Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF, le thème ici était « rêve ».
Désillusion
Quand on était jeune, on avait des rêves, n'est-ce pas ? On avait des envies plein la tête, des idées, de tas de projets. On dormait sur ses deux oreilles la nuit, et on rêvait à ce qu'on pourrait faire, à ce qu'on voudrait faire, à ce qu'on ferait, même.
Quand on était jeune, on avait le choix de son avenir. On avait l'insouciance pour soi. On avait la liberté. On avait les connaissances qu'ils apprenaient chaque jour, à chaque heure de cours. On avait un arbre des possibles immense et on n'avait qu'à choisir la branche qui nous convenait.
Lui, il était jeune. Et pourtant, il ne rêvait pas. Il ne rêvait plus. Parce que ça ne servait à rien. Parce qu'il ne pouvait pas se le permettre. Parce que sa voie était prédéfinie. Parce qu'il s'était engagé dedans depuis sa naissance. Parce qu'on l'y avait poussé de force. Parce qu'un autre avait choisi la liberté, lui devait choisir la servitude. Devait l'accepter. Devait s'en contenter. Devait l'apprécier.
Lui n'avait pas le choix. Il était l'héritier. Il était le Petit Prince. Il était le seul sur lequel reposait à présent l'honneur de sa famille. Alors il n'avait pas le choix. Et en fait de rêves, c'était des cauchemars qui le réveillaient la nuit. C'était eux qui lui donnaient des sueurs froides. C'était eux qui le terrorisaient. Mais il n'avait pas le choix, n'est-ce pas ?
Il n'était pas aussi fort que son frère. Pas aussi brillant. Pas aussi intelligent. Pas aussi libre. Pas aussi insouciant. Il ne pouvait plus. Il aurait pu. Mais il ne pouvait plus.
Pendant des années, il l'avait cru, pourtant. Pendant des années, il avait été à peu près insouciant. Il avait été heureux de sa vie. Fier de sa famille. Admiratif de ses parents. Et puis son frère était parti. Son frère les avait trahis. Il était devenu l'héritier. Sa vie avait alors totalement changé. Il n'était plus libre de faire ce qu'il voulait. Il n'était plus libre de côtoyer ceux qu'il voulait, surtout pas à Poudlard. Il n'était pas libre de penser ce qu'il voulait. Combien de soirées avait-il passées à écouter son père lui inculquer les valeurs de la famille Black ? Combien de fois avait-il regretté d'avoir fait une objection ? Il avait appris à ne plus en faire. A ne plus penser par lui-même. Ça ne servirait plus à rien.
Il avait seize ans. Et déjà il était temps. Il s'avança dans la pièce.
Les rêves n'existaient pas. Non, ils n'étaient que des mots pour les gens libres. Ils n'étaient que des idées qu'il ne pouvait pas avoir. Ils n'étaient que des chimères, des illusions, des tentations.
Quand la baguette toucha son avant-bras, il gémit et se mordit l'intérieur de la joue. Il ne devait pas pleurer. Pas hurler. La douleur était insupportable pourtant. Elle le prenait en tenaille, affolait toutes ses connections nerveuses et envahissait son esprit. Il lutta. Encore et encore. Avant de finir par s'effondrer.
Sa voie était tracée. Littéralement. La marque était là. Regulus Black n'avait définitivement plus de choix. Plus de rêves. Ceux-ci avaient noirci avec sa peau.
