Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF, pour plus d'information, vous pouvez aller voir sur notre merveilleux forum francophone ou m'envoyer un PM. Ici, le thème était « absurde ». Bonne lecture...

De l'absurde normalité.

Absurde.

Son style vestimentaire était absurde. Ses convictions étaient absurdes. Son métier était absurde. Tout en lui l'était. Oh, pas selon ses propres dires, mais plutôt selon l'avis général, l'opinion publique, ce genre de chose.

Xenophilius Lovegood était un être absurde. Il était fou. Il méritait à peine le titre de sorcier. On se demandait même comment il avait pu finir ses études et réussir à peu près ses sorts sans faire s'effondrer Poudlard. D'ailleurs, personne ne se risquait à approcher sa maison, ou même la clôture de son jardin, de peur d'être assailli par ses théories fumantes sur des Ronflacks Cornus ou des Nargoles, ou d'être soufflé par une explosion. Ce n'était pas pour rien que sa femme était décédée. Elle était aussi folle que lui. Pour épouser un tel homme, il fallait l'être.

L'ensemble de la communauté sorcière, dans son unanimité, se désolait pour leur pauvre fille Luna. Cet homme n'était pas fréquentable. Et on se demandait bien comment il allait faire pour élever une enfant seul, quand il n'était même pas capable de prendre soin de lui, quand il était toujours fourré au milieu de ses rotatives et de ses presses, refusant, de manière absurde, d'utiliser la magie pour imprimer ses feuilles de choux. Tout le monde était persuadé que ça allait être une catastrophe. Et pour ne pas arranger les choses, ce torchon qui se donnait le nom de journal, Le Chicaneur, oui ce ramassis de bêtises toutes plus farfelues les unes que les autres, ne se vendait pas bien. On ne se demandait pas pourquoi. Tous ceux qui l'achetaient étaient soit fêlés, soit ils le faisaient pour s'amuser et rire à ses dépends des nouvelles bizarreries de ce pauvre Xenophilius. Ce qui était plus inquiétant, était qu'on ne peut pas élever un enfant avec du rêve, ça n'était pas ça qui allait nourrir et habiller la petite Luna. Soit dit en passant, ce nom reflétait bien la folie de l'homme, appeler sa fille ainsi, a-t-on idée ?

Quand la petite fille était arrivée à Poudlard, tout le monde avait compris. Les enfants sorciers avaient tous raconté à leurs parents comme était Luna. Ils avaient tous parlé de ses manies étranges, de ses radis aux oreilles, de ses colliers en bouchon de biéraubeurre, de son air pensif et absent ou de ses cheveux de fée, d'un blond sale. On comprenait mieux comment il avait réussi à l'élever. Il ne l'avait tout simplement pas élevée, il lui avait juste transmis sa folie. La petite fille avait été envoyée à Serdaigle, on se demandait bien pourquoi. Elle aurait eu sa place à Poufsouffle plutôt, parmi ses pleutres nés-moldus auxquels elle devait sans doute plus ressembler.

Pourtant, les années passaient et si Luna ne changeait pas, une chose changeait. À présent, bien que folle, elle avait des amis. Des gens osaient accorder leur amitié à une jeune fille de cet acabit. Bon, il y avait Harry Potter dedans, lui aussi était dérangé, qui se ressemblent s'assemblent. Mais la jeune Hermione Granger paraissait saine d'esprit elle, de même que les deux enfants Weasley même si on n'aimait pas tellement se voir en leur compagnie. Le jeune Londubat aussi avait l'air fiable, on connaissait l'état de ses parents, leur combat, ainsi que le brio de sa grand-mère. Il ne pouvait pas être un mauvais garçon, même s'il était apparemment un peu niais. Non, vraiment, on ne comprenait pas ce que tous ces enfants pouvaient bien trouver à la fille d'un Lovegood.

Un jour, certains comprirent. C'était si simple. Et tout d'un coup, leur ancienne vision leur paraissait d'une absurdité sans nom. Tout était une question de normalité. Ce qui est censé être normal, ce qui est approuvé, ce qui est dans les comportements communs. Cette norme se fixe, et peut se modifier. Et si tous ces enfants n'avaient pas la même norme ? Et si pour eux, la petite Luna était la normalité ? Et si le monde sorcier avait à apprendre de cette jeune sorcière déjà brillante, courageuse et dont certains ne doutaient plus de son envoi à Serdaigle ? Et si finalement, la normalité c'était ça ? Ne pas être normal, ne pas être comme les autres, ne pas se conformer à une règle absurde. Et s'il n'existait pas qu'un seul comportement ?

De plus en plus de gens se mirent à lire Le Chicaneur auparavant décrié, de plus en plus de gens se mirent à croire Harry Potter, de plus en plus de gens suivaient les exploits de ce petit groupe et en particulier les performances de la jeune Luna, de plus en plus de gens croyaient à tout ça et changeaient d'opinion, de plus en plus de gens cessèrent leurs paroles mesquines contre Xenophilius Lovegood. Cet homme avait eu bien plus de malheur dans sa vie que beaucoup, sans jamais faillir. Cet homme était un homme bien. Loufoque mais ça ne l'empêchait pas d'être bien. Et si on se demandait avant comme Luna Lovegood allait pouvoir trouver un jour l'amour, on se demandait aujourd'hui quel homme aurait grâce à ses yeux. Quel homme remarquerait-elle ? Lequel saurait la sortir de cette rêverie perpétuelle dans laquelle elle semblait plongée ? Lequel saurait entrer dans sa bulle pour s'y faire une place ? Comment serait-il ? Aussi étrange qu'elle ou d'un banal affligeant ?

Elle l'avait trouvé. Elle avait trouvé un homme qui la comprenait et l'acceptait comme elle était, sans jamais s'emporter. Son père aurait été fier d'elle. Les amis de Luna l'étaient pour lui. Rolf Scamander avait su déchiffrer la personnalité complexe de Luna, de celle qu'on avait un jour traité de Loufoca. Cette Loufoca là, elle était belle dans son bonheur, rayonnante. Et malgré les rumeurs persistantes de certains, Rolf était heureux et n'aurait voulu aucune autre femme au monde. Il avait eu tellement de mal à la séduire. Ne s'instruit pas sur les Ronflacks Cornus qui veut !