Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en différé). Le thème était « broderie ».

Liberté

Dès son plus jeune âge, Bellatrix avait su qu'elle n'était pas comme ses sœurs. Elle avait su qu'elle ne prendrait jamais le même chemin qu'elle. Ses parents ayant souhaité un garçon pour premier enfant, son père avait passé sa déception sur elle. Il lui avait parlé comme à un garçon pendant plusieurs années, avant que sa femme ne lui rappelle qu'elle était une fille, et qu'elle devrait se comporter avec les manières qui en résultaient. Mais le mal était fait. Il était trop tard.

Si en apparence, Bellatrix avait fait semblant d'avoir tout oublié de son début d'éducation, si elle avait fait en sorte de ne montrer qu'une petite fille lisse et parfaitement éduquée, il en était tout autrement en elle. Elle ne comptait pas devenir comme ses sœurs. De parfaites petites poupées, bien polies, bien gentilles, bien sages. L'éducation des filles n'était pas pour elle. Devenir une statue de cire au bon plaisir d'un époux qu'on lui aurait choisi ? Très peu pour elle.

Elle ne comptait pas devenir une de ces femmes sans intérêt, sans attrait, sans conversation, à la baguette de leur mari. Comme des elfes de maison. Bien sûr, elles faisaient bonne figure, elles étaient bien habillées, parées de bijoux tous plus onéreux les uns que les autres, souriantes, soi-disant épanouies. Mais tout ça n'était qu'une façade. Elles n'étaient que des pantins. Elles n'avaient pas le droit de penser par elles-mêmes. Elles obéissaient aux volontés de leur mari. Pensaient comme eux. Il n'était pas question qu'elle soit comme ça.

Dès son plus jeune âge, elle avait fait en sorte d'être parfaite tout en montrant bien qu'elle n'était pas complètement convaincue. Elle défiait ses parents, tout en y mettant les formes, les manières et l'élégance. Elle était devenue une femme sûre d'elle, indépendante, belle, et libre surtout. Si les bonnes manières et la noblesse étaient ancrées dans sa chair, dans son sang et dans son esprit, elle n'en était pas la prisonnière. Elle resterait toujours libre. Elle s'en était fait la promesse.

Elle avait tout fait pour ça. Elle avait étudié avec assiduité, et pas seulement pour plaire à ses parents en leur rapportant de bonnes notes. Elle avait fait ça pour être sûre de pouvoir faire quelque chose de sa vie. Elle était intelligente, elle pouvait faire autre chose de sa vie que de broder toute la journée en attendant que son mari revienne de ses activités plus ou moins obscures. Elle était une Black, et justement, son statut lui permettait non pas de se soumettre comme n'importe quelle autre, mais bien de faire ce dont elle avait envie. Elle le méritait. Et elle prendrait ce droit si on ne le lui donnait pas.

Il n'était absolument pas question qu'elle reste chez elle bien sagement, cloîtrée dans un manoir, à élever ses enfants dans le respect des règles de la haute aristocratie. Ça n'était pas la vie dont elle rêvait, dont elle voulait. Et ça n'était pas celle à laquelle elle se destinait. C'était peut-être le rêve de ses sœurs, trouver un bon mari, et avoir une gentille progéniture, mais ses parents seraient déçus d'apprendre que ça n'était pas comme ça qu'elle concevait son avenir. de toute façon, elle n'avait jamais aimé les enfants, et ça n'allait pas commencer maintenant.

Elle ferait de grandes choses. Son nom serait célèbre. Tout le monde connaîtrait Bellatrix Black. Et sûrement pas comment la fille de ses parents, ni comme la femme de son mari. Tout le monde la connaîtrait pour elle. Elle ne gâcherait pas son talent pour la magie. De toute façon, elle n'avait jamais aimé la broderie.