Chapitre 7 : De retour

Harry et Hermione ne se quittaient pas des yeux, tout sourires.

Et de son côté, Marcus restait de marbre. C'était comme si, dès l'instant où leurs regards s'étaient croisés, il était devenu invisible. Harry semblait avoir totalement oublié sa présence, et déjà le jeune homme sentait que la situation lui échappait. Au fond de lui, il se doutait du choix qu'allait faire Harry.

Il se racla la gorge, les faisant sursauter.

- Désolé d'interrompre ces touchantes retrouvailles, fit-il d'un ton cassant, mais il me semble que nous devons y aller ...

Harry sembla revenir brusquement à la réalité.

Mais son regard avait changé. Il n'y avait plus la moindre trace de doute, la moindre lueur de tristesse et de solitude. Il était plus sûr de lui, on aurait dit un homme nouveau, comme si une énergie nouvelle le faisait vibrer. Alors, pour la première fois depuis qu'il le connaissait, Marcus vit son ami lui parler sans ce voile de détresse qui planait sans cesse devant ses yeux, et sans donner l'impression qu'il portait le poids du monde sur ses épaules.

- Désolé Marcus, je sais que je te fais faux pas mais j'ai changé d'avis. Je ne viens pas avec toi.

- Et puis-je savoir pourquoi ? demanda-t-il d'un ton sarcastique.

Le regard d'Harry se porta brièvement sur Hermione, puis il se mit à sourire et dit :

- Parce que maintenant, j'ai une raison de rester.

Voilà, tout était dit.

Hermione se mit à rougir a cette remarque, et un petit sourire lui étira les lèvres.

Marcus aurait dû savoir que cela se terminerait comme ça, d'une certaine façon il en avait toujours douté. Il suffisait de les regarder tous les deux pour comprendre. Mais malgré tout il était déçu. Déçu, triste et en colère. En fait, il se sentait trahi.

- Oh, alors c'est toi le "vrai" Marcus ? s'étonna Hermione. Je pensais qu'Harry avait donné un nom au hasard, mais il faut croire que non. Je suis ravie de te rencontrer.

Elle lui tendit la main dans un geste amical, geste qu'il lui rendit après une légère hésitation. La jeune femme le regardait attentivement, et il faisait de même, comme s'ils essayaient de se cerner l'un l'autre ...

- Et donc ... continua Hermione, pourquoi voudrais-tu qu'Harry vienne avec toi ?

Au ton de sa voix, Marcus sentit qu'elle était un peu sur la défensive. Elle avait peur qu'Harry ne reparte, cela crevait les yeux.

- Harry doit repartir parce que nous avons quelque chose de très important à accomplir, n'est-ce pas ?

Le concerné poussa un soupir d'exaspération.

- Oui, je sais. Mais vous m'aviez dit que j'aurais le choix d'y participer ou non, et maintenant mon choix est fait. Je suis sincèrement désolé Marcus.

Sa mâchoire se contracta. Il était en colère. Très en colère. Mais il ne pouvait pas forcer Harry à venir, après tout il était libre d'aller où il voulait. Mais ce qui lui faisait vraiment mal, c'était de réaliser que son ami était capable de l'abandonner de cette façon. Ils s'étaient entraidés pendant des années tous les deux, mais malgré cela sa famille d'adoption restait plus importante. Cela avait toujours été comme ça, mais d'une certaine façon il n'avait jamais voulu l'accepter.

Alors, comme à chaque fois qu'il était en colère, Marcus revêtit ce masque de glace qu'il savait si bien porter, et afficha l'expression la plus neutre possible. Sans un mot de plus, il se saisit du porte-au-loin qu'il avait gardé sur lui. Il posa sa main dessus, et regarda Harry une dernière fois avec froideur. Il lui en voulait. Parce qu'il ratait la chance de sa vie, et parce qu'il avait le sentiment qu'il les abandonnait. Mais peut importe. Avec ou sans son accord, il finirait pas obtenir ce qu'il voulait.

Néanmoins, avant de repartir il s'approcha d'Harry, et lui glissa à l'oreille :

- Je sais que tes crises ont recommencées depuis que tu es retourné à Londres, inutile de le nier je le sais, je l'ai vu. Tout ce que j'espère, c'est que tu seras capable de les gérer sans nous ...

Harry le regarda fixement, l'air grave. Mais il ne changeait toujours pas d'avis.

Marcus recula de quelques pas, prenant ses distances avec lui.

Une fraction de seconde plus tard, le portoloin se mit en marche, et il sentit comme un crochet l'attraper par le nombril et le tirer en avant. Tout autour de lui n'était qu'un tourbillon de couleur mêlé au sifflement du vent. Soudain, il sentit ses pieds toucher brusquement le sol, et il se réceptionna tant bien que mal sur ses deux jambes.

