Qu'est-ce que tu as décidé ? Tu restes à Londres encore un moment ? Je te le redit, tu peux dormir ici pendant quelques temps, sauf si tu préfères dormir sur un banc mais ça me semble légèrement moins confortable ...
Harry sourit à cette remarque. Il avait déjà dormit sur un banc, et en effet ce n'était pas une expérience très agréable.
- Hum, non ... non je ne reste pas. Je suis simplement revenu parce que ... j'ai oublié ma cape d'invisibilité !
Evidemment, c'était un mensonge, et la cape était dans son sac à dos. Mais il ne s'était pas préparé à ce qu'on lui ouvre, ni même à ce qu'il sonne de lui-même. Et il ne pouvait pas rester, après tout Marcus lui avait donné rendez-vous à dix-neuf heures ... ce qui lui laissait à peine dix minutes.
Harry fit mine de fouiller un peu partout et de chercher sa cape perdue. Il dû lutter violemment contre l'envie de monter à l'étage où se trouvait Hermione, mais parvint avec énormément de mal à se ramener à la raison. Sentant peu à peu sa détermination flancher, il fit mine de s'étonner de voir sa cape dans son sac à dos, ce qui lui valu quelques moqueries de la part de Ron. Ce dernier avait d' ailleurs profité du fait qu' il cherche sa cape pour regarder Harry de plus près, comme s' il essayait de remarquer quelque chose de nouveau chez lui. Il le fixa ainsi plusieurs secondes, puis secoua la tête de gauche à droite, résigné. Il n' avait rien vu.
Puis Harry se rendit de nouveau sur le palier, et se tourna vers Ron une dernière fois. Plus rien ne le retenait ici, puisqu'il n'était personne. Mais malgré tout, il voulait essayer de graver la dernière image qu'il aurait de son meilleur ami dans son esprit. Si la chose n'avait pas été déplacée, il aurait fait une accolade virile, comme celles que les hommes se faisaient quand ils se considéraient comme des frères. Mais au lieu de cela, il se contenta d'un simple au revoir, prononcé d'une voix nouée par l'émotion.
Il tourna au coin de la rue, le cœur lourd, et tomba nez à nez avec ... Marcus Davis, de nouveau.
- Tu es déjà là ? s'étonna le survivant.
- Je t'ai suivit à la trace toute la journée, alors disons que cela réduit le chemin pour te rejoindre ...
Harry se contenta d'hocher la tête. Il se sentait plus abattu que jamais.
- Alors ? Quelle est ta décision ?
- Je pars. Plus rien ne me retiens ici ... ils me manqueront chaque jour, mais c'est mieux comme ça.
- Tu es absolument sûr de ton choix ?
- Certain.
Le sorcier essayait de faire part du plus d'assurance possible, et réussit même à masquer l'émotion dans sa voix.
- Très bien, approuva son ami. Je pense bien que la décision a été difficile à prendre, après tout tu as passé autant d'années avec nous qu'avec eux, mais je pense que tu as fait le bon choix. L'Ordre sera ta nouvelle famille, très peu de personnes sur terre ont eut l'occasion d'en faire partie. C'est un privilège qu'il aurait été stupide de refuser, si tu veux mon avis.
- Si tu le dis ... je te fais confiance.
Marcus le regarda alors avec un immense sérieux, ses yeux gris prenant une légère couleur sombre.
- Et puis si je tiens à ce que tu reviennes, c'est aussi parce que je te considère comme un frère. Et je suis sûr que c'est la même chose pour elle ...
Harry parvint à faire un léger sourire.
- Oui, mois je te considère comme un frère, et je la considère aussi comme ma sœur.
Les deux hommes se sourient en silence. Marcus sortit alors un vieux parchemin sans valeur, qui leur servirait de porte-au-loin pour rentrer.
Le sorcier regarda l'heure. Il ne lui restait plus que cinq petites minutes.
C'est alors que quelque chose se produisit.
Peut-être était-ce le hasard, ou bien le destin, ou alors une entité inconnue qui tire les ficelles de ce monde. Mais après tout peu importe, tout dépend de ce à quoi vous décidez de croire.
En tout cas, quelle qu'en soit la cause, les fait étaient bel et bien là. Alors même qu'Harry regardait avec tristesse les dernières minutes défiler, s'éloignant pour de bon de ses amis, dans la petite chambre à l'étage de leur maison quelque chose venait de se passer.
Hermione venait d'ouvrir les yeux, elle s'était réveillée.
