Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en différé). Le thème était « étranger ».

Un étrange étranger

Cela faisait quelques jours que la Grande Bataille était finie. Quelques jours qu'ils étaient rentrés chez eux. Gentiment. Comme si rien ne s'était passé. Comme si de rien n'était. Pire, comme s'il fallait oublier. Comme s'il ne fallait pas s'appesantir sur ce qui s'était passé. Comme si c'était mieux pour tout le monde.

Comme s'il ne venait pas de porter son jumeau en terre.

Mais comment faisaient-ils, tous, pour continuer à rire, à sourire, à vivre ? Comment faisaient-ils pour parvenir à s'endormir le soir, à rêver tranquillement la nuit, à se réveiller de bonne humeur le matin ? Comment faisaient-ils pour que les souvenirs ne les étouffent pas ? Comment pouvaient-ils ?

N'avaient-ils donc pas de cœur ? Pas de sentiments ? Pas de regrets ? Pas de tristesse ? Pas de douleur ? S'en fichaient-ils, que son frère jumeau soit mort ? Étaient-ils si insensibles ? Si cruels ? Si peu attachés à lui ?

Que faisait-il donc là…

Il ne comprenait pas. Lui n'y arrivait pas. Ses sentiments l'étouffaient. Sa douleur l'emprisonnait. Ses cauchemars le réveillaient en pleine nuit s'il avait réussi à s'endormir. Les souvenirs lui sautaient à la gorge. C'était sa chambre. Celle qu'ils avaient partagée tous les deux pendant tant d'années. Celle dans laquelle ils avaient fomenté tant de bêtises, élaboré tant de produits pour leur boutique. Ce magasin dont il ne voulait d'ailleurs plus, qui n'avait plus de sens s'il avait disparu.

Il n'avait plus goût à rien, et surtout pas aux plats de sa mère. Il se foutait de ce qu'ils disaient, tous. Il se fichait de leurs remarques, il se moquait qu'on le prenne pour un fou. Qu'on l'enferme, tiens, qu'on l'enferme ! Peut-être penserait-il moins à son jumeau, peut-être aurait-il moins envie de le rejoindre. Peut-être sortirait-il de cette maison dans laquelle il se sentait comme un étranger.

Depuis qu'il avait passé le pas de leur porte, cette sensation l'envahissait. Il n'était pas à sa place. Il n'y serait jamais plus. Quelque chose était différent. Quelque chose qui ne changerait jamais plus. Rien ne serait jamais plus comme avant. Il ne se sentirait plus jamais chez lui. Il y manquerait toujours son frère.

Chez lui, c'était cette maison gaie dans laquelle ils faisaient tout un tas de bêtises, dans laquelle ils embêtaient Percy jusqu'à ce qu'il appelle leur mère, dans laquelle ils profitaient de la naïveté de Ron, dans laquelle ils inventaient leurs farces. C'était ce jardin dans lequel ils faisaient des parties de Quidditch endiablées, dans lequel ils s'étaient découvert une vocation pour le poste de batteur, dans lequel ils avaient dégnomé à tout va.

Ça n'était pas cet endroit qui n'avait plus aucun charme à ses yeux. Ça n'était pas cette maison qui ne connaîtrait jamais plus leurs rires. Ça n'était pas ces photos dans leur chambre qu'il ne pourrait jamais plus regarder en face. Ça n'était pas ce balai qui ne retrouverait plus jamais son propriétaire. Ce lit auquel il refusait qu'on touche, même pour y faire dormir des invités.

Alors oui, il était peut-être fou. Non, il n'était sûrement pas dans la même réalité que le monde qui l'entourait. Non, il n'oublierait jamais ce qui s'était passé. Oui, il se reprocherait toute sa vie de ne pas avoir été celui qui avait été tué dans cette explosion. Oui, son frère lui manquerait toute sa vie. Il était la moitié de son âme, comment pouvait-il en être autrement, par Merlin ? Et si être comme les autres voulait dire oublier, alors il ne voulait pas de cette normalité. Il était un étranger face à eux, et il ne s'en portait pas plus mal.