Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en différé). Le thème était « inventaire ».
Un inventaire éprouvant
Quand ils avaient ouvert leur boutique, ils n'avaient vraiment pas pensé à ça. Ils avaient surtout vu l'opportunité de cet immeuble, en plein sur le chemin de Traverse, un endroit idéal pour vendre leurs produits et se faire de la publicité. Leur activité avait beau avoir commencé par le bouche à oreille, ils savaient bien qu'ils avaient besoin d'étendre leur clientèle.
D'autant qu'ils comptaient commercialiser de nouveaux produits, destinés à d'autres acheteurs que les élèves de Poudlard. Pourquoi pas des moyens de vengeance pour homme trompé ? Ou encore des filtres de passion pour les jeunes femmes en mal d'amour ? Des astuces magiques d'auror ?
Les idées fourmillaient dans leur tête et ça n'était pas à l'école qu'ils trouveraient les acheteurs pour certains de ces produits. Et de toute façon, ça ne pouvait pas faire de mal d'augmenter leurs ventes. Ils n'avaient pas besoin d'avoir fait du mark-truc-chose pour le savoir, comme les moldus. Il suffisait d'un peu de bon sens.
Et puis, il fallait l'avouer, c'était aussi un sacré pied-de-nez à tous ceux qui les prenaient pour des scroutts à pétard. Ils avaient voulu prouver que leur idée était sérieuse – autant qu'un magasin de farces et attrapes pouvait l'être – et qu'ils voulaient vraiment en faire leur vie. Et puis avoir pignon sur rue, quand on comptait placarder à sa vitrine des affiches parodiant celles du ministère, pour promouvoir le Pousse-Rikiki, c'était quand même tordant. Bien leur genre.
Ils avaient bien évidemment pensé aux contraintes d'une telle installation, aux comptes qu'il faudra tenir, parce que ça ne se faisait quand même pas magiquement, à leur atelier qui devrait rester protégé des clients, aux réclamations qu'on pourrait leur faire. mais ils avaient complètement occulté l'inventaire. Pourtant, la fiscalité magique exigeait qu'ils en fassent un tous les ans, apparemment c'était la procédure. Ils devraient payer des impôts dessus, comme tout commerçant.
Lorsqu'ils avaient reçu le parchemin leur indiquant la façon dont faire les choses, ils avaient simplement décidé qu'ils fermeraient le magasin pendant une journée, le temps de tout inventorier, et ensuite de comparer à ce qu'ils avaient, plus ou moins soigneusement, noté sur leur relevé des stocks. Ça n'était pas si compliqué de compter, après tout, ils savaient faire ça depuis qu'ils avaient été à l'école primaire moldue.
C'est seulement une fois qu'ils avaient tourné la pancarte de la porte d'entrée pour indiquer qu'ils étaient fermés « pour cause d'inventaire », qu'ils avaient compris combien cela serait difficile.
Quand Fred avait perdu sa baguette en la posant près des fausses baguettes, et qu'il avait dû en tester plusieurs avant de trouver la sienne, se retrouvant avec un haddock en caoutchouc dans la main un certain nombre de fois.
Quand George avait voulu noter leurs comptages progressifs et avait pris une plume à réplique cinglante qui traînait sur leur bureau, en réparation, en lieu et place de la sienne.
Quand ils avaient compris qu'inventorier le magasin serait plus pratique s'ils le rangeaient d'abord et qu'ils avaient vu l'ampleur des dégâts.
Quand ils s'étaient amusés avec les chapeaux-sans-tête, faisant défaillir une passante qui regarda par curiosité leur vitrine pile à cet instant, alors qu'ils n'avaient pas fermé leur store pour profiter de la lumière du jour.
Quand ils s'étaient demandé si leurs produits expérimentaux devaient être comptés dans l'inventaire ou pas.
Quand ils s'étaient demandés où étaient passées leurs matières premières, et qu'ils avaient mis un certain temps à tout retrouver.
Quand ils avaient relu la procédure pour être sûrs et qu'ils avaient compris qu'on ne devait pas compter les tables, les chaises, les étagères et autres meubles.
Le soir arriva enfin et les deux jumeaux étaient attablés à leur bureau, relevant les discordances entre leur relevé de stock et le parchemin de leur inventaire.
« Bon, trente crèmes canaries en réalité, on avait mis vingt-huit dans les stocks, il y a dû y avoir un petit malin pour nous en chaparder, j'espère qu'il les aura bien utilisées ! On n'a qu'à mettre trente en attendant. » remarque George.
« Ou vingt-huit, on est imposés sur ce qu'on a en stock non, autant mettre le chiffre le plus bas ! »
« Oui, pas faux. Bon, voilà, on a fini. Tout y est. Restera plus qu'à envoyer ce parchemin au service de la fiscalité magique. » dit Fred tout en le cachetant de sa baguette.
« Tu crois qu'il faut leur envoyer avec les deux crèmes canaris restantes ? » rit George.
« Aucune idée, mais l'année prochaine, je te jure qu'on prend quelqu'un pour nous aider à la boutique, c'est le bazar ici ! »