Il poussa un soupir. Il avait échoué. Elle n'allait pas être contente.

La mort dans l'âme, il fit quelques pas en direction d'une colline qui semblait comme les autres, c'est à dire incroyablement normale. Mais dès l'instant où Marcus traversa le champ de protection qui entourait cet endroit, et repoussait les curieux, un immense château en ruines apparu devant lui. Il se composait de deux tours faites de pierres, dont l'une était effondrée sur elle-même, et l'autre était si haute qu'elle rivalisait avec les nuages. Des plantes grimpantes couvraient la majeure partie des remparts, et une puissante odeur de sel, d'humidité et de verdure planait dans les environs. Le château était situé au bord d'une falaise abrupte, si près qu'on avait sans cesse peur qu'il ne s'effondre un peu plus et ne tombe à l'eau. Même si les ruines dominaient, une partie restait en assez bon état, et était d'ailleurs toujours habitable.

A mesure qu'il avançait, Marcus écoutait le roulement des vagues sur la plage en contrebas, puis leur craquement lorsqu'elles se fracassaient sur les rochers. Il écoutait le vent siffler entre les ruines, et le bruissement des herbes hautes. On aurait dit que des centaines de voix, issues du passé et d'une magie plus vielle que le monde essayaient de vous parler à travers chacun de ces bruits, allant du hurlement du vent au plus léger des murmures.

Son masque de pierre disparu, son cœur se gonfla à bloc, et un sourire étira ses lèvres.

On n'était jamais mieux que chez soi.

Il pénétra dans la court envahie par les herbes, au centre de laquelle se trouvait un puis dont il n'osait même pas imaginer la profondeur. Puis il passa de grandes portes en bois craquelé, traversa plusieurs couloirs glacés et arriva enfin dans une salle moins froide que les autres. Au fond, on pouvait apercevoir une table ronde autour de laquelle ne se trouvaient que trois chaises, ainsi qu'une grande bibliothèque. Il n'y prêta pas attention, et emprunta une porte à la dérobée qui le mena directement devant un escalier en colimaçon.

Marche après marche, il monta au sommet de la tour, tout en veillant à ne pas glisser sur les pierres lissées au fil du temps par de nombreux passages. Il finit par arriver devant une porte en bois, beaucoup trop basse pour sa grande taille. Se penchant pour entrer, il fit face comme à chaque fois qu'il venait ici à une magnifique apparition ...

C'était elle.

Une femme, grande, fine et élancée, était penchée devant une coupelle de bronze contenant de l'eau. La peau pâle, des yeux couleur noisette, de longs cheveux noir corbeau coulant jusqu'au creux de ses reins, dont les boucles folles encadraient un visage délicat. On aurait presque dit qu'elle flottait. Elle marchait pieds nus sur le sol en pierre, comme si elle ne ressentait pas le froid mordant qui régnait ici, et sa robe blanche et vaporeuse faisait des mouvements délicats autour d'elle. Elle ne portait aucun bijoux, si ce n'est un petit médaillon contenant une photo, et dont elle ne se séparait jamais.

Et comme à chaque fois qu'il la voyait, Marcus se disait qu'elle devait être un ange tombé du ciel.

- Megara ... murmura-t-il. Est-ce que je te dérange ?

Elle se tourna vers lui, et lui offrit un de ces sourires qu'elle n'avait que pour lui.

- Tu ne me déranges jamais, tu le sais très bien.

Il s'approcha d'elle doucement, et se plaça à sa droite. Lorsqu'il regarda dans la coupelle, il vit que l'eau qui se trouvait à l'intérieur ne reflétait pas leurs visages, mais plutôt ceux d'Harry et Hermione, marchant l'un à côté de l'autre. On pouvait même entendre ce qu'ils se disaient si on tendait un peu l'oreille. Leurs voix semblaient légèrement différentes de la réalité, comme si on entendait un écho par dessus leur conversation.

« Pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ? demanda Harry en souriant

- Comment est-ce que je te regarde ? répondit Hermione en évitant son regard

- Comme si tu avais peur que je disparaisse.

- Mais peut-être que c'est le cas ? dit la jeune femme avec une légère peur dans la voix. J'ai encore un peu de mal à réaliser que tu es bien réel, j'ai peur de me réveiller et de réaliser que ce n'est qu'un rêve ... un mirage ...

- Ne t'inquiète pas Hermione, on ne se débarrasse pas de moi aussi facilement ... »

Ils se sourirent à nouveau, et la jeune femme porta une main hésitante vers le visage d'Harry. Quand sa main effleura finalement sa joue, elle en profita pour dessiner les contours de son visage avec délicatesse. Ses yeux devinrent plus humides, et elle dit avec émotion :

« C'est vrai ... tu es bien réel ... »

Puis Megara passa sa main au-dessus de la coupelle, et l'image se flouta puis disparut.