Hermione se demanda pendant un instant où elle se trouvait et ce qu'elle faisait là. Elle était un peu endormie, mais cela ne l'empêcha pas de revenir à la réalité en quelques secondes.
- Harry ! s'écria-t-elle. Il faut que je le retrouve !
Elle savait parfaitement que c'était stupide et complètement irrationnel de se mettre à chercher sans preuves concrètes. Mais il s'apprêtait à partir, et même si elle ne savait ni où ni comment, elle devait l'en empêcher, et tenter de rompre le sort qui l'empêchait d'être reconnu.
Sentant comme une vague d'adrénaline s'emparer d'elle, elle se mit à réfléchir plus vite que jamais, ne sentant presque plus les effets du somnifère.
Contre l'Edomo Identitem, il fallait trouver une preuve, qui ne soit pas une preuve physique, et qui puisse lui permettre de prouver que c'était bel et bien Harry en face d'elle. Elle se mit à tourner en rond, tournant et retournant cette condition dans son esprit afin de trouver une solution.
Et soudain, ce fut l'illumination.
- Non d'une chouette ! Mais bien sûr !
Hermione se rua vers un placard, le sortit du meuble sans aucune précaution, et renversa son contenu par terre. Dans la pièce d'en dessous, Ron entendit tout ce vacarme, et décida de monter pour voir ce qu'il se passait. La jeune femme de son côté n'en avait plus rien à faire, et s'occupait maintenant de retirer le double fond de ce tiroir. Une fois ouvert, elle en ressortit une petite balle dorée de la taille d'une noix, qu'elle regarda avec un mélange de tristesse et d'espoir.
Même après toutes ces années, le vif d'or ne l'avait jamais quitté.
Et aujourd'hui, il allait peut-être lui rendre Harry.
Ni une ni deux, elle se saisit de sa baguette, plus par habitude que par nécessité, et ouvrit la porte de la chambre. Elle descendit les marches quatre à quatre, mais se retrouva bloquée par Ron qui allait en sens inverse.
- Wow, doucement ! Où est-ce que tu vas comme ça ? lui demanda-t-il précipitamment.
- Retrouver Harry, où plutôt celui que je pense être Harry. Maintenant laisse-moi passer Ron, je ne dois pas perdre une seule seconde.
- Mais enfin ce n'est pas Harry, c'est Marcus ! Marcus, tu m'entends ? Tu es sûrement encore en train de délirer Hermione ! D'autant plus qu'il était là il y a quelques minutes, et que je l'ai bien regardé. Je te confirme encore que ce n'est pas Harry !
Malgré les tentatives de Ron pour la ramener à la raison, tout ce qu'Hermione avait retenu c'était qu'il était passé il y a peu de temps.
- Il était là ?! s'exclama-t-elle. Mais pourquoi tu ne m'as pas réveillée ?! Et où est-ce qu'il est partit ? Est-ce qu'il t'a donné la moindre information sur ce qu'il comptait faire ?!
- Non ! Et ca n'a pas d'importance, parce que tu vas tout de suite remonter dans la chambre, prendre tes médicaments et te soigner !
- Mais Ron, je vais parfaitement bien !
Il haussa un sourcil peu convaincu. Visiblement, il ne voulait pas la laisser passer. Mais Hermione n'avait pas le choix, elle devait partir. Alors elle prit sa baguette, et la pointa sur lui.
- Je suis désolée Ron, quand je serai rentrée tu verras que j'ai raison.
La rouquin fit les yeux ronds en voyant la baguette pointée sur son visage, mais il n'eut même pas le temps de faire quoi que ce soit qu'Hermione avait déjà prononcé "Petrificus totalus !". Il sentit ses membres se raidir, et il tomba à la renverse.
La dernière chose qu'il vit, ce fut sa femme qui passait le pas de la porte, et refermait derrière elle.
Il l'entendait crier le nom d'Harry dans la rue, encore et encore en espérant avoir une réponse. A sa plus grande inquiétude, il pensait qu'elle était en train de perdre la tête.
- Harry ! Harry ! Ne pars pas, attends ! Harry !
Le jeune homme se retourna brusquement. Il n'en croyait pas ses oreilles. Est-ce que c'était bien Hermione qui l'appelait par son nom ? Il ne la voyait nulle part, et sa voix était un peu lointaine, ce qui voulait dire qu elle était sûrement quelques rues plus loin. N'osant y croire, redoutant de se trouver en plein rêve, il se dirigea tout de même vers sa voix. Il courrait comme jamais il n'avait courut, un Marcus plus que contrarié sur ses talons.
- Hermione ! Ou es-tu ?
- Harry !
