Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF, pour plus d'informations, vous pouvez m'envoyer un PM ou aller voir sur notre merveilleux forum. Le thème était « respirer ».
A peine un souffle
Quand Bill était parti au combat, il l'avait fait en son âme et conscience. Il aurait parié sa baguette qu'il ne s'en sortirait pas. Il le savait. Il savait qu'il se battrait jusqu'à son dernier souffle, qu'il donnerait sa vie pour cette Guerre. Parce que c'était son combat. Sa liberté qui était en jeu. Et celle de sa future femme. Et jamais il n'aurait laissé quiconque faire du mal à Fleur. Il se serait jeté devant elle contre les sorts de mort, il aurait créé une bulle de protection autour d'elle. Il l'aimait. Il la chérissait plus que tout. Jamais il n'aurait permis qu'on touche à un seul de ses cheveux. Il était prêt à tout pour elle. Même à mourir.
Oh, il ne fallait pas croire que la mort ne lui faisait pas peur. Bien sûr que si, elle faisait peur à tout le monde. Et celui qui disait qu'il en était protégé n'était qu'un menteur. Personne ne bravait la mort. Elle finissait toujours par gagner. Bien sûr, il était mort de trouille à l'idée de mourir. Il était encore jeune. Il allait se marier. Fleur et lui songeaient à avoir un enfant. Ils venaient de s'installer dans la Chaumière au Coquillages. Avant de partir, ils avaient humé la mer et ses embruns, les vagues qui s'écrasaient sur la falaise, ils avaient goûté le parfum du printemps, ils avaient senti la vie. Il avait l'avenir devant lui. Pas derrière.
Mais Fleur était la personne la plus importante à ses yeux. Et elle se battrait, tout comme lui. Elle n'était pas comme ça. Elle n'était pas cette idiote que certains décrivaient à tort. Elle ne comptait pas rester sans rien faire, elle le lui avait dit, d'un ton sans appel. Et toute sa famille se battrait aussi. Même sa plus jeune sœur, Ginny. Ça faisait beaucoup de personnes pour lesquelles il était prêt à mourir.
Il surveillait tous les combats, à chaque instant, il rivait ses yeux sur l'un ou l'autre des membres de sa famille. Il déjouait les sorts tout en veillant sur eux. Merlin n'était pas assez puissant pour tous les protéger. C'était à lui de faire attention. C'était son rôle, sa tâche. Il était l'aîné. Et il l'assumait sans le moindre regret. Il n'aurait pas supporté de vivre en sachant qu'il aurait pu sauver l'une de ces personnes.
Alors quand il était revenu à lui, que tout autour de lui était noir, il avait cru à sa mort. Il avait voulu verser une larme, deux, avant de se rendre compte que les morts ne pleuraient pas. D'ailleurs, il ne sentait rien sur son visage. Il avait échoué à pleurer. Il était mort. Cette pensée l'attrista mais il se dit que c'était parce qu'il avait sans doute sauvé un des membres de l'Ordre. Parce qu'il s'était battu jusqu'au dernier souffle. Il avait tenté de voir autre chose que cette noirceur qui l'entourait. L'au-delà était-il donc ainsi ? N'y avait-il donc rien après la vie ? Il aurait voulu pouvoir exploré un univers proposé par son subconscient. Il aurait voulu pouvoir voir des choses plus belles que la vie elle-même. Il aurait pensé que c'était ça, la mort.
Mais la mort n'était rien. Rien que le vide. Et le noir. Et la souffrance qu'il ressentait à présent, dans tout son corps. Ce feu qui le brûlait de l'intérieur. Cette douleur insoutenable. Lui qui croyait que la mort était indolore, il s'était bien trompé. Par Merlin, qu'avait-il donc subi pour avoir aussi mal ?
Soudain, il entendit une voix. Des pleurs. Des lamentations. Quelqu'un était là. Mais la mort vous laissait seul, n'est-ce pas ? Alors qui était-ce ? Était-il finalement mort ? Sa résignation s'envola. Il tenta d'ouvrir un œil, de bouger un doigt. Sans y parvenir. Alors il attendit. S'il n'était pas mort, il se réveillerait. La Faucheuse ne pouvait pas le laisser comme ça. Ça ne lui ressemblait pas. Elle ne faisait pas les choses à moitié habituellement. Il attendit encore. Et le temps lui sembla s'écouler d'une manière incroyablement lente. Il n'aurait su dire combien de temps il était resté ainsi, à attendre. Quelques minutes. Quelques heures peut-être. Ou quelques jours ? Le temps n'avait plus d'importance. Il attendait. Il entendait des bruits autour de lui. Il n'entendait pas ce qu'ils disaient mais ils le rassuraient. Il n'était pas mort. C'était tout ce qui comptait.
Enfin, il se réveilla. Il ouvrit un œil. Puis un autre. Il sentait un poids contre sa poitrine depuis quelques temps. Et en se réveillant, il trouva une masse de boucles blondes juste devant son visage. Fleur. Sa Fleur. Elle était là. Elle était vivante. Il en aurait crié de joie s'il n'avait pas l'impression que sa trachée était remplie de béton. Elle était recroquevillée sur son torse, accrochée à lui comme à une bouée de sauvetage. Il hésita à lui caresser les cheveux, la joue qu'il apercevait enfin. Il avait peur de la réveiller. Il observa plutôt son environnement. Il était à l'infirmerie de l'école. Il se souvenait de ces petits lits les uns à côté des autres, séparés par de vagues rideaux blancs. Cette humidité due aux pierres qui n'appartenait qu'à cette pièce. Il avait déjà eu l'occasion de visiter cet endroit plusieurs fois pendant sa scolarité à l'école.
Il était vivant. Il se répétait en boucle cette phrase. Il était vivant. Enfin, Fleur sortit de son sommeil, leva ses yeux bleus sur lui, et un large sourire éclaira son visage incrédule. Ils étaient de nouveau réunis. Puis, ce fut un ballet, toute sa famille défila, il apprit qu'il avait été attaqué par Fenrir Greyback, qu'il n'aurait pas énormément de séquelles mais que son physique en avait pâti.
Cela semblait désespérer sa mère alors que la femme de sa vie n'en avait cure. Lui aussi s'en fichait bien. Il était vivant. C'était tout ce qui comptait. Ni les cicatrices, ni les blessures n'avaient d'importance. Il était ce qu'il était, ce que la vie faisait de lui. Il s'en était sorti. Il avait vaincu la mort, elle lui consentait un répit.
Il inspira à fond. Emplit ses poumons au maximum avant d'expirer profondément. Une chose était sûre. Il ne respirerait plus jamais de la même façon.