Marcus haussa un sourcil, à peine surpris.

- Ne me dis pas que tu nous surveillais depuis le château ? Que tu as entendu toute notre conversation ?

- Bien sûr que si.

- Très bien ... dans ce cas maintenant que tu sais qu'Harry ne nous aidera pas, qu'est-ce que tu as l'intention de faire ? J'espère que tu as une idée parce que pour ma part ce n'est pas le cas.

Le regard de la jeune femme se porta sur un objet dans un coin de la pièce, recouvert par un tissu blanc. Leur projet, celui pour lequel ils se battaient depuis des années se trouvait juste en dessous. Elle poussa un léger soupir de dépit, puis elle regarda de nouveau son ami, qui continuait de s'inquiéter encore et encore.

- ... Parce que si cette fameuse Hermione dont Harry nous parlait tout le temps n'était pas intervenue, je suis sûr qu'il serait revenu avec nous, lui dit-il. Et nous aurions put mener notre projet à bien, et ...

Megara posa une main sur son bras, ce qui le calma instantanément. Elle plongea ses yeux noisette dans les siens de couleur grise, et dit avec une grande assurance :

- Marcus, il faut se rendre à l'évidence, ces deux là ont toujours été très liés. Et même alors qu'elle ne le reconnaissait pas, ce lien était toujours là. C'est incroyable à quel point ils peuvent tenir l'un à l'autre ...

Son regard se fit soudain plus distant, à la fois attendrit et affectueux.

- Nous aurions dû nous attendre à ce qu'il choisisse de rester, continuât-elle avec un léger sourire. Mais ce n'est pas grave, nous feront autrement.

Son regard se porta de nouveau sur l'objet dans le coin de la pièce, celui caché sous un drap blanc ... oui, ils devaient trouver un moyen. Après tout, le temps leur était compté.

- Dans ce cas, qu'est-ce que nous allons faire ? demanda Marcus d'un air affligé.

La jeune femme resta pensive un long moment, son regard noisette se perdant dans le vide. Puis elle déclara d'une vois douce et pleine d'assurance :

- Nous n'avons plus le choix. Nous allons devoir passez au plan B.

Le jeune homme ricana.

- Je crois que ton "plan B" risque de ne pas apprécier ta visite. Ca va être difficile de le convaincre de coopérer.

- Peut-être. Mais Drago Malefoy a une dette envers moi. Donc de toute façon ... il n'aura pas le choix.


Harry posa sa main sur celle d'Hermione, qui se trouvait toujours sur sa joue. Des vagues de souvenirs l'assaillaient de toutes parts, et des millions d'émotions jaillissaient en lui. Et alors qu'il se remémorait toutes ces années passées avec elle, le regard de la sorcière se fit peu à peu plus grave, et nettement plus sérieux ...

- Dis-moi Harry ... c'était qui exactement ce Marcus Davis ? Tu le connais depuis longtemps ? Et pourquoi est-ce qu'il voulait que tu viennes avec lui ?

Harry se mit soudain sur la défensive. Le sujet abordé était assez compliqué et délicat, et il savait dors et déjà que ses réponses n'allaient pas convenir à son amie de toujours.

- Hum, je ne sais pas si je peux te parler de ça ... bredouilla-t-il.

Hermione fronça les sourcils, interloquée.

- Mais pourquoi ? Je ne comprends pas ...

Le sorcier se passa la main dans les cheveux, les emmêlant encore plus si c'était possible, comme à chaque fois qu'il était extrêmement nerveux. Il ne savait pas que répondre.

- Tout ce que je peux te dire, finit-il par dire, c'est que Marcus est un cracmol, donc il n'a pas de pouvoirs magiques. Je le considère comme un ami, et disons qu'il m'a beaucoup aidé pendant les sept dernières années. Mais je suis désolé Hermione, malgré toutes les questions que tu pourrais avoir, je ne peux pas te parler de ce qu'il s'est passé pendant tout ce temps. Ni te dire comment j'ai rencontré Marcus, ni pourquoi il voulait que je reparte, ni pourquoi j'ai eut besoin de son aide ...

- Mais pourquoi tous ces secrets ? J'aimerai bien savoir ce que tu as fait, et où tu étais ces dernières années ! Tu ne peux quand même pas disparaître aussi longtemps sans pouvoir nous donner la moindre explication !

- Je sais Hermione, je sais ... mais je ne peux rien te dire, tout simplement ... je n'ai pas le droit ...

