Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF, pour plus d'informations, vous pouvez m'envoyer un PM ou aller voir sur notre merveilleux forum. Le thème était « bordel ».
Le bordel de ma vie
On disait que sa famille était pauvre. On disait qu'il vivait dans un taudis. On disait qu'ils ne méritaient pas leur condition de Sang Pur. C'était vrai. Il avait hérité ses premières robes de Bill ou de Charlie. Ses livres d'école n'étaient pas neufs eux non plus. Seule sa baguette l'était, et seulement parce qu'elle était unique, parce qu'elle s'adaptait à son sorcier.
Percy ne supportait pas ces moqueries. Il n'aimait pas voir l'image que sa famille renvoyait aux autres sorciers. Il n'aimait pas la passion de son père pour les objets moldus qui les ridiculisait encore plus. Il n'aimait pas la manie de ses parents de faire des enfants qui les appauvrissait encore. Il n'aimait pas cette maison dans laquelle ils vivaient et qui était presque une ruine. Leur jardin était en friche. Il n'y avait personne à des lieux à la ronde. Ils étaient perdus. Perdus dans leur misère.
Il rejetait tout ça. De toutes ses forces. Il avait tout fait pour ne pas ressembler à ça. On ne choisissait pas sa famille. Cette maxime fataliste ne pouvait pas être plus adaptée qu'à sa situation. Alors il avait changé. Il s'était débrouillé pour se démarquer de cette famille. Il avait étudié. Il avait lu des dizaines de livres, accumulé du savoir. Il avait vu son entrée à Poudlard comme une délivrance. Il avait tant attendu ce moment. Il avait continué de lire et d'étudier. Il s'était comporté de la manière la plus exemplaire possible et il en avait été récompensé.
Quand il était devenu préfet, ça avait été une grande fierté. Oh bien sûr, il n'était pas le premier à l'être dans la famille, Bill et Charlie aussi l'avaient été. Mais cela lui conférait un certain pouvoir, une nette autorité. Il avait une place, un rôle à jouer. Lui qui avait toujours été perdu entre ses frères aussi turbulents les uns que les autres, lui que son sérieux avait isolé, il avait enfin une place. Il arborait son insigne toute la journée, il ne le quittait pas et même pendant les vacances il l'avait. Ça ne lui était d'aucune utilité contre les bêtises des jumeaux mais ça le rassurait. Il n'avait jamais eu aussi peur que le jour où Fred et George le lui avaient piqué. Il était entré dans une colère noire comme on ne l'avait jamais vu en avoir.
Ils ne comprenaient pas tous, que cet insigne, c'était sa porte de sortie. Le début d'une nouvelle vie. Le début de son avenir. À lui. À Percy. Et non pas au fils Weasley. Il était certain qu'il ferait une grande carrière. Son ambition l'avait effectivement mené loin, très loin. Il était allé au Ministère. Il ne parlait presque plus au reste de sa famille, n'écoutant pas leurs sornettes sur le retour du Seigeur des Ténèbres. Tout ça n'était que les délires d'un adolescent perdu dont il valait mieux se méfier, plutôt que de l'inviter à passer les vacances au Terrier. Il évitait même son père dans les couloirs, ne voulant pas être associé à cet homme loufoque. S'il avait pu changer de nom, il était certain qu'il l'aurait fait, à l'époque. Il n'avait écouté que son ambition, ses projets de devenir quelqu'un. Il n'avait été animé que de cet envie. Que de ce besoin. Car c'en était un. Se distinguer lui était devenu vital. Quand il avait enfin eu la chance de travailler avec Bartimeus Croupton, il avait été aux anges. Enfin, on reconnaissait son mérite et son talent. Enfin on le distinguait.
Il avait fondé sa vie sur ce besoin. Il avait toujours voulu plus, plus de responsabilités, plus de distinction. Il en avait eu désespérément besoin pour se construire. C'était son équilibre. Il s'était conformé à ce but et avait exclu tout le reste de sa vie, tout ce qui n'y était pas conforme. Il s'en rendait compte à présent. Plus rien d'autre n'avait compté. Pas même sa petite-amie Penelope. Il n'avait rien laissé empiéter sur cet objectif.
À présent, il se rendait compte de la futilité de sa vie. De la versatilité des gens. Il se rendait compte de sa stupidité. Il n'avait pour défense que ce besoin irrépressible qui l'avait dévoré tout entier, ne laissant rien sur son passage. À présent, il regrettait. La Guerre était terminée, les deux camps comptaient leurs morts. Et lui se rendait compte qu'il avait perdu un frère, failli en perdre deux, sans rien voir, sans avoir fait l'effort de les connaître vraiment. C'était une sacrée claque qu'il venait de se prendre.
Quand il était apparu sur le seuil de l'infirmerie, tout le monde l'avait regardé avec circonspection. Il n'était pas vraiment un vainqueur. Pas vraiment un vaincu. Pas vraiment un traître. Il n'était pas grand chose à vrai dire. Il n'était que ce que les gens voulaient bien voir en lui. Mais il avait mis quelques longues années à le comprendre. Enfin, sa mère s'était précipitée vers lui, pour le prendre dans ses bras. Et il avait su où était sa place. Il avait su qui il était. Sa mère ne l'avait pas rejeté, elle ne l'avait pas oublié. Il était quelqu'un. Il avait enfin atteint son but.
Sa place était ici. Dans sa famille. Dans ce joyeux bordel qu'il avait voulu ignorer toutes ces années. Il était ici chez lui. Le Terrier était sa maison, cette famille était la sienne et il ne pouvait pas le refuser plus longtemps. Il avait le reste de la vie pour se rattraper. Pour mettre en ordre sa vie. Ça n'allait pas être si compliqué. Si le bazar était un truc de famille, l'ordre était sa spécialité.
