Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF, pour plus d'informations, vous pouvez bien sûr m'envoyer un PM ou aller voir sur notre merveilleux forum. Le thème était « silence ».
Reine du silence ?
Se taire. Encore et toujours. La fameuse loi du silence. Narcissa la vomissait.
Quand elle avait épousé Lucius, elle l'avait fait par intérêt. Un simple bout de parchemin les liait. Rien de plus. Ils n'étaient pas amoureux, il n'y avait pas eu de coup de foudre entre eux. Ni aucun autre sentiment mièvre qu'on trouvait dans les contes pour enfants. Elle s'était mariée par obligation. Parce que c'était la coutume. Parce que sa famille l'exigeait. Parce qu'elle n'était bonne qu'à ça. Elle n'était qu'une femme. Elle n'avait aucun autre choix. Elle l'avait choisi parce qu'il était riche, parce qu'il n'était pas moche, parce qu'il avait son âge. Elle avait fait un compromis avec ses rêves de petite fille. Elle s'était tue. Elle avait étouffé ses rêves de sentimentalisme, de romantisme, de joie. Elle avait enfermé son cœur. Pour ne plus l'ouvrir.
Elle s'était forgée une carapace, au fil des années. Elle avait rapidement compris que c'était le seul moyen qu'elle avait pour survivre. Elle s'était faite de marbre pour lui résister. Pour supporter cette vie. Dans cette maison de glace, dans cet endroit si froid, si lugubre, si sombre. Elle avait fait semblant. Toutes ces années. Elle s'était construit un bonheur artificiel, elle avait souri. De manière si fausse que l'on ne pouvait que comprendre que c'était un mensonge. Elle ne comprenait même pas comment ils avaient réussi à former un couple tout ce temps. Mais elle n'avait pas le choix. Elle n'était qu'un apparat, une mascarade. Un faire-valoir.
Et Draco était arrivé. Elle se demandait encore comment. Comment avait-elle pu le laisser la toucher ? Comment avait-elle pu le laisser la caresser ? Elle qui ne l'aimait pas avait fini par le haïr, cet homme qui la faisait tant souffrir. Elle avait enfermé son cœur mais il criait encore. Elle l'avait muselé mais il pleurait des gouttes de sang. Lucius l'avait trahie. Il l'avait humiliée à voir ces autres femmes. Mais encore une fois, elle s'était tue. Elle n'avait pas le choix. Sans lui, elle n'était rien.
Et Draco était arrivé. Il était tout ce qui comptait. Son fils. Son fils unique car elle ne laisserait plus son mari l'approcher. Son fils qu'elle chérissait tant. Trop peut-être. Elle se savait trop tolérante avec lui, ce n'était pas comme ça qu'elle avait été éduquée, elle avait besoin de lui donner cet amour qu'elle n'avait jamais eu, ni par ses parents ni par l'homme qui se prétendait son époux. De toute façon, Lucius veillait à endurcir son fils. Celui-ci l'indifférait. Il ne le ménageait pas. Il le maltraitait même. À lui faire faire tous ces entraînements qui ne rimaient à rien. Son fils n'était qu'un enfant ! Mais encore une fois, elle n'avait rien dit. Elle s'était tue. Elle n'avait pas le choix. Elle ne pouvait pas se permettre de partir. Elle n'avait nulle part où aller. Et sa réputation en pâtirait. Que dirait-on des Malfoy ? Son fils portait ce nom, elle ne pouvait pas se permettre de laisser leurs problèmes d'éducation le salir.
Ensuite, le Maître des Ténèbres était revenu. Lucius avait accouru à ses pieds. Comme un chien. Il y avait semblait-il au moins un être auquel il puisse être un minimum fidèle. Il avait exaucé ses vœux, il l'avait même invité chez eux. Sans lui en parler bien sûr. Alors qu'il y avait leur fils. Elle n'en avait pas cru ses yeux. Elle allait devoir supporter tous ces gens. Tous ces monstres. Aussi monstrueux que son mari, que sa chère sœur qu'elle retrouvait après tant d'années. Et qu'elle aurait voulu oublier. Mais encore une fois, elle avait enfermé ses mots dans sa bouche. Elle s'était tue. Pour protéger Draco. Pour se protéger. Comme si elle aurait pu échapper à tout ça. Mais à cette époque, elle y croyait encore.
Quand Lucius s'était abaissé à donner leur fils, leur propre fils, pour racheter ses fautes, elle avait compris à quel point cet homme la dégoûtait. Elle avait épousé un lâche. Un bon à rien. Il avait osé faire ça. Et elle n'avait rien dit. Chaque jour, elle s'en maudissait un peu plus. Chaque jour, elle s'en haïssait un peu plus. Elle avait eu beau demander l'aide de Severus, rien ne serait jamais pareil. Son fils serait marqué à jamais. Et pas seulement de cet horrible tatouage. Non. Il était marqué dans sa chair, dans son sang, dans son cœur. Il allait changer. Il ne serait plus jamais cet adolescent insouciant. Il ne le pourrait plus. Il grandirait plus vite qu'il ne l'aurait dû. Elle savait déjà ce qui l'attendait. Les cauchemars. Les séances de torture auxquelles il fallait insister. Les hurlements. La honte d'être mêlé à tout ça. La peur. La terreur. Elle vivait ça au quotidien depuis tant d'années.
Mais aujourd'hui, elle se révoltait. Aujourd'hui, elle ne se tairait plus. Marre de ce silence. Marre de cette souffrance. Marre de cette non-vie qui était pire que la mort. Elle avait résisté au Seigneur des Ténèbres pendant la Guerre et aujourd'hui, elle signait son ultime victoire. Lucius était emprisonné. Il allait pourrir comme un chien dans sa cellule. Et elle n'irait pas le voir. Qu'il n'y compte pas. Elle ne braverait pas ses cauchemars et ses doutes pour lui. Elle ne subirait pas le désespoir pour lui. Elle n'entendrait pas les chants de folie de certains prisonniers pour lui. Aujourd'hui, elle allait vivre pour elle. Enfin. Aujourd'hui, elle ne craignait plus le déshonneur. Son nom avait déjà été traîné dans la boue. Rien ne pouvait être pire que cette humiliation qu'elle vivait au quotidien.
Aujourd'hui, elle allait briser cette loi du silence qu'elle vomissait. Elle n'était pas de cette époque. Elle ne niait pas que si elle n'approuvait pas les actes de son mari, elle n'y était pas totalement opposée. Elle n'était plus de ce monde. Elle allait laisser son fils vivre sa vie. Être heureux enfin. Sans elle. Elle allait le libérer du poids de son passé.
Aujourd'hui, elle allait mourir. Aujourd'hui, dans cette baignoire en porcelaine qu'elle ne supportait plus tant elle lui rappelait son époux, elle s'entailla les veines. Et elle hurla. Elle laissa s'échapper ces mots qu'elle avait retenus pendant tant d'années. Elle se fichait bien de paraît folle. Elle ne serait qu'une de plus dans sa famille à l'être. Elle hurla à s'en déchirer la gorge et les poumons. Elle hurla son dernier souffle de non-vie. Pour vivre enfin. Meilleure. Ailleurs.