La sorcière leva un sourcil, plus intriguée que jamais. Elle le croyait quand Harry disait qu'il ne pouvait pas parler. Mais était-ce parce qu'il avait honte de ce qui était arrivé, ou plutôt parce que quelque chose (ou quelqu'un) l'empêchait de tout dévoiler ? Toute cette histoire lui semblait louche, et extrêmement mystérieuse.

- Mais dans ce cas qu'est-ce que tu as le droit de me dire ? demanda la jeune femme.

Le sorcier à lunette fit une grimace, et répéta :

- Et bien ... Marcus est un cracmol ... et il m'a beaucoup aidé pendant les sept dernières années ...

Hermione poussa un soupir mi-amusé, mi-exaspéré. Harry ne semblait pas très loquace sur le sujet, et apparemment elle allait devoir se contenter de deux petites phrases pour résumer sept ans d'absence ... ou du moins pour l'instant.

- Je sens que tes explications vont être assez limitées ... Mais tu te rends compte que ce n'est pas parce que tu ne peux rien dire, que je ne vais pas faire de recherches de mon côté ?

Le survivant passa un bras autour de ses épaules, et dit avec un sourire en coin :

- Honnêtement, je n'en attendais pas moins de toi. Mais si tu veux un conseil, cette fois-ci n'essaye vraiment pas de comprendre ce qu'il s'est passé. Crois-moi, si ca ne tenais qu'à moi je te dirais tout mais ce n'est pas possible. Je pense que ce serait mieux si on en restait là, tu veux bien faire ça pour moi ?

Hermione ne répondit pas, et Harry savait parfaitement que ses paroles se seraient jamais prises en compte par son amie. Elle avait toujours adoré les mystères, et la connaissant elle ne lâcherait pas l'affaire tant qu'elle n'aurait pas obtenu de réponse. Mais pour cette fois elle se contenta d'hocher la tête, et ne posa pas d'autres questions, fort heureusement pour lui.

Ils continuèrent alors à marcher l'un à côté de l'autre, se rendant chez Hermione et Ron tout en rattrapant le temps perdu sur leur chemin. De temps à autre, au fil de leur discussion ils se jetaient de petits regards en coin. Et quand l'un d'eux regardait, l'autre gardait les yeux fixés sur le sol, ou sur les petites maisons du quartier. C'était ce genre de regard à la fois un peu perdu et en même temps plein d'espoir, que l'on a lorsqu'on essaye de savoir si, de l'autre côté, les sentiments que l'on éprouve sont partagés, ou si au contraire on se berce d'illusions depuis le départ ...


On pouvait être sûr d'une chose : Hermione maîtrisait de nombreux sortilèges.

Après tout, elle était brillante. Ce n'était une surprise pour personne.

Mais Ron pouvait malgré tout attester d'une chose : elle maitrisait le petrificus totalus à la perfection.

Il en faisait douloureusement les frais, et pour lui, devoir être immobile de la sorte était frustrant.

C'était ... Terriblement ... Frustrant.

Alors il se mit à réfléchir. D'une part puisque de toute façon il fallait bien tuer le temps, mais aussi parce qu'il ne pouvait rien faire d'autre, il ne pouvait même pas bouger le plus petit orteil ... En fait il ne pouvait rien faire à part se lamenter sur son sort, mais évidemment cela ne l'avancerait à rien.

Il se demandait bien où Hermione pouvait se trouver en ce moment même. Tout ce qu'il espérait, c'était qu'elle ne fasse pas de mauvaises rencontres ... non pas parce qu'elle ne savait pas se défendre, bien au contraire ! Mais plutôt parce que vu l'état de semi-euphorie dans lequel elle était au moment de partir, il craignait qu'elle ne soit pas en possession de tous ses moyens ...

Tout ça parce qu'elle pensait que Marcus était Harry ...

Evidemment, le meilleur ami de Ron lui manquait terriblement. Il n'avait jamais put le remplacer. Et même avec Neville, Dean ou Seamus, cela n'avait jamais été et ne serait jamais comme avec le brun à lunettes. Malgré tout, il avait dut apprendre à vivre sans lui. Pendant toutes ces années, il n'avait rien dit, il avait fait son deuil ainsi que celui des membres de sa famille en silence ...

Mais pour Hermione, faire face à la mort d'Harry avait été nettement plus ... compliqué ...

Le rouquin se souvenait de tous les détails. Il se souvenait l'avoir retrouvée dans la forêt interdite, le regard trouble et vitreux. On aurait dit qu'elle n'était plus elle-même. Pourtant, le plus terrible mage noir de tous les temps venait d'être tué, et même si les pertes étaient lourdes, il s'était attendu à ce qu'elle aie au moins un léger sourire ... Mais non. Pendant des jours, elle n'avait pas prononcé une seule parole. Ou alors elle ne parlait que lorsque c'était absolument nécessaire, et encore dans ces cas là elle ne disait que le strict minimum. Comme tout le monde, elle avait aidé à la reconstruction de Poudlard. Il avait fallu plusieurs mois pour tout remettre en ordre, et durant toute cette période ses réponses se limitaient à "oui", "non", "je vais m'en occuper", et "je suis fatiguée". On aurait dit un fantôme. Elle ne vivait plus, durant tout ce temps elle s'était contentée de survivre.

