Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en différé). Le thème était « passion ».
Une passion meurtrière
Il avait été passionné. C'était vrai. Trop peut-être. Mais comment ne pas l'être ? Comment pouvait-il résister ? Cette femme était belle. Ravissante. Ses traits étaient fins, son visage était si harmonieux, ses yeux et ses cheveux auburn étaient magnifiques. Elle était la grâce incarnée. Elle était tellement attirante. Comment aurait-il pu résister ?
Alors oui, il lui avait fait la cour. Pendant des semaines, des mois peut-être. Il avait essayé de se faire aimer d'elle, de la séduire, de lui plaire, au moins un petit peu. Rien que d'attirer son attention lui semblait être un miracle. Il en avait eu un sourire jusqu'aux oreilles à chaque fois. Il se souvenait avoir été peut-être un peu rentre-dedans, peut-être un peu trop entreprenant. Mais elle ne voulait pas de lui, elle refusait son amour, elle refusait d'ouvrir les yeux ! Ils avaient été faits l'un pour l'autre, pourtant, il en était certain. Il l'aimait tellement.
Il n'avait plus pensé qu'à elle, n'avait plus rêvé que d'elle. Il avait passé ses journées à échafauder des plans pour la rencontrer, pour lui plaire. Il avait peu mangé pendant cette période, lui qui d'ordinaire avait un bon coup de fourchette. Il en avait à peine dormi. Il avait cru devenir fou. Fou d'elle. Fou d'amour. Etait-ce possible ?
Elle était si délicate. Si fraîche. Sa jeunesse l'honorait, l'embellissait. Elle était intelligente, de plus, avec une mère pareille, il ne pouvait en être autrement. Elle était la femme idéale. Il voulait en faire sa femme. Elle aurait été baronne. C'était bien, baronne. Il l'aurait couverte de cadeaux, de bijoux, d'amour. Il lui aurait offert la terre entière s'il le fallait, rien ne valait ses yeux. Tout l'or du monde n'aurait pu remplacer sa présence.
Oui, il semble qu'il en était devenu fou. Jamais une femme ne lui avait autant fait tourner la tête, et pourtant, il s'y connaissait un peu en matière de gente féminine. Et elle refusait, encore et encore. il n'avait pas voulu la forcer. Il ne voulait pas en arriver à demander sa main à sa mère, comme il en était l'usage, et à la forcer à l'épouser. Ça n'aurait pas été pareil, ça n'aurait pas été de l'amour. Mais pourquoi ne l'aimait-elle pas, par Merlin !
Il avait dû s'avouer qu'il était un peu plus âgé qu'elle et que son ventre bedonnant n'était pas aussi gracieux que sa fine taille à elle, mais tout de même. Il était un bon parti. Et l'âge donne de l'expérience, s'était-il plu à penser. Ses cheveux n'avaient pas trop grisonné, de plus. Malgré tout ça, il n'avait pas été à son goût.
Il ne se souvenait plus très bien de ce qui s'était passé ensuite. de la façon dont les événements s'étaient enchaînés. Et cette fois-ci, ça n'était pas le temps qui l'avait fait oublier. Il ne se souvenait souvent pas de son vrai nom, ou de quelques autres détails de ce genre, mais c'était sa condition de fantôme qui l'avait fait oublier. Là, c'était autre chose. Il savait que s'il ne se souvenait pas exactement de la façon dont il était arrivé à ces actes tragiques, c'était parce qu'il avait été dans un état second. Il n'avait plus réfléchi.
Il se souvenait qu'un jour, il l'avait vue avec un autre homme, à faire une promenade dans un parc qu'il affectionnait particulièrement. Promenade qu'elle lui refusait toujours. Il avait dû voir rouge. Comment avait-elle osé parader avec un autre homme, sans au moins avoir la décence de le prévenir ? Elle savait pourtant, que tout ce qui la concernait le touchait particulièrement.
Après, sa mémoire flanchait un peu. Il l'emmener quelque part, il ne savait plus bien où. Il avait un poignard à la main, comptait-il seulement la menacer, l'obliger à l'épouser, ou avait-il déjà prévu de la tuer, il ne s'en rappelait plus. Toujours était-il qu'il l'avait serrée dans ses bras, délicatement. Il avait quémandé un baiser, qu'elle lui avait encore une fois refusé. Il s'était énervé et la lame avait pris naturellement le chemin de son corps. Si elle n'était pas à lui, elle ne serait à personne. Il l'avait poignardée. Sa robe s'était tâchée de son sang, il avait vu sa vie s'écouler avec son sang. Il l'avait vue mourir petit à petit, dans ses bras.
Quand elle avait expiré son dernier souffle, il s'était rendu compte de l'horreur de ce qu'il avait fait. il l'avait tuée. Jamais plus il ne verrait son sourire gêné quand elle se refusait à lui, jamais plus il ne verrait ses yeux auburn se poser sur lui. L'idée lui avait paru insupportable. Il s'était tué aussitôt après avoir déposé délicatement son corps sur le sol froid.
A présent, il était un fantôme. Elle aussi, d'ailleurs. Tous deux étaient coincés entre les murs de cette école. Il s'était aigri. Le remord l'avait rongé. Il ne sortait plus guère de ses cachots. Il avait trop honte de ce qu'il avait fait. il connaissait sa réputation, ici, au château. Il savait que ça ne lui ferait pas plaisir de le voir. Il mourrait d'envie de revoir son visage, mais il avait perdu ce droit, il le savait. De temps en temps, il avait presque envie de demander à l'un de ses élèves de Serpentard comment allait la Dame Grise. Il se retenait toujours au dernier moment. Il ne méritait pas de savoir.
Il était le Baron Sanglant. Et sa passion les avait tués.
