Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF, pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un PM ou aller voir sur notre merveilleux forum. Le thème était ici « plume ».
La légèreté d'une plume
Depuis quelques jours, Lily était morose. Elle ne savait pas pourquoi. Des vieux souvenirs qui remontaient sans doute. Des vieilles blessures. Des choses dont elle n'avait généralement pas envie de parler qui étaient remontées à la surface elle ne savait trop comment. Des idées noires.
Quand c'était comme ça, ça n'était pas facile d'en sortir. Généralement, ça la prenait, un soir, dans le dortoir, quand elle était seule allongée dans son lit. Seule dans la pénombre de la nuit. Seule face à elle-même et à ses cauchemars. Dans ces cas-là, tout remontait d'un coup, elle avait une envie de pleurer atroce et les larmes coulaient silencieusement sur ses joues, mangeaient son visage pour s'écraser sur le matelas. La nuit la réconfortait mais dans les jours qui suivaient, elle n'était pas au mieux de sa forme, elle souriait mais n'était pas certaine de le vouloir, elle riait mais ça lui paraissait faux, et tout remontait, encore et encore. Jusqu'à trop plein. Alors elle allait s'isoler, à la volière ou dans un coin du parc, et elle pleurait de toute les larmes de son corps sur les bêtises qui lui gâchaient la vie.
Elle pleurait sur des détails insignifiants, sur des problèmes qui n'avaient pas toujours lieu d'être, sur de vieux souvenirs qui ne devraient même plus la tarauder. Elle pleurait sa sœur qui la rejetait et la méprisait. Elle pleurait James qui n'arrêtait pas de la harceler et dont elle n'arrivait plus à supporter les moqueries, parce qu'il était certain qu'il se moquait pour épater la galerie. Elle pleurait parce qu'elle, n'était pas sûre de ne pas l'aimer. Elle pleurait parce qu'elle en avait marre parfois de tout ça et que ça faisait du bien. Elle pleurait parce qu'elle avait envie de pleurer et que si elle ne le faisait pas en public, elle pouvait bien le faire seule dans son coin. Devant les autres, elle devait être forte, elle devait être Lily la battante, Lily la lionne, Lily la fille intelligente qui sait trouver une solution à chaque problème. Pour une fois, elle voulait juste être Lily la jeune fille de quinze ans.
Dans ces moments-là, elle avait une chape de plomb sur le cœur. Et il valait mieux pas la chercher. Pourtant, ce soir-là, alors qu'elle était à la volière, quelqu'un était entré. Elle avait levé la tête de ses genoux, recroquevillée qu'elle était, assise par terre au milieu des fientes dont elle se fichait comme de son premier sort. Et soupira. De soulagement. Celui qui venait d'entrer avait le droit d'être là. Celui qui venait d'entrer allait peut-être l'aider.
Bien sûr, quand il lui demanda si elle allait bien, elle répondit oui. Il était peut-être venu juste pour son courrier et elle ne voulait pas l'embêter. Cependant, les sillons de larmes sur ses joues la trahirent. Elle n'allait pas bien du tout. Et il l'avait vu. Il s'assit à côté d'elle, se moquant bien de salir sa robe, et mit un bras autour de ses épaules. Il ne dit rien. Il attendit simplement. Elle ne lui raconta pas non plus. Qu'y avait-il à dire ? Qu'elle pleurait pour tout un tas de choses et tellement qu'elle ne savait même plus pourquoi au départ ? Ça ne servirait à rien. Non. Elle resta là, prostrée. Mais elle mit sa tête contre son torse. Parce que le simple fait que Remus fut là la soulageait.
Elle se sentait presque gênée de pleurer son malheur sur son épaule, lui qui en avait bien plus à porter. Son ami. Un de ses seuls vrais amis avec Alice. Un des plus précieux. Un à qui elle disait presque tout et qui osait parfois se confier à elle. Et cette fois-ci, il avait sans doute deviné qu'elle n'allait pas bien et qu'elle serait là. Il n'avait pas de lettre à la main en tout cas. Il était venu. Venu la soutenir. Venu l'aider. Alors que lui avait bien plus de soucis en tête. Parfois, elle ne le comprenait pas. Pourquoi restait-il ami avec elle ? Elle ne lui était pourtant pas indispensable. Il aurait pu en trouver tant d'autres, des filles qui lui ressemblaient, et qui avaient meilleur caractère qui plus est. Mais elle ne s'en plaignait pas, bien au contraire.
Elle se blottit un peu plus contre lui. Tant qu'il était là, autant en profiter. Triste mais pas folle. Il dégageait une certaine chaleur, sans doute grâce à son métabolisme particulier. Il était une chaleur rassurante. Il l'enveloppait de son bras, sans rien faire de plus, mais ça suffisait. Le pauvre devait être à moitié gêné en plus. On ne pouvait pas tellement dire que Remus Lupin était doué avec les soucis des filles. Surtout quand il s'agissait de son amie. Elle leva le visage vers lui, et un petit sourire naquit sur ses lèvres. Il la regarda de ses yeux d'ambre. Et pinça son bras.
« Eh ! » fit-elle, se dégageant un petit peu de lui.
« Ben quoi, tu te moques de moi alors que je fais ce que je peux. Et puis au moins, ça t'a fait sourire. »
« C'est vrai. Merci. »
« Tu veux que je te raconte l'histoire du sorcier qui ne connaît pas les niffleurs ? »
Et il entama son récit, sans lui laisser le temps de répondre. Plusieurs fois, elle crut qu'elle allait mourir de rire. Il avait le chic pour trouver ce qui la ferait rire. Et pour raconter des bêtises plus grosses qu'un sombral. Elle ne pleurait plus, et il essuya de sa manche les restes de larmes sur ses joues. Sa peine n'était pas passée mais le chagrin était au moins fini. Et elle savait qu'il était là, auprès d'elle, si jamais ça n'allait pas.
« Merci, merci d'être là. »
« Je suis là. Pour tout. Toujours. »
Ils restèrent quelques minutes, sans rien dire, elle savourant ces quelques mots et lui un peu embarrassé. Enfin, il suggéra qu'ils se lèvent un peu, le dîner n'allait pas tarder et il ne fallait pas être en retard. Un vrai goinfre, ce garçon était un vrai goinfre rit-elle. Il s'époussetèrent un peu et avant de partir, il lui enleva une plume qui s'était prise dans ses cheveux roux. Une simple plume. Son cœur était aussi léger qu'une plume à présent.