Ron se souvenait encore des détails de leur tout premier baiser. C'était lors de la bataille de Poudlard. Cela s'était fait dans le feu de l'action, et sûrement facilité par une bonne dose d'adrénaline. Mais après la mort d'Harry, aucun d'entre eux n'avait abordé le sujet. Après tout, ce n'était pas la période idéale pour le faire. Lui-même faisait face à la mort de Fred du mieux qu'il pouvait. Ils avaient tout simplement d'autres choses à penser. Ron se souvenait des nuits blanches qu'il avait passées, à se remémorer chaque seconde, chaque instant du combat en se demandant ce qu'il aurait dû changer, ce qu'il aurait put faire mieux. Peut-être qu'en changeant quelques détails par-ci par-là, ils auraient put sauver Harry, et Fred, et Lupin, et Tonks ... Mais c'était ainsi, la guerre n'épargnait personne. Jour après jour, les cernes avaient creusé son regard. Puis lors d'un soir d'insomnie parmi tant d'autres, il avait trouvé Hermione dans le salon du Terrier, en train de regarder par la fenêtre. Il lui avait parlé, lui demandant ce qu'elle faisait toute seule dans le noir, mais elle n'avait pas réagit. C'était tout juste si elle avait tourné la tête pour le regarder. Alors il s'était assis à côté d'elle, sans rien dire, sans rien faire. Il n'avait même pas osé même pas la toucher. Ils avaient passé plusieurs heures l'un à côté de l'autre, en silence. Hermione avait tourné encore et encore le vif d'or entre ses doigts, regardant si intensément la petite balle qu'elle devait en avoir mal aux yeux. Puis la jeune femme s'était relevée, et s'était dirigée vers les escaliers, toujours sans dire un mot. Mais, juste au moment de partir, elle avait murmuré un léger "Bonne nuit, Ron." avant de disparaître dans sa chambre.

C'était la première fois qu'il l'entendait dire quelque chose qui ne soit pas absolument nécessaire.

Leur rituel avait continué pendant plusieurs mois. La journée, ils agissaient comme si de rien n'était, puis le soir ils se retrouvaient, toujours sous la même fenêtre. A chaque fois, Hermione venait avec le vif d'or, le regardait en le tournant entre ses doigts, et ne disait rien. Puis elle repartait, et ils recommençaient le lendemain. D'un côté, cette habitude lui faisait du bien également. C'était quelque chose de stable, de constant, dans un monde magique complètement perdu et qu'il ne reconnaissait plus ... Et pourtant, chaque soir l'absence de leur ami se faisait de plus en plus sentir. Chaque soir, le vide qu'il avait laissé derrière lui les meurtrissait un peu plus ... Chaque soir, ils se sentaient vides, incomplets ... Le trio d'or n'existait plus ...

Jusqu'à ce soit d'hiver, où les choses avaient été différentes.

Il s'en souvenait parfaitement.

C'était la veille de noël.

Ce soir là, Hermione avait versé une larme. Au départ Ron n'avait pas été sûr de ce qu'il voyait, puisqu'elle s'était immédiatement cachée derrière sa masse de cheveux bouclés. Puis peu à peu il avait entendu des sanglots, se faisant de moins en moins discrets. Elle serrait si fort le vif d'or que ses jointures étaient complètement blanches, et elle hoquetait tout le temps. Pendant un moment, il n'avait pas su comment réagir. C'était la toute première fois qu'il la voyait pleurer depuis la mort d'Harry. Alors, avec une immense maladresse il s'était approché d'elle et l'avait prise dans ses bras. Au départ elle avait résisté, puis elle avait finit par s'accrocher désespérément à son T-shirt, le mouillant de ses larmes.

" I-il me manque, Ron. Si-si tu savais c-comme il me manque ..."

Elle avait répété cette phrase en boucle, encore et encore. La voix cassée, tremblante, brisée par les sanglots ...

Le rouquin n'avait rien trouvé à répondre. Tout ce qu'il avait put faire, c'était la serrer un peu plus contre lui. S'accrocher à elle avec désespoir, alors même que les larmes coulaient sur ses joues, et qu'il tentait tant bien que mal de se remémorer le temps où Harry était en vie, de se remémorer son visage qui s'effaçait peu à peu de sa mémoire ... Tout ce qu'il voulait c'était retrouver son meilleur ami, pouvoir lui dire un dernier adieu, pouvoir lui dire ... en fait, il ne savait pas ce qu'il lui dirait s'il le retrouvait, mais peut-être qu'il pourrait ... juste le serrer contre lui. Dans une de ces accolades un peu viriles qu'on se faisait entre mecs ...

