Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé), le thème était « concombre ».

Remède

Eloïse était désespérée. Jamais elle n'y arriverait. Aucun garçon ne voudrait d'elle, elle était fichue. Elle allait finir vieille fille, avec treize chats, quinze perroquets et trois chiens, voire même quelques hamsters, dans une grande maison au fin fond de l'Angleterre et elle ferait la honte de sa famille.

Ses parents allaient passer toutes les futures années à lui présenter des prétendants hideux mais pas très regardants, organiser des dîners en famille où ils inviteraient par surprise un voisin célibataire mais de plus en plus grabataire au fur et à mesure que les années passeraient.

Ils finiraient même par lui présenter des vieilles filles comme elle, dans l'espoir qu'elle se soit peut-être trompée sur sa sexualité ou qu'elle veuille bien faire au moins une collocation.

Peut-être même l'inciteraient-ils à adopter parce qu'elle n'aurait pas trouvé d'homme pour avoir un enfant.

Au travail, on la relèguerait dans le bureau le plus miteux de l'entreprise, voire aux sous-sols, là où la luminosité médiocre cacherait un peu sa monstruosité, elle serait obligée de ne jamais mettre sa photo sur son curriculum vitae, elle mettrait des couches et des couches de maquillages et on la prendrait pour un pot de peinture.

Tout le monde allait se moquer d'elle pendant les dizaines d'années à venir si elle avait la chance de ne pas mourir de sa future dépression. Ses parents engageraient un psychomage pour la faire parler toutes les semaines et l'entendre se lamenter. Il refuserait de lui faire la bise pour se contenter de lui serrer la main et lui donnerait l'adresse des meilleures dermatomages de la région.

Elle passerait ses week-end entiers à transplaner à droite ou à gauche pour aller tous les voir, payerait des fortunes en soins qui finiraient à la poubelle parce qu'ils ne fonctionneront pas, et en oublierait de vivre.

Peut-être même entamerait-elle un régime sans matières grasses dans l'espoir que cela change quelque chose et elle aurait dix mille carences, des problèmes de poids, on lui ferait la morale, elle tomberait malade, serait hospitalisée à Sainte-Mangouste où elle deviendrait un cas d'école.

Non, vraiment, c'était impossible. Sa vie allait être fichue. Elle ne pouvait pas laisser faire ça sans rien dire. Il fallait qu'elle agisse. Qu'elle persiste. Elle n'était peut-être qu'une Poufsouffle mais elle trouverait la solution. Elle y arriverait.

Elle avait déjà essayé plein de choses, lu des tas d'ouvrages à la bibliothèque, ç'en était presque devenu une obsession. En quatrième année, elle s'était même lancé un sort sur le visage. Elle n'avait pas osé avant parce qu'elle avait un peu peur des conséquences, et elle aurait d'ailleurs dû s'en méfier. Madame Pomfresh avait dû remettre en place son nez cassé. L'infirmière avait d'ailleurs avoué ne pas savoir ce qui pourrait l'aider. Il n'existait pas de sort à sa connaissance.

Eloïse savait que c'était faux. Ça devait exister, elle n'était pas la seule dans ce cas, et elle trouverait ! Il y a peu, elle avait entendu parler du pauvre sort de Marietta Edgcombe. Elle connaissait la Serdaigle de loin seulement mais elle avait pu voir les dégâts. La pauvre avait des pustules violettes partout sur le visage. Une petite horreur. Elle avait compati, malgré la raison pour laquelle la jeune fille avait été punie. Et on avait réussi à la guérir ! Quelqu'un avait trouvé la formule pour inverser le sort. Donc un sortilège devait forcément exister pour son problème.

Depuis peu, elle s'était aussi tournée vers les méthodes moldues. Une fille de sa connaissance lointaine était une née-moldue, et elle lui avait parlé des divers masques que sa mère préparait dans son centre de soins de la peau. Notamment un masque au concombre, pour requinquer la peau et atténuer les pores dilatés.

La jeune fille avait eu du mal à trouver tous les ingrédients. Elle était allée en demander certains au professeur Chourave, qui heureusement cultivait quelques plantes moldues. Parce que trouver de l'huile de jojoba, ça n'était quand même pas simple ! Elle était allée chez l'herboriste à Pré-au-lard pour l'argile verte mais n'avait pas trouvé cette huile. On lui avait proposé l'amande douce mais c'était apparemment moins efficace. Or elle avait cruellement besoin d'efficacité.

Elle avait coupé, délayé, mixé, mélangé, ensorcelé, pendant des heures, dans l'espoir que cela fonctionne. Elle s'était enfermée dans les toilettes des filles du deuxième étage. Personne n'y venait jamais. Il fallait dire que Mimi Geignarde n'était pas la plus plaisante des compagnes. Elle n'arrêtait pas de se moquer d'elle. Eloïse s'en fichait. Elle y arriverait. Elle avait posé son masque, chaque soir, pendant plusieurs heures, espérant que cela fonctionne. Elle avait vu quelques améliorations, très légères, mais pas significatives.

Elle y arriverait. Un jour, elle y arriverait ! Et quand elle aurait trouvé, elle poserait un magicobrevet sur sa création, et elle deviendrait biologiste. Elle voulait être biologiste. Pour trouver une solution à son acnée virulente et ne pas finir vieille fille.

Note : Eloïse Midgen est un personnage qui a bien été créé par JKR, on parle d'elle surtout dans les tomes quatre et six.