Il tourna à l'angle d'une rue, et soudain il la vit. Le temps se figea, sans bruit.
C'était bien elle, il n'avait pas rêvé.
Elle se tenait un peu à distance, immobile. Puis elle approcha pas à pas, très lentement, comme si elle hésitait encore sur l' attitude à adopter. Il ne la quittait pas des yeux, se perdant dans leur couleur dorée. Quand elle ne se trouva plus qu'à une dizaines de centimètres, il retint son souffle, tendu à l'extrême. Son torse se soulevait avec difficulté, tellement il redoutait de se tromper une fois encore.
- H-hermione ... Est-ce que ... Est-ce que tu sais qui je suis ?
Elle ne réagit pas, se contentant de le dévisager sans un mot. Son regard était si intense qu'il avait du mal à penser de façon cohérente.
- Hermione ... Est-ce que tu me vois ?
La phrase resta en suspend quelques secondes, puis la jeune femme lâcha dans un souffle :
- Non.
Harry sentit son cœur se briser en un millier de morceaux. C'était comme si des centaines de couteaux lui transperçaient le ventre, ou comme si soudainement le sol venait de se dérober sous ses pieds. Il s'avait qu'il n'aurait pas dû y croire une fois encore, c'était stupide ...
Mais c'est alors que la jeune femme tendit la main, et l'ouvrit.
A l'intérieur se tenait le vif d'or.
Il n'aurait jamais imaginé qu'elle l'ait encore avec elle après tout ce temps, et il sentit son cœur bondir dans sa poitrine en découvrant ça. Il la regarda avec surprise, ne comprenant pas ce qu'elle était en train de faire.
- Tu dois me donner une preuve, dit-elle. Prouve-moi que tu n'es pas Marcus ...
Harry prit la petite balle, frôlant au passage la main d'Hermione. Son regard se posa une première fois sur le vif d'or, avant de se reposer sur elle. Et quand il croisa son regard, il comprit.
Lui seul pouvait ouvrir cette balle.
Alors il la porta à sa bouche, et un petit déclic se fit entendre. Le vif d'or était certes vide, mais il venait de s'ouvrir.
Et avec ce geste si simple, si annodin, tout était prouvé.
Hermione porta la main à sa bouche, sous le choc, et le regarda un moment, complètement interdite. Des larmes remplirent peu à peu des yeux, se mirent à couler sur ses joues, et un sourire immense naquit sur ses lèvres. Ses yeux se mirent à s'illuminer, à briller comme si un million d'étoiles scintillaient à l'intérieur. Puis après quelques minutes de béatitude et de rires incontrôlés coupés par quelques sanglots, elle murmura d'une voix tremblante :
- Ha-Harry ... je te vois ...
Cette phrase eut chez le sorcier l'effet d'une bombe.
C'était comme un peu d'artifice, une joie éclatante, une explosion de bonheur si pur qu'il en eut les larmes aux yeux. Hermione se jeta brusquement dans ses bras, lui faisant faire plusieurs pas en arrière tandis qu'il éclatait de rire. Il se mit à la faire tournoyer dans les airs, faisait exploser sa joie et provoquant chez elle un autre éclat de rire, tandis que ses cheveux fous volaient autour de son visage. Quand il la reposa à terre leurs regard plongèrent l'un dans l'autre et il l'attira de nouveau à elle, la serrant fort dans ses bras comme pour se prouver qu'elle était bien réelle.
Hermione aussi l'étouffait. Elle riait et elle pleurait en même temps, marmonnant tout comme lui des mots sans queue ni tête et des phrases n'ayant aucun sens. Elle le serrait tellement fort qu'il en avait presque mal, mais il s'en fichait. Plus rien à part elle n'avait d'importance. Ni le regard de Marcus posé sur eux, ni le ciel qui s'assombrissait, ni le froid qui les gagnait peu à peu, ni les passant, ni les oiseaux, ni le temps, ni même ses doutes de la seconde précédente. Il n'y avait plus que son parfum, son odeur, ses cheveux bouclés, le grain de sa peau, ses larmes contre son torse, son souffle au creux de son coup, et la force de ses petits bras derrière sa nuque. Tout, absolument tout lui faisait délicieusement tourner la tête. Il n'y avait plus qu'elle. Il n'y avait toujours eut qu'elle. Et chaque petit détail le faisait l'aimer encore plus.
Harry ne voyait plus qu'eux. Deux petits points perdus dans l'univers, deux êtres que la vie avait tenté de séparer.
Mais ni le temps, ni la distance, ni même le plus puissant des sortilèges n'avaient put y parvenir.