Si seulement il pouvait revenir en arrière, pour que tout redevienne comme avant ...

La nuit suivante, il avait brisé le silence et s'était mit à parler. Cela c'était fait d'un seul coup, c'était comme un besoin vital. Hermione de son côté ne disait rien, elle se contentait d'écouter, de le regarder parler ... Ron ne parlait jamais d'Harry, mais plutôt des sujets de la vie quotidienne, de leurs études, de la toute nouvelle relation entre Ginny et Drago qui le mettait hors de lui ... Cela lui faisait du bien de vider son sac, même s'il avait l'impression de parler à un mur. Dans ces moments là, il se sentait ... un peu moins triste. Il faisait des blagues de temps en temps. Hermione ne riait jamais, mais elle souriait, et c'était mieux que rien. Comme toujours elle gardait le vif d'or avec elle, et le griffondor s'était même mit à apprécier ce petit détail. C'était comme si Harry était avec eux, en train de l'écouter parler.

Puis peu à peu, avec du temps et de la persévérance, il avait finit par la faire rire. Elle n'avait pas éclaté de rire, n'allez pas croire ça. Son rire avait été plus léger, plus discret. Mais au moins elle n'avait pas pleuré, et elle avait fait plus qu'un simple sourire. Lentement, elle avait finit par sortir de son mutisme. Un soir, il avait même réussit à avoir une conversation complète avec elle.

Un an plus tard, il lui avait demandé d'être sa petite amie. Et elle avait refusé. Elle disait en aimer un autre.

Il n'avait jamais demandé de qui il s'agissait. Avec le recul, Ron se disait que ce devait sûrement être Harry. Mais à l'époque il n'avait pas voulu savoir, il n'avait pas osé demander ...

Finalement, Ginny s'en était mêlé. Elle avait eut une très longue conversation avec Hermione, conversation étalée sur plusieurs jours, pendant plusieurs heures. Puis la jeune femme était venue vers lui, un peu hésitante et peu sûre d'elle, et lui avait finalement dit dans le blanc des yeux : "Je ne te promets rien Ron, mais je veux bien te laisser ta chance." Et tout était partit de là. De fil en aiguille ils avaient construit une relation de couple normal. Ils se tenaient la main, s'embrassaient, passaient du temps ensemble. Ils avaient même finit par emménager tous les deux. Hermione faisait ses études pour travailler au ministère, tandis que de son côté il avait décidé de devenir auror. Vu de l'extérieur, tout semblait parfait. Le couple idéal aux yeux de tous ... Sauf que ce n'était pas vraiment le cas. Ron n'avait jamais vu la moindre étincelle dans les yeux d'Hermione lorsqu'ils s'embrassaient, et elle ne lui avait jamais dit "je t'aime" spontanément. Il avait toujours dû insister. Mais malgré tout il s'était accroché à elle, parce qu'il l'aimait. Il avait fermé les yeux. Il avait ignoré tous ces repas de familles lors desquels elle ne parlait pas, les yeux dans le vide, perdue dans ses pensées. Certains soirs, alors qu'elle le croyait endormis, Hermione s'asseyait près de la fenêtre, sortait encore et toujours le vif d'or, et regardait le ciel étoilé tout en pleurant silencieusement. Il n'en avait jamais parlé avec elle. Il voulait lui laisser son jardin secret.

Mais après réflexion, en considérant la discussion qu'il avait eue avec Ginny et Drago, peut-être bien que même après tout ce temps elle avait continué d'aimer Harry. Peut-être que depuis tout ce temps, quand il l'embrassait c'était au sorcier à lunettes qu'elle pensait ...

Elle n'avait jamais été à lui.

Puis, cinq ans après la chute de Voldemort, ce fut la Grande Purge. Les moldus, aidés par on ne sait quel sorcier, avaient déferlés sur le chemin de traverse. Ce soir là, Georges, son père et sa mère se trouvaient à la boutique de farces et attrapes. Ce soir là, les moldus y avaient mit le feu. Et ce soir là ... ils étaient morts dans les flammes. Ron avait été inconsolable. Hermione, ainsi que le reste de sa famille s'étaient soutenus du mieux qu'ils pouvaient. Il se souvenait à peine de leur enterrement. Il n'avait que des souvenirs flous de cette époque. La seule chose dont il se souvenait, c'était de s'être fait réveiller brusquement par le hibou de Georges, en pleine nuit. Ses plumes étaient à moitié brûlées. Il se revoyait s'habiller en quatrième vitesse, réveiller Hermione, et se ruer vers le chemin de traverse. Mais une fois sur place, il était déjà trop tard. Le jour se levait, les moldus commençaient à partir, et le magasin était en flammes.

