Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF, pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un PM ou aller voir sur notre merveilleux forum. Le thème était ici « feu ».
Le dernier feu de ma vie
Le feu. Partout. Dévorant. Il était acculé. Comment faire ? Il n'avait pas voulu ça. Non. Il n'avait pas voulu ça. Lui, il voulait juste arrêter Potter. Pas le faire brûler. Il ne voulait pas mourir, pas maintenant, pas aujourd'hui, pas encore. Pas pour ça.
Draco était seul. Encore seul. Comme toujours. Enfin, il y avait bien Goyle, mais il n'était pas tellement en état de lui tenir compagnie. Si on pouvait appeler ça comme ça. Il était complètement inanimé le pauvre. Pour une fois, en le regardant, le jeune homme eut pitié de celui qu'il n'avait jamais réussi à considérer comme son ami mais qui était toujours à ses côtés. Il ne savait pas pourquoi. Ou plutôt si, il était là parce que Draco était sans doute le seul à se préoccuper un minimum de lui. Il était là parce que Draco était respecté, puissant au sein de sa maison, et qu'il s'alliait au plus fort. Était-il comme Crabbe ? Était-il là que pour ça ou parce qu'il l'appréciait aussi ? Était-il là parce qu'il le voulait ou parce que son père le lui avait imposé ?
Les mots de Vincent l'avaient touché. Plus profondément qu'il ne l'aurait cru. Ce regard qu'il avait eu. Cruel. Sans une once d'amitié. Sans pitié non plus. De toute façon, il n'en voulait pas. Mais sans attachement. Sans rien de positif. Sans nuance. Un regard froid, le regard de ceux qui ont clairement choisi leur camp. Qui ont déjà fait leur choix depuis longtemps.
Draco était seul. Incroyablement seul. Pas d'amis. Il ne s'était vraiment attaché personne. Il avait toujours pensé qu'il n'en avait pas besoin. Et le seul auquel il avait demandé l'avait refusé vertement. Les seuls qui le suivaient formaient sa cour, ils n'étaient là qu'en tant que faire-valoir. Et ils n'attendaient tous que sa chute pour prendre sa place. De vrais Serpentards. Quand il y repensait, il se demandait s'il devait en être flatté ou désespéré. Pas de famille non plus. Elle ne ressemblait plus à rien et en tout cas, il n'était plus sûr de vouloir y être assimilé. Plus maintenant. Un père lâche. Une mère inexistante, cachée dans son ombre. Une tante complètement folle. Voilà à quoi se résumait la noble famille des Malfoy. Elle était belle tiens !
Draco était seul. Complètement seul. Et ça n'était pas Potter qui allait venir le chercher. Quel intérêt y aurait-il ? Il avait essayé de le tuer. De le capturer. De le livrer à l'ennemi. Pourquoi voudrait-il le sauver ? Non. Il allait mourir là. Dévoré par ce feu qui ne faisait pas de différence. La mort fauche sans égards, elle ne fait pas dans la dentelle. Le feu brûle sans compassion. Et il avançait. Il détruisait tout sur son passage. Tornade de flammes. Tornade mortelle. Rien ne lui résistait et ça n'était pas les aguamenti qu'il jetait faiblement qui allaient le sauver. Il était foutu. Foutu et coincé comme un rat.
Souvent, on dit que c'est dans ce genre de moment que les gens voient leur vie défiler, réalisent qu'ils auraient rêvé de faire tout un tas d'autres choses, d'autres choix aussi. Lui, il ne voyait rien. Rien que ces flammes qui se reflétaient dans les miroirs jetés sur certains piles d'objets, rien que ces flammes qui devenaient de plus en plus proches. Il ne voyait rien et il n'était pas sûr de vouloir voir quelque chose. Il n'était pas sûr d'avoir fait quelque chose dans sa vie dont il puisse être fier à présent. Il était loin d'être sûr d'avoir fait les bons choix à présent. Et il ne voulait de pitié de personne. Au moins, il mourrait à cause de ses choix. Au moins, il avait choisi.
Il n'était pas un héros, il n'avait même pas cherché à être un espion. Il avait choisi la voie qui lui avait semblé la plus facile, la voie qui était celle de ses parents. Il n'avait pas eu tellement le temps de se poser de questions. Il aurait dû. À présent, il le regrettait. Mais les regrets, ça ne rendait pas la vie. Ça ne la sauvait pas non plus. De toute façon, s'il survivait, parti comme il était, Potter gagnerait. Et alors, quelle serait sa place dans ce nouveau monde. Il n'était pas certain d'en avoir une.
Il serra Goyle plus fort contre lui, gravissant tout de même quelques objets, sur une des collines, cherchant à échapper aux flammes. Ils allaient finir en poulet rôti d'ici peu de temps mais tout de même. Oubliez ce qu'il venait de dire. Ils allaient finir en poulet rôti tout de suite si personne ne venait. Et il n'avait pas du tout envie de mourir, même pour ses choix. Tous les restes de fierté qu'il aurait pu garder venaient de s'envoler. Il n'en restait que des cendres, pas même des braises qu'on pourrait raviver plus tard. Un feu était là, et il n'était pas que dans la pièce, il n'était pas que le feudeymon que cet imbécile de Crabbe avait lancé. Un feu dévorait son âme. Et même si ça allait sans doute être ce qui lui arriverait, il ne voulait pas en mourir.
Il se mit à hurler. Des gouttes de sueur perlaient le long de sa nuque, dévalaient son dos, trempaient sa chemise sous sa robe. Quelle idée de mettre une robe sous une chaleur pareille. S'il avait su. Remarquez, s'il avait su, il ne serait sans doute pas venu. Mais que faisait Potter ? Il savait qu'il ne l'aimait pas beaucoup, voire pas du tout, mais ça n'était pas le propre de ce type de sauver les gens ? Alors qu'il le sauve par Merlin ! On ne pouvait pas faire plus désespérée comme situation là quand même.
Plus ça allait et plus Draco s'égosillait, serrant toujours Goyle contre lui pour qu'il ne tombe pas. Il pesait un hippogriffe mort, l'animal. Il criait, criait à s'en déchirer la gorge. Oubliez la fierté et la noblesse des Malfoy, lui voulait surtout sauver sa peau. Et si c'était par Potter, que cela soit. Si jamais il en sortait vivant, ne vous étonnez pas qu'il ait la phobie des feux après. Plus jamais on ne lui ferait prendre la poudre de cheminette par exemple. Pas question.
Quand enfin, il vit un balai arriver droit sur lui, il soupira. Il était temps. Ça commençait à sentir le roussi, ici. Il était soulagé surtout. Et malgré tout ce qu'il avait dit, jamais il n'aurait réellement pensé que Potter viendrait le chercher. Là était la différence entre eux, sans doute, plus que quoi que ce soit d'autre. Lui ne pouvait même pas assurer qu'il serait venu. Sans doute. Mais peut-être pas. Il essuya les gouttes qui dévalaient son visage et eut un sourire. Il était heureux. Pour la première fois sans doute, il était heureux que Potter soit là. Et il n'allait sûrement pas s'en plaindre. Il chuchota la bonne nouvelle à l'oreille de Goyle. Celui-ci ne l'entendait pas, mais il avait besoin de le dire à quelqu'un, et qui sait, peut-être entendait-il après tout ?