Il pouvait presque sentir encore aujourd'hui la chaleur étouffante du brasier, qui emportait sa famille juste sous ses yeux. Il revoyait les cendres flotter dans les airs, et sentait encore cette horrible odeur de charbon et de sang qui régnait dans l'air ... Tout cela dans le silence le plus total. Pas de cris, pas de pleurs, pas d'appel à l'aide. Absolument rien. Cette nuit était à jamais gravée dans son esprit. Parfois, il lui arrivait de se réveiller en sursaut en plein milieu de la nuit, s'attendant à voir un hibou le tirer de son sommeil. Complètement paniqué, le cœur battant la chamade, il lui fallait souvent plusieurs minutes avant de réaliser que tout cela n'était pas réel, qu'il était déjà trop tard ...

Puis les tentions dans le monde sorcier étaient montées d'un cran. Tout le monde avait peur, on ne pouvait faire confiance à personne. Les droits des sorciers se limitaient de jour en jour, tandis que les moldus commençaient à faire la loi. Ron en était même venu à les haïr secrètement, à les maudire au plus profond de son cœur. Ils lui avaient arraché sa famille, et maintenant ils essayaient de lui retirer sa magie. Fleur avait même faillit se faire attaquer par des moldus en colère, mais l'incident avait été évité de justesse, ce n'était pas passé loin. Tout cela à cause de son côté Vélane, qui avait été considéré comme une abomination par un groupe d'anti-sorciers. Alors Ron avait prit peur. Il avait eut peur de perdre Hermione comme Bill avait faillit perdre Fleur, peur qu'elle ne disparaisse comme Fred, Georges et ses parents ...

Donc il l'avait demandée en mariage. Après quelques hésitations, elle avait accepté. Ils s'étaient mariés un peu précipitamment, la cérémonie était simple et humble contrairement au mariage grandiose de sa sœur deux ans plus tôt. Mais ils n'avaient pas eut besoin de plus.

Le rouquin se souvenait encore du sourire de sa femme ce jour là. Il l'avait rarement vu sourire de cette façon, elle lui avait réellement semblée heureuse. Même si, après réflexion, il avait cru surprendre un éclair de tristesse et de doute dans son regard, au moment de dire "oui" ... Mais peut-être qu'il l'inventait ... n'est-ce pas ?

Après le mariage, ils avaient été heureux tous les deux. De jeunes mariés, s'entendant à la perfection, et ayant toute la vie devant eux ...

L'illusion avait duré six mois.

Peu à peu, l'ancienne Griffondor était devenue distante. Ses marques d'affections s'étaient faites plus rares, et rentrait de plus en plus tard le soir. Soi-disant parce qu'elle avait beaucoup de travail, mais au fond de lui Ron pensait qu'elle l'évitait. Ou pire, qu'elle avait prit un amant. Ce dernier point lui avait valu de nombreuses nuits sans sommeil, jusqu'au jour où il en avait parlé avec elle.

Hermione s'était tout de suite braquée, vexée qu'il puisse penser une telle chose d'elle. Ils avaient enchaînés disputes sur disputes, malentendus sur malentendus, rancœur sur rancœur. Et Ron ne comprenait toujours pas pourquoi elle s'éloignait de lui de cette façon. Puis un matin, au petit déjeuner, elle avait demandé le divorce. Au départ le rouquin n'avait pas réagit, il pensait avoir mal entendu.

Elle avait alors répété : "Ron, je vais demander le divorce."

La deuxième fois, il avait réalisé ce que cela impliquait. La séparation. Il n'avait rien dit, laissant Hermione s'expliquer. Pendant de longues minutes, elle lui avait dit qu'elle était désolée, qu'elle s'était bercée d'illusions. Qu'elle ressentait une profonde affection pour lui, mais que ce n'était pas le genre d'amour qui permettait de faire sa vie avec quelqu'un. Selon elle, les temps difficiles et la mort de leurs proches l'avaient aveuglée. Pendant tout ce temps il avait été son soutient, et elle l'en remerciait, mais elle était tellement perdue qu'elle avait finit par se convaincre qu'elle ressentait de l'amour, et non de l'amitié. Tout s'était enchaîné tellement vite qu'elle n'avait pas prit le temps de savoir ce qu'elle voulait vraiment. Et après plusieurs mois de réflexion, elle avait put faire la part des choses, et voulait qu'ils se séparent.

Suite à son monologue, Ron n'avait fait aucun commentaire. Il s'était levé de table, avait mit son manteau, lui avait dit au revoir et était partit travailler.

Il avait refusé de divorcer. Il voulait leur laisser une autre chance. Ils ne pouvaient pas s'arrêter après seulement un an de mariage sans même essayer de sauver le navire ...

Depuis ce jour là, le sujet était devenu une tension récurrente entre eux deux, et malgré tous ses efforts Hermione n'avait toujours pas changé d'avis.

Toujours allongé sur le sol, complètement incapable de bouger, Ron s'arracha à ses pensées. Pourquoi tout était aussi compliqué ? Pourquoi n'était-il jamais à la hauteur ? Allait-il devoir la perdre, elle aussi ?

C'est alors qu'il entendit des bruits de pas devant chez lui.

Quelqu'un tourna le verrou, avec un léger "Cric-crac", puis entra. C'étaient deux personnes en train de discuter. Il reconnu en premier lieu la voix d'Hermione, et quand il entendit la deuxième ... Il se figea un peu plus si c'était possible.

Non.

Il ne devait rêver. Ou alors il hallucinait.

Ce ... n'était pas ... possible.

- Au fait Hermione, où se trouve Ron ?

Bon sang ! Par la barbe de Merlin ! Par sa collection enfin complète de cartes de chocogrenouilles !

Est-ce que ... et si ... non, ce n'était pas possible ...

- Ron ? demanda Hermione.

Un ange passa, et soudain la jeune femme se souvint brusquement de ce qu'elle avait fait.

- Oh mon dieu ! s'exclama-t-elle. Ron ! Il est toujours pétrifié !

Le rouquin entendit Hermione courir, puis il vit son visage se pencher vers lui, avec une expression confuse. Elle enleva immédiatement le sortilège, et Ron sentit peu à peu ses membres se détendre et retrouver leur mobilité.

- Pardonne-moi Ron, je t'avais oublié, dit Hermione rouge de honte.

Mais il ne lui en voulait pas. En fait, son esprit était tourné vers un tout autre sujet. A la fois plein d'espoir et complètement effrayé, il tourna lentement la tête ... et il le vit. Il ne s'était pas trompé. C'était bien sa voix qu'il avait reconnue ... il était là, juste devant lui, tous sourires, attendant visiblement une réaction de sa part.

- E-euh ... H-hermione ... bredouilla Ron la voix tremblante. J'ai dû prendre un sacré coup sur la tête en tombant au sol ... ou alors nous subissions une attaque de zombis ...

La sorcière, un immense sourire sur les lèvres, ne répondit pas. Ce fut lui qui prit la parole.

- Ron ... c'est moi ! C'est Harry ...

Dans son regard vert, on sentait un mélange de joie et d'hésitation, comme s'il n'était pas sûr de la réaction du Griffondor. Après un moment de silence, le rouquin fut secoué d'un rire nerveux, allant presque jusqu'à pleurer de rire.

- Ha-Harry ?! C'est toi ? Je veux dire, c'est vraiment toi ? Je ne suis pas en train de rêver ?

- Non Ron, c'est vraiment moi !

Il resta encore immobile un fraction de seconde. Puis soudain, il se releva à toute vitesse, et se rua vers son meilleur ami pour le serrer contre lui. Les deux hommes partirent tous les deux dans un immense éclat de rire, sous le regard à la fois amusé et bienveillant d'Hermione.

- Ron, tu m'étouffes ! protesta le survivant.

- J'en ai rien à faire ! Si même la mort ne veut pas de toi, je peux bien me permettre de t'étouffer pendant quelques minutes !

Harry répondit par un nouvel éclat de rire, aussitôt suivit par Ron et Hermione. La jeune femme se joignit à eux, et les trois amis se serrèrent les uns contre les autres de toutes leurs forces, pleurant et riant à la fois.

- Mais qu'est-ce que tu as fait pendant tout ce temps ? demanda finalement le rouquin. Tu t'es prit pour un ours et tu as hiberné ? Sept ans ça fait long, tu sais !

Harry et Hermione se jetèrent un regard.

- Si tu veux bien, nous en reparlerons plus tard, dit le sorcier à lunettes.

Ron ne protesta pas, il était beaucoup trop heureux d'avoir retrouvé son meilleur ami pour émettre la moindre protestation. Il se contenta alors de serrer Harry et Hermione un peu plus contre lui, le cœur gonflé à bloc. Il avait envie de crier, de rugir, de hurler tellement il était heureux. Pour la première fois depuis bien longtemps il se sentait à sa place.

Après des années de séparations, le fameux trio d'or venait de se recomposer.

Ils étaient enfin au complet.


Et voilà pour ce chapitre ^^ j'espère sincèrement qu'il vous aura plut !

Comme d'habitude, laissez-moi des commentaires, des reviews, des MP ... bref, donnez-moi votre avis !

A la prochaine, de mon côté de je retourne à l'écriture ^